‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 115 sur 282 · SUR I.A 1.01 DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR I.A 1.01 DE DIEU

la lui de Dieu par l'humilité chrétienne. C'est l'humilité chrétienne cjni nous rappelle véritablement en nous-mêmes, parce qu’elle nous fait rentrer dans la considération de notre néant : elle nous fait entendre que nous tenons tout de la miséricorde divine ; et ainsi elle nous abaisse sous la loi de Dieu ; elle nous assujettit à sa volonté , qui est la règle souveraine de notre vie.

- Dieu a fait l'homme droit ,” dit l’Ecclésinste 1 ; et voici en quoi le docte saint Augustin reconnaît cette rectitude. La rectitude, et la juste règle, et l’ordre , sont inséparables : or, chaque chose est bien ordonnée , quand elle est soumise au* causes supérieures qui doivent dominer sur elle par leur naturelle condition : c'est en cela que l’ordre consiste , quand chacun se range au* volontés de ceu* à qui il doit être soumis. Dieu donc , dit saint Augustin , a donné ce précepte à l'homme, * de régir scs inférieurs, et d'être » lui-même régi par la puissance suprême : • Régi a superion, regen inferiorcm ’. De même donc que la règle des mouvements inférieurs , c'est la juste et saine raison ; ainsi la régie de la raison , c'est Dieu même : et lorsque la raison humaine compose ses mouvements selon la volonté de son Dieu , de là résulte cet ordre admirable , de là ce juste tempérament, de là cette médiocrité raisonnable qui fait toute la beauté de nos àines. Pour pénétrer au fond de cette doctrine excellente de saint Augustin , élevons un peu nos esprits , et considérons attentivement que la volonté de Dieu est la règle suprême selon laquelle toutes les autres règles doivent être nécessairement mesurées. Elles n'ont de justice ni de vérité, qu'autant qu'elles se trouvent conformes à cette règle première et originale qui n'emprunte rien de dehors , mais qui est sa loi elle-même. C'est pourquoi le prophète David dit , que • les jugements de » Dieu sont vrais et justifiés par eux-mêmes : » vrais et justifies par eux-mêmes, comme s'il disait : Les jugements des hommes peuvent bien quelquefois être véritables ; mais ils ne peuvent pas être justifiés par eux-mêmes. Toutes les vérités créées doivent être nécessairement conférées à la vérité divine, de laquelle elles tirent toute leur certitude. Mais pour les jugements de Dieu , dit le saint Prophète , » ils sont vrais d'une « vérité propre et essentielle; et c’est pour ccttc > raison qu'ils sont justifiés par eux-mêmes : » Vcra,juslificala in semelipsa1. De sorte que la volonté divine [qui ] préside à cet univers, étant elle-même sa règle, elle est par conséquent la règle infaillible de toutes les choses du monde

* Eeel. vu, y.

• In Pt. CXLV, 0® S, t. IV, col. 1627.

1 Pt. XXIIf, V.

et la loi immuable par laquelle clics sont gouvernées.

Sur quoi je fais une observation dans le prophète David , qui peut-être édiüera les âmes pieuses. Cet homme toujours transporté d’une sainte admiration de la Providence divine, après avoir célébré la sagesse de ses conseils dans scs grands et magnifiques ouvrages, passe de là insensiblement à la considération de ses lois. Ainsi, au psaume dix-huitième : « Les cieux , dit ce grand « personnage, racontent la gloire de Dieu'. » Puis ayant employé la moitié du psaume à glorifier Dieu dans ses oeuvres , il donne tout le resta à chanter l'équité de ses ordonnances. - La loi de - Dieu, dit-il, est immaculée, les témoignages ■ de Dieu sont fidèles* ; » et il achève cet admirable cantique dans de semblables méditations. Et au psaume cent dix-huitième : « Votre vérité,

• dit-il, A Seigneur! est établie éternellement « dans les cieux ; votre main a fondé lu terre ,

