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LE PREMIER DIMANCHE DE CARÊME
SI R LES DÉMONS
Quelle est leur puissance et leur force, leur milice, el leurs ni ses moyens qu'ils emploient pour nous séduire. A\ec quelle facilité nous pouvons les « aincre * .
l)uc tus est Jésus à Spiritu in «fettitum , ut tentaretur A diabolo.
Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert , pour y cire tenté du diable. Malth. iv, I.
On vit dans le ciel un grand changement, lorsque les anges, maintenant ennemis, autrefois enfants et domestiques , ayant quitté le bien commun de toutes les natures intelligentes pours’arrêter à eux-mêmes et a leur propre excellence , perdirent tout â coup la justice dans laquelle Dieu les avait créés ; et n’ayant plus que du faste au lieu de leur grandeur naturelle , des finesses malicieuses au lieu d'une sagesse céleste , l'esprit de division au lieu d’une charité très-ardente , ils devinrent superbes, trompeurs et jaloux , et réduits justement par leur péché A une telle extrémité de misère , que , nonobstant l'excellence de leur nature , de pauvres mortels comme nous ne laissent pas de leur faire envie. Changement vraiment épouvantable , lequel si nous méditons sérieusement, il en réussira cette utilité, que ces esprits malfaisants , malgré la haine qu'ils ont contre nous , profiteront néanmoins à notre salut en nous apprenant à craindre Dieu par l'exemple de leur ruine , et à veiller sur nous-mêmes par l'appréhensiou de leurs ruses. C’est le fruit que je me propose de ce discours, qui étant de telle importance, jene puis douter du secours d'en haut dans une entreprise si salutaire. Oui , mes- frères , le Saint-Esprit descendra sur nous, Marie nous assistera par ses prières ; et s'agissant de combattre les démons , un ange nous prêtera volontiers ses paroles pour implorer son secours. Ave.
C’est le dessein du Fils de Dieu de tenir ses fidèles toujours en action, toujours occupés, et vigilants et animés , jamais relâchés ni oisifs : et parce que comme de tous les emplois celui de la guerre est le plus actif et qui lient l’esprit le plus occupé , de là vient qu'il nous enseigne , dans son
1 O sermon est au fond le incmr que le précédent. D. Déport» « le nié, mais mih succès, de les fondre ensemble. Quoiqu’il* se ressemblent beaucoup, chacun néanmoins a tpu caractère propre, des tours souvent Iri-s-diffureiiU; l’un développe ce qui n'est qu'ébauché dans l'autre; et «l ai I leurs celui-ci contient des morceaux considérables qui ne se trouvent point dans le premier Nous le» donnons donc tous deux 1 tels que Bossuet les a composés. {Édit, de Pendilles.)
Sl!R I.KS DÉMONS.
sst
Ecriture , que « notre vie est une milice ■ , • et que , comme nous sommes toujours dans le combat , aussi ne devons-nous Jamais cesser d'être sur nos gardes : Sobrii estote et vigilntc' : • Soyer ; - sobres , et veillez. - L'évangile de ce jour nous fait bien connaître cette vérité. Nous y voyons Jésus conduit nu désert, pour y être tenté du diable ; c'est-à-dire, notre capitaine qui descend au chatnpde bataille, pourvenir aux mains avec nos ennemis Invisibles : Dudits est Jésus a Spiritu in ilesertum , ut tentaretur a diabolo.
Ne croyez pas , mes frères , que nous devions être spectateurs oisifs de ce combat admirable : nous sommes engagés bien avant dans rette querelle; et le Fils de Dieu ne permet aux démons d'entreprendre aujourd'hui sur sa personne, qu'nfln de nous fuirc entendre par son exemple ce qu'ils machinent tous les jours contre nous-mêmes. Que s'il est ainsi, chrétiens, (pie nous soyons obligés à combattre, faisons ce que l’on fait dans la guerre ; et avant que d'entrer dans la mêlée , avancons-nous avec le Sauveur pour reconnaître ees ennemis qui marchent contre nous si résolument. Si nous sommes soigneux de les observer, dans l’évangile de cette journée, nous remarquerons aisément lenr puissance , qui les rend superbes et audacieux. Ils entreprennent, messieurs, contre le Fils de Dieu même, ils tentent de le mettre à leurs pieds : peut-on voir une audace plus emportée? Ils l'enlèvent en un moment du désert sur le pinacle du temple, Jésus-Christ le permettant de la sorte pour l'instruction de ses fidèles : n’est-ce pas nue force terrible? S'ils sont forts et entreprenants , ils ne sont pas moins rusés ni malicieux. La hnine invétérée qu’ils ont contre nous, les oblige de recourir à des artifices également subtils et malins. Ils tentent Jésus-Christ de gourmandise après un jeûne de quarante jours : Die ut lapides isti panes Jiant : ’ Dites que ces pier- • res deviennent des pains; » et ils tâchent de le porter à la vaine gloire , après une action d'one patience héroïque : n’était-ce pas un dessein plausible et une finesse bien inventée?
Tout cela, chrétiens, nous doit faire peur, puisque nous avons à nous défendre dans le même temps, et de la violence et de la surprise, et de la force et des ruses. Et néanmoins ce même évangile, qui nous représente ees ennemis avec cet appareil redoutable, nous découvre aussi d'une meme vue qu'il n’est rien de plus aisé que de les vaincre; puisque nous voyons clairement et toutes leurs forces abattues , et toutes leurs finesses éludées par une simple parole. Voilà, mes frères, en peu de mots , ce que nous apprend l'Évangile
1 Job. vn . i.
■ 1. Ptlr. v. ».
de l'état de nos ennemis et de leur armée. SI vous regardez leur marche hardie , et leur contenance flère et présomptueuse, vous verrez d'abord leur force et leur puissance : si vous observez de plus près leur marche, vous reconnaîtrez aisément leurs ruses et leurs détours : et enfin si vous pénétrez jusqu’au fond, vous verrez qn’nvec leur mine superbe et leur appareil redoutable , Ils sont déjà rompus et défaits; et qu'étant encore tremblants et effrayés de leur déroute , il est très-facile de les mettre en faite. C'est ce que je me propose de vous faire entendre, et voilà en peu de mots le partage de ce discours : commençons par leur force et par leur puissance.
