‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 119 sur 282 · POUR LE TEMPS DU JUBILE · texte numérisé non relu

POUR LE TEMPS DU JUBILE

et ce Fils miséricordieux nous le cède; il veut que nous jouissions de son droit ; nous l'avons de lui par transport , ou plutôt nous ne lavons qu’en lui seul, parce que le Saint-Esprit nous a faits ses membres : c’est l’espérance du chrétien. Donc la gr âce de la justice , dans la première Intention de Dieu , ne devait point être rendue à ceux qui la perdent ; et si Dieu s’est laissé fléchir en notre faveur à la considération de son Fils, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ait tout à fait oublié son premier dessein , ni qu’il se soit entièrement relâché de sa première rigueur. Il a fallu trouver un milieu, afin de nous retenir toujours dans la crainte : de sorte qu’il a posé cette loi éternellement immuable, qu'autant de fois que nous perdrions Injustice, s'il se résolvait à nous pardonner, il se rendrait de plus en plus difficile. Par exemple , nous l'avons reçue im baptême ; avec quelle facilité, chrétiens I nous le voyons tous les jours par expérience , nous n’y avons rien contribué du nôtre, et nous n’avons pas même senti la grâce que l'on nous a faite. Si nous péchons après le baptême, nous ne trouvons plus cette première facilité; il faut nécessairement recourir aux larmes et aux travaux de la péuitence , qui est appelée par l'antiquité un baptême laborieux. Écoutez le concile de Trente ■ : on ne répare point la justice par le sacrement de la pénitence sans de grandes peines et de grands travaux : le premier baptême n’est point pénible; le second est laborieux. D'où vient celte nouvelle difficulté , sinon de la raison que nous avons dite? Vous avez perdu la justice ; ou vous n’y reviendrez jamais , ou ce sera toujours avec plus de peine : et si nous violons les promesses non-seulement du sacré baptême, mais encore de la pénitence, par la même suite de raisonnement, la difficulté se fera plus grande; Dieu se rendra toujours plus inexorable.

Et pour rechercher cette vérité jusque dans sa source , je remarque avec le docte TertuJIlcn , au second livre contre Marcion , que « tout l’u- ■ sage de la justice sert à la bonté : » Omnejustitiœ opus procuratio bonitatis est * ; parce que sa fonction principale , c’est de soutenir la miséricorde, en la faisant craindre à ceux qui seront assez aveugles pour ne l’aimer pas. Et c’est pourquoi si la malice des hommes méprise la miséricorde divine, en manquant à la foi donnée dans le sacrement , et violant les promesses de la pénitence; ou la justice divine devient entièrement inflexible , ou s'il lui plait de se relâcher, elle se rend de plus en plus rigoureuse : autrement , si je l'ose dire, elle trahirait la bonté en l'abandonnant au mépris. En effet , se peut-il voir un pa-

1 W xiv, <U Panit. cap. II.

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