‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 118 sur 282 · POUR LF. TEMPS DU JUBILE · texte numérisé non relu

POUR LF. TEMPS DU JUBILE

genec de notre Père , que nous avons tant de fuis expérimentée : de sorte qu'il n'est rien de plus véritable que la cause la plus générale de tous nos péchés, c'est que nous n’avons jamais bien compris ce que je me propose aujourd'hui de vous faire entendre, que rien au monde n'est tant à craindre que de ne point proOter de la pénitence , et de déchoir, par de nouveaux crimes, de la grdee quelle nous avait obtenue.

Pour prouver solidement cette vérité , Je remarque trois qualités dans la pénitence : c'est une réconciliation de l'homme avec Dieu , c’est un remède , c'est un sacrement. La pénitence nous réconcilie : de IA vient que l’Apôtre dit : ■ Je vous conjure au nom de Jésus, réconciliez-

• vous avec Dieu'. » La pénitence est un remede pour nos maladies : c'est ce qui fait dire au Sauveur des âmes : ■ Je vous ai rendu la

- santé , allez maintenant , et ne péchez plus ’. » La pénitence est un sacrement ; et Jésus-Christ nous l’enseigne assez, lorsqu'il parle ainsi aux apôtres : - Recevez le Saint-Esprit , leur dit-il ;

- ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur > seront remis1 * * * 5. - Par où nous voyons clairement que l’Esprit qui purge les péchés des hommes doit être communiqué aux fidèles par le ministère des saints apôtres ; et c’est ce que nous appelons sacrement, quand un ministère visible opère intérieurement le salut des.âmcs.

Mais, pour mieux comprendre ces trois qualités, et la connexion qu’elles ont entre elles, concevez premièrement trois désordres que le péché produit dans les hommes. Le premier de tous les désordres , et qui est la source de tous les autres, c’est de les séparer de leur Créateur, et de rompre le nœud sacré de la société bienheureuse que Dieu avait voulu lier avec nous.

• Ce sont , nous dit-il , vos péchés qui ont mis la

• division entre vous et moi4. » Et de là naît un second malheur : c’est que l'âme étant séparée de Dieu, et ne buvant plus à cette fontaine de vie qui seule est capable de la soutenir, aussitôt ses forces défaillent, elle est accablée de langueurs mortelles ; et c'est ce que ressentait le divin Psalmiste , lorsqu'il criait A Dieu du fond de son cœur : • Mes forces, ô mon Dieu ! m’ont

• abandonné, la lumière de mes yeux n'est plus

- avec moi 5 ; guérissez-moi bientôt , ô Seigneur,

• parce que j'ni péché contre vous 6. » Mais le péché n’est pas seulement une maludie, c’est encore une profanation de nos âmes ; et la raison

1 II. Cor. T. ao.

» JtKit i. v. 14.

» Md. xx, », 13

* U. Lll , 3.

* p». xxxvii . le.

* Pt. XL, 4

en est évidente : car, comme l'union avec Dieu les sanctifiait par une espèce de consécration, le péché au contraire les rend profanées. C'est une lèpre spirituelle , qui non-seulement affaiblit les hommes par la muladie, mais les met au rang des choses immondes : et ce sont les trois maux que fait le péché. Il sépare premièrement l'âme d’avec Dieu , et par cette funeste séparation , de saine die devient languissante , et de sainte elle devient profauée.

C'est pourquoi il a fallu que la pénitence eut les trois qualités que je vous ai dites. Le péché nous séparant d'avec Dieu , il fallait que la pénitence nous y réunit ; et c'est la première de ses qualités, c'est une réconciliation. Mais le péché qn nous séparant nous a faits malades : par conséquent il ne suffit pas que la pénitence nous réconcilie , il faut encore qu’elle nous guérisse ; et de IA vient quelle est un remède. Et enfin comme le péché ajoute In profanation et l'impureté aux infirmités qu'il apporte, une maladie de cette nature ne peut être déracinée que par un remède sacré , qui ait la force de sanctifier comme de guérir; c'est pourquoi la pénitence est un sacremeut. Vous voyez, fidèles , ces trois qualités d’où je tire trois raisons solides, (tour montrer qu’il n'est rien de plus dangereux que d’abuser de la pénitence eu la rendant inutile et infructueuse. Car s'il est vrai que la pénitence soit la réconciliât on de l'homme avec Dieu, si c'est un remède qui nous rétablisse , et un sacremeut qui nous sanctifie ; on ne peut sans un insigne mépris rompre une amitié si saintement réconciliée, ni rejeter sans un grand péril un remède si efficace, ni violer sans irrévérence un sacrement si saint et si salutaire. Ce sont les trois points : et de IA nous conclurons , avec l’Apôtre , que puisque nous sommes morts au péché, nous ne pouvons plus désormais y vivre. C'est ce que j espère vous rendre scnsiblo avec le secours de la grâce.

