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SI K 1.E CULTE DU A DIEU
étant tout ensemble heureux aussi bien que par- . fait, à qui rien ne manque. Et c'est la troisième chose qu’il est nécessaire que nous connaissions de Dieu pour l'adorer en vérité, h savoir qu’il est une nature infiniment bonne et bienfaisante , parce que l’adoration que nous lui rendons n’enferme pas seulement une certaine admiration mêlée d'un respect profond pour sa grandeur incompréhensible, ni une entière dépendance de son absolue souveraineté , mais encore un retour volontaire à sa bonté infinie, comme à celle ou nous trouverons dans la perfection de notre être le terme de nos désirs et le repos de notre cœur : Adnrabunt pntrem, ■ un père. *
Mais encore qu’il n’y ait rien de plus manifeste que la bonté de Dieu, il est vrai néanmoins, messieurs, que nous la méconnaissons souvent. Et certes , si nous étions persuadés comme nous devons, que Dieu est essentiellement bon et bienfaisant, nous ne nous plaindrions jamais qu'il nous refuse aucun bien ; et lorsque nous n’obtenons pas ce que nous lui demandons dans nos prières , nous croirions nécessairement de deux choses l’une , ou que ce n'est pas un bien véritable que nous demandons , ou que nous ne sommes pns bien disposés à le recevoir. Et certainement Dieu comme bon, d’un naturel communicatif, esprit qui aime à se répandre et à s’insinuer dans les cœurs [est toujours disposé A nous accorder l’effet de nos justes demandes j : donc comme il est avide de sc donner [ à ses enfants , ainsi doivent-ils être] avides de le recevoir : Si cul urget jmterc nécessitas Ji/imn, sic urget clin citas dure genitorem '. « Comme la nécessité presse un fils
• de demander, ainsi la charité presse son père
• de lui donner. » A nous notre besoin, et A lui sa charité est un empressement : ne soyons pas moins empressés à recevoir que lui à donner. Il sc plaît d’assister les hommes; et autant que sa grôcc leur est nécessaire, autant coule-t -elle volontiers sur eux. II a soif qu'on ait soif de lui, dit saint Grégoire de Naziauze ■ : recevoir de sa lionté, c'est lui bien faire : exiger de lui c’est l'obliger; et il aime si fort À donner, que la demande à son égard tient lieu de bieufait. Le moyen le plus ! assuré pour obtenir son secours, c'est de croire qu’il ne nous manque pas ; et j’ai appris de saint Cypricn , « qu’il donne toujours A ses serviteurs
• autant qu’ils croient recevoir de lui : » Dans credentibus tantum , quantum se crédit capere quisumit >. Ne croyons donc jamais qu'il nous refuse, c’est qu’il nous éprouve; ou en remettant, il nous fait ce grand bien d'arracher de
' & Prtr. Chryn. Srrtn. lxxi, fit Oral. Dom.
* Onit. XL, I. I, p. 057.
• Bpitt. fin , ad Martyr et C on J. p. 17.
nous par ce délai de son secours la reconnaissance et la confession de uotre faiblesse. Ou nous ne demandons pas bien , ou nous ne sommes pas préparés A bien recevoir, ou ce que nous demandons est tel qu'il n'est pas digne de lui de nous le donner. Les hommes sont embarrassés quand on leur demande de grandes choses , parce qu’ils sont petits; et Dieu trouve indécent qu’on s’attache à lui demander de petites choses , pare» qu’il est grand. Ne IuLdemaudez rien moins que lui-même.
