‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 100 sur 282 · LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME

Eminente dignité de» paurrn dan* l'Eglise : leurs droils, leurs prérogatives : comment et pourquoi les riches doivent honorer leur condition, secourir leur misère prendre part a leurs privilèges.

Etnnl novissimi primi , et primi novissimi.

Us dernier! seront les premiers , et tes premiers seront

les derniers. Malth. as, 18.

Parai pauperi et itscrpi , et animas pauperum sa! vas fatal.

Il pardonnera ait pauvre et A [indigent , et il sauvera

les âmes des pauvres. Pa. uni, 2à.

Encore que ce qu'a dit le Sauveur Jésus, que les premiers seront les derniers , et que les derniers seront les premiers , n'ait son entier accomplissement que dans la résurrection générale , ou les justes , que le monde avait méprisés, rempliront les premières places , pendant que les méchants et les impies , qui out eu leur régne sur la terre , seront honteusement relégués aux ténèbres extérieures; toutefois ce renversement admirable des conditions humaines est déjà commencé dès cette vie , et nous en voyons les premiers traits dans l'institution de l’Église. Cette cité merveilleuse , dont Dieu même a jetc les fondements, a scs lois et sa police, par laquelle elle est gouvernée. Mais comme Jésus-Christ son instituteur est venu au monde , pour renverser l'ordre que l'orgueil y a établi ; de là vient que sa politique est directement opposée à celle du siècle : et je remarque cette opposition principalement en trois choses. Premièrement , dans le monde les riches ont tout l’avantage et tiennent les premiers rangs : dans le royaume de Jésus-Christ la prééminence appartient aux pauvres, qui sont les premiers nés de l'Église, et ses véritables enfants. Secondement, dans le monde les pauvres sont soumis aux riches , et ne semblent nés que pour les servir; au contraire, dans la sainte Église, les riches n'y sont admis qu'à condition de servir les pauvres. Troisièmc-

ment , dans le monde les grâces et les privilèges sont pour les puissants et les riches ; les pauvres n’y ont de part que par leur appui : au lieu que dans l'Église de Jésus-Christ les grâces et les bénédictions sont pour les pauvres, et les riches n'ont de privilège que par leur moyen. Ainsi cette parole de l'Évangile, que j'ai choisie pour mon texte , s'accomplit déjà dès la vie présente :

• Les derniers sont les premiers , et les premiers « sont les derniers : ■ puisque les pauvres , qui sont les derniers dans le monde, sont les premiers dans l'Église ; puisque les riches, qui s'imaginent que tout leur est dû , et qui foulent aux pieds les pauvres, ne sont dans l'Église que pour les servir; puisque les grâces du Nouveau Testament appartiennent de droit aux pauvres , et que les riches ne les reçoivent que par leurs mains. Vérités certainement importantes, et qui vous doivent apprendre , A riches du siècle , ce que Vous devez faire à l'égard des pauvres; c'est-à-dire, honorer leur condition, soulager leurs nécessités, prendre part à leurs privilèges. C'est ce que je me propose de vous faire entendre avec le secours de la grâce.

raEMiaa foist.

Le docte et éloquent saint Jcan-Chry sostAmr , nous propose une belle idée pour connaître les avantages de la pauvreté sur les richesses. Il nous représente deux villes , dont l'une ne soit composée que de riches , l’autre n'ait que des pauvres dans son enceinte ; et il examine ensuite laquelle des deux est la plus puissante. Si nous consultions la plupart des hommes sur cette proposition , je ne doute pas , chrétiens , que les ri. ches ne l’emportassent : mais le grand saint ChrysostAme conclut pour les pauvres 1 ; et il se fonde sur cette raison , que cette ville de riches aurait beaucoup d'éclat et de pompe , mais qu'elle serait sans force et sans fondement assuré. L’abondance ennemie du travail , incapable de se contraindre, et par conséquent toujours emportée dans la recherche des voluptés , corromprait tous les esprits , et amollirait tous les courages par le luxe , par l’orgueil , par l'oisiveté. Ainsi les art* seraient négligés , la terre peu cultivée ; les ouvrages laborieux , par lesquels le genre humain se conserve , entièrement délaissés ; et cette ville pompeuse , sans avoir besoin d'autres ennemis , tomberait enfin par elle-même , ruinée par son opulence. Au contraire , dans l'autre ville où il n'v aurait que des pauvres, la nécessité industrieuse, féconde en Inventions, et mcrc des arts profitables , appliquerait les esprits par le besoin , les aiguiserait par l’étude , leur inspirerait une

1 De div. et p>\up. Nom. xi , t. lu , p. M6 M6-

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