GONZAGUE
sous lésons. Écoutez cc qu'elle en écrit au fidcle ministre de ses charités, et, dans un même discours, apprenez à goûter la simplicité et la charité chrétienne. ■ Je suis ravie, dit-elle, que l’affaire de ,
« nos bonnes vieilles soit si avancée: achevons 'Mjv'v.o.wcj « vite, au nom de Notre-Seigneur, ûtons vitement
• cette bonne femme de l'étable où clic est , et la
• mettons dans un de ces petits lits. - Quelle nouvelle vivacitésuccèdeùceliequele monde inspire!
Elle poursuit : « Dieu me donnera peut-être de « la santé pour aller servir cette paralytique ;
« au moins je le ferai par mes soins, si les forces
• me manquent; et, joignant mes maux aux « siens, je les offrirai plus hardiment à Dieu.
« Mondcz-moi ce qu’il faut pour la nourriture « et les ustensiles de ces pauvres femmes ; peu à
• peu nous les mettrons a leur aise. - Je me plais à répéter toutes ces paroles , malgré les oreilles délicates : elles effacent les discours les plus magnifiques, et je voudrais ne parler que cc langage.
Dans les uecessftés extraordinaires, sa charité faisait de nouveaux efforts. Le rude hiver des années dernières acheva de la dépouiller de ce qui lui restait de superflu; tout devint pauvre dans sa maison et sur sa personne : elle voyait disparaître avec une joie sensible les restes des pompes du monde ; et l'aumône lui apprenait ù so rctranchcrtouslcsjoursquelqucchoscdc nouveau.
C'est en ciTet la vraio grôce de l'aumône , en soulageant les besoins des pauvres, de diminuer en nous d'autres besoins; c’est-à-dire, ces besoins honteux qu'y fait la délicatesse , comme si la nature
n'était pas assez accablée de nécessités. Qu'atten- l,<dez-vous, chrétiens, ù vous convertir, et pourquoi désespérez-vous de votre salut? Vous voyez la perfection où s'élève l’êrae pénitente, quand elle est fidèle à la grâce : ne craignez ni la maladie , ni les dégoûts , ni les tentations , ni les peines les plus cruelles. Uue personne si sensible et si délicate, qui ne pouvait seulement entendre nommer lesmaux, a souffert, douze ans entiers, et presque sans intervalle, ou les plus vives douleurs, ou des langueurs qui épuisaient le corps et l'esprit : et cependant , durant tout ce temps , et dans les tourments inouïs de sa dernière maladie , où ses maux s'augmentèrent jusqu'aux derniers excès , elle n'a eu à se repentir que d'avoir une seule fois souhaité une mort plus douce : encore ré- ; yj , prima-t-elle ce faible désir, en disant aussitôt après , avec Jésus-Christ , la prière du sacré mystère du jardin; c'est ainsi qu’elle appelait la prière de l’agonie de notre Sauveur, \q mon père , que « votre volonté soit faite, et non pas la mienne' ! «
Ses maladies lui ôtèrent la consolation qu'eile
' Paler..-aonmrA roluaUts . «rd iaa , fiai. ( Luc. cap. xxn ,
oogle
ORAISON Fl'NÈBRE
avait tant désirée d’accomplir scs premiers desseins , et de pouvoir achever ses Jours sous la discipline et dans l’habit de sainte Fare . Son cœur donné, ou plutôt rendu Ace monastère, où elle avait goûté les premières grâces , a témoigne sou désir, et sa volonté a etc aux yeux de Dieu un sacrifice parfait. C’eût été un soutien sensible à une âme comme la sienne d’accomplir de grands ouvrages pourlescrvice de Dieu ; maisellcest menée par une autre voie , par celle qui crucifie davantage ; qui , sans rien laisser entreprendre à un esprit courageux , le tient accablé et anéanti sous la rude loi de souffrir. Encore s’il eût plu A Dieu de lui conserver ce goût sensible de la piété , qu’il avait renouvelé dans son cœur au commencement de sa pénitence ! Mais non : tout lui est Até , sans cesse elle est travaillée de peines insupportables.