• et elle demeure toujours immobile : c’est en sui-

• vant votre ordre, que les jours se succèdent

• les uns aux autres avec des révolutions si cons- « tantes; et toutes choses, Seigneur, servent à

• vos décrets éternels. • Et puis il ajoute aussitôt : • N’était que votre loi a occupé toute ma

• pensée , eent fois j'aurais manqué de courago

• parmi tant de diverses afflictions dont ma vie « a été tourmentée3. » Fidèles , que veut-il dire? quelle liaison trouve ce chantre céleste entre les ouvrages de Dieu et sa loi ! Est-ce par une rencontre fortuite que cet ordre se remarque en plusieurs endroits de ses psaumes? Ou bien ne vous semble-t-il pas qu'il nous dit à tous au fond de nos consciences : Élevez vos yeux, û enfants d'Adam ! hommes faits à l image de Dieu , contemplez cette belle structure du monde, voyez cct accord et cette harmonie : y a-t-il rien de plus beau ni de mienx entendu que ce grand et superbe édifice? C’est parce que la volonté divine y a été fidèlement observée , c'est parce que ses desseins ont été suivis , et que tout se régit par ses mouvements. Car cette volonté étant sa règle elle-même, toujours juste , toujours égale , toujours uniforme, tout ce qui la suit ne peut aller que dans un bel ordre : de là ce concert et cette cadence si juste et si mesurée. Que si les créatures , même corporelles , reçoivent tant d'ornements , à cause qu'elles obéissent aux décrets de Dieu ; combien grande sera la beauté des natures intelligentes, lorsqu'elles seront réglées par scs ordonnances ! Consultez toutes les créatures du monde; si elles avaient de la voix , elles publieraient hautement

• Pt. xvm, i.

• nu. ».

• Pt CXVIII, 89. », 91,91

SUR LA LOI DE DIEU

qu'cites se trouvent très-bien d'observer les lois de cette Providence incompréhensible, et que c’est de là qu’elles tirent toute leur perfection et tout leur éclat; et n'ayant point de langage , elles ne laissent pas de nous le prêcher par cette constante uniformité avec laquelle elles s’y attachent. Vous , hommes , enfants de Dieu , que voire Père céleste a illuminés d'un rayon de son intelligence infinie, quelle sera votre ingratitude, si, plus stupides et plus insensibles que les créatures inanimées, vous méprisez de suivre les lois que Dieu même vous a données depuis le commencement du monde par le ministère de ses saints prophètes , et enfin dans la plénitude des temps par la bouche de son cher Fils ! C’est ainsi , ce me semble, que nous parle le prophète David.

ü Dieu éternel I chrétiens, quand il faudra paraître devant ce tribunal redoutable, quelle sera notre confusion lorsqu'on nous reprochera , devant les saints anges, que Dieu nous ayant donné une àmc d’une nature immortelle afin que nous employassions tous nos soins à régler scs actions et ses mouvements selon leur véritable modèle , nous avons fait si peu d’état de ce riche et incomparable présent , que plutôt de travailler en cette âme ornée de l’image de Dieu , nous avons appliqué notre esprit à des occupations toujours superflues et le plus souvent criminelles ; de sorte qu'au grand mépris de la munificence divine, parmi tant de sortes d’affaires qui nous ont vainement travaillés , la chose du monde la plus précieuse a été la plus négligée? O folie ! ô indignité ! 6 juste et inévitable reproche ! ah ! grand Dieu , je le veux prévenir. Assez et trop longtemps mon âme s’est égarée parmi tant d’objets étrangers, dans le jeu , dans les compagnies , dans l’avarice , dans la débauche. Je rentrerai en moi , du moins à ce carême qui nous touche de près : j’étudierai mes voies; je chercherai la règle sur laquelle je me dois former ; et comme il ne peut y en avoir d’autre que vos saints et justes commandements , je tournerai mes pas du cité de vos témoignages : c'est ma dernière et irrévocable résolution, que vous confirmerez , s’il vous plaît , par votre grâce toute-puissante : c’est elle qui me fera trouver le repos , où je viens de rencontrer le bon ordre , et où je trouvais tout a l’heure la vérité et la certitude ; et pour vous en convaincre , fidèles , c’est par où je m'en vais finir ce discours.