Mais comme je prévois dans ce discours un autro lieu plus commode pour traiter celte vérité , maintenant je n'en dirai pas davantage ; et pour conclure le raisonnement de cette première partie, j'ajouterai , chrétiens, qu encore quo ja me sois attaché A vous exposer les trois premières notions qui ont principalement porté les hommes A adorer Dieu , A savoir la perfection de son être, la souveraineté de sa puissance, et la bonté de sa nature , je reconnais toutefois que , pour adorer en vérité cette essence infinie, il faut aussi connaître véritablement tous ies autres divins attributs. Cependant, comme le traité en serait immense , trouvez bon que je vous renvoie en un mot A la foi de l'Église catholique; et tenez donc pour indubitable que , comme l’Église catholique est le seul véritable temple de Dieu , Cat/iolicum Dei lemplum, ainsi que Tertullien l’appelle', elle est aussi le seul lieu ou Dieu est adoré en vérité. Toutes les autres sociétés, de quelque pieté qu’elles se vantent , et quelque titre qu’elles portent , en se retirant de l’Eglise , ont bien emporté avec elles quelque partie de la vérité, mats elles n’ont pas la plénitude. C’est dans l’Église seule que Dieu est connu comme il veut l’être. Nous 11e connaissons jamais pleinement ni son essence ni ses attributs , que nous ne les connaissions dans tous les moyens par lesquels il a voulu nous les découvrir.
Par exemple , pour connaître pleinement si toute-puissance , il faut la connaître dans tous les miracles par lesquels elle se déclare , et n’avoir non plus de peine A croire celui de l’eucha- | ristie que celui de l’incarnation. Pour connaîtra sa sainteté, il faut In connaître dans tous 1rs sacrements que Jcsus-Christa institués pour nous l’appliquer, et confesser également celui de la pénitence avec celui du baptême ; et ainsi des autres. Pour connaitresa justice, il faut la connaître dans tous les états ou il l’exerce, et ne croire pas plutôt la punition des crimes capitaux dans l’enfer, que l’expiation des moindres péchés dans le purgatoire. Ainsi pour connaître sa vérité, il la faut adorer dans toutes les voies par lesquelles elle nous est
• Adr. Marriott, lib. tlf, n* 21.
SUR LE CULTE DU A DIEU
révélée, et la recevoir également, soit qu'elle nous ait été laissée par écrit , soit qu'elle noua ait été donnée par la vive voix : « Gardez , dit
• l'apôtre*. les traditions. > L’Église catholique a seule cette plénitude ; elle seule n’est pas trompée , elle seule ne trompe jamais. « Quiconque n'est
• pas dans l’Église, dit saint Augustin , ne voit ni
• u'cntend : quiconque est dans l’Église , dit le > même Père , ne peut être ni sourd ni aveugle : » 'Extra ittam qui est, nec audit nec videt; in ilia qui est, nec surdus nec cœcus est \ Partant, adorons Dieu, chrétiens, dans ce grand et auguste temple où il habite au milieu de nous, je veux dire dans l'Église catholique; adorona-le dans la paix et dans l'unité de l’Église catholique , adorons-le dons la foi de l'Église catholique; ainsi, toujours assurés de l’adorer en vérité , il ne nous restera plus qu'a nous disposer à l’adorer en esprit : c’est ma seconde partie.
sbcoso poist.
La raison pour laquelle le Sauveur des émes nous oblige à rendre à son Père un culte spirituel , est comprise dans ces paroles de notre évangile : « Dieu est esprit, et ceux qui adorent doiveut
• adorer eu esprit3. » En effet , puisque Dieu nous a fait l’honueur de nous créer à son image, et que le propre de la religion est d'achever dans nos émes cette divine ressemblance; il est clair que quiconque approche de Dieu doit se rendre conforme à lui ; et par conséquent , comme il est esprit, mais esprit très-pur et très-simple, qui est lui-même son être , son intelligence et sa vie, si nousvoulons l’adorer, il fautépurer nos cœurs, et venir à cet esprit pur avec des dispositions qui soient toutes spirituelles ; c'est ce qui s'appelle dans notre évangile adorer Dieu en esprit : « La
• prière, dit Tertullien, doit procéder du même
• esprit auquel elle s’adresse. Personne ne reçoit « celui qui lui est opposé : personne n’admet un
• autre que son semblable : • De lali spiritu emissa esse débet oratio, qualis est spin tus ad quan Miltitur... fie MO adversarium rccipit : nemo nisi comparem suuiu adinillit ».
