‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 117 sur 282 · POUR LF. TEMPS 1)U JUBILÉ · texte numérisé non relu

POUR LF. TEMPS 1)U JUBILÉ

SUR LA PÉNITENCE'

Trois qualités de la runtime.' opposée* aux trois désordres du péché : comment elles eo sont le remède. Difficulté a recouvrer la justice perdue. Fidélité qu’exige l'amitié réconciliée. Funestes effets du mépris ou de l’abus de la pénitence.

Qui «liai mortui sumus peccato, qitoroodo adhuc vivemus

in illo?

Nous gui sommes morts au péché, comment pourrons-

nous désormais g vitre? Rom. vt, 2.

Je ne puis vous exprimer, chrétiens, combien est grande aujourd'hui la joie de l’Église. Cette grâce du jubilé , que vous avez si ardemment embrassée , cette piété exemplaire , ce zèle que vous avez témoigné dans la fréquentation des saints sacrements, satisfait infiniment cette bonne mère : et si le père de cc prodigue voulut que toute sa maisou fût en joie pour le retour d'un de ses enfants , quels sont les sentiments de l’Église voyant un si grand nombre des siens ressuscités par la pénitence? Mais cette joie divine et spirituelle ne s'arrête pas sur la terre, elle passe jusqu'au ciel ; et nous apprenons du Sauveur des âmes, que la conversion des hommes pécheurs fait In solennité des esprits célestes , nos gémissements font leur joie, et nos douleurs font leurs actions de grâces. Donc les larmes des pénitents sont si précieuses qu'elles sont recueillies en terre pour être portées jusque dans le ciel , et leur vertu est si grande quelle s’étend même Jusque sur les anges : et ce qui est bien plus merveilleux , c'est qu'encore que l'innocence ait ses larmes , les anges estiment de plus grand prix celles que les péchés font répandre; et l'amertume de la pénitence a quelque chose de plus doux pour eux, que le miel de la dévotion. Que reste-t-il donc maintenant à faire, sinon de vous dire avec l’Apôtre : * Nous qui som- - mes morts au péché, pourrons-nous bien désor- « mais y vivre? » nous , qui avons réjoui le ciel , pourrons-nous après cela réjouir l’enfer, et rendre inutile une pénitence quia déjà pu porter ses

■ Ce sermon étant isolé, et n'appartenant a aucune auitn de sermons, nous l'avons placé avant le carême, parce que le sujet qui y e»t traité convient Irès-bleq a ce saint temps.

( Stiit. de PcrsaUles. 1

SUR LA PÉNITENCE

fruits jusque dans la Jérusalem bienheureuse? | Comprenez , pécheurs convertis , que vos larmes pénètrent le ciel , puisqu'elles y vont réjouir les anges : voyez combien les pleurs de la pénitence sont fructueux À ceux qui les versent, puisqu'ils le sont même aux intelligences célestes. Entendons dans notre Evangile quelle abondante satisfaction produira un jour en nous-mêmes l’affliction d'un coeur repentant, puisqu'elle en produit déjù dans les anges, auxquels le Fils de Dieu nous promet que sa grâce nous fera semblables. Et puisque ces sublimes esprits prennent tant de part à notre bonheur, et qu'ils veulent bien se joindre avec nous par une société si étroite; joignons-nous aussi avec eux , et disons tous ensemble, avec Gabriel, l'un de leurs bienheureux compagnons : Ave, Maria.

Après que la grâce du saint baptême nous ayant neureusement délivrés de la damnation du premier Adam , avait si abondamment répandu sur nous les bénédictions du nouveau ; après que cette seconde naissance, qui nous a ressuscitéscn Notre- Seigncur, avait consacré pour toujours nos corps et nos âmes â une sainte nouveauté de vie , il fallait certainement, chrétiens, que les hommes, régénérés par une si grande bonté de leur Créateur, honorassent la miséricorde divine en conservant soigneusementses bienfaits, et gardassentéternellement l'innocence que le Saint-Esprit leur avait rendue. Car, puisque nous apprenons de i'Apâtre, que celte eau salutaire et vivifiante qui nous a lavés au baptême , a détruit en nous le corps du péché , • pour nous exempter à jamais de sa ser- ■ vitude ; * Ul ultra non sennatnus peccato ' ; y avait-il rien de plus nécessaire que de nous maintenir dans la liberté que le sang de Jésus-Christ nous avait acquise? et nous étant rengagés volontairement dans un si honteux esclavage après la sainteté du baptême , aurions-nous pas bien justement mérité que Dieu punit notre ingratitude par une entière soustraction de ses grâces ?