TROISIÈME POINT

Je ne pense pas, chrétiens, après les belles maximes que nous avons , ce me semble , si bien établies par les Écritures divines, qu'il soit nécessaire de recommencer une longue suite de raisonnements , pour vous Caire voir que notre repos

est dans l’oliservancc exacte de la loi de Dieu . Contentons-nous d’appliquer ici, par une méthode facile et intelligible, la doctrine que, par la miséricorde de Dieu , nous avons aujourd'hui expliquée; et faisons, pour l'édification de cette audience, paraître cette vérité dans son évidence.

Chaque chose commence à goûter son repos, quand elle est dans sa bonne et naturelle constitution. Vous avez été tourmenté d’une longue et dangrreuse maladie; peu à peu vos forets se rétablissent, elles choses reviennent au juste tempérament ; cela vous promet un prochain repos : et comment donc notre âme ne jouirait-elle pas’ d'une grande tranquillité , après que la loi de Dieu a guéri toutes ses maladies? La loi de Dieu établit l'esprit dans une certitude infaillible; si bien que les doutes étant levés et les erreurs dissipées, non par l’évidence de la raisou, mais par une autorité souveraine , plus inébranlable et plus ferme que nos plus solides raisonnements, il faut que l'enteudement acquiesce. Et de même la volonté ayant trouve sa règle immuable , qui coupe et qui retranche ce qu’il y a de trop en ses mouvements, ne doit-elle pas rencontrer une consistance tranquille, et une sainte et divine paix? C'est pourquoi le l’sulmistc disait : - Les justices - de Dieu sont droites et réjouisscut le cœur1. » Elles réjouissent le cœur, parce qu'elles sontdroites , parce qu’elles règlent ses affections , parce quelles le mettent dans la disposition qui lui est convenable , et dans le véritable point où consiste sa perfection.

Quelle inquiétude dans les choses humaines! on ne sait si on fait bien ou mal ; on fait bien pour établir sa fortune, on fait mal pour conserver sa santé ; on fait bien pour son plaisir, mais on ne contente pas ses amis ; et de même des autres choses. Dans la soumission ù la loi de Dieu , on fait absolument bien , on fait bien sans limitation , parce que quand on fait ce bien , tout le reste est de peu d’importance; en un mot, on fait bien , parce qu'on suit le souverain bien : et comment est-il possible, fideles, de n’étre pas en repos en suivant le souverain bien? quelle douceur et quelle tranquillité a une âme ! II vous appartient, A grand Dieul en qualité de souve-' rain bien , de faire le partage des biens & vos créatures ; mais heureuses mille et mille fois les créatures dont vous êtes le seul héritage ! c’est là le partage de vos enfants, que par votre bonté ineffable vous assemblez près de vous dans le ciel. Mais nous, misérables bannis, bien que nous soyons éloignés de notre céleste patrie , nous ne sommes pas privés tout à fait de vous ; nous vous avons dans votre loi sainte , nous vous avons

1 Pt. XVIII, 0-

SliR LA LOI DE DIEU.

dans votre divine parole. 0 que cette loi est désirable ! 6 que cette parole est douce ! « Elle est

■ plus douce que le miel à ma bouche, disait te • prophète David ; elle est plus désirable que tous

■ les trésors1. » Et considérez en effet, chrétiens, que cette loi admirable est un éclat de la vérité divine, et un écoulement de cette souveraine bonté. Pie doutez pas que cette fontaine n'ait retenu quelque chose des qualités de sa source : « Votre serviteur, ô mon Dieu ! observe vos eom- » mandements , chante amoureusement le Psal- « mistc ; il y a une grande récompense à les ob-