Je ne Unirai jamais cediscours, si j’entreprends aujourd'hui de vous raconter toutes les saintes dispositions que nous devons apporter au culte saeréde Dieu. Je dirai donc seulement, pour me renfermer dans mon texte , celles que le style de l'Écriture exprime spécialement sous le mot d’esprit , qui sont la pureté d'intention, le recueillement en sol-même, et la ferveur; trois qualités principales de l'adoration spirituelle.
* IF. Theu. il, 14
* Knar. in frai, xltii 7, 1. ir , ool. 4».
* Jt mu. iv , 24.
4 JVrf. fte Orat. n* 10, ||.
Notre intention sera pure, si nous nous attachons saintement à Dieu pour l'amour du bien éternel qu’il nous a promis , qui n’est autre que lui-même. Vous n’ignorez pas, chrétiens, que l’ancien peuple a été mené par des promesses terrestres, la nature infirme et animale ayant besoin de cet appêt sensible et de ce faible rudiment. Mais les principes étant établis, l'enfance étant écoulée, le temps de la perfection étant arrivé, Jésus-Christ vient apprendre aux hommes à servir Dieu en esprit par uncchastedilection desbiens
véritables, qui sont les spirituels : Adombunt Patron in spiritu. * Ils adoreront le Père en • esprit. »
Les choses étant changées, le Nouveau Testament étant établi , il est temps aussi , chrétiens , que nous disions avec le Sauveur : Dieu est esprit , mais cet esprit pur nous a donné un esprit fait à l'image du sien. Cultivons donc en nousmêmes ce qui est semblable à lui, et servons-le saintement, non pour contenter les désirs que nous inspire cette nature dissemblable, je veux dire notre corps, qui n’est pas tant notre nature que notre empêchement et notre fardeau ; mais pour assurer In félicité de l'homme invisible et intellectuel, qui, étant l'Image de Dieu, est capable de le serv ir, et ensuite de le posséder en esprit.
Et c’est Ici , chrétiens , que nous ne pouvons assez déplorer notre aveuglement. Car si nous faisions le dénombrement des vœux que l’on apporte aux temples sacrés , ô Dieu ! tout est judaïque , et de cent hommes qui prient , à peine trouverons-nous un seul chrétien qui s’avise de faire des vœux et de demander des prières pour obtenir sa conversion. Démentez-moi , chrétiens, si je ne dis pas la vérité. Ces affaires importantes qu'on recommande de tous cêtés dans les sacristies , sonttoutesaffnires du inonde ; et plût a Dieu du moins qu elles fussent justes , et que , si nous ne craignons pas de rendre Dieu ministre de nos intérêts, uousappréhendionsau moins de le faire complice de nos crimes! Nous voyons régner en nous sansinquiétude des passions qui nous tuent, sans jamais prier Dieu qu’il nous en déliv re. S'il nous arrive quelque maladie ou quelque affaire fâcheuse , c’est alors quenous commençons à faire des neu vaines à tous les autels , et à fatiguer véritablement le ciel par nos vœux. Car qu’est-co qui le fatigue davantage que des vœux et dis dévotions intéressées? Alors on commence i sc souvenir qu’il y a des malheureux qui gémissent dans les prisons, et des pauv res qui meurent de faim et de maladie dans quelque coin ténébreux. Alors, charitables par intérêt, et pitoyables par force , nous donnons peu à Dieu pour avoir beau-
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coup, et très-contents de notre zèle, qui u'est qu'un empressement pour nos intérêts , nous croyons que Dieu nous doit tout , jusqu'àdes miracles, pour satisfaire nos désirs et notre amourpropre. O Père étemel ! tels sont les adorateurs qui remplissent nos églises. O Jésus! tels sont ceux qui vous prennent pour médiateur de leurs passions. Ils vous chargent de leurs affaires, ils vous font entrer dans les intrigues qu'ils méditent pour élever leur fortune, et ils veulent que vous oubliiez que vous avez dit : « J’ai vaincu le « inonde1. » Ils vous prient de le rétablir, lui que vous avez non-seulement méprisé, mais vaincu.