• O Seigneur, disait le saint homme Job , vous me < tourmentez d'une manière merveilleuse ' ! - C'est que, sans parler ici de ses autres peines, il portait au fond de son cœur nne vive et continuelle appréhension de déplaire A Dieu. Il voyait d’un côté sa sainte Justice, devant laquelle les anges ont peine A soutenir leur innocence ; il le voyait avec ces yeux éternellement ouvertsobserver toutes les démarches , compter tous les pas • d’un pécheur, et garder scs péchés comme sous
J le sceau, pour les lui représenter nudemier jour
signasli quasi in sacculo delicta mea : d’un autre côté , il ressentait ce qu'il y a de corrompu dans le cœur de l’homme. * Je craignais , dit-il ,
• toutes mes œuvres *. » Que vois-je , le péché ! le péché partout ! et 11 s'écriait jour et nuit : * O
• Seigneur , pourquoi n’ôtez-vous pas mes pé- - chès s? . et que ne tranchez-vous une fois ces malheureux jours, où l’on ne fait que vous offenser, afin qu’il ne soit pas dit « queje sois contraire ■ A la parole du Saint6 ! » Tel était le fond de ses peines ; et ce qui parait de si violent dans Ses discours n’est que la délicatesse d’une consciencequi
UaaaC se redoute elle-même, ou l’excès d’un amour qui craint de déplaire. La princesse palatine souffrit quelque chose de semblable : quel supplice i v A une conscience timorée! Elle croyait voir par- j , s . \> , tout dans ses actions un amour-propre dégubé en vertu; plus elle était clairvoyante, plus elle était tourmentée : ainsi Dieu l’humilinit par ce qui a coutume de nourrir l'orgueil, et lui faisait un remède de la cause de son mal. Qui pourrait
' Mirabiliter me crucias. ( Job. cap. x , 16. )
‘ Grcasu-s mcos dlnuuerasU. ( Ibid. cap. xiv, 16. )
J Ibid. I?.
‘ ViTchor omnla opéra mea. ( Ibid. cap. ix , v. tu. ) k Cur mm lollis poocaUim inewn. et quarc non aufers lnlquitatein nveam? ( Ibid. cap. vu, SI. )
• Kl hase mihi slt cortiolalio, ut, nflligens me dolore, non paroi . n« conlradicam «ermonSbus Snncti. ( Ibid. cap. vi,
dire par quelles terreurs elle arrivait aux délices de la sainte table? Mais elle ne perdait pas la confiance. « Enfin, » dit-elle (c'est ce qu’elle écrit au saint prêtre que Dieu lui avait donné pour la soutenir dans scs peines) , » enfin je suis « parvenue nu divin banquet. Je m’étais levée dès « le matin, pour être devant le jour aux portes . du Seigneur; mais lui seul sait les combats
- qu'il a fallu rendre. » La matinée se passait dans ce cruel exercice « Mais A In fin , poursuit- « elle, malgré mes faiblesses , je me suis comme « traînée moi-méme aux pieds de Notrc-Selgneur,
- et j'ai connu qu'il fallait , puisque tout s’est fait
- en moi par la force de la divine bonté, que je
■ reçusse encore avec une espèce de force ce der- « nier et souverain bien. - Dieu lui découvrait dans ses peines l'ordre secret de sa Justice sur ceux qui ont manqué de fidélité aux grâces de la pénitence. « Il n’appartient pas, disait-elle, aux « esclaves fugitifs , qu'il faut aller reprendre par « force, et les ramener comme malgré eux, de > s'asseoir au festin avec les enfants et les amis;
« et c’est assez qu’il leur soit permis de venir « recueillir A terre les miettes qui tombent de
■ la table de leurs seigneurs. -
Ne vous étonnez pas, chrétiens, si je ne fais plus, faible orateur, que de répéter les paroles de la princesse palatine; c’est que j'y ressens la to.jT mnnne cachée , et le goût des écritures divines, que ses peines et ses sentiments lui faisaient entendre. Malheur à moi, si dans cette chaire j'aime mieux me chercher moi-méme que votre salut, et si je ne préfère à mes inventions, quand elles pourraient vous plaire , les expériences de cette princesse qui peuvent vous convertir! Je n'ai regret qu’A ce que je laisse, et je ne puis vous taire
fr-
ee qu'elle a écrit touchant les tentations d'incrè'* dulité. « Il est bien croyable, disait-elle, qu'un “
« Dieu qui aime infiniment en donne des preuves
- proportionnées A l’infinité de son amour et A « l’infinité de sa puissance : et ce qui est propre A » la toute-puissance d’un Dieu passe de bien loin
- la capacité de notre faible rai90n. C’est ajoute-
- t-cllc, ce que je me dis a moi-méme, quand ,
- les démons tâchent d étonner mn foi ; et, depuis .
