‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 114 sur 282 · poing, n · texte numérisé non relu

poing, n

1 De panil. o* 8.

de lumière : et n'est-ee pas une honte à des chrétiens d'avoir horreur d’aller où ils voient les vestiges de Jésus-Christ? Certes, on ne le peut nier, mes chers frères ; nous serions entièrement insensés, si ayant cette conduite certaine, nous nous laissions encore emporter aux mensonges et aux vanités de la prudence du monde. J'ai étudié mes voies ; dans les erreurs diverses de notre vie , j’ai considéré attentivement où je pourrais rencontrer de la certitude : j'ai trouvé, A Sauveur Jésus , que c'était une manifeste folie de la chercher ailleurs que dans vos témoignages irrépréhensibles ; et ainsi par votre assistance j’ai résolu de tourner mes pas du cAté de vos témoignages : Cogilaei r ias mens ; d’autant plus que je n'y vois pas seulement la lumière qui éclaire mes ignorances , mais j'y reconnais encore la sente règle infaillible qui peut composer mes désordres. C'est la seconde partie.

SECOND POINT

Il était impossible qne l’Ignorance profonde qui règne dans les choses humaines ne précipitât nos affections dans un étrange dérèglement : car de même que le pilote , à qui les tempêtes et l’obscurité ont été le Jugement tout ensemble avec les étoiles qui le conduisaient , abandonne le gouvernail et laisse voguer le vaisseau an gré des vents et des ondes; ainsi les hommes par leurs erreurs ayant perdu les véritables principes par lesquels ils se devaient gouverner, ils se sont laissé emporter à leurs fantaisies : chacun s’est fait des idoles de ses désirs , et par là les règles des mœurs ont été entièrement perverties. Combien voyonsnous de personnes qui voudraient que l’on nous laissât vivre chacun comme nous l'entendrions , que l'on nous eût défaits de tant de lois incommodes? C’est ainsi qu'ils appellent les saintes institutions de la loi divine : et si nous n'osons pas peut-être en parler si ouvertement , nu moins ne vivons-nous pas d'autre sorte que si nous étions imbus de cette créance. Notre règle, quoi que nous puissions dire, est de suivre nos passions ; ou si nous les réprimons quelquefois, c’est par d’autres plus violentes et en cela même moins raisonnables. Nous ne mettons pas la prudence à faire le choix de bonnes et vertueuses inclinations; ce n’est pas là l'air du monde, ce n’est pas notre style ni notre méthode. Mais après que nos inclinations premières et dominantes sont nées en nous , je ne sais comment , par des mouvements indélibérés et par une espèce d'instinct aveugle, chose certainement qui n’est que trop véritable ; quand nous savons faire le choix des moyens les plus propres pour les acheminer à leur fin, nous croyons avoir bien pris nos me-

Sim LA LOI DE DIEU.

rares : c'est ce que nous appelons une conduite réglée; tant l'usage véritable des choses est j corrompu parmi nous. Ou bien , comme dans une | telle diversité de désirs aveugles et téméraires , il y en a beaucoup qui se contrarient , les faire céder au temps et aux occurrences présentes ; par exemple, quitter pour un temps les plaisirs pour établir sa fortune , c'est aller adroitement â ses tins , c’est avoir la science du monde et savoir ce que c’est que de vivre. Mais de remonter à la source du mal , et de couper une bonne fois la racine des mauvaises inclinations , c'est à quoi personne ne pense. O pauvres mortels abusés! Eh Dieu I qui nous a jetés dans de si fausses persuasions? Et comment ne voyons-nous pas « qu’étant « d'une race divine, » comme dit l'apétre saint Paul * , il faut prendre de bien plus haut la régie de nos affaires? Car s'il est vrai ce que nos pères ont dit contre les sectateurs d’Épicure et l'école des libertins , que de même que cet univers est régi par une Providence étemelle , ainsi les actions humaines , quelque extravagance qui nous y paraisse , sont conduites et gouvernées par une sagesse Infinie; n’cst-il pas absolument nécessaire qu’elles aient une régie certaine sur laquelle elles soient composées? et si nous ne sommes pas capables de ces grandes et importantes raisons , l’expérience du moins ne devrait-elle pas nous avoir appris, qu'ayant plusieurs désirs qui nous sont pernicieux à nous-mêmes , la véritable sagrsse n'est pas de les savoir contenter, mais de les savoir modérer? Eh Dieu ! que serait-ce des choses humaines, si chacun suivait ses désirs? D’où vient que les Néron, les Caligula et oes autres monstres du genre humain, se sont laissé aller à des actions si brutales et si furieuses ? n’est-ce pas par la licence effrénée de faire tout ce qu'ils ont voulu 1 pour nous faire voir, chrétiens, qu’il n'y a point d'animal plus farouche ni plus indomptable que l'homme, quand il se laisse dominer à ses passions. Par conséquent il est nécessaire de donner quelques bornes à nos désirs par des règles fixes et invariables : et d’autant que nous avons tous la même raison , et qu’étant d’une même nature , il est entièrement impossible que nous ne soyons destinés à la même fin ; il s'ensuit de là , par nécessité , que ces régies que nous poserons doivent être communes à tous les hommes. Or vous niiez voir, chrétiens , par un raisonnement invincible, qu’il n’y en peut avoir d'autres que la loi de Dieu.

