‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 205 sur 282 · P ». I. XVIII · texte numérisé non relu

P ». I. XVIII

cepté sa croix si dure , si accablante ; refuseronsnous la nôtre légère et facile, ces justes reproches qu'on nous fait , ces peines médiocres qu'on nous impose, ees sages précautions qu'on nous ordonne? Cependant les pécheurs u’en veulent pas : les écouter, les absoudre, leurdonner pour la forme quelque pénitence , c'est tout ce qu'ils peuvent porter. Quelle est, messieurs, cette pensée? Si la péuitence est un jugement, faut-il y aller pour faire la loi , et pour n’y chercher que de la douceur ?0u sera donc lajustice?quelle formedejugement en lequel on ne veut trouver que de la pitié, que de la faiblesse , que de la facilité, que de l'Indulgence? quelle forme de judicature en laquelle on ne laisse ou juge que la patieucc de nous écouter, et la puissance de nous absoudre; en retranchant de son ministère le droit de discerner les mauvaises mœurs, l'autorité de les punir, la force de les réprimer par une discipline salutaire?0 sainte confusion , venez couvrir la face des pécheurs ! 0 Jésus, vousavez été soumis et modeste, même devant un juge inique; et vos fidèles seront superbes et dédaigneux , même à votre propre tribunal 1 Éloignez de nos esprits une disposition si funeste : donnez-nous l’humilité prête à subir toutes les peines; donnez-nous la docilité résolue à pratiquer tous les remèdes. C'est ma dernière partie que je continue sans interruption, parcequcjc la veux traiter en un mot pour ne perdre aucune partie du temps qui me reste.

TBOISIKHg POINT.

il en faudrait davantage pour expliquer bien à fond toutes les vérités que J'ai à vous dire. Trouvez bon que pour abréger, sans m’engager à de longues preuves, je vous donne quelques avis que J'ai tirés des saints Pères et des Écritures divines, pour conserver saintement la grâce de la pénitence. Premièrcmentcraignez, craignez, je le dis encore une fois , si vous voulez conserver la grâce. Plusieurs s'approchent de la pénitence pour sc décliarger de la crainte qui les inquiète; etaprèsleurconfession, leur folle sécurité les rejette dans de nouveaux crimes. J’ai appris de Tertullien , que • la crainte est l’instrument « de la pénitence ; ■ Instrumenta parnitentiœ • , id est metu caruit. C’est par la crainte qu'elle entre, c'est par la crainte qu'elle sc conserve. Grand Dieu! c'est la crainte de vos jugements qui ébranle une conscience pour se rendre à vous. Grand Dieu! c'est la crainte de vos jugements qui affermit une conscience pour s'établir fortement en vous. Vivczdonc toujoursdans la crainte, et vous vivrez toujoursdans la sûreté ; - La crainte,

• Terlult. de Am if. n* e.

SUR L’INTÉGRITÉ DE l.\ PÉNITENCE.

• dit salut Cyprlen, est In gardienne de l'inno- < (‘once : » Timor innoccntia cuslos '.

Mais encore (lue craindrez- vous ? Craignez les occasions dans lesquelles votre inuocence a fait tant de fois naufrage : craignez les occasions prochaines; car qui aime son péril, il aime sa mort ? craignez même les occasions éloignées ; parce que, lors même que l’objet est loin, la faiblesse de notre cœur n’est toujours que trop proche et trop inhérente, et que les moindres approches l peuvent renouveler toutes ses premières impressions]. Un homme, dit Tertuliieu’ , qui a vu dans une tempête le ciel mêlé avec la terre, à qui mille objets terribles ont rendu en tant de fuçons la mort présente, souvent renonce pour jamais à la navigation et à la mer : 0 mer, je ne te verrai plus , ni tes Ilots , ni tes abîmes , ni tes écueils, contre lesquels j'ai été si prés d'échouer; je ne te verrai plus que sur le port, encore ne sera-ce pas sans frayeur : tant l'image de mon péril demeure présente à ma pensée. C’est, mes frères, ce qu'il nous faut faire: retirés saintement en Dieu , et dans l'asile de sa vérité , comme dans un port, regardons dv loin nos périls, et les tempêtes qui nous ont battus, et les vents qui nous ont emportés ; mais de nous y engager témérairement , ô Dieu, ne lu faisons pas. Hélas! A vaisseau fragile et eutr'ouiert de toutes parts , misérable jouet des flots et des vents irrites; tu te jettes encore sur cette mer, dont les eaux sont si souvent eutrées au fond de ton dîne : tu sais bien cc que je veux dire; tu te rengages dans cette intrigue qui t'a emporté si loin hors du port, tu renoues ce commerce qui a soulevé en tou coeur toutes les tempêtes , et tu ne te délies pas d'une faiblesse trop et trop souvent expérimentée. Ali! tu ne dois plus rien attendre qu’un dernier naufrage qui te précipitera au fond de l'ablme.

