‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 101 sur 282 · SUR L'EMINENTE DIGNITE · texte numérisé non relu

SUR L'EMINENTE DIGNITE

vigueur mâle par l’exercice de la patience ; et n’épnrgnnnt pas le» sueurs , elle achèverait les grands ouvrages , qui exigent nécessairement un grand travail. C'est & peu près ce que nous dit saint Jcnn-Chrysoslôme au sujet de ces deux villes différentes. Tl se sert de cette pensée pour adjuger la préférence à la pauvreté.

Mais à parier des choses véritablement , nous savons que la distinction de ces deux villes n’est qu’une fiction agréable. Les villes , qui sont des corps politiques , demandent aussi bien que les naturels, le tempérament et le mélange : tellement que , selon la police humaine , cette ville de pauvres de saint Chrysostôme ne peut subsister qu’en idée. Il n'appartenait qu’au Sauveur et à la politique du ciel de nous bâtir une ville , qui fut véritablement la ville des pauvres. Cette ville c'est la sainte Église : et si vous me demandez, chrétiens , pourquoi je l'appelle la ville des pauvres , Je vous en dirai la raison par cette proposition que j’avance : que l’Église dans son premier plan n'a été bâtie que pour les pauvres , et qu'ils sont les véritables citoyens de cette bienheureuse cité, que l'Écriture a nommée la cité de Dieu. Encore que cette doctrine vous paraisse peut-être extraordinaire, elle ne laisse pas d'étre véritable : et afin de vous en convaincre , remarquez , s'il vous plaît , messieurs, qu'il y a cette différence entre la Synagogue et l'Église, que Dieu a promis & la Synagogucdcs bénédictions temporelles, au lieu que, comme dit le divin Psalmiste ,

• toute la gloire de la sainte Église est cachée et

• intérieure : » Omnis gloria ejus fitiœ regis ab tutus '. « Dieu te donne , disait Isaac à son fils

• Jacob’, la rosée du ciel et la graisse de la terrai • C’est la bénédiction de la Synagogue. Et qui ne sait que , dans les Écritures anciennes , Dieu ne promet à ses serviteurs que de prolonger leurs jours, que d'enrichir leurs familles , que de multiplier leurs troupeaux , que de bénir leurs terres et leurs héritages? Selon ces promesses, messieurs , il est bien aisé de comprendre que les richesses et l'abondance étant le partage de la Synagogue , dans sa propre institution elle devait avoir des hommes puissants et des maisons opulentes. Mais il u’en est pas ainsi de l’Église. Dans les promesses de l'Évangile, il ne se parie plus des biens temporels , par lesquels l'on attirait ces grossiers , ou l'on amusait ces enfants. Jésus-Christ a substitué en leur place te affliction» et te croix ; et par ce merveilleux changement te derniers sont devenus les premiers , et te premiers sont devenus te derniers; parce que te riches , qui étaient te premiers dans la

1 P*. un, 14.

* Çtnet. xi ru , 30,

Synagogue, n'ont plus aucun rang dans l'Église et que te pauvres et te indigents sont ses véritables citoyens.

Quoique ces différentes conduites de Dieu dans l’ancienne et dans la nouvelle alliance soient fondées sur de grandes raisons , qu'il serait trop long de rapporter, nous en pouvons dire ce mot en passant : que dans le vieux Testament Dieu se plaisant à se faire voir avec un appareil majestueux , il était convenable que la Synagogue son épouse eût des marques de grandeur extérieure : et au contraire que dans le nouveau , dans lequel Dieu a caché toute sa puissance sous une forme servile , l’Église , son corps mystique , devait être une image de sa bassesse , et porter sur elle la marque de son anéantissement volontaire. Et n'est-ce pas pour cela , mes frères , que ce même Dieu humilié, voulant, dit-il, • remplir sa « maison , » ut impleatur domus mea ' , ordonne à ses serviteurs de lui aller chercher tous les misérables? Voyez comme il en fait lui-même le dénombrement : Allez-vous-en , dit-il , dans les

• coins des rues , Exi eito, et amenez-moi promp- » tement, qui? les pauvres et les infirmes : qui « encore? les aveugles et te Impotents : » Patipc irs ac débités, ctecos et claudos introdue hue ’. C'est de quoi il prétend remplir sa maison : il n'y veut rien voir qui ne soit faible , parce qu'il n'y veut rien voir qui n'y porte son caractère , c'està-dire, la croix et l'infirmité. Donc l'Église de Jésus-Christ est véritablement la ville des pauvres. Les riches , je ne crains point de le dire , en cette qualité de riches , car il faut parler correctement étant de la suite du monde, étant, pour ainsi dire , marqués à son coin , n'y sont soufferts que par tolérance; et c’est aux pauvres et aux indigents, qui portent la marque du Fils de Dieu, qu'il appartient proprement d'y être reçus. C'est pourquoi le divin Psalmiste te appelle * te patl- - vres de Dieu : » pauperes tuos 3. Pourquoi les pauvres de Dieu? il les nomme ainsi en esprit, parce que dans la nouvelle alliance il lui a plu de les adopter avec une prérogative particulière.

En effet, n’est-cc pas à eux qu'a été envoyé le Sauveur? « Dieu m'a envoyé , nous dit-il , pour

• annoncer l'Évangile aux pauvres : ■ Evangetizare pauperibus misit me*. Ensuite n’est-ce pas aux pauvres qu’il adresse la parole, lorsque faisant son premier sermon sur cette montagne mystérieuse , où , ne daignant parler aux riches sinon pour foudroyer leur orgueil, il porte la parole aux pauvres comme à ceux qu’il devait évangéliser? « O pauvres , que vous êtes heureux , parce

1 Lue. UT, 23.

* Ibid. 21.

* Pi. I.UI , 2.

* Luc. it, I».

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