SUR LA FERVEUR
• larmes portent avec elles leur consolation? » Vbi et fletus sine gauclio non est? dit saint Augustin
Mais je prévois , chrétiens , une dernière difficulté contre les saintes vérités que j’ai établies. Les pécheurs étant convaincus , par la force et par la douceur de la grâce de Jésus-Christ , qu'il n’est pas impossible de changer de vie, nous font une autre demande; si cela se peut à la cour, et si l’âme y est en état de pouvoir gofiter ces douceurs célestes. Que cette question est embarrassante 1 Si nous en croyons l’Évangile , il u'y a rien de plus opposé que Jésus-Christ et le monde ; et de ce monde , messieurs , la partie la plus éclatante et par conséquent la plus dangereuse , chacun sait assez que c'est la cour : comme elle est et le principe et le centre de toutes les affaires du monde, l’ennemi du genre humain y jette tous ses appâts , y étale toute sa pompe. Là se trouvent les passions les plus fines, les Intérêts les plus délicats , les espérances les plus engageantes : quiconque a bu de cette eau , il s'entête ; il est tout changé par une espèce d'enchantement; c'est un breuvage charmé qui enivre les plus sobres, et la plupart de ceux qui eu out goûté ne peuvent plus goûter autre chose ; en sorte que Jésus-Christ ni ses vérités ne trouvent presque plus de place en leurs cœurs.
Et toutefois, chrétiens, pour ne pas jeter dans le désespoir des âmes que le Fils de Dieu a rachetées , disons qu’étant le Sauveur de tous , il u’y a point de condition ni d’état honnête qui soit exclu du salut qu’il nous a donné par son sang; puisqu'il n choisi quelques rois pour être enfants de son Église , et qu’il a sanctifie quelques cours par la profession de son Évangile , il a regardé en pitié et les princes et leurs courtisans; et ainsi il a préparé des préservatifs pour toutes leurs tentations, des remèdes pour tous leurs dangers, des grâces pour tous leurs emplois. Mais voici la loi qu’il leur impose : ils pourront faire leur salut, pourvu qu'ils connaissent bien leurs périls; Ils pourront arriver en sûreté, pourvu qu’ils marchent toujours en crainte, et qu'ils égalent leur vigilance à leurs besoins, leurs précautions â leurs dangers, leur ferveur aux obstacles qui les environnent : ï'uta si coûta, secura si attenta'. Qu’on se fasse violence ; eette douceur vient de lu contrainte : renversez Ninive, renversez la cour.
0 cour vraiment nuguste et vraiment royale, que je puisse voir tomber par terre l’ambition qui t’emporte , les jalousies qui te partagent , les médisances qui te déchirent, les querelles qui t’en-
• Knar. tu Pt. cxly, t. IY, col. 1024.
1 T tri. de Idol. n* 14.
sanglantent, les délices qui te corrompent , l’impiété qui te déshonore !
DEUXIÈME SERMON
rota u jeudi
DE LA SEMAINE DE LA PASSION