« qu’il a plu A Dieu de me mettre dans le cœur
« (remarquez ces belles paroles) que son amour . est la cause de tout ce que nous croyons , cette
- réponse me persuade plus que tous les livres. - C’est en effet l’abrégé de tous les saints livres : r,
et de toute la doctrine chrétienne. Sortez , parole \ ’.VvÀO. étemelle ; fils unique du Dieu vivant , sortez du x bienheureux sein de votre père ’, et venez annon cer aux hommes le secret que vous y voyez. Il
1 lînigtnilii* lilias, quint la sliiu pat ris, ipM eoarravlt.
( J mn. cap. I IM j
D'ANNE DE GONZAGUE
SI
l'a fait , et durant trois ans il n’a cessé de nous dire ie secret des conseils de Dieu ; mais tout ce qu’il en adit est renfermé dans ce seul mot de son Evungile : « Dieu a tant aimé le monde , qu'il lui « a donné son fils unique ' . » Ne demandez plus ce qui a uni en Jésus-Christ le ciel et la terre , et ta croix avec les grandeurs ; » Dieu a tant aimé le - monde. ■ Est-il incroyable que Dieu aime , et que la bonté se communique? Que ne fait pas entreprendre aux limes courageuses l’amour de la gloire; aux âmes les plus vulgaires l'amour des richesses; à tous, enfin , tout ce qui porte le nom d'amour ! Rien ne endfc^ni périls , ni travaux , ni peines ; et voilà les prodiges dont l'homme est capable. Que si l’homme, qui n'est que faiblesse, tente l'impossible, Dieu, pour couteuter son amour, n'cxéculcra-t-il rien d’extraordinaire? Disons donc pour toute raison dans tous les mystères: .Dieuntantaimé le monde.- C'est ia doctrine du moitié, et le disciple bien-aimé l’avait bien comprise. De son temps un Cérinthe ’ , un hérésiarque, ne voulait pas croire qu'un Dieu eût pu se faire homme, et se faire la victime des pécheurs : que lui répondit cet apôtre vierge, ce prophète du Nouvenu Testament , cet aigle , ce théologien par excellence , ce saint vieillard qui n’avait de force que pour prêcher lacharité, et pour dire, Ài-
• mez-vous les uns les autres en Notre-Seigncur; » que répondit-il à cet hérésiarque? quel symbole, quelle nouvelle confession de foi opposa-t-il a son hérésie naissante? Écoutez, et admirez. » Nous
• croyons , dit-il , et nous confessons l’amour que ■ que Dieu a pour nous, » El nos crctlidimus . charitali quant habcl De us in nobis 3. C'est là toute lafoi des chrétiens; c'est la cause et l'abrégé de tout le symbole , c’est là que la princesse palatine a trouvé la résolution de ses anciens doutes. Dieu a aimé; c'est tout dire. S'il a fait, disait-elle, de si grandes choses pour déclarer son amour dans l’incarnation , que n’aura-t-il pas fait pour le cgnsuiRuicf dnniî l'eucharistie, pour se donner, non plus en général à la nature humaine, mais a chaque fidèle en particulier I Croyons doue avecsaint Jean en l’amour d'un Dieu : la foi nous paraîtra douce , en la prenant par un endroit si tendre ; mais n'y croyons pas à demi , à la manière
Xif des hérétiques, dont l’un en retranche une chose, et l'autre une autre ; l’un le mystère de l’incarnation, et l'autre celui de l’eucharistie ; chacun ce qui lui déplaît : faibles esprits, ou plutôt coeurs étroits et entrailles resserrées, que la foi et la rha-