Oui , sans doute , nous méritions , ayant violé le baptême , qu'on ne nous laissât plus aucune ressource ; mais cette bonté qui n’a point de bornes a traité plus favorablement la faiblesse humaine : elle a regardé d'un oeil de pitié l’extrême fragilité de notre nature, et voyant que notre vie n'était autre chose qu'une continuelle tentation , elle a ouvert la porte de la pénitence , comme un second asile aux pécheurs, et une nouvelle espérance après le naufrage. Et encore que Dieu ait prévu que les hommes toujoursingrats abuseraient de la pénitence comme ils avaient fait du baptême, sa miséricorde ne s’est pas lassée : Jésus-Christ,

* Rom. vi , s.

B0MCCT. — T. Il-

qui a voulu que la pénitence nous tint lieu en quelque sorte d'un second baptême , a mis entre ces deux sacrements cette différence notable , que le premier, nous étant donné comme la nativité du fidèle, ne peut être reçu qu'une fois, parce qu’il n'y a qu'une naissance en esprit , comme il n’y en a qu’une en la chair ; et qu'au contraire le sacrement de la pénitence est mis entre les mains de l'Église comme une clef salutaire, par laquelle elle peut ouvrir le ciel aux pécheurs autaut de fois qu’ils se convertissent. Je n'excepte rien , dit notre Sauveur : tout ce que vous pardonnerez sur la terre , leur sera remis devant Dieu ' : pour nous faire voir par cette parole , que son Père n'est jamais si inexorable qu’il ne puisse être apaisé par la pénitence. Voilà comme la miséricorde divine ne cesse jamais de bien faire aux hommes : mais , comme si notre malice avait entrepris d’abuser de tous ses bienfaits , nous tournons à notre ruine tout ce qu'on nous présente pour notre salut.

En effet , qui ne voit par expérience que c'est la facilité du pardon qui nous endurcit dans le crime? Le remède de la pénitence, qui devait l'arracher jusqu'à la racine , ne sert qu’à le rendre plus audacieux par l'espérance de l'impunité. Les rehelles enfants d’Adam ont cru qu'on leur prolongeait le temps de pécher, parce qu’on leur en donnait pour se repentir ; et par une insolence inouïe, nous sommes devenus plus méchants parce que Dieu s'est montré meilleur. Et afin que vous voyiez , chrétiens , combien ce désordre est universel , permettez-moi d'appeler ici le témoignage de vos consciences. Je veux croire qu'il n’y a personne en cette assemblée , que la grâce du Jubilé, que l'exemple de la dévotion publique, et la sainteté de ces derniers jours n'ait Invité à la pénitence; et je vous considère aujourd'hui comme des hommes renouvelés par le Saint-Esprit. Dans cet heureux état où vous êtes , si quelqu’un vous disait de la part de Dieu , avec une autorité infaillible, que si vous perdez une fois la grâce , en retombant dans les mêmes crimes que vous avez lavés par vos larmes , il n'y a plus pour vous aucune espérance, que le ciel vous sera fermé pour toujours, et que la miséricorde divine sera éternellement sourde à vos prières ; seriez-vous si ennemis de vous-mêmes que de vous précipiter volontairement dans une damnation assurée? les plus déterminés ne trembleraient-ils pas , voyant leur perte si inévitable? Si donc nous retournons aux péchés quenous avons expiés par la pénitence (et qui n'y retournera pas?) c'est que l'espérance I du pardon nous aura flattés , et que nous aurons I présumé, comme des enfants libertins, de l’indui-

AftiUh. xvin, 16. Joan. XX, 23.

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