■ server: • In custodiendis illis retributio milita ’. «Ce n’est pasen autre chose, dit saiut Augustin1;

■ mnis en cela même que l'on les observe : la ré-

- tribution y est grande, parce que la douceur y

■ est sans égale. »

Mes frères, je vous en prie, considérons un homme de bien dans la simplicitéde sa vie : il ne gouverne point les États, il ne manie point les affaires publiques, il n'est point dans les grands emplois de la terre , comme sont les grands et les politiques : vous diriez qu'il ne fasse rien en ce monde; il ne sait pas les secrets de la nature, il ne parle pas du mouvement des astres ; ces hauts et sublimes raisonnements peut-être passeront sa portée : sa conduite nous paraît vulgaire , et cependant , si nous avons entendu les choses que nous avons dites , il est régi par une raison éternelle, il est gouverné par des principes divins : sa conduite , appuyée sur la parole de Dieu , est plus ferme que le ciel et la terre , et plutôt tout le monde sera renversé qu’il soit confondu dans ses espérances. Duns les affaires du monde , chacun recherche divers conseils qui nous embarrassent souvent dans de nouvelles perplexités : il chante sincèrement avec le Psalmistc : - Mon conseil , ce « sont vos témoignages : » Consilium meuin justijicationes tuœ 4; ou bien, comme dit saint Jérôme : Ami ci mei juslijicalioncs hue: ■ Vos té-

- moignages , ce sont mes amis. . Ceux que nous croyons nos meilleurs amis nous trompent trèssouvent, ou par infidélité ou par ignorance : l’homme de bien , dans ses doutes , consulte ses amis fidèles, qui sont les témoignages de Dieu ; ces amis sincères et véritables lui enseignent ce qu'il faut faire , et le conseillent pour la vie éternelle. Heureux mille et mille fois d'avoir trouvé de ri lions amis ! par là il sc rira de la perfidie qui règne dans les choses humaines. Et c'cst encore par cette raison que je le publie bienheureux.

Souffrez que je vous Interroge en vérité et en conscience : Avez- vous tout ce que vous deman-

1 Pl. C1VI1I I03| xvui, II-

1 Pi. XVIII. 12.

» In Pt. xvill Enar. I , n* |S, t. IV, col. 80, SI.

• Pl. Cl VIII, 21.

dcz?n'nvcz-vous aucune prétention en ce monde 11 n'y a peut-être personne en la compagnie quiî puisse répondre qu’il n’en a pas. - Le laboureur, « dit l’apôtre saint Jacques ', attend le fruit de In « terre : » sa vie est une espérance continuelle, il laboure dans l’espérance de recueillir, il recueille dans l'espérance de vendre, et toujours il recommence de même : il en est ainsi de toutes les autres professions. En effet , nous manquons de tant de choses , que nous serions toujours dans l’affliction , si Dieu ne nous avait donné l'espérance, comme pour charmer nos maux et tempérer par quelque douceur l’amertume de cette vie. Cette vie , que nous ne possédons jamais que par diverses parcelles qui nous échappent sans cesse, se nourrit et s'entretient d'espérance. L’avenir, qui sera peut-être une notable partie de notre ége , nous ne le tenons que par espérance ; et jusqu'au dernier soupir, c’est l’espérance qui nous fait vivre : et puisque nous espérons toujours , c'est un signe très-manifeste que nous ne sommes pas dans le lieu ou nous puissions posséder les choses que nous souhaitons. Portant , dans ce bas monde , où personne ne jouit de rien , otl on ne vit que d'espérance , celui-là sera le plus heureux qui aura l'espérance In plus belle et In plus assurée. Hcqjcux donc mille et mille fois les justes et les gens de bien ! Grèce à In miséricorde divine , on leur a bien débattu la jouissance de la vie présente; mais personne ne leur a encore contesté l'avantage de l’espérance.

