‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 196 sur 282 · SS J · texte numérisé non relu

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que celui qui lui plaît depuis si longtemps. Comme un homme qui est assis à une table délicate, encore que vous lui laissiez toutes les viandes, il croirait toutefois perdre le festin , s'il perdait tout é coup le goût qu'il y trouve et l'appctit qu’il y ressent.

Ainsi les pécheurs , accoutumés à se sert ir de leurs biens pour contenter leur humeur et leurs passions, se persuadent que tout leur échappe, si cet usage leur manque. Quoi! craindre ce qu'on aimait , n’aimer plus rien que pour Dieu ! que deviendront ces douceurs et ccs complaisances , et tout ce qu'il ne faut pas penser en ce lieu , et bien moins répéter en cette chaire ? Que feronsnous donc? que penserons-nous? quel objet , quel plaisir, quelle occupation? Cette vie réglée leur semble une mort , parce qu'ils n'y voient plus ccs délices, cette variété qui charme les sens , ces égarements agréables où ils semblent se promener avec liberté, ni enfin toutes les autres choses sans lesquelles Ils ne trouvent pas la vie supportable.

Que dirai-je ici , chrétiens? comment ferais-je goûter aux mondains des douceurs qu'ils n'ont Jamais expérimentées? Les raisons en cette matière sont peu efficaces ; parce que pour discerner ce qui plaît , on ne connaît de maître que son propre goût, ni de preuve que l'épreuve même. Que plût à Dieu, chrétiens, que les pécheurs pussent se résoudre à goûter combien le Seigneur est doux ! Ils reconnaîtraient par expérience qu’il est de tous ccs désirs irréguliers qui s'élèvent en la partie sensuelle , comme des appétits de malade : tant que dure la maladie, nulle raison ne les peut guérir ; aussitôt qu'on se porte bien , sans y employer de raison , la santé les dissipe par sa propre force, et ramène la nature è scs objets propres : Quœista desideria sanitas tutti t' .

Et toutefois, chrétiens, malgré l'opiniâtreté de nos malades, et malgré leur goût dépravé, tâchons de leur faire entendre non point par des raisons humaines, mais par les principes de lu foi , qu'il y a des délices spirituelles qui surpassent les fausses douceurs de nos sens et toutes leurs flatteries. Pour cela, sans user d’un grand circuit , il me suffit de dire en uu mot que Jésus- Christ est venu au monde. Si je ne me trompe , messieurs , nous vîmes hier assez clairement qu'il y est venu pour se faire aimer. Un Dieu qui descend parmi les éclairs , et qui fait fumer de toutes parts la montagne de Sinaï par le feu qui sort de sa face, a dessein de se faire craindre; mais un Dieu qui rabaisse sa grandeur et tempère sa majesté pour s'accommoder à notre portée , un Dieu qui se fait homme pour attirer l’homme par eette

' S- Aui. tenu. CCir, o 0 7, l. T, col. 10*4

S3ft SLR L’EFFICACITÉ DE LA PÉNITENCE.

bonté populaire dont nous admirions hier la con- celui qui l’attire; elle n’a point de repos jusqu’à descendance , sans doute a dessein do se faire ce quelle se soit (etée à ses pieds : mais regaraimer. Or est-il que quiconque se veut faire ai- dez comme clic les baise, avec quelle ardeur elle mer, il est certain qu’il veut plaire ; et si un Dieu les embrasse ; et apres cela ne doutez jamais que nous veut plaire , qui ne voit qu’il n’est pas pos- la joie de suivre Jésus ne passe toutes les joies du siblc que la vie soit ennuyeuse dans son service? monde ; non-seulement celles qu’il donne , mais

C’est, messieurs, par ce beau principe, que le i même celles qu’il promet, toujours plus grandes grand saint Augustin a fort bien compris ' que la que celles qu’il donne.