1 Sic Dean dUexit mundum , ut ûlium mzuto unigenilum dan t. ( Joan. cap. ui, IC.
* Ccrinthc, hérésiarque du premier siècle , était disciple de Simon le magicien. 11 niait la divinité de Jwus-Chrivl.
* Joan. cap. nr, 16.
rité n’ont pas assez dilatés' pour comprendre toute l'étendue de l’amour d'un Dieu ! Pour nous, < ■ ■
croyons sans réserve, et prenons le lemcde en- ( tier, quoi qu'il en coule à notre raison. Pourquoi veut-on que les prodiges coûtent tant à Dieu ? 1 1 n'y a plus qu’un seul prodige que j’annonce aujourd'hui au monde : ô ciel, ô terre, étonnezvous à ce prodige nouveau ! C'est que , parmi tant de témoignages de l'amour diviu , il y ait tant d’incrédules et tant d'insensibles. N 'en augmentez pas le nombre, qui va croissant tous les jours; n’alléguez plus votre malheureuse incrédulité , et ne faites pas une excuse de votre crime. Dieu a des remèdes pour vous guérir, et il ne reste qn’u les obtenir par des vœpx. continuels. Il a su pren-> , . . dre la sainte princesse dont nous parlons par le moyen qu’il lut a plu; il en a d’autres pour vous jusqu'à l'infini , et vous n’avez rien à craindre que de désespérer de ses bontés. Vous osez nommer vos ennois, après les peines terribles où vous l’avez vueîCèpeudant, si quelquefois elle désirait d’en être un peu soulagée, elle se le reprochait à elle-même. « Je commence, disait-elle, à m'aper- « cevoir que je cherche le paradis terrestre à lu « suite de Jésus-Cbrist, au lieu de chercher la « montagne des Olives et le Calvaire, par ou il « est entré dans sa glaire. - Voilà ce qu'il lui servit de méditer l'Evangile nuit et jour, et de se nourrir de la parole de vie. C’est encore ce qui lui lit dire cette admirable parole, » qu’elle aimait ■ mieux vivre et mourirsans consolation que d’en
• chercher hors de Dieu. > Elle a porté ces sentiments jusqu'à l'agonie : et prête à rendre l'âme., on entendit qu'elle disait d’une voix mourante :
» Je m’en vais voir comment Dieu me traitera ; mais
• j'espère en ses miséricordes. » Celle paroic de
confiance emporta son âme sainte au séjour des justes. Arrêtons ici, chrétiens; et vous, Seigneur, imposez silence à cet indigne ministre qui ne fait gu'affaiblir voire parole : parlez dans les cœurs , , ,
prédicateur invisible, et faites que chacun se parle
à soi-même. Parlez, mes frères , parlez : je ne suis ici que pour aider vos réflexions. Elle viendra cette heure dernière ; elle approche, nous y touchons , la voilà venue. Il faut dire avec Anne de Gonzague : Il n'y a plus ni princesse, ni palatine; ces grands noms dont on s'étfilirilit ne subsistent xWv > plus. Il faut dire avec elle : Je m’en vais , je suis emporté par une force inévitable; tout fuit , tout diminue , tout disparait à mes yeux. Il ne reste plus à l'homme que le néant et le péché : pour tout fonds, le néant; pour tonte acquisition, le péché. le reste , qu'on croyait tenir, échappe : semblable à de l'eau gelée , dont le vil cristal se
