‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 2 sur 282 · DUCHESSE 1> ORLEANS · texte numérisé non relu

DUCHESSE 1> ORLEANS

Prononcée k Sainl Dcn îr le vingt el unième jour d'août

f'anitat van Un tu m , dixil Ecv testante» ; va ni ta» vani fatum , et omnia va m tas. Eccl.

Vanité des vanités, a dit l’Eccléslaste ; vanité de» vanités, et tout est vanité.

Moxssioxeur *,

J'étais don* encore destiné à rendre ce devoir funèbre à très-haute et très-puissante princesse IIenbiette- Aixb d'Amiletehbe, duchesse d'Ohleax s. Elle , que j’avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir à la reine sa mère, devait être si tôt après le sujet d’un discours semblable; et ma triste voix était réservée à ce déplorable ministère. O vanité! ô néant! ô mortels ignorants de leurs destinées! L’eût-elle cru il y a dix mois? Et vous , messieurs , eussiezvous pensé , pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu , qu’elle dût si tôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même? Princesse, le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes, ) n’était-ce pas assez que l’Angleterre pleurât votre absence, sans être encore réduite à pleurer votre mort ? et la France , qui vous revit , avec tant de joie , environnée d'un nouvel éclat , n’avait-elle plus d’autres pompes et d'autres triomphes pour vous, au retour de ce voyage fameux , d'où vous aviez remporté tant de gloire et de si belles espérances? » Vanité des vanités , et tout est vanité. » C’est la seule parole qui me reste ; c’est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange , une si juste et si sensible douleur. Aussi n’ai-je point parcouru les livres sacrés, pour y trouver quelque texte que je pusse appliquer à cette princesse. J'ai pris , sans étude et sans choix , les premières paroles que me présente l’Ecclésiaste, où, quoique la vanité ait été si souvent nommée , elle ne l'est pas encore assez à mon gré

1 HcnricUe-Anne iTAnelrterrc , fitle de Chartes I" et d’Hen rtelle-Marie de France , naquit a Exelcr, le 16 juin ici t , cinq ans environ avant ta mort sanglante de son pore. Itotonni en Angleterre après la faite do la rolnr . olle fut , an bout d« deux ans seulement . sotulroile a la vigilance do «os gardions , et envoyée en France auprès de sa mère , qui l'éleva a Chaillut dora le couvent qu'elle v avait fondé. Le 31 mars itm Henriette- Anne épousa EhlIippi-d'Orleani , frère unique d< j11 XIV. Elle faisait l'ornement de U cour la plus polie et la plus Râlante de l’Europe; protégeant et encourageai)! la plupart de* poètes rt des grands écriyains de celte brillante époque, lorsqu’elle mourut subitement le 30 Juin 1670. tuiprdsonnrr , dlt-on, dans un verre de chicorée, par de, •geuü du duc de Lorraine qu'elle avail fait exiler.

’ M. le Prince.

1 pour le dessein que je me propos*. Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain, et dans une seule mort faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines. Ce texte , qui convient à tous les états et h tous les événements de notre vie, par une raison particulière devient propre à mon lamentable sujet; puisque jamais les vanités de la terre n'ont été si clairement découvertes, ni si hautement confondues. Non , après ce que nous venons de voir, la santé n'est qu'un nom , la vie n’est qu'un songe , la gloire n’est qu'une apparence , les grâces et les plaisirs ne sont qu'un dangereux amusement : tout est vain en nous , excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes.

Mais dis-je la vérité? L'homme , que Dieu a fait à son image , n’est-i I qu'une ombre? Ce que Jésus- Christ est venu chercher du ciel en la terre , eo qu’il a cru pouvoir, sans sc ravilir, acheter do tout son sang , n est-ce qu'un rien? Reconnaissons notre erreur. Sans doute ce triste spectacle des vanités humaines nous imposait ; et l'espérance publique , frustrée tout n coup par la mort de cette princesse, nous poussait trop loin. Il ne faut pas permettre à l'homme de sc mépriser tout entier, de peur que , croyant avec les impies que notre vie n’est qu’un jeu où règne le hasard , il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs. C’est pour cela que l'Ecelésiaste , après avoir commencé sondivin ouvrage par les paroles que j’ai récitées, après en avoir rempli toutes les pages du mépris des choses humaines , veut enfin montrer à l'homme quelque chose de plus solide , et conclut tout son discours, en lui disant :

« Crains Dieu , et garde ses commandements ;

* car c’est lè tout l'homme : et sache que le Sei-

• gneur examinera dans son jugement tout ce ■ que nous aurons fait de bien ou de mal » Ainsi tout est vain en l’homme , si nous regardons ce qu'il donne au mpnde ; mais au contraire , tout est important, si nous considérons ce qu’il doitàDieu. Encore une fois, tout est vain en l’homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle; mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme ou elle aboutit , et Io compte qu'il en faut rendre. Méditons donc aqjourd’hut, ù la vue de cet autel et de ce tombeau, la première et la dernière parole de. l'Ecelésiaste, lune qui montre le néant de l'homme, l’autre qui établit sa grandeur’. Que ce tombeau nous convainque do

1 fleura Urne , rt mandata pju. oîïserva : hoc rit enira oimiix homo; rt cuncta iju® fiant odduert Deaj In Judiclum pro TU ""u"1)"’ **” b“Mm’ ’lvf faaluralllud >11. ( Eccl. cap. xu,

’ Dieu , la r. ligiun , un aulrt , do tombeaux, toux crx vaatao

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