SUR L'UTILITÉ DES SOUFFRANCES
sont des grâces. « Car qui est le fils , dit l'apôtre :
■ que sou père ne corrige pas? car le Seigneur » châtie miséricordieusement les enfants qu'il
* aime. Ainsi persévérez donc sous sa discipline.
■ Que s'il néglige de vous corriger, poursuit le
- grand Paul , c'est donc qu’il ne vous tient pas
• pour des enfants légitimes, mais pour des en- » fants d’adultère : » Eryo adulteri, et non filii cutis. S'il vous épargne la verge et la correction , craignez qu'il ne vous réserve au supplice.
Il n'est pas à propos que tout nous succède :
Il est juste que la terre refuse ses fruits à qui a voulu gofiter le fruit défendu. Après avoir été chassés du paradis , il faut que nous travaillions avec Adam, et que ce soit par nos fatigues et par nos sueurs que nous achetions le pain de vie. Quand tout nous rit dans le monde, nous nous y attachons trop facilement ; le charme est trop puissant et l'enchantement est trop fort. Ainsi, mes frères, si Dieu nous aime, croyez qu’il ne permet pas que nous dormions a notre aise dans ce lieu d’exil. Il nous trouve dans nos vains divertissements, il interrompt le cours de nos imaginaires félicités, de peur que nous ne nous laissions entraîner aux fleuves de Babylonc, c'est-à-dire, au courant des plaisirs qui passent. Croyez donc très-certainement , ô enfants de la nouvelle alliance , que lorsque Dieu vous envoie des afflictions, c’est qu.’il veut briser les liens qui vous tenaient attachés au monde , et vous rappeler à votre patrie. Le soldat est trop lâche qui veut toujours être à l'ombre ; et c'est être trop délicat que de vouloir vivre à son aise et en ce monde et en l'autre. Il est écrit : • Malheur à
- vous qui riez , car vous pleurerez un jour *. » Ne t’étonne donc pas, chrétien, si Jésus-Christ te donne part à ses souffrances , afin de t'en donner à sa gloire , et s’il te fait sentir les piqûres de tant d'épines qui percent sa tète. Est-ce être maltraité que d'être traité comme Jésus-Christ? est-ce être maltraité que d'être inquiété où le plus grand malheur c'est d'être en repos?
Par conséquent, chrétiens, montons avec Jésus-Christ en Jérusalem : prenons part à ses opprobres et à ses souffrances : buvons avec lui le calice de sa passion. La matière ne manquera pas à la patience. La nature a assez d’infirmités, le monde assez d'injustices , ses affaires assez d’épines, ses faveurs assez d'inconstances, ses rebuts assez d'amertumes, ses engagements les plus agréables assez de captivités : il y a assez de bizarreries dans le jugement des hommes, et assez d'inégalités, de contrariétés dans leurs humeurs. Ainsi, de quelque côté et par quelque
1 Hebr. su, 6, 7,8.
7 Luc. VI, 3S.
JD?
main que la croix de Jésus-Christ nous soit présentée, embrnssons-la avec joie, et portons-la du moins avec patience. « Regardez, dit le saint
- apôtre , Jésus-Christ qui nous a donné et qui
• couronne notre foi. Songez que la joie lui étant « offerte , il a préféré la croix , il a choisi la con-
• fusion ; et maintenant il est assis glorieux à la « droite de son Père - Voici une perte de biens, une insulte , une contrariété , une maladie : • Pen-
• sez donc sérieusement A celui qui a souffert < une si horrible persécution par la malice des « pécheurs , afin que votre courage ne défaille ■ pas , et que votre espérance demeure ferme : » Vt ne fatigemini animis vestris dejicientet *.
Quels vices avons-nous corrigés? quelles passions avons-nous domptées ? quel usage avonsnous fait des biens et des maux de la vie? Et populus ejus non est reeersus ad perrutientem se, et Dominum exereituum non exquisierunt 5 : - Le peuple n’est point retourné vers « celui qui le frappait , et ils n’ont point recher-
- ché le Dieu des armées. - Quand Dieu a diminué nos biens , avons-nous songé en même temps à modérer nos excès? quand la fortune nous a trompés, avons-nous tourné notre cœur aux biens qui ne sont point de son ressort ni de son empire? nu contraire n'avons-nous pas été de ceux dout il cft écrit : Dissipait s mit , ner cornpuncti 4 ; - ils ont été affligés sans être touchés de « componction? - Serviteurs opiniâtres et incorrigibles, qui se révoltent même, sous la verge, frappés et non corrigés , abattus et non humiliés , châtiés et non convertis. Pharaon endurcit son coeur sons les coups redoublés de la justice ; la mer l'engloutit dans ses abîmes.
0 Dieu ! que nous recevons mal les afflictions! Nous sentons la peine du péché, et nous n’en fuyons pas la malice. Notre faiblesse gémit sous les fléaux de Dieu , et notre cœur endurci ne se change pas. - Quand il appuie sa main, nous « promettons de nous convertir; s’il retire son
• glaive, nos promesses s'évanouissent; s’il
• frappe, nous crions qu’il nous pardonne; s'il
• pardonne , nous le contraignons de redoubler
• ses coups : » Si férial, ctainuMUS ut parent; si pareil, ilcrtim provocamus ut forint s. L'impatience nous emporte , s’il tarde à nous secourir;
| nous redevenons insolents, s'il est prompt et fa- ! cile à se relâcher. Quand nous sommes pressés par la maladie , nous demandons du temps pour nous convertir : si Dieu nous rend la santé , nous nous moquons , nous abusons de la patience qui
• Hebr. tu, 1.
» Ibid. 3.
» /#. Il, 13.
1 Ps. XXXIV, 19.
* Bx. Miss. Gallic. t M, Annal. Bccl. Franc, p. GOé.