P1EMIEH POIXT.
Pour vous faire entendre, messieurs, quelle est la force des ennemis que nous avons à combattre, il faut nécessairement vous entretenir de la perfection de leur nature. Mais comme ce discours serait infini, si j’allais rechercher curieusement tout ce que la théologie nous en enseigne, je vous en dirai seulement ce mot, qui sera trèsutile pour votre Instruction : c’est que la noblesse de leur être est telle, qu'à peine les théologiens peuvent-ils comprendre de quelle sorte le péché a pu trouver place dans une perfection si éminente.
1 1 faut donc nécessairement qu'elle soit bien haute. Et en effet , mes frères, que des mortels comme nous , abîmés dans une profonde ignorance , accablés de cette masse de chair, agités de tant de convoitises brutales , abandonnent si souvent le chemin étroit de la loi de Dieu, bien que ce soit une extrême insolence, ce n'est pas un événement incroyable : mais que ces intelligences pleines de lumières divines, elles dont les connaissances sont si distinctes et les mouvements si paisibles, que Dieu avait créées avec tant de grâce et dans une condition si heureuse , qu'elles pouvaient mériter leur béatitude par un moment de persévérance, se soient néanmoins retirées de Dieu , bien qu’elles fussent si assurées que leur souveraine félicité ne fût qu'en lui seul ; c’est ce qui est surprenant et terrible. Le prophète même s’en étonne : Quomodo cecidisti de calo, Lucifer '? O Lucifer, astre brillant qui luisait dans le ciel avec tant d'éclat , comment es- tu tombé si soudainement? quelle est la cause de ta chute? qui a pu donner l’entrée au péché, puisqu'il ne pouvait y avoir ni erreur parmi tant de connaissances , ni surprise dans un si grand jour, ni trouble dans une si parfaite tranquillité et dans un tel dégagement de la matière? Cependant, mes frères, cet astre est tombé, et il aentrainéavec lui la quatrième partie
1 a xiv, la.
sur, LES DEMONS.
des étoiles. I)e quelle sorte cela s'est-il fait? Ne soyons pas curieux d'un si grand secret , et reconnaissons seulement qu'en vérité être créature, c'est bien peu de chose.
Les fous morcionjtes , et les manichéens, encore plus insensés, estimaient que la méchanceté des démons était leur condition naturelle : car de même qu'il y a un souverain bien duquel tous les biens découlent dans cet univers, ainsi parce qu'il s’y rencontre diverses sortes de maux , Us inféraient de lé qu’il y avait un principe commun de tout mal , un souverain mal , pour ainsi parler, un Dieu méchant , dont tout le plaisir est de nuire, ruminant toujours en soi-même quelque desseiu tragique et funeste ; et ils voulaient que les diables fussent ses créatures et ses satellites ; de sorte gisaient-ils , qu'ils sont méchants par nature. Certes je m’étonnerais qu'une doctrine si monstrueuse ait pu avoir quelque vogue parmi des gens qui se disaient chrétiens , si je ne savais qu'il n'y a point d'abiined’errcuroùresprithumalnnescprécipite, lorsqu’enfié des sciences humaines , et secouant le joug de ta foi , il se laisse emporter à sa raison égarée.
Mais autant que leur doctrine était ridicule et impie, autant sont excellentes les vérités que les anciens Pères leur ont opposées : et surtout je ne puis assez admirer avec quelle force de raisonne- I ment l'incomparable saint Augustin1, et apres lui le grand saint Thomas , son disciple , ont réfiité leur extravagance. Ces grands hommes leur ont appris qu’en vain ils recherchaient les causes efOclentesdu mal ; que le mal n’étant qu'un défaut, il ne pouvait avoir de vraies causes ; que tous les êtres venaient du premier et souverain Être, qui , étant très-bon par essence, communiquait aussi une impression de bouté à tout ce qui sortai t de ses mains ; d’où il résultait manifestement qu'il ne pouvait y avoir de nature mauvaise. Ce qui se coufirme par le sentiment et le langage commun des hommes, qui appellent les choses bonnes quand elles sont dans leur constitution naturelle : et par conséquent il est impossible qu'une chose soit tout ensemble et naturelle et mauvaise. A quoi Ils ajoutaient que le mal , n'étant qu’une corruption du bien , ne pouvait agir ni travailler que sur un bon fond ; qu’il n'y a que les bonnes choses qui soient capables d'étre corrompues ; et que les créatures ne pouvant devenir mauvaises que parce quelles s'éloignent de leurs vrais principes,
Il s'ensuivait de lé que ces principes étaient trèsbons. Ainsi, disaient ces grands personnages, tant s'en faut que les manquements des créatures prouvent qu'il y a de mauvais principes, qu’au
1 Ve Civ. Vei . lit». ÏIY, cap. mu, I. vil, col. .736. LU», de ver. R'U'J. [»• 36, M, .17 , l, l, col. 76», 7«0, cl aUM.
contraire U serait Impossible qu'l I y eût aucun manquement dans le monde , si les principes n'étaient excellents : par exemple, Il ne pourrait y avoir de dérèglement , s'il n'y avait une réglé première et invariable ; ni aucune malice dans les actions , s'il n’y avait une souveraine bonté, de laquelle les méchants s« retirent par an égarement volontaire. Enfin, pour couronner leurs belles raisons par une parole expresse du Fils de Dieu, ils ont remarqué que Notre-Scigneur, en parlant du diable, en saint Jean, n'avait pas dit qu'il était né dans le mensonge, mais < qu'il n’était pas de- - meure dans la vérité : . /« verilate non tletit’. Que s'il n’y est pas demeuré , il y a donc été établi; et s'il en est tombé , ce n'est pas un vice de sa nature , mais une dépravation de sa volonté. Laissant donc à part ces vieilles erreurs, ensevelies depuis si longtemps dans l'oubli , recherchons do plus haut et par les véritables principes l'origine deces esprits dévoyés , et la cause de leurs erreurs. Suivez-moi, s'il vous plaît, chrétiens.