Où notre désordre parait plus visible , c'est que nous sommes toujours hors de nous ; je veux dire que nos occupations et nos exercices, nos conversations et nos divertissements nous atta-

■ Ai i. xvu, 2».

chent aux choses externes. J'en al déjà dit quelque chose au commencement de ce discours, et je le répète à présent pour en tirer d'autres conséquences; mais ne m’obligez pas, chrétiens, de rentrer encore une fols dans le particulier de nos actions , pour vous faire voir cette vérité trop constante. Que chacun s'examine soi-même , et il reconnaîtra manifestement qu'il n'agit (pie par des motifs tirés purement de dehors; et toutefois la première chose que la règle doit faire en nos âmes, c’est de nous rameneren nous-mêmes. Vous avez fait , dites-vous , une grande affaire , vous avez trouvé le moyen d’amasser beaucoup de richesses , vous êtes entré dans les bonnes grâces d’une personne considérable qui vous peut rendre de grands services ; et je veux encore supposer, si vous le voulez, que vous voussoyez rendu maître de tout le monde ; votre âme n’en est pas en meilleure assiette ; vos mœurs n'en sont pas pour ce la ni plus iunocentes, ni mieux ordonnées. - Je ne suis

- point dans l'intrigue, dit le grave Tertullien, dans « le docte livre de Pallio; on ne me volt pas « m'empresser près la personne des grands ; Je

- n'assiége ni leurs portes , ni leur passage ; je ■ ne me romps point l'cstomac à crier au milieu « d’un barreau; je ne vas ni aux marchés, ni « aux places publiques; j’ai assez à travailler en

* moi-même; c'est là ma grande et ma seule nf-

* faire : » fn vie unicum negotium mihi cet'. C'est qu’il pensait bien sérieusement à régler son Intérieur; et le premier effet, comme je disais, de cette résolution, c'est de nous rappeler en nous-mêmes.

Mais s’il ne faut autre chose, l’orgueil toujours empressé se présentera aussitôt à nos yeux. Voyez cet orgueilleux , comme il sc contemple , avec quelle complaisance il se considère de toutes parts; l’orgueil le fait rentrer en soi-même. Et n'est-ce pas l’orgueil , chrétiens , qui a retiré tant de philosophes du milieu de la multitude? Nous voulons, disaient-ils, vaquer à nous-mêmes; et certes, ils disaient vrai; c’étnit en eux-mêmes qu'ils voulaient s’occuperàcontempler leurs belles idées , à se contenter de leurs beaux et agréables raisonnements , à se former à leur fantaisie une image de vertu de laquelle ils faisaient leur idole. Ils ne reconnaissaient pas comme il faut ce grand Dieu , duquel toutes leurs lumières étaient découlces : superbes et arrogants qu’ils étaient , ils no songeaient qu'à seplalre à eux-mêmes dans leurs subtiles inventions. Ccst là tout le désordre , c’est la vraie source du dérèglement. Qui donc nous ramènera utilement en nous-mêmes , nous retirant de tant d’objets inutiles dans lesquels notre âme s’est cllc-mémesl longtemps dissipée?» sera sans doute

I 1 De Pall. n* b.

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