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de quelque chose. L'une et l'autre de ces qualités exige nécessairement la suite des oeuvres ; parce qu'en qualité de commencement elle nous oblige a continuer; et en qualité de soutien elle nous invite à bâtir dessus; et l'un et l'antre se fait par les œuvres.
Mais découvrons dans un plus grand jour ces deux importantes raisons. Je conclus la première en peu de paroles ; et la seconde , qui sera plus de notre sujet , aura une plus grande étendue. Croire, disons-nous, c'est commencer; et il est aisé de l’entendre. Car tout le dessein du christianisme n'étant que de soumettre notre esprit & Dieu, la foi , dit saint Augustin, commence cette œuvre : F ides est prima quæ subjugat animant Deo ' : « La foi est la première qui soumet
• l’dme à Dieu ; - et le concile de Trente a défini que » la foi est le commencement du salut de
• l'homme : » Fides est humante salutis initium La foi est donc un commencement, c’est la première de ses qualités. Et plut à Dieu, messieurs, que tous les chrétiens l’eussent compris! car par la ils pourraient connaître que de s'en tenir à la foi sans s'avancer dans les bonnes œuvres , c’est s'arrêter dès le premier pas , c’est abandonner tout l’ouvrage dès le commencement de l’entreprise , et s'attirer justement ce reproche de l’Évangile : Hic homo ctepit icdificare , et non potuit consummare 3 : « Voilà ce fou et ■ cet insensé qui avait commencé un beau bâti-
• ment, et qui ne l'a pas achevé ; ■ il a fait grand amas de matériaux, il a posé tous les fondements d’un grand et superbe édifice, et, le fondement étant mis, tout d'un coup il quitte l'ouvrage. O le fou! ô l’extravagant! Hic homo ctrpit œdificare.
Mais éveillez-vous, chrétien : c’est vous-même qui êtes cet homme insensé. Vous avez commencé un grand bâtiment ; vous avez déjà établi la foi qui en est le fondement immuable. Pour poser ce fondement de la foi , quels efforts a-t-il fallu faire! La place destinée pour le bâtiment était plus mouvante que lesable : chrétiens, c'est l'esprit humain, toujours chancelant dans scs pensées ; Il a fallu l'affermir. Que de miracles , que de prophéties , que d'écritures , que d'enseignements ont été nécessaires pour servir d’appui! Il y avait d'un côté des précipices, précipices terribles et dangereux de l'erreur et de l’ignorance; il a fallu les combler : et de l'autre, « des hauteurs superbes qui s'élevaient , dit le
• saint apôtre1, contre la science de Dieu ; » il a
' tir Aqon. Christ, n* II, L Tl, CO! 2S3.
* SV». VI, cap. VM1.
* Lnr. xiv , au.
* II. Cor. s. s.
aovst tT. — T. II.
, fallu les abattre et les aplanir. Parlons en termes plus intelligibles : il n fallu s'aveugler soi-même , démentir et désavouer tous ses sens, renoncer n son jugement, se soumettre et se captiver dnns j la partie la plus libre , qui est la raison. Enfin que n’a-t-ii pas fallu entreprendre pour poser ce fondement de la foi? Et apres de si grands efforts et tant de préparatifs extraordinaires, on laisse l'entreprise imparfaite, et l'on met de beaux fondements sur lesquels on ne bâtit rien : peut-ou voir une pareille folie ? Et ne vois-tu pas, insensé, que ce fondement attend l’édifice , que ce commencement de la foi demande sa perfection pur la bonne vie; et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent parce qu’on néglige de les achever, rendent hautement témoignage contre ta folle et téméraire conduite? Mais cela paraîtra bien mieux , si après avoir regardé la foi comme le commencement de l'édifice, nous considérons maintenant qu’elle n’est pas établie pour demeurer seule, mais pour servir de soutien à quelque autre chose. Car s'il est ainsi, chrétiens, quelle ne soit pas établie pour demeurer seule, mais pour servir d'appui à quelque autre chose, je vous laisse à juger en vos consciences quelle injure vous faites au divin Sauveur, si ayant mis en vos âmes un fondement si inébranlable, vous craignez encore de bâtir dessus : n'est-ce pas lui dire manifestement que vous vous défiez du soutien qu’il vous présente , et que vous n'osez vous appuyer sur sa parole? c’est-à-dire que sa foi vous parait douteuse; sa doctrine, mal soutenue; ses maximes , peu assurées.