Non ! je ne cherche point d'autres causes pourquoi les auges ont pu pécher, sinon que c'ctaient des créatures : la raison, saint Augustin nous l’a enseignée ■. La créature est faite de la main de Dieu ; donc il ne se peut qu'elle ne soit bonne , parce que son principe est la bonté même : mais I la créature est tirée du néant ; c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si elle retient quelque chose de cette basse et obscure origine ; ni si étant sortie du néant, elle y retombe si facilement par le péché, qui l'y rengage de nouveau, eu la séparant de la source de son être. Ainsi , messieurs , c'est assez de voir que les anges étaient créatures, pour conclure qu'ils n'étaient pas impeccables. Cet honneur n'appartient qu’à Dieu, fis lui sont semblables, il est vrai, mais non pas en tout : et encore que nous voyions, dit Tertullicn , « qu'une image bien faite représente tous les traits
• de l'original , elle ne peut exprimer sa vigueur, « étant destituée de mouvement ; ainsi quelque
• ressemblance que nous voyions des perfections
• infinies de Dieu dans les anges et les natures
• spirituelles, elles ne peuvent jamais exprimer « sa force, qui est le bonheur de ne pécher pas : • Imago, cum omnes lineas exprimai verilalit, tri tamen ipsa caret, non habens molnm; ita et anima, imago spiritus , solam vim cjus exprimere non valuil, ici est non peccandi felicitalem3.
Tirés du néant , et c’est nssez dire : de là , messieurs, il est arrivé que les premiers des anges se sont endormisen eux-mêmes dans incomplaisanco
1 Joon. THl , 44.
1 Dr Civ. Dei , lib. xtv, cap. xm , t vu , oot. M4.
* Lib. il , cii/r. Marriott , 11* tf.
ed by GooqIc
SUR LES DÉMONS
de leur beauté. La douceur de leur liberté les a trop charmés, ils en ont voulu foire une épreuve malheureuse et funeste; et, déçus par leur propre excellence, ils ont oublié la main libérale qui les avait comblés de ses grâces. L’orgueil s'estemparé de leurs puissances : ils n’ont plus voulu se soumettre à Dieu ; et ayant quitté , les malheureux , cette première bonté , qui n'était pas moins l’appui de leur bonheur que le principe de leur être , vous etonnerez-vous si tout est allé en ruine , ni s’il s’en est ensuivi un changement si épouvantable? Dieu l’a permis de la sorte.
Tremblons, tremblons, mes frères, et soyons saisis de frayeur en voyant ce tragique exemple, et de la faiblesse de la créature , et de la justice divine. Hélas! on a beau nous avertir, nous courons tous les jours aux occasions du péché les plus pressantes , les plus dangereuses : nous ne veillons non plus sur nous-mêmes que si nous étions impeccables; et nous croyons pouvoir conserver sans peine, parmi tant de tentations, ce que des créatures si parfaites ont perdu dans une telle tranquillité. Est-ce folie? est-ce enchantement, est-ce que nous n’entendons pas quels malheurs le péché apporte? pendant que nous voyons à nos yeux ces esprits si nobles , défigurés si étrangement par un seul crime, que d’anges de lumière ils sout faits tout d'un coup anges de ténèbres, d'enfants ils sont devenus ennemis irréconciliables ; et étant ministres immortels des volontés divines , ils sont enfin réduits a cette extrémité de misère , qu’il n’y a plus pour eux d’occupation que dans l'infime emploi de tromper les hommes. Quelle vengeance, quel changement! c’est le péché qui l'a fait , et nous ne le craignons pas! n'est-ce pas être bien aveugles? Mais revenons à notre sujet et jugeons de la force de nos ennemis par la perfection de leur nature.
C'est le grand apôtre saint Paul qui nous y exhorte par ces excellentes f paroles : ] « Revêtez-
• vous, dit-il, des armes de Dieu, parce que vous
• n’avez pas à combattre la chair ni le sang , » ni aucune force visible : Non est nobis colluctatio ad versos camem et sanguinem, sed adversus principalus et potcslales, adversité mundi redores , contra spiritualia neguilia in calestibus • ; » mais contre des principautés et des
• puissances , et des malices spirituelles : • spiritmlia nequitiœ. Pourquoi exagèrc-t-il en termes si forts leur nature spirituelle? c'est à cause que dans les corps , outre la partie agissante , il y en a aussi une autre qui souffre, que nous appelons la matière : c'est pourquoi les actions des causes naturelles , si nous les comparons à celles
' Ephet. VI, IS.
Dosscer. — t. u.
desanges, paraîtront languissantes et engourdies, à cause de la matière qui ralentit toute leur vertu. Au contraire, ccs ennemis Invisibles, qui s’opposent à notre bonheur, ne sont pas, dit-il, de chair ni de sang : tout y est dégagé , tout y est esprit ; c'est-à-dire , tout y est force , tout y est vigueur : ils sont de la nature de ceux dont il est écrit « qu’ils portent le monde • Et de là nous devons conclure que leur puissance est très-redoutable.
