SUR LA COMPASSION I)K LA SAINTE VIERGE
socs si nécessaires [trouvent peu d’entrée dans l'esprit, et moius encore dans ie cœur, ou sont bientôt oubliées et délaissées ] !
Mais, ô Dieu, pour qui vous parez-vous tant? ô Dieu , encore une fois , songez-vous bien à qui vous préparez cette idole? Si vous vous êtes données à Dieu par la pénitence, pensez-vous lui pouvoir conserver longtemps sa conquête ; pendant que vous laisserez encore flatter votre vanité à ces malheureuses conquêtes, qui lui arrachent les âmes qu’il a rachetées ? Tu colis , qui facis ut coli possint' : » Tu fais plus que les - adorer, parce que tu lui donnes desadornteurs. ■
Quittez donc ces vains ornements à l’exemple de Madeleine, et revêtez-vous de la modestie; non-seulement de ia modestie , mais de la gravité chrétienne , qui doit être comme le partage de votre sexe. Tcrtullicn , qui a dit si sagement , que la crainte était l'instrument de la pénitence, a dit avec le même bon sens , que la gravité était (a compagne et l'instrument nécessaire pour conserver ia pudeur : Quo pacto pudici/iam sine instrumenta suo, id est sine gravitate Iraclubimus ? Je ne le remarque pas sans raison : je ne sais quelle fausse liberté s'est introduite en nos mœurs, qui laisse perdre le respect ; qui, sous prétexte de simplicité, nourrit unecntiêrc licence; qui étouffe toute retenue , par un enjouement inconsidéré. Ah! je n’ose penser aux suites funestes de cette simplicité malheureuse.
Il faut de la gravité et du sérieux pour conserver la pudeur entière, et faire durer longtemps la grâce de la pénitence. Chrétiens, que cette grâce est délicate , et qu elle veut être conservée précieusement I Si vous voulez la garder, laissez-la agir dans toute sa force : quittez le péché et toutes ses suites ; arrachez l'arbre et tous scs rejetons ; guérissez la maladie avec tous ses symptômes dangereux. Ne menez pas une vie moitié sainte, et moitié profane; moitié chrétienne, et moitié mondaine; ou plutôt toute mondaiue et toute profane, parce qu'elle n’est qu'à demi chrétienne et à demi sainte. Que je vois dans le monde de ces vies mêlées 1 on fait profession de piété, et on aime cncoro les pompes du monde ; on offre des œuvres de charité , et on abandonne sou cœur à l'ambition. « La loi est « déchirée, dit le saint prophète, et le jugement « n'est pas venu à sa perfection : ■ Lacerata est lex, et non pervenit usque ad finemjudicium K La loi est déchirée; l'Évangile, le christianisme n'est en nos mœurs qu’à demi ; nous cousons à cette pourpre royale un vieux laml>eau de mon-
* Terlutl. de Idolol. n* 0.
» f)e Cuit. fem. Ilb. il , n” 8.