grâce du Nouveau Testament, qui nous est don- Que si vous êtes effrayés par ses larmes , par née par Jésus-Christ, est une chaste délectation, ses sanglots, par l’amertume de sa pénitence, un agrément immortel, un plaisir spirituel et sachez, mes frères, que cette amertume est plus céleste qui gagne les cœurs : car puisque Jésus- j douce que tous les plaisirs. Nous lisons dans Christ a dessein de plaire, il ne doit pas venir l’Histoire sainte (c’est au premier livre d'Esdras) sans son attrait. Nous ne sommes plus ce peuple que lorsque ce graud prophète eut rebâti le temple esclave et plus dur que la pierre sur laquelle sa de Jérusalem, que l’armée assyrienne avait renloi est écrite , que Dieu fait marcher dans un che- versé , le peuple mêlant tout ensemble et le triste min rude à grands coups de foudre, si je puis souvenir de sa ruine et la joie de la voir si bien parier de la sorte, et par des terreurs continuelles: réparée, tantôt élevait sa voix en des cris lugunous sommes scs enfants bien-aimés, auxquels , bres, et tantôt poussait jusqu’au ciel des chants il a envoyé sou Fils unique, pour nous gagner de réjouissance; en telle sorte, dit l’auteur sacré, par amour. Croyez-vous que celui qui a fait vos « qu’on ne pouvait distinguer les gémissements cœurs manque de charmes pour les attirer; d’np « d’avec les acclamations : • I\'cc poterat quispas pour leur plaire , et de douceur pour les en- quant agnoscere vocern clamons lœlanliuMj cl trctenlr dans uuc sainte persévérance? Ah ! cès- vocemjlclus populi *. C'est une Image imparfaite scz; ne soupirez plus désormais après les plaisirs de ce qui se fait dans la pénitence. Cette âme de ce corps mortel ; cessez d’admirer eette eau contrite et repentante voit le temple de Dieu rentrouble que vous voyez sortir d’une source si versé en elle, et l’autel et le sanctuaire si saintccorrompue. ment consacré sous le titre du Dieu vivant. Hé-

Levez les yeux, chrétiens, voyez cette fon- las lee ne sont point les Assyriens; c’est elle-même laine si claire et si vive qui arrose, qui rafrai- qui a détruit cette sainte et magnifique structure, cliit , qui enivre la Jérusalem céleste : voyez la pour bâtir en sa place un temple d’idoles ; et elle liesse, et le transport, les chants, les acclama- pleure, et elle gémit, et elle ne veut point recelions , les ravissements de cette cité trloraphaute. voir de consolation : mais au milieu de ses pleurs, C’est de là que Jésus-Christ nous a apporté un elle voit que cette maison sacrée se relève; bien commencement de sa gloire dans le bienfait de plus, que ce sont ses larmes et sa douleur même 6a grâce; un essai de la vision dans la foi ; une qui redressent ses murailles abattues, érigent de partie de la félicité dans l’espérance; enfin un nouveau cet autel si indignement détruit, cornplaisir intime qui ne trouble pas la volonté , mais mencent à faire fumer dessus un encens agréable qui la calme; qui ne surprend pas la raison, mais à Dieu , et un holocauste qui l'apaise. Elle se réqul l’éclaire; qui ne chatouille pas le cœur dans jouit parmi ses larmes; elle voit quelle trouvera sa surface, mais qui l’attire tout entier à Dieu dans l’asile d'une bonne conscience une retraite par son centre : Trahe nos post te \ Si vous assurée , que nulle violence ne peut forcer : si voulez voir par expérience combien cct attrait bien qu’elle peut sans crainte y retirer ses penest doux, considérez Madeleine. Quand vous sées, y déposer ses trésors, y reposer ses inqurévoyez un enfant attaché de toute sa force ù la tudes; et quand tout l’univers serait ébranlé, y mamelle , qui suce avec ardeur et empressement vivre tranquille et paisible sous les ailes du Dieu cette douce portion de sang que la nature lui sé- qui l’habite et y préside. Qu’en jugez-vous , chrépare si adroitement de toute la masse , et lui as- tiens? une telle vie est-elle à charge? cette âme saisonne elle-même de ses propres mains, vous à laquelle sa propre douleur procure une telle ne demandez pas s’il y prend plaisir, ni si cette grâce, peut-elle regretter ses larmes? ne se nourriture lui est agréable. Jetez les yeux sur eroira-t-elle pas beaucoup plus heureuse de pleurer Madeleine, voyez comme elle court toute trans- ses péchés aux pieds de Jésus, que de rire avec portée a la maison du pharisien, pour trouver le monde, et se perdre parmi ses joies dissolues?

Et combien donc est agréable la vie chrétienne,

• De SpiriL et Lut. cnp. vxtiii, n* *», i. x, col. ii2. De „ où les regrets mêmes ont leurs plaisirs , où les Crat. C'hr. cap. uut, n* 36 , t. x, col. 240, et alibi.

* Cant. I, S. «|. E»dr. ni, 13.

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