Mais vous croirez peut-être que leur ruine les a désarmes, et qu'étant tombés de si haut ils n’ont pu conserver leurs forces entières. Désabusez-vous, chrétiens; tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté et conséquemment leur béatitude. En voici la raison solide , tirée des principes de saint Augustin : c’est que la félicité des esprits ne se trouve ni dans une nature excellente , ni dans un sublime raisonnement , ni dans la force , ni dans la vigueur; mais elle consiste seulement à s'unir à Dieu par un amour chaste et persévérant. Quand donc ils se séparent de lui , ne croyez pas qu'il soit nécessaire que Dieu change rien en leur nature pour punir leur égarement; il suffit, dit saint Augustin, pour se venger d'eux, qu'il les abandonne à eux-mêmes : Quia sua superbia sibi placuerunt, Dei justilia sibi donarentur'. De cette sorte ces anges rebelles que l'honneur de leur nature a enflés, que leurs grandes connaissances ont rendus superbes jusqu’à vouloir s'égaler h Dieu , ne perdront pas pour cela leurs dons naturels. Non , ils leur seront conservés; mais il y aura seulement cette différence , que ce qui leur servait d’ornement cela même leur tournera en supplice , par une opération cachée de la main de Dieu , qui se sert comme II lui plaît de ses créatures , tantôt pour la jouissance d’une souveraine félicité , tantôt pour l’exercice de sa juste et impitoyable vengeance.
Par conséquent, messieurs, il ne faut pas croire que leurs forces soient épuisées par leur chute. Toute l’Ecriture les appelle forts. ■ Les « forts , dit David , se sont jetés sur moi : » /rmerunt in me fortes 3 ; par où saint Augustin entend les démons *. Jésus-Christ appelle Satan ■ le ■ fort armé : ■ fortis armatus i. Non-seulement il a sa force , c’est-à-dire , sa nature et ses facultés , mais encore ses armes lui sont conservées , c'està-dire, ses inventions et scs connaissances : fortis armatus. Ailleurs il le nomme - le prince du
1 Job. IX , 13.
* De Civ. i>ei , lit», xiv, cap. xv, t. vu , col. Jflfi.
* P*. I. vi il , 4.
* Ih P», lviii, ettarr. i, n° «, l. iv, col. 509 1 Luc. xi . 21.
SUR LES DEMONS
■ monde : ■ princeps lm/us mundi ' ;et saint Paul,
■ gouverneur du monde : < redores mundi *. Et nous apprenons de Tertullicn que les démons faisaient parer leurs idoles des robes dont se revêtaient les magistrats, qu'ils faisaient porter devant eux les faisceaux et les autres marques d'autorité publique , comme étant , dit-il , « les vrais - magistrats et les princes naturels du siècle : > Dœmones magislralus sunt sœculi1. Satan n'est pas seulement le prince , le magistrat et le gouverneur du siècle ; niais , pour ne laisser aucun doute de sa redoutable puissance, saint Paul nous enseigne qu'il < en est le dieu : • iléus hiyus sœcuti >. En effet, il fait ledieu sur la terre, il affecte d'imiter le Tout-Puissant 11 n'est pas en son pouvoir de faire comme lui de nouvelles créatures, pour les opposer & son Maître ; voici ce qu'invente son ambition : il corrompt celles de Dieu, dit Tcrtulllen s, et les tourne autant qu'il peut contre leur auteur : enflé démesurément de ses bons succès, il se fait rendre enfin des honneurs divins; il exige des sacrifices, il reçoit des vœux, il se fait ériger des temples , comme un sujet rebelle qui par mépris ou par insolence affecte la même grandeur que son souverain : Ut Dei Domini ptucita cum contumetia affectons 6.
Telle est la puissance de notre ennemi ; et ce qui la rend plus terrible, c'est la violente application avec laquelle il unit ses forces dans le dessein de notre ruine. Tous les esprits angéliques, comme remarque très-bien saint Thomas^, sont très-arrêtés dans leurs entreprises : car au lieu que les objets ne se présentent à nous qu’à demi , si bien que par de secondes réflexions nous avons de nouvelles vues qui rendent nos résolutions chancelantes; les anges, au contraire, dit saint Thomas , embrassent tout leur objet du premier regard avec toutes ses circonstances ; et ensuite leur résolution est fixe, déterminée et invariable. Mais s’il y a en eux quelque pensée forte, et où leur intelligence soit tout appliquée, c'est sans doute celle de nous perdre. • C’est un ennemi » qui ne dort jamais , jamais il ne laisse sa ma- « lier oisive » : Vervicacissimus hostis itle nunquam malitiœ suw otium facit : quand même vous le surmontez , vous ne domptez pas son audace, mais vous enflammez son indignation : Ttincplurimum accenditur, dum extinguitur 1 : • Quand son feu semble tout à fait éteint, c'est
' Jorin. Xtl , SI.
* Rph, vi , 11.
* De Jdol. n° 18-
« II. Cor. iv, 4.
1 De Idol. n" 4.
* Tert. ad Vxnr. n“ 8-
’ Part. I Quasi. i.vill , art. tu.
* Tert. de Paait. n“ 7.
« alors qu'il se rallume avec plus de force. . Ce superbe, ayant entrepris de traiter d'égal avec Dieu , pourra-t-il jamais croire qu’une créature impuissante soit capable de lui résister? et si, renversé comme il est dans les cachots éternels, il ne cesse pas néanmoins de traverser autant qu'il peut les desseins de Dieu ; s’il se roidit contre lui avec une telle opiniâtreté, bien qu'il sache que tous ses efforts seront inutiles ;.que n’osera-t-il pas contre nous, dont il a si souvent expérimenté la faiblesse?
Ainsi je vous avertis , mes chers frères, de ne vous relâcher jamais, et de vous tcuir toujours en défeuse. Tremblez même dans la victoire : c’est alors qu’il fait ses plus grands efforts, et qu'il remue ses machines les plus redoutables. Le voulez-vous voir clairement dans l'histoire de notre évanglle?il attaque (rois foisle Fils de Dieu : trois fuis repoussé honteusement , il ne peut encore perdre courage. • 11 le laisse, dit l'Ecriture, . jusqu'à uu autre temps : - Rcccssit ab Mo usque ad tempos ' ; surmonté et non abattu , ni désespérant de le vaincre ; mais attendant une heure plus propre et une occasion plus pressante. O Dicnl que dirons-nous ici, chrétiens? si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourrons-nous espérer de trêve avec lui? Et si la guerre est continuelle, si uu ennemi si puissant veille sans cesse contre nous avec tous ses agents , qui pourrait assez exprimer combien soigneuse , combien vigilante, combien prévoyante et Inquiète doit être à tous moments la vie chrétienne ? Et nous nous endormons 1 Je ne m'étonne pas si nous vivons sous sa tyrannie , ni si nous tombons dans scs pièges , ni si nous sommes enveloppés dans ses embûches et dans ses finesses.