O que nous pourrions dire avec raison ce que l'on disait autrefois : « La foule vous accable : » Turbte • te comprimant" ! Tous vous pressent, nucun ne vous touche > aucun ne vient avec foi pour vous prier de guérir les plaies cachées de son éme. Cette troupe , qui environne vos saints tabernacles , est une troupe de Juifs mercenaires , qui ne vousdemandc qu'une terre grasse et des ruisseaux de lait et de miel , c’est-à-dire , des biens temporels : comme si nous étions encore dans une Jérusalem terrestre , dans les déserts de Sina , et sur les bords du Jourdain , parmi les ombres de Moïse, et non dans les lumières et sous l'Évangile de celui dont le royaume n'est pas de cc monde.
0 enfant du Nouveau Testament! t> adorateur ; véritable, 6 Juif spirituel et circoncis dans le cœur! chrétien détaché de l'amour du monde, viens adorer en esprit, viens demander à Dieu la conversion et la liberté de ton cœur qui gémit, ou plutôt qui ne gémit pas, qui se réjouit parmi tant de captivités : viens affligé de tes crimes, ennuyé de tes erreurs , détrompé de tes folles espérances, dégoûté des biens périssables, avide de l'éternité, et affamé de Injustice et du pain de vie. Ex pose-lui toutefois avec confiance, ô Adèle adorateur I expose avec confiance tes nécessités même corporelles. Il veut bien nourrir cc corps qu'il a fait , et entretenir l'édifice qu’il a lul-mémc bâti ; mais cherche premièrement son royaume , attends snns inquiétude qu’il te donne le reste comme par surcroît5, et bien loin de lui demnnderqu'il contcntetes convoitises, vienssaintement résolu à lui sacrifier tout , jusqu'à tes besoins.
L’intention de notre fidèle adorateur est suffisamment épurée; il est temps qu’il vienne au temple en esprit avec le bon Simeon : Vcnit in spiritu in tcmplum * ; c'est-à-dire , qu’il y vienne attentif et recueilli en Dieu ; ou bien , si vous voulezl'expliqucrd'unc autre manière pins mystique,
' Joan XV!, 93.
1 Luc- Vlll , 45.
1 Mntth. VI, 33.
4 Luc. U, 27.
mais néanmoins tres-solide, qu'il \ lenne uu temple, qu’il rentre enlui-inéme. Montez doncau temple, A adorateur spirituel ! mais écuutcz dans quel temple il vous faut monter. Dieu est esprit , et « n'babitc pas dans des temples matériels 1 : . Dieu est esprit , et c'est dans l'esprit qu’il établit sa demeure. Ainsi , rappelez en vous-méme toutes vos pensées , et, retiré de vos sens, montez attentif et recueilli en cette haute partie de vousméme où Dieu veut être invoqué , et qu’il veut consacrer par sa présence.
Saint Grégoire de Nazianze dit' que l’oraison est une espèce de mort , parce que premièrement elle sépare les sensdesobjets externes; et ensuite, pour consommer cette mort mystique , clic sépare encore l’esprit d'avec les sens, pour le réunir à Dieu , qui est son principe. C’est sacrifier saintement et adorer Dieu en esprit , que de s’v unir de la sorle, et selon la partie divine et spirituelle; et le véritable adorateur est distingué, parce caractère, de celui qui n'adore Dieu que de la posture de son corps ou du mouvement de ses lèvres.