Jusques ici, chrétiens, j'ai parlé à tous indifféremment ; mais notre sainte pénitente semble m'avertir de donner en parlieulier quelques avis A son sexe : plutôt , qu’elle leur parle elle-même, et qu'elle les instruise par ses saints exemples. Dans cette délicatesse presque efféminée que notre siècle semble affecter, il ne sera pas mutile aux hommes] d'écouter les leçons que Madeleine donne aux personnes de son sexe en particulier]. Elle répand ses parfums, elle jette ses vains ornements, elle néglige ses cheveux : mesdames , Imitez sa conversion , et honorez la pratique de la pénitence. Une des précautions les plus nécessaires pour conserver In grâce de la pénitence, e'est lu retranchement de vos vanité-s :

car n'est ee pas s'accoutumer insensiblement a un grand mépris de sou Ame, que d'avoir tant d'attache a parer son corps? la nécessité et la pudeur ont fait les premiers habits ; la bienséance s'en étant mêlée , elle y a ajouté quelques ornements ; la nécessité les avait faits simples , la pudeur les faisait modestes ; la bienséance sc contentait de les faire propres : la curiosité s'y étant jointe , la profusion n'a plus de bornes; et pour orner ce corps mortel et cette boue colorée, presque toute la nature travaille, presque tous les métiers suent, presque tout le temps se consume , et toutes les richesses s épulseut.

Ces excès sont criminels en tout temps, parce qu'ils sont toujours opposés à la sainteté chrétienne, à la modestie chrétienne , à la pénitence chrétieunc; mais les peut-on maintenant souffrir duns ces extrêmes misères où, le ciel et la terre fermant leurs trésors, ceux qui subsistaient par leur travail sont réduits à la honte de mendier leur vie; ou, ne trouvant plus de secours dans les aumônes particulières , ils cherchent un vain refuge dans les asiles publics de In pnuvretc, je veux dire les hôpitaux , où par la dureté de nos cœurs ils trouvent encore la faim et le désespoir? Dans ecs états déplorables, peut-on songer u orner son corps ; et ne tremble-ton pas de porter sur soi la subsistance, la vie, le patrimoine des pauvres? « O ambition, dit Tertullien, que tires

- forte, de pouvoir porter sur toi seule ce qui

■ pourrait faire subsister tant d'hommes mou-

■ raids ! » lias sont vire s ambilionis lanlarum usurarum substanliam unoet muliebri corpusculo bajutnre ' .

Que vousdirai-je maintenant, mesdames, du temps infini qui sc perd dans de vains ajustements? La grâce de la pénitence porte une sainte précaution pour conserver sainlemeut le temps et le ménager pour l’éternité : elle vous doit apprendre à le conserver; et cependant on s’en joue, on le prodigue sans mesure jusqu'aux cheveux : c’est-à-dire, la chose In plus nécessaire à la chose la plus inutile. La nature, qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec négligence, comme un excrément superflu. Ce que la nature a prodigué comme superflu , la curiosité en fait une attache ; elle dev ient invent Ive et ingénieuse pour se faire une étude d'une bagatelle, et un emploi d'un amusement. Est-ce ainsi que vous voulez réparer le temps et le ménager pour l’éternité? Madeleine ne le fait pas; elle méprise ces soins superflus, et se rend digne d’entendre

■ qu’il n’y a plus qu'une chose qui soit nécessai

- rc’. » Ah ! que dans ces soins superflus les peu-

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