SECOND POIST
Puisque l'ennemi dont uous parlons est si puissant et si orgueilleux, vous croirez peut-être, messieurs, qu'il vous attaquera par la force ouverte, et que les finesses s'accordent mal avec tant de puissance et tant d'audace. En effet, saint Thomas remarque ‘ que le superbe entreprend hautement les choses ; et cela , dit ce grand docteur, pareequ'il veut contrefaire le courageux, qui a coutume d'agir ouvertement dans ses desseins, et qui est ennemi de la surprise et des artifices. Il serait donc malaisé d'entendre de quelle sorte Satan aime les finesses, » lui qui est le « prince de tous les superbes , - comme l’appelle l'Écriture sainte: fpseest rex super universos fitios svperbiw J si cette même Écriture ne nous
1 Luc. IV. 13.
1 Quasi, l.v, art. 8 , ad 2.
* Job. XI.1 , 15.
agle
SI' R LES DEMONS
apprenait que c’est un superbe envieux, Im-idia diaboli * , et par conséquent trompeur et malin. Car encore qu’il soit véritable que l'envie soit une espèce d'orgueil , néanmoins tout le monde sait que c'est unorgueil lâche et timide, qui se cache, qui fuit le jour, qui, ayant honte d'elle-méme, ne parvient à ses fins que par de secrétes menées : et de là vient qu'une noire cuvic rongeant éternellement le cœur de Satan et de ses malheureux complices, et le remplissant de fiel et d'amertume contre nous , elle ie contraint d’avoir recours à la fraude , à la tromperie, à des artifices malicieux; il ne lui importe pas, pourvu qu’il nous perde.
D’où lui vient cette envie? C’est ce qu'il serait long de vous expliquer, et vous en êtes sans doute déjà bien instruits : car qui ne sait , messieurs , que cet insolent, qui avait osé attenter sur le trône de son Créateur, frappé d’un coup (le foudre , chut du ciel en terre , « plein de rage et de « désespoir? » Habensiram mngnam *. Se sentant perdu sans ressource , et ne sachant sur qui se venger, il tourne sa haine envenimée contre Dieu , l contre les anges , contre les hommes , contre tou- j tes les créatures, contre lui-même; et après une telle chute, n’étant plus capable que de cette ■ maligne joie qui revient à un méchant d'avoir des complices , et à un esprit malfaisant , des compagnons de sa misère , il conspire avec ses anges de tout perdre avec eux , d’envelopper, s'ils pouvaient, tout le momie dans leur crime. De là cette haine , de là cette envie qui le remplit contre nous de fiel et d'amertume.
Le voulez-vous voir, chrétiens, voulez-vous voir cet envieux représenté chez Ézéchiel sousle nom de Pharaon , roi d’Égypte? Spectacle épouvantable I Toutautour de lui sout des corps meurtris par de cruelles blessures. • Là gft Assur, dit
- ie prophète , avec toute sa multitude : là est
• tombé Élam et tout le peuple qui le suivait : là
• Mosocli et Titubai , les rois d'Idumée et du « Nord, et leurs princes et leurs capitaines, et
- tous les autres , qui sont nommés multitude im-
• mense, nombre innombrable : • ils sont tout autourcouchés parterre, nageant dans leursang :
■ Pharaon est au milieu qui voit tout ce carnage ,
« et qui se console de ses pertes , et de tonte sa
■ multitude tuée par le glaive; Pharaon et toute
- son armée ; » Salon et tous ses complices : Vidit eos Pharao, et eonsolatus est super universa multitudinc sua quœ interfecla estgtadio; Pliarao, et omnis exercitus ejus J.
Enfin , enfin , disent-ils, nous ne serons pas les
* Sap. n, 34.
* Apoc. ut, l*.
* t'zrch. XXXII, 31.
seuls : çà, cà, voici des compagnons. O justice divine ! tu as voulu des supplices , en voilà ; soûle ta vengeance ; voilà assez de sang , assez de carnage. Voilà, voilà ces hommes que Dieu avait voulu égaler à nous, les voilà enfin nos égaux dans les tourments; cette égalité nous plaît : plutôt , plutôt périr, que de les voir ànos côtés dans la gloire. Malheur n nos lâches compagnons qui le souffrent : il vaut bien mieux périr, et qu'ils périssent avec nous. Ils nous jugeront quelque jour, ces hommes mortels; il faudra bien l'endurer, puisque Dieu le veut. Ah! quelle rage pour ces superbes! mais auparavant , disent-ils, combien en mourra-t-il de notre main ! ah ! que nous allons fairede sièges vacants ! et qu'il y en aura, parmi les criminels , de ceux qui pouvaient s’asseoir parmi les juges ! Puisse tournant aux saints anges : Eh bien ! vous en avez de votre côté ? est-ce que nous sommes seuls ? vous semblonsnous mal accompagnés au milieu de tant de peuples et de nations? Allez, glorifiez- vous de votre petit nombre déius , que vous avez à peine tirés de nos mains; mais confessez du moins que notre multitude l’emporte.
Que faisons-nous, mes frères , d’entendre parler si longtemps ces blasphémateurs? Voyez leur rage, voyez leur envie , et comme ils triomphent de la mort des hommes. C’est là leur application , • c’est tout leur ouvrage : • Operatio corum est hominis eversio'. Que ne peuvent-ils aussi se venger de Dieu? sa puissance infinie ne le permet pas. Outrés d'une rage impuissante , ils déchargent tout leur fiel sur l'homme qui est son image; ils mettent en pièces cette image, ils repaissent leur esprit euvieux d'une vaine imagination de vengeance. Cest, mes frères, cette noire envie , mère des fraudes et des tromperies , qui fait que Satan marche contre nous par une conduite cachée et Impénétrable. Il ne brille pas comme un éclair, il ne gronde pas comme un tonnerre; il ressemble à une vapeur pestilentc qui se coule au milieu de l'air par une contagion insensible et imperceptible à nos sens : il inspire son venin dans le cœur; ou, pour me servir, chrétiens, d’une autre comparaison qui lui convient mieux, il se glisse comme un serpent : c'est ainsi que l’Écriture l'appelle’.