Dieu a réprouvé un tel culte comme uuc dérision de sa majesté. Cc grand Dieu a dit autrefois parlantdes sacrifices desanciens : * Qu'ai-je affaire
• de vos taureaux et de vos boucs , et de toute la « multitnde de vos victimes? je n’en veux plus, ■ j’ensuis fatigué, et ils me sont à dégoût5. ■ Entendons par la, chrétiens, que dans la nouvelle alliance il demanded’autres sacrifices : il veut des offrandes spirituelleset des victimes raisonnables. Ainsi donnez-lui l'esprit et le cœur; autrement il vous dira par lu bouche de son prophète Amos ■ que si vous ne chantez en esprit, quelque douce et ravissante que soit la musique que vous faites résonner dans son sacrifice, votre harmonie l'incommode , et que vos accords les plus justes ne font à ses oreilles qu'un bruit importun : Au/cr a me lumuttum carminum tuorum , et canticn hjrœ Une non itutliam 4 : ■ Éloignez de moi le . bruit tumultueux de vos cantiques; je n’écoute-
* rai point les airs que vous chantez sur la lyre. •
Si donc nous lui voulons faire une oraison agréable, Il faut pouvoir dire avec David : « O > Seigneur! votre serviteur n trouvé son cœur, « pour vous faire cette prière : Inrenil serons Unis cor siium, utoraret le oratione hac s. O qu'il s'enfuit loin de nous ce cœur vagabond , quand nous approchons de Dieu ! Étrange, faiblesse de l'homme! Je ne dis pas les affaires, mais les moindres divertissements rendent notre esprit 1 .erz vo,
1 Or. XI, n" 17, 1. 1, p. IM.
> l. Il, U.
* yétnos. V , 23.
‘ n Req. VII . Ï7.
SUR LE CULTE DU A DIEU
attentif ; nous ne le pouvons tenir devant Dieu, et outre qu'il ne nous échappe que trop par son propre égarement , nous le promenons encore volontairement deçà et delà. Nous parlons , nous écoutons ; et comme si c'était peu d'être détournés par les autres, nous-mêmes nous étourdissons notre esprit par le tumulte intérieur de uos vaines imaginations. Chrétiens, ou êtes-vous ? venez- vous adorer, ou vous moquer? parlez-vous en cette sorte au moindre mortel? Je ne m'étonne pas si vous n'avez que des pensées vaincs : \ ous lie vous entretenez que de vanités, vous ilattaut par des complaisances mutuelles, etc. Si vous vous remplissiez des saintes vérités de Dieu , ce cercle de votre imagination agitée les ramènerait : heureuses distractions d un mystère à un autre , d'une vérité à une autre! Ah! rappelez votre cœur, faites revenir ce fugitif; et s'il vous échappe malgré vous, déplorezdcvaut Dieu scs égarements ; dites lui avec le Psalmiste : « O Seigneur! mon cœur - m'a abandonné : • Cor meum dereliquit me'. Tâchez toujours de le ra ppeler, cherchez cet égaré, dit saint Augustin ’ ; et quand vous l'aurez trouvé avec David , offrez-le tout entier ù Dieu , et adorez en esprit celui qui est esprit et vie : Spiritus est Drus : et eus qui adorant eum in spiritu et reritate oportet adorare s.
Mais pour nrréter notre esprit et contenir nos pensées, il finit nécessairement échauffer ce cœur. C'est le naturel de l'esprit de rouler toujours en lui-même par un mouvement éternel, tellement qu'il serait toujours dissipé par sa propre agitation, si Dieu n'avait mis dans la volonté une certaine vertu qui le Use et qui l'arrête. Mais, mes frères, une volonté languissante n'aura jamais cette force , jamais ne produira un si bel effet; il faut qu’elle ait de la ferveur, autrement l'esprit lui échappe , et elle s'échappe à elle même : - L'atten-
■ tion de l'esprit sc faità ellc-mémc une solitude: » Oignit sibi mentis intentio solitudinem*. Dieu aussi s'éloigne de nous quand nous ne lui apportons que des désirs faibles. Car, mes frères , Il nous faut entendreeelte belle doctrine de l'apôtre, que cet esprit tout-puissant que nous adorons est le même qui excite eu nous les fervents désirs par lesquels nous sommes pressés de l'adorer. Il n'est pas seiiiemeut l'objet, mnis le principe de notre culte; je veux dire qu'il nous attire au dehors, et que lui-même nous pousse au dedans. Écoutez comme parle l'upélre saint Paul : « Dieu a en-
■ voyé eu nos cœurs l'esprit de son Fils , qui crie • en nous : O Dieu ! vous êtes notre Père 5 ; - et
1 P*. VVVIX , 17.
1 in Pi. mvr, B* 7, L ÏT, col. 005.