Comparons à cela, je vous prie , les folles espérances du monde : dltes-moi , en vérité , chrétiens , avez-vous jamais rien trouvé qui satisfit pleinement votre esprit? Les hommes acquièrent avec plus de joie qu'ils ne possèdent ; [ le dégoût suit bientôt la jouissance. Ainsi ] nous prenons tous les Jours de nouveaux desseins , espérant que les derniers réussiront mieux ; et partout notre espérance est frustrée. De là l'inégalité de notre vie , qui ne trouve rien ce fixe ni de solide , et par conséquent , ne pouvunt avoir aucune conduite arrêtée, devient un mélange d’aventures diverses et de diverses prétentions, qui toutes nous ont trompés : ou nous les manquons, ou elles nous manquent ; si bien que les plus sages , après que cette première ardeur, qui donne l’agrément aux choses du monde, est un peu ralentie par le temps, s'étonnent le plus souvent de s’etre si fort travaillés pour rien.

Et par conséquent , chrétiens, que pouvonsnous faire de mieux que de nous reposer en Dieu seul , que de vouloir ce que Dieu ordonne, et attendre ce qu'il prépare? Pourquoi donc ne cherchons-nous pas cet immobile repos? pourquoi ■ JtC. T, 7.

SUR LA LOI DE DIEU

sommes-nous si aveugles que de mettre ailleurs notre béatitude? Ali ! voici, mes frères, ee qui nous trompe ; je vous demande , s’il vous plaît , encore un muinont d'audience : c’est que nous nous sommes figuré une fausse idée de bonheur ; et ainsi notre imagination étant abusée , nousscmolons jouir pour un temps d’une ombre de félicité. Nous nous contentons des biens de la terre, non pas tant parce qu’ils sont de vrais biens , que parce que nous les croyons tels : semblables à ces pauvres hypocondriaques dont la fantaisie blessée se repaît du simulacre et du songe d’un vain et chimérique plaisir. Ici vous me direz peut-être : Ab! ne môtez poiut cette erreur agréable; elle m’abuse , mais elle me contente ; c’est une. tromperie , mais elle me plaît. Certes, je vousy laisserais volontiers , si je ne voyais que par ce moyen , quoique vous vous Imaginiez d’étre heureux, vous êtes dans une condition déplorable.

Beatum faciunt Juœ rts, bene. telle , et

posse qitod vêtis' : • Deux choses nous rendent

- heureux, bien vouloir, et pouvoir cequ’on veut. » [ Or, à ce compte , pouvons-nous appeler heureux ceux qui mettent leur félicité dans des biens iniques ou pernicieux?] Enfants robustes , ils ont la force des hommes et l'inconsidération des enfants. Les enfants veulent violemment ce qu’ils veulent : s’ils sont en colère, aussitôt tout le visage est en feu et tout le corps en action : le feu sur le visage, l’impatience dans le cri. Ils ne regardent pas s'il est à autrui , c’est assez qu’il leur plaise pour le désirer ; ils s'imaginent que tout est à eux. Iis ne considèrent pas s’il leur est nuisible, ils ne songent qu'à se satisfaire ; il n’importe que cet acier coupe, e’est assez qu’il brille à leurs yeux. Cest ainsi que les méchants veulent posséder tout ce qui leur plaît, sans autre titre que leur avarice : enfants Inconsidérés, avec cette différence qu'ils ont de la force. La nature donne des bornes , aux enfants la faiblesse , aux hommes la raison. La faiblesse empêche ceux-là d’avoir tout l'effet de leurs désirs ardents , ceux-ci ont la force , mais la raison sert de frein à la volonté. A mesure qu’on est raisonnable , on apprend de plus en plusù se modérer, parce qu’on ne veut que ce qu'il convient de vouloir pour être heureux : Posse qmd v élis,... telle quùd oportel : . Pouvoir Ct' qu’on veut, vou-

- loir ce qu’il faut’; » l’un dépend du hasard, l'autre est un effet de la raison. Pouvoir ce qu’on veut, peut convenir aux plus méchants ; vouloir ce qu'il faut, c'est le privilège inséparable des gens de bien. [L’un] dépend des conjonctures tirées du dehors, [l'autre] fait la bonne constitulioudu dedans. Or jamais, comme nous disions tout u

• S. Aug. de Trm. Lia un , n* 17 , t. vil! , cot. T.O.