Et TertulUcu nous décrit ce serpent par une expression admirable : Abscondal se itaque serpens, totamque prudentiam suant in tatebrarum ambagibus torqueiU : « Il se cache autant « qu'il peut, il resserre en hii-méme par mille dé- ■ tours sa prudence malicieuse : » c'est-à-dire qu'il use de conseils cachés et de ruses profondé-
1 Tert. A/tolog. n° 22 * Apte. xil, 9.
SUR LES DEMONS
SM
ment recherchées. C’est pourquoi Tertullien poursuit en ces mots : - Il se retire, dit-il , dans les .. lieux profonds, ii ne craint rien faut que de pa- « raltre : quand il montre la tête, il eachc la - queue ; il ne se remue jamais tout entier, mais « il se développe par plis tortueux , bête ennemie
• du jour et de la clarté : ■ Allé habite I , in cœca i letrudatur , peranjractus seriem suam évoluât, tortuose procédât, nec semel lotus, lucifuyu beslia
C’est Satan , c'est Satan , messieurs , qui nous est représenté par ces paroles ; c'est lui qui ne se déplie jamais tout entier : il étale la belle appareuce, et il cache la suite funeste : il rampe quand il est loin , et il mord sitôt qu'il est proche. Prenez garde à vous , mes chers frères, crie le grand apôtre saint Paul , • prenez garde que « vous ne soyez trompés par Satan ; car nous n’i-
• gnorons pas ses pensées : > Ut non circumveniamur a Salaria, non enim ignoramus cogitatroncs cjus'. Non , non , nous n'ignorons pas ses .pensées ; nous savons quesa malice est ingénieuse; que son esprit inventif, raffiné par un longusage, excité par sa haine invétérée , n'agit que par des artifices fins et déliés , et par des machines imprévues. Ah ! mes frères , qui pourrait vous dire toutes les profonde u rs de Satan , et par quels artifices ce serpent coule?
S’il vous trouve déjà agités , il vous prend par le penchant de l'inclination. Votre cœur est-il déjà effleuré par quelque commencement d’amour, il soufile cette petite étincelle jusqu'à ce qu’elle devienne un embrasement : ii vous pousse delà haine à la rage, de l’amour au transport, et du transport à la folie. Que s'il vous trouve éloigné du crime, jouissant des saintes douceurs d'une bonne conscience, ne croyez pas qu'il vous propose d'abord l'impudicité , il n’est pas si grossier, dit saint Chrysostôme : Multa utitur versutia, perseverantia, attemperatione adhominum perniciem, et a minimis slatim congreditur. Multo, multo utitur condescensu ut nos ad mata pracipitet 5. « Il use , dit-il , avec nous d’une grande condes- ■ cendanee. • Que veut dire cette parole? Dieu se rabaisse.... Satan se rabaisse aussi à sa mode. Il voudrait bien, mes frères, vous rendre d’abord aussi méchants que lui , s’il pouvait : car que
• désire ce vieil adultère, sinon de corrompre
• l'Intégrité des âmes innocentes4, > et de les porter dès le premier pas à la dernière infamie? Mais vous n'êtes pas encore capables d’une si grandeaction, il vousy faut mener pas à pas : c'est
1 S j i —i raient, a- X ■II. Car. Il, II.
» Hom. uixni, ■■ MaM, I. ni, p 811.
• J. J*f. im Pi. mu, n* ■ , t iv, col 3K.
pourquoi il se rabaisse , dit saint Chrysostôme, il s'accommode à votre faiblesse, il use avec vous decondescendance. Ah ! ce ne sera, dit-il, qu’un regard ; après, tout au plus qu’une complaisance et un agrément innocent. Prenez garde , le serpent s'avance ; vous le laissez faire , il va mordre. Un feu passe de veines en veines , et se répand par tout le corps. Il faut l’avoir, il faut la gagner. C'est un adultère : n'importe. Eh bien I je la possède , est-ce pas assez? Il faut la posséder sans trouble. Elle a un mari : qu'il meure. Vous ne pouvez le faire toutseul : engageons-en d'autres dans nu,re crime : employons la fraude et la perfidie. David , David , le malheureux David I et qui ne sait pas son histoire? Judas : [insplrons-lui] le dessein de se porter à vendre son maître. Le crime est horrible I Allons par degrés : qu’il le vole premièrement; après, qu’il le vende. Voilà l’appât , l'avarice : il y a donné , il est à nous. Poussons , poussons de l'avarice au larcin , du larcin à la trahison, à la corde et au désespoir. Mes chers frères , éveillez vous, et ne vous laissez pas séduire à Satan ; car vous êtes bien avertis , et vous n’ignorez pas ses pensées : non cnim ignoramus cogitaliones cjus. C'est pourquoi il vous est aisé de le vaincre : c'est par ou il fout conclure en peu de paroles.
THOISIËME POINT.
Il semble que je sois ici obligé de me contredire moi-même , et de détruire en cette partie ce que j'ai établi dans les deux autres. Car après vous avoir fait voir que notre ennemi est fort et terrible, il faut maintenant vous dire au contraire qu'il est faible et facile à vaincre. Comment concilier ces deux choses si ce n'est en vous disant, chrétiens, qu'il est fort contre les lâches et les timides, mais très-faible et impuissant pour les cou rageux?Eneffet, nous voyons, dans les saintes Lettres, qu'il nous y est représenté tantôt fort, tantôt faible, tantôt fier et tantôt tremblant ; et il n'y eut jamais une bête plus monstrueuse.