PHEM1EII POINT.

j Pour entrer d'abord en matière , posons pour fondement de tout ce discours, que s'il y a quelque chose parmi les hommes qui demande une fidélité étemelle , c’est une amitié réconciliée. Je sais que le nom de l’amitié est saint par luiméme , et que scs droits sont inviolables dans tous les sujets où clic se trouve ; néanmoins il faut confesser qu'il y a entre les amis réconciliés je ne sais quel engagement plus étroit, et que

i l'amitié y reçoit de nouvelles forces. La raison , chrétiens , en est évidente. Ce que l'homme fait avec contention , il le fait aussi avec efficace; et les effets sont d'autant plus grands, que

SUR LA PÉNITENCE

l'âme est pins puissamment appliquée : île sorte j qu'une amitié qui a pu se reprendre malgré les obstacles, qui a pu oublier toutes les injures, qui a pu revivre même après sa mort , a sans j doute quelque cnose de plus vigoureux que celle | qui n'a jamais fait de pareils efforts. Cette ami- | lié autrefois éteinte, maintenant refleurie et t ressuscitée, se souvenant du premier malheur, j jette de plus profondes racines , de crainte quelle ne puisse être encore une fois abattue. Les en urs se font eux-mômes des nœuds plus serrés : et j comme les os se rendent plus fermes dans les endroits des ruptures , à cause du secours extraordinaire que la nature donne aux parties blessées ; de même les amis qui se réunissent envoient, pour ainsi dire, tant d'affection pour renouer j l'amitié rompue, qu’elle en demeure à jamais mieux consolidée. Mais si l’affeclion y est plus | ardente, la fidélité d’autre part se lie davantage, j La réconciliation des amis a quelque chose de ccs contrats qui Interviennent sur les procès; et nous apprenons des jurisconsultes que ce sont les plus assurés , parce que la bonne foi y cal engagée dans des circonstances plus fortes : d’ou il est aisé de conclure qu'en tous sens il n'est rien plus inviolable que l'amitié réconciliée.

Cette vérité étant établie, je m'adresse maintenant à vous , chrétiens réconciliés par la pénitence , pour vous dire que Dieu vous demande une fidélité plus exacte et une affection plus sincère. : pour quelle raison? parce que vous êtes réconciliés. 11 veut que vous l’aimiez davantage; et ce n'est pas moi qui le dis , c'est lui qui vous le déclare dans son Évangile , lorsque , parlant A Simon le pharisien au sujet de lu Madeleine, il dit : « Celui à qui on remet moins , aime moins ;

« celui a qui on remet plus, aime plus'. > Peuton parler plus expressément? Il vous a remis vos péchés ; mais après cela il attendde vous que vous l'aimerez avec plus d'ardeur; parce qu'aiusi que nous avons dit , c'est la loi nécessaire et indispensable de l'amitié réconciliée; et lui-même, quoiqu'il soit au-dessus des lois , il ne laisse pas d'en donner l’exemple. Considérez ce que je veux dire : il n'y a page de l'Évangile où nous ne voyions que Jésus a une certaine tendresse pour les pécheurs réconciliés plus que pour les justes qui persévèrent. Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée ; que Pierre, après l’avoir renié, est choisi pour confirmer la foi de ses frères ; qu'il laisse tout le troupeau dans les bois pour courir après sa brebis perdue ; et que celui de tous ses enfants qui émeut le plus sensiblement ses entrailles, c'est le dissipateur qui retourne? afin que nous en-

1 Luc. Tl» , 47.

tendions , chrétiens , qu'encore que l'innocence ait ses larmes, il estime'plus précieuses celles que les péchés font répandre dans les saints gémissements de la pénitence, et que la justice recouvrée a quelque chose de plus agréable à ses yeux, que la Justice toujours conservée. Et d’ou vient cela? c'est que s'étant réconcilié nvec les pécheurs, il veut soigneusement observer les lois de l’amitié réunie : et si Dieu les observe si exactement , nous , fidèles , les voulons-nous mépriser? quelle serait notre perfidie! Dans la réconciliation de l’homme avec Dieu , ce n'est pas l'homme qui se relâche : Dieu n'a pas rompu le premier; au contraire il nous comblait de scs biens ; c'est l'homme qui a été l'agresseur : quelle insolence! mais c’est Dieu qui remet, c'est Dieu qui oublie. Que si celui qui pardonne et qui se relâche, se soumet volontairement aux lois de l'amitié réconciliée, s'il consent d'aimer davantage; que ne doit pas faire celui qui reçoit la grâce , à qui l'on quitte toutes ses dettes , et duquel on oublie toutes les injures? C’est donc une vérité très-indubitable, que le pécheur réconcilié doit à Dieu une amitié plus ardente que le juste qui persévère. Tu le dois certainement, chrétien, tu le dois, et Jésus-Christ s'y nttend, et il te l a dit dans son Évangile; mais que son attente est frustrée! O Sauveur! votre bonté nous fait tort , et tes hommes abusent de votre indulgence , parce que votre miséricorde se rend trop facile. Celle facilité , je l'avoue , devrait exciter nos affections ; mais notre âme basse et servile n’est pas capable de se gouvernerpardes considérations si honnêtes ; il nous faut de la crainte romme a des esclaves. Éveillons-nous donedu moins, chrétiens, au bruit de la vengeance qui nous menace, si nous manquons à une amitié qui a été si saintement réparée. [Tenons-nous en garde J contre la facilité que nous nous imaginons a recouvrer la grâce : ou ne la recouvre pas avec ccttc facilité que nous nous étions figurée. Je vous prie , renouvelez vos attentions.

Nous apprenons , dans les saintes Lettres , que dans la première intention de Dieu la grâce sanctifiante ne devait être donnée qu’une seule fois, et que si les hommes venaient a la perdre , jamais elle ne pourrait leur être rendue. Cela parait d'abord bien étrange; cependant il n’est rien de plus véritable, et c’est le fondement du christianisme. Mais d'où vient donc , direz- vous , que les hommes sont Justifiés? Kh ! fidèles , ne savezvous pas? c'est que Jésus-Christ est intervenu. Entendez ce que c'est que notre justice : la justice du christianisme u’est pas un bien qui nous appartienne ; ce n’est pas à nous qu'on le restitue, c'est un don que le Père a fait à son Fils,

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