1 Or nofttrwn dilaUlum rst... Angusliunini auloro iu rl- •ceribus ( 11. Cor. c*p. vi. Il, 12. )
FlîNfcBRE
il ORAISON
fond entre les mains qui le serrent , et ne fait que les salir. Mais voici ce qui placera le cœur, ce qui aclievern d 'éteindre la voix , ce qui répandrn lu frayeur dans toutes les veines : « Je m'en vais voir
• comment Dieu me traitera ; > dans un moment je serai entre ecs mains, dont saint Paul écrit en tremblant : . Ne vous y trompe/ pas , on ne se
• moque pas de Dieu ' ; » et encore : » C’est une
• chose horrible de tomber entre les mains du Dieu
■ v ivant ■ - entre ces mains ou tout est action , ou tout est vie; rien ne s'affaiblit , ni ne se relâche , ni ne se ralentit jamais ! Je m'en vais voir si ces mains toutes-puissantes me seront favorables nu rigoureuses ; si je serai éternellement ou parmi leurs dons, ou sous leurs coups. Voila ce qu'il faudra dire nécessairement avec notre princesse ; mais pourrons-nous ajouter avec une conscience aussi tranquille : • J'espcre en sa miséri-
■ corde ? - Car qu'aurons-nous fait pour la fléchir? quand aurons-nous écouté " In voix de celui qui
■ cric dans le désert : Préparez les voies du Scl-
• gneur J? « Comment? par la pénitence.
Mais serons-nous fort contents d'une pénitence commencée à l'agonie, qui n’aura jamais été éprouvée, dont jamais on n’aura vu aucun fruit; d’une pénitence imparfaite; d'une pénitence nulle, douteuse, si vous le voulez; sans forces, sans réflexion , sans loisir pour en réparer les défauts? N'en est-ce pas assez pour être pénétré de crainte jusque dans la moelle des os? Pour celle dont nous parlons, ah! mes frères, toutes les vertus qu'ellcapratiquéesse ramassent dans celte demicrc parole , dans ce dernier acte de sa vie ; la foi , le courage , l'abandon à Dieu , la crainte de ses jugements , et cet amour plein de confiance qui seul efface tous les péchés. Je ne m’étonne donc pas si le saint pasteur qui l'assista dans sa dernière maladie, et qui recueillit ses derniers soupirs, pénétré de tant de vertus, les porta jusque dans la cbairé , et ne put s’empêcher de les célébrer dans l’assemblée des fidèles. Siècle vainement subtil , où l’on veut pécher nvec raison , ou la faiblesse veut s’autoriser par des maximes , où tant d’ùmcs insensées cherchent leur repos dans le naufrage de la foi , et ne font d'elïort contre elles-mêmes que pour vaincre, au lieu de leurs passions , les remords de leur conscience ; la princesse palatine t’est donné»! comme un signe et un prodige : in signum et in porlentum1 * * 4. Tu la verras au dernier jour, comme je t’en ai menacé, (îonfondre ton impénitence et tes vaines excuses.
1 Notile tmre. IM!» nos IrriilHilr. Mat. cup. VI, 7.)
1 Hurrenduio est inclUere in uunui l)rl viventifl- (//< Ar.
mp. i, ni.)