C'est un lion rugissant quise rue sur nous : c'est un serpent qui rampe par terre, et il n’est rien de plus aisé que d’en éviter les approches. • Il
• tourne autour de vous pour vous dévorer; • voilà qui est terrible : Circuit quœrens quem devoref. * Mais résistez-lui seulement, et il se
• mettra en fuite : » liesistite diabolo , et fugicl a v obis'. Écoutez comme il parleà notre Sauveur; c'est une remarque de saint Basile de Sélencie : Quitl mihi et tibi est, Jcsu, Fili Dci attissimi 3
• Qu’y a-t-il entre toi et moi , Jésus Fils de Dieu ?
' I. Pelr. V, 8.
1 Jac. it, 7.
SUR LES DEMORS.
Voilà un serviteur qui parle bien Insolemment à son maître ■ ; mais il ne soutiendra pas longtemps sa fierté. ■ Et je te prie , dit-il , ne me tourmente « pas : • Obsecro le, ne me torque as. Venisti ante lempus torquere nos >. Voyez comme il tremble sous les coups de fouet. Que si j’avais assez de loisir pour repasser sur toutes les choses qui nous l’ont fait paraître terrible, il me serait aisé de vous y montrer des marques visibles de faiblesse.
il est vrai qu'il a scs forces entières ; mais celui qui les lui a laissées pour son supplice , ainsi que nous avons dit , lui a mis un frein dans les mâchoires, et ne lui lâche la bride qu'autant qu'il lui plaît, ou pour exercer ses serviteurs, ou pour se venger de ses ennemis. Il a une puissance fort vaste , et son empire s’étend bien loin ; mais saint Augustin nous apprend que ce commandement lui tient lieu de peine : Pana en im ejus est ut in potestate habeat eos qui Dei pracepta contemnunt ’. Et en effet , s'il est véritable que d'être ennemi de Dieu ce soit la souveraine misère, celui qui en est le chef n'est-i! pas par conséquent le plus misérable? Enfin est-il rien de plus méprisable que toute cette grandeur qu'il affecte, puisqu’nvec cette intelligence qui le rend superbe et toutes ces qualités extraordinaires, nous lui
tante : quem tlmmone agi constel : alors que l’on fasse venir quelque ildèle, je ne demande pas qu'on fasse un grand choix; que l’on prenne le premier venu, ■ pourvu seulement qu'il soit
• chrétien : - jus sus a quolibet christiano : si en présence de ce chrétien il n'est contraint nonseulement de parler, mais encore de vous confesser ce qu’il est, et d’avouer sa tromperie,
* n'osant mentira un chrétien , * christiano mentiri non audentes ; messieurs, remarquez ces paroles : - là même , là même , sans plus différer, « sans aucune nouvelle procédure, faites mourir ■ ce chrétien impudent qui n’aura pu soutenir « par l’effet une promesse si extraordinaire : » ibidem illius christiani procacissimi sanguinem fundite.
O joie, 6 ravissement des fidèles, d'entendre une telle proposition , faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux , et vraisemblcment de l’avis de toute l’Église, dont il soutenait l'innocence! Quoi donc! cet esprit trompeur, ce père de mensonge oublie ce qu’il est , et n’ose mentir à un chrétien ! ch.istiian omentiri non audentes. Devant un chrétien ce front de fer s’amollit : forcé par la parole d'uu fidèle , il dépose son impudence ; et les chrétiens
semblons néanmoins dignes d’envie ; et, tout im- sont si assurés de le faire parler à leur gré, qu'ils
poissants que nous sommes , il désespère de nous pouvoir vaincre , s'il n'y emploie les ruses et la surprise : de laquelle , certes , messieurs , ayant été si bien avertis , est-il rien de plus aisé que de l’éviter, • pourvu que nous marchions en plein jour « comme des enfants de lumière : * Ut filii lucis ambulate *?
Que si vous voulez savoir sa faiblesse, non plus, messieurs, par raisonnement, mais par une expérience certaine , écoutez parler Tertullien dans son admirable Apologétique : voiei une proposition bien hardie , et dont vous serez étonnés. Il reproche aux gentils que toutes leurs divinités sont des esprits malfaisants; et pour leur faire entendre cette vérité, il leur donne le moyen de s’en éclaircir par une expérience bien convaincante. Edalur hic aliquis sub tribunalibus vestris, quem dœmone agi conslet 5 : O juges I qui nous tourmentez avec une telle inhumanité, c’est à vous que j'adresse ma parole : qu’on me produise devant vos tribunaux; je ne veux pas que ce soit en un lieu caché, mais à la face de tout le monde ; « qu'on y produise un homme qui soit « notoirement possédé du démon; • je dis notoirement possédé , et que la chose soit très-cous-
1 S. Basil. Selcuc. Oral. XXIU.
* Natth. Tin, 29.
* De Cenet. conl. Munich, lib. Il, n* 28, l. I, col. 878.
Ephrs. V, 8.
* Apolog o# 23.
s’y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges. Qui ne se rirait donc de cet impuissant ennemi , qui cache tant de faiblesse sous une apparence si (1ère? Non, non, mes frères , ne le craignons pas : Jésus, notre capitaine, l'a mis en déroute; il ne peut plus rien contre nous, si nous ne nous rendons lâchement à lui.
C’est nous-mêmes que nous devons craindre; ce sont nos vices et nos passions plus dangereuses que les démons mêmes. Bel exemple de l’Écriture : Saiil possédé du malin esprit; David le chassait au son de sa lyre, ou plutôt par la sainte mélodie des louanges de Dieu, qu'il faisait perpétuellement résonner dessus. Chose étrange, messieurs I pendant que le démon se retirait , Saül devenait plus furieux : il tâche de percer David de sa lance 1 ; tant il est véritable qu'il y a quelque chose en nous qui est pire que le démon même , qui nous tente de plus près, et qui nous jette dans un combat plus dangereux 1 Chrétiens,* c’est la convoitise qui nous tente, * dit saint Jacques * , et qui nous attire. • Ah I modérons-ia par le jeûne, ehâtlons-la par le jeûne, disciplinons-la par le jeûne.