Mais laissons ces justes reproches, pour prouver solidement par les Écritures que la foi ne nous est donnée que pour être le soutien des œuvres ; et vous en serez convaincus si vous méditez attentivement la conduite de notre Sauveur tant qu’il n été en ce monde, il a accompli de grands mystères , il nous y a donné de grands préceptes : mais afin que ce qu’il faut croire nous apprit comme il faut agir, il a tellement ménage les choses, que les mystères qu'il a accomplis fussent le soutien et le fondement des préceptes qu'il a donnés. Saint Augustin, messieurs , vous fera entendre cette vérité, et il nous l’explique admirablement dans le livre qu'il a écrit, de Agone Christiano , du combat du chrétien , où , suivant ledivin apôtre, il appuie toute la vie chrétienne et la liaison des préceptes avec les mystères, sur Jésus-Christ humilié et sur le mystère de sa croix. O hommes, dit-il, n’aimez pas le monde; voilà le précepte : parce que s'il était aimable, le Fils de Dieu l'aurait aimé; voilà le mystère : Noliteamarc temporalia; quia si bene amarentur , amaretea homo quetn sitscepil Fi-
SUR LA SOUMISSION
lius Dei '. Ne vous attachez pas aux richesses; parce que si elles étaient nécessaires, le Fils de Dieu ne serait pas pauvre : no craignez ni les souffrances ni l’ignominie ; parce que si elles nuisaient & notre bonheur, un Dieu n'y serait pas exposé. Ainsi vous voyez manifestement que toutes les choses que Jésus commande , ont leur fondement immuable sur celles qu’il a accomplies; et que s'il nous prescrit dans sou Évangile une vie pénitente et mortifiée, c'est à cause qu'il nous y parait comme un Dieu anéanti et crucifié. C’est pour cela que sur le Thabor, où l'on nous ordonne d'écouter sa voix , de quoi est-ce qu’il s'entretient avec Moïse et Elle? de sa croix, dit l'évangéliste, et de la mort qu'il devait souffrir & Jérusalem: Dicebant excessum ejus, quem complétants erat in Jérusalem *. Pour quelle raison , mon divin Sauveur? et qu'a de commun ce discoure avec la gloire qui vous environne? C'est, mes frères, que ce qu’il commande étant fondé sur ce qu'il fait , il nous propose ce qu'il a fait , pour disposer nos esprits à suivre humblement ce qu'il commande. Ipsum audite : « Ecoutez > Jésus; • écoutez-le, croyez ce qu’il fait : mais ecoutez-lc, faites ce qu’il dit.
Mais permeltez-moi , chrétiens , d'étendre davantage cette vérité si solide et si importante, et de vous expliquer le dessein pour lequel le sauveur Jésus, dans cet état auguste et majestueux où il nous parait au Thabor, ne parle que de sa croix et de ses souffrances. Chrétien , ne le vois-tu pus? et ne lus-tu pas encore entendu ? C'est qu’il a dessein de te préparer à écouter ses préceptes ; il veut lever les difficultés que tu trouves à suivre ses commandements et à marcher dans ses voies. En effet , pour ôter ces difficultés , il faut nous inspirer du courage et nous donner de la force. Pour nous inspirer du courage, qu’y a-t-il de plus efficace que de le voir marcher le premier dans la carrière qu'il nous a ouverte, tout couvert de sueur et de sang, poursuivant tout ce que les hommes fuient , méprisant tout ce qu'ils désirent, souffrant volontairement tout ce qu’ils redoutent : Omnia contemnendo qute p ravi hommes copiant, et omnia patiendo quœ horrescunO ; et dans cct état de souffrances, nous disant d'un ton ferme et vigoureux : In mundo pressuram habebitis; sed conjidite, ego vici munditm * : Mes disciples, je le confesse, « vous aurez A souffrir au monde; mais ■ prenez courage, j’ai vaincu le monde. » Se peut-il trouver des Ames si basses qui ne soient
1 Cap. xi, n* ii, t. n, col. SM.