> wd.

l’heure, il ne peut y avoir de bonheur que lorsque les choses sont établies dans leur naturelle constitution et dans leur perfection véritable; et il est impossible qu’elles y soient mises par l'erreur et par I ignorance. C'est pourquoi , dit l’admirable saint Augustin, • le premier degré de « misère, c’est d'aimer les choses mauvaises; et le • comble de malheur, c’est de les avoir : » A manda enim rcs noxias miseri, habenda sunt miserions '. Ce pauvre malade tourmenté d’une fièvre ardente , il avale du vin à longs traits ; il pense prendre du rafraîchissement , et il boit la peste et la mort. Ne vous semble-t-il pas d'autautplus à plaindre , qu’il y ressent plus de délices ?

Quoi ! je verrai durant ces trois jours des hommes tout de terre et de bouc , mener à la vue de tout le monde une vie plus brutale que les bétes brutes ; et vous voulez que je dise qu’ils sont véritablement heureux , parce qu'ils me font parade de leur bonne chère , parce qu’ils se vantent de leurs bons morceaux, parce qu'ils font retentir tout le vobiuage, et de leurs cris confus, et de leur joie dissolue? Eh ! cependant quelle indignité que si près des jours de retraite , la dissotutioh paraisse si triomphante 1 L’Église, notre boiuie mère , voit que nous donnons toute l’année à des divertissements mondains : elle fait ce qu’elle peut pour dérober six semaines à nos dérèglements ; elle nous veut donner quelque goût de la pénitence ; elle nous en présente un essai pendant le carême , estimant que l'utilité que nous recevrons d’une médecine si salutaire, nous en fera digérer l'amertume et continuer l'usage. Mais , ô vie humaine incapable de bons Cbnseils 1 6 charité maternelle indignement traitée par de perfides enfants! nous prenons de ses salutaires préceptes une occasion de nouveaux désordres ; pour honorer l’intempérance , nous lui faisons publiquement précéder le jeûne; et comme si nous avions entrepris de joindre Jésus-Christ avec Bélial, nous mettons les bacchanales à la tête du saint carême. O jours vraiment infâmes et qui méritaient d’être ôtés du rôle des autres jours ! jours qui ne seront Jamais assez expiés par une pénitence de toute la vie, bien moins par quarante jours de jeûne mal observés. Mes frères, ne dirait-on pas que la licence et la volupté ont entrepris de nous fermer les chemins de la pénitence , et qu’ils en occupent l'entrée pour faire de la débauche un chemin à la piété? Cest pourquoi je ne m’étonne pas si nous n’en avons que la montre et quelques froides grimaces. Car c’est une chose certaine : la chute delà pénitence au libertinage est bien aisée; mais de remonter du libertinage à la pénitence ; mais

' In Pt. xxvi, n° 7, t nr, col. 121.

roun LE TEMPS DU JUBILE.

sitôt après s’otro rassasié des fausses doueeurs de l'un , goûter l’amertume de l'autre , c'est ce que la corruption de notre nature ne saurait souffrit .

Vous donc, âmes chrétiennes, vous à qui notre Sauveur Jésus adonné quelque amour pour sa sainte doctrine, demeurez toujours dans sa cainte : qu'il n’y ait aucun jour qui puisse diminuer quelque chose de votre modestie ni de votre retenue. Étudiez vos voies avec le Prophète : tournez avec lui vos pas aux témoignages de Dieu ; sans doute vous y trouverez , et la certitude , et la règle , et l'immobile repos qui se commencera sur la terre , pour être consommé dans le ciel. Amen.

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