O Jeûne , tu es la terreur des démons ; tu es la nourriture de l’âme , tu lui donnes le goût des
1 I. Reg. svi. 33; SIX, lu.
■ Jac. 1.14.
r:*8 SUR LES DEMONS.
plaisirs célestes, tu désarmes le diable, tu amortis les passions : tYjeûne , médecine salutaire contre le dérèglement de nos convoitises, malheureux ceux qui te rejettent, et qui t’observent en murmurant contre une précaution si nécessaire! Loin de nous, mes frères, de tels sentiments : jeûnons, jeûnons d’esprit et de corps. Comme nous retranchons pour un temps au corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à l’âme les vanités dont nous la repaissons tous les jours : retironsnous des conversations et des divertissements mondains : modérons nos ris et nos jeux , faisons succéder en leur place le soin d’écouter l’Évangile qui retentit de toutes parts dans les chaires : c’est le son de cet Évangile qui fait trembler les démons. Sanctifions le Jeûne par l’oraison ; purifions l’oraison par le jeune. L’oraison est plus pure tjui vient d'un corps exténué et d’uuc âme dégoûtée des plaisirs sensibles 1 .
Assez de bals, assez de danses, assez de jeux , assez de folies. Donnons pince à des voluptés et plus chastes et plus sérieuses. Voici , mes frères, une grande joie que Dieu nous donne pour ce carôme. Cette fille du ciel ne devait point être accueillie par une joie dissolue : il faut une joie digne de la paix , qui soit répandue en nos cœurs par l'esprit pacifique.
Qui ne voit la main de Dieu danscct ouvrage? Que notre grande reine ait travaillé à la paix de toute sa force; quoique ce soit une action toute divine, j’avoue que je uo m’eu étonne pas : car que lui pouvait inspirer cette tendre piété qui l'embrase, et cet esprit pacifique dont elle est remplie? Nous savons, nous savons, fi y a longtemps, qu’elle a toujours imité Dieu , dont elle l>orte sur le front le caractère ; elle a toujours pensé des pensées de paix.
Mais n’y a-t-il pas sujet d’admirer, de voir notre jeune monarque toujours auguste s’arrêter au milieu de ses victoires, donner des bornes à son courage , pour laisser croître sans mesure l’amour qu’il a pour ses sujets; aimer mieux étendre ses bienfaits que scs conquêtes ; trouver plus de gloire dans les douceurs de la paix que dans le superbe appareil des triomphes; et se plaire
* « Ainikf nou* vmn» terrible* au diable, noua verrons cet « ancien ennemi consumer sa rage par de vains efforts ; et au « lieu de succomber aux attaques de tous ers esprit* dévoyé», « nous Irons remplir dans le ciel les places que leur désert iou « a laissée» vacante* C’est le bonheur que je VOUS souhaite, au « nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. *
Ce» paroles étaient destinées, dans la première intention de l’uutrur, pour conclure son discours; mais il leur a dans la suile substitué le morceau qui en tient la place, pour parler de U paix des Pyrénées, qui fut conclue le 7 novembre l»09. en Ire la France et l'Espagne, par le cardinal Mararin et lion Louis de Haro, plénipotentiaires de nu deux puissance». Cette paix eut pour une de» principales condition* le mariagedu roi «ter l’infante Maric-Thereae ( Bdit. de Defaru
davantage a être le père de ses peuples qu'à être le victorieux de ses ennemis? C'est Dieu qui a inspiré ce sentiment. Qui ne bénirait ce grand roi ?
Qui ne bénira tont ensemble la main sage et industrieuse!... Parlons , parlons et ne craignons pas. Je sais combien les prédicateurs doivent être réservés sur les louanges : mais se taire en cette rencontre , ce ne serait pas être retenu , mais en quelque sorte envieux de la félicité publique.... Elle v iendra, elle viendra accompagnée de toutes ses suites.
Çà , çà , peuples , qu'on se réjouisse ; et s'il y a encore quelque maudit reste de la malignité passée, qu'elle tombe aujourd'hui devant ces autels , et qu'on célébré hautement ce sage ministre qui montre bien , en donnant la paix , qu’il fait son intérêt du bien de l'État , et sa gloire du repos des peuples. Je ne brigue point de faveur, je ne fais point ma cour dans la chaire ; à Dieu ne plaise 1 Je suis Français et chrétien : je sens, je sens le bonheur public; et je décharge mon cœur devant mon Dieu sur le sujet de cette paix bienheureuse, qui n’est pas moins le repos de l'Église que de l'État. C’estassczdire, il faut que nos vœux achèvent le reste.
C’est nous , e'est nous , mes frères , qui devons commencerlaréjouissonee. C’est à Nathan le prophète, c’est à Sadoc le grand prêtre, c'est aux prédicateurs, c'est au sacrificateur du Très-Haut à sonner de In trompette devant le peuple, et de crier les premiers : l irai rrx Salomon 1 : • Vive « le roi, vive le roi, vive Salomon ie pacifique! . Qu'Il vive, Seigneur, ce grand monarque; et pour le récompenser de cette bonté qui loi a fait aimer la gloire de la paix, plutôt que celle des conquêtes , qu'il jouisse longtemps , heureusement , de la paix qu’il nousadonnée; qu'ilne voie jamais sou État troublé , ni sa maison divisée ; que le respect et l’amour concourant ensemble , la fidélité de ses peuples soit inviolable, inébranlable; et enfin, pour retenir longtemps la paix sur ia terre, qu'il fasse régner In Justice, qu’il fasse régner les lois, qu'il fasse régner Jésus-Christ, que je prie de nous donner à tous son royaume, à qui appartient tout nonneur et gloire , qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne maintenant et aux siècles des siècles.
1 lit. Bey. 1 , 30.
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