1 \ ox ci-uiuiniM in dpsrrtn : Parais vins Donuni... facile
«edo fnictus riignm jwrnii.nUa ( l.ur r.i|i m , ». i.,
* ha cap. » lll , 11-
Tu In verras se joindre ù ccs saintes Allés et a toute la troupe des saints : et qui pourra soutenir leurs redoutables clameurs ! Mais que sera-ce quand Jésus-Christ paraîtra lui-même à ces malheureux ; quand ils verront celui qu’ils auront percé ■ j’si. tt». comme dit le prophète ; dont ils auront rouvert toutes les plaies ; et qu’il leur dira d une voix terrible: Pourquoi me déchirez-vous par vos blasphèmes, nation impie? me configitis, gens loin *.
Ou, si vous ne le faisiez pas par vos paroles, pourquoi le faisiez-vous par vos œuvres? ou pourquoi avez-vous maivhé dans mes voies d’un pas incertain , comme si mon autorité était douteuse?
Race infidèle, me connaissez-vous a cette fois? suis-jp votre roi? suis je votre juge? suis-je votre Dieu? npprenez-le par votre supplice. Là commencera ce pleur étemel; la ce grincement Je dents5, cjui n’aura jamais de fin. Pendant que les orgueilleux seront confondus, vous, fidèles, qui tremblez ù sa parole4, en quelque endroit que -O.- - vous soyez de cet auditoire , peu connus des hommes , et connus de Dieu , vous commencerez à lever la tête *. Si , touchés des saints exemples que je vous propose, vous laissez attendrir vos curait , si Dieu a béni le travail par lequel je tâche de vous enfanter en Jésus-Christ, et que, trop in- ' digne ministre de ses conseils , je n’y aie pas été moi-même un obstacle , vous bénirez la bonté divine qui vous aura conduits à la pompe fuuèbre de cette pieuse princesse , où vous aurez peut-être trouvé le commencement de la véritable vie.
Et vous6, prince, qui l’avez tant honorée pendant quelle était au monde; qui , favorable interprète de ses moindres désirs , continuez votre protection et vos soins à tout ce qui lui fut cher, et qui lui donnez les dernières marques de piété avec tant de magnificence et tant de zèle; vous, princesse , qui gémissez en lui rendant ce triste devoir, et <pii avez espéré de la voir revivre dans ce discours , que vous dirai-je pour vous consoler? Comment pourrai-jc, madame, arrêter ce toç-y rent de larmes que le temps n’a pas épuisé, que' '■ tant de justes sujets de joie n’ont pas tariTRccon-.V'.V ' naissez ici le monde, reconnaissez scs maux tou- '.w/T- Jours plus réels que scs biens , et ses douleurs par conséquent plus vives et plus pénétrantes que ses joies. Vous avez perdu ces heureux moments ou vous jouissiez des tendresses d’une mère qui n’eut
’ Aspldcnt .ni rne quem confixerunL (Zuc. cap. xu , m.)
* Malaek. cap. m, 9.
* Ibi prit flelus et stridnr drntium. {.V«i//A. cap. vin, v. 12.#
* Ad qupm autrui rrspiriam , nisi ad pauprrnilum cl contrilum spirilu, et Irrinrnlem sermones mcos.... Audite verliurn Domini , qui trcmili» a<l verbam ejiu. ( ha. cap. IXTI ,
b Hcsplcltc cl Irvatr capila veslra : quoniam appropinquat mtrmplio vp*tra. ( l.ur. cap. \xi, 28.)
* Sun gnulrC, le duc d'Fn«{l)i«ii , fila du grand Coudé.
I)K MICHEL LE TELLIKR.
Jamais son égale ; vous avez perdu cette source Inépuisable de sages conseils; vous avez perdu ces consolations qui , par un charme secret , faisaient oublier les maux dont la vie humaine n’est jamais exempte : mais il vous reste ce qu'il y a de plus précieux ; l'espérance de la rejoindre dans lejourde l'éternité, et, en attendant , sur la te rie , le souvenir de scs instructions , l’image de ses vertus, et les exemples de sa vie
ORAISON FUNÈBRE
DE
MICHEL LE TELLIER