* Joan. IV, 24.
1 S. .4ug. de qumt. ari Simpl. lib. Il, t. VI, col. IIS.
I G al. iv ,fl.
ailleurs : - L'esprit aide notre Infirmité; • et encore : ■ L’esprit prie en nous avec des gémisse - « ments inexplicables*. . Cela veut dire, mes frères, que eet Esprit qui procède du Père et du Fils, et que nous adorons eu unité avec le Père et le Fils, est le saiut et divin auteur de nos adorations et de nos prières. Mais considérez avec attention qu'il ne nous pousse pas mollement; il veut crier et gémir, nous dit le saint apôtre, avec des gémissements inexplicables. Il faut donc que nous répondions par notre ferveur à cette sainte violence; autrement nous ne prions pas, nous n'adorons pas en esprit. Le Saint-Esprit veut crier en nous ; ainsi nous l'affaiblissons, si nous ne lui prêtons qu'une faible vois. Cet esprit veut gémir en nous ; nous dégénérons de sa force , si nous ne lui offrons qu’un cœur languissant. Enfin le Saint- Esprit veut nous échauffer ; et nous laissons éteindre l’esprit, contre le précepte de l'apôtre’, si nous ne répondons à son ardeur, en approchant do Dieu de notre part avec cet esprit fervent qui fait la perfection de notre culle : Spiritu ferventes, dit le même apôtre saint Paul J.
Mais , nous dit-on, Je veux être dévot, Je ne puis : Vult et non ouït piger, anima autem operantium impinguabilur * : • Le paresseux veut • et ne veut point ; mais l’àme de ceux qui sont
■ laborieux s'engraissera. » [Ses désirs sont] des désirs qui tuent, qui consument toule la force de la fol, qui s'évapore toute en ces vains soupirs. Desidcria occidunt pigrum : notuerunt enim quidqunm manus ejus operari: tota die concupiscitet desideral : qui autem justus est tribuet et non cessabit 5. « Les désirs tuent le paresseux , « car ses mains ne veulent rien faire ; Il passu « loute la journée à faire des souhaits; mais « celui qui est juste donne, et ne cesse point
■ d'agir. ■ Par ou commencer ! vous dites: Dégoûtez-vous du monde , et vous apprendrez n goûter Dieu ; et mol je vous dis : Faites-moi goûter Dieu , et je me dégoûterai du monde : par ou commencer? Ainsi votre salut sera impossible. Je vous donnerai une ouverture, je vous ouvrirai une porte. Votre foi est endormie , mais non pas éteinte; excitez ce peu qui vous en reste. Commencez à supporter les première dégoûts, à dévorer les premiers ennuis ; vous verrez une étincelle céleste s'allumer au milieu de votre raison. Mais qu'avant que d'avoir tenté , vous disiez tout impossible; qu'au premier ennui qui vous prend , vous quittiez et la lecture et la prière , et que vous désespériez non de vous-même
1 Rom. vm , M.
' L Thru. v, 19.
’ Rom. xil, II.
* Prov. xnr, 4.
’ Ibid. XXI, 25, 2fl
STJR LES JUGEMENTS HUMAINS
seulement , mais de Dieu et de sa grâce ; c'est une lâcheté insupportable. Que ne vous éveillezvous donc , et que n'entreprenez-vous votre salut? Et ne l'entreprenez pas d'une manière molle et relâchée; * ear celui qui est mou et lâche dans • ses entreprises ressemble à celui qui détruit et « qui ravage : - Qui mollis et dissolutus est in * opéré suo, /rater est sua opéra dissipantes Commencez donc quelque chose dans cette sainte assemblée, maintenant quevousètes sous les yeux de Dieu , à la table de sa céleste vérité , sous l’autorité de sa divine parole ; commencez , et vous trouverez à la fin la paix de la conscience , et le repos qui ne sera qu’un avant-goût de celui que je vous souhaite dans l’éternité , avec le Pere , le Fils, et le Saint-Esprit.
SERMON
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