‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 104 sur 282 · SUR L'UTILITÉ DES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

SUR L'UTILITÉ DES SOUFFRANCES

l'intelligence : lieatus gui inlelligit. Ceux qui les regardent des yeux corporels, ils n'y voient rien que de bas, et ils les méprisent. Ceux qui ouvrent sur eux l'œil intérieur, je veux dire l'intelligence guidée par la foi, ils remarquent en eux Jésus-Christ ; ils y voient les images de sa pauvreté , les citoyens de son royaume , les héritiers de scs promesses , les distributeurs de ses grâces, les enfants véritables de son Église, les premiers membres de son corps mystique. C'est ce qui les porte à les assister avec un empressement charitable. Mais encore n’est-ce pas assez de les secourir dans leurs besoins. Tel assiste le pauvre, qui n'est pas intelligent sur le pauvre. Celui qui leur distribue quelque aumône , ou contraint par leurs pressantes importunités, ou touché par quelque compassion naturelle, soulage la misère du pauvre ; mais néanmoins II est véritable qu'il n’est pas intelligent sur le pauvre. Celui-là entend véritablement le mystère de la charité, qui considère les pauvres comme les premiers enfants de l'Église ; qui , honorant cette qualité, se croit obligé de les servir; qui n'espère de participer aux bénédictions de l'Évangile , que par le moyen de la charité et de la communication fraternelle.

Donc, mes frères, ouvrez les yeux sur cette maison indigente, et soyez intelligents sur ses pauvres. Si je demandais vos aumônes pour une seule personne, tant de grandes et importantes raisons , qui vous obligent à la charité , devraient émouvoir vos cœurs. Maintenant j'élève ma voix au nom d’une maison tout entière, et encore d’nne maison chargée d’une multitude nombreuse de pauvres filles entièrement délaissées. Faut-il vous représenter et le péril de ce sexe, et les suites dangereuses de sa pauvreté, l’écueil le plus ordinaire où sa pudeur fait naufrage? Que serviront les paroles , si la chose même ne vous louche pas? F.ntrez daus cette maison, prenez connaissance de ses besoins ; et si vous n'êtes touchés de l'extrémité où elle est réduite, je ne sais plus, mes frères, ce qui sera capable de vous attendrir. Il est vrai , des dames pieuses ont ouvert les yeux sur cette maison : elles ont entendu sur les pauvres; parce qu’elles connaissent leur dignité , elles se tiennent honorées de les servir ; parce qu'elles sont chrétiennes, elles se croient obligées de les assister ; parce qu'elles savent le poids des richesses mal employées, elles se déchargent entre leurs mains d'une partie de leur fardeau, et, en répandant les biens temporels, elles viennent recevoir en échange les grâces spirituelles.

PREMIER SERMON

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