‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 215 sur 282 · SUU LE JUGEMENT DE JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUU LE JUGEMENT DE JESUS-CHRIST

Jésus-Christ, qu’il 11e dit rien pour ménager la faveur des hommes. Les pharisiens le flattent ; il n’en foudroie pas moins leur orgueil , et ne relâche pas pour leurs flatteries , sa juste et nécessaire sévérité. Ils le fatiguent, ils l'importunent, ils le persécutent; sa douceurne s’en aigrit pas : « Race infidèle et maudite, amenez ici votre « fils ■ : » ils le crucifient ; il prie pour eux , et sa vérité subsiste au-dessus de tant de bizarres jugements des hommes.

Aussi paraît-il en juge; il brave la majesté des faisceaux romains par l’invincible fermeté de son silence : le titre de sa royauté est écrit au haut de sa croix; parce qu'il règne sur tout le monde par ce bois infâme, et que ce qui est folie aux Gentils devient la sagesse de Dieu pour les fidèles : pendant que le monde le condamne , il ne laisse pas d'avoir ses enfants qui le reconnaissent ; la sagesse est justifiée par scs enfants. Mais il choisit un autre peuple : il étend ses bras dans la croix , « et il attire tout à lui : » Omnia traham ad meipsum ’. • Il mesure le monde,

• dit Lactancc 3, et il appelle un nombre Infini de

■ nations qui viendront se reposer sous ses ai-

• les : » ainsi il juge les Juifs, et se choisit un autre peuple.

■> Il est prêché aux uns, dit saint Hilaire, et

■ d'autres le reconnaissent; il naît pour ceux-ci, « et il est aimé de ceux-là ; les siens le rejettent,

- et des étrangers le reçoivent; ceux de sa pro-

■ pre maison le persécutent, ses ennemis l'ac- « cueillent avec tendresse; les adoptifs deman-

- dent l'héritage, ceux de sa famille le méprisent ; « les enfants répudient le testament, lesservi-

• teurs le reconnaissent. Ainsi le royaume des « cicux souffre violence, et ceux qui la font

- l’emportent ; parce que la gloire due à Israël il

• cause de ses pères, annoncée par les prophè- . tes, offerte par Jésus-Christ, est saisie et cnle-

■ vée par la foi des nations : » Aliis Christus prœdicatur, et ab aliis agnoscitur; aliis nacistur , et ab aliis ditigilur ; sui eum respuunt; alieni suscipiunt; proprii inseclantur, complectuntur inimici , hœrcdilatem adoptio expetit, Jamilia rejioit; tcstamenlum fllii répudiant, servi recognoscunt. Ilaque vim regnum cœlonim patilur, inferentesque diripiunt; quia ytoria Israël à patribus débita, à prophetis nuntiata, à Oiristo oblata,fidc genti um occupatur et rapitur * . Ainsi pendant que le peuple juif le juge et le condamne, il se choisit un peuple qui se soumet à ses lois , et qui consent au jugement souverain qu’il pro-

’ Matth. XVII, IS.

' Joan. xil , 3a.

* Divin, institut, lib. iv, cap. xxvi, t. r, p. an,

* Comment, in Afutth. D' 7, col, MM.

nonce du haut de sa croix , non-seulement contre les Juifs . mais encore contre le monde: Anne judicium est mundi.

SECOND POINT

Pour apprendre maintenant ce que Jésus a condamné dans le monde , considérez seulement ce qu'il a rejeté. [Que pouvait-il manquer à celui qui possède] une puissance infinie , une sagesse infinie? Ce qu'il n'a pas en, c’est par choix ;

• il a jugé la gloire du monde indigne de lui et . des siens : • Gtoriam sœculi atienum et sibi et suis judicavit. « Il l’a rejetée , parce qu’il la

• méprisait; en la rejetant, il l’a condamnée ; en

- la condamnant, il l'a comptée parmi les pom-

• pes du diable : - Quam noluit, rejecil ; quant rejecit, damnavit, quam damnavit, in pompa diaboti deputavit . N’aimez pas, dit saint Au-

■ gustin * , les choses temporelles ; parce que si “ l’on pouvait les aimer bien , cet homme , que

- le Fils de Dieu s'est uni , les aimerait. Ne crai-

• gnez pas les outrages , les croix , la mort ; parce « que s’ils nuisaient a l’homme, cet homme, que le

- Fils de Dieu s'est uni, ne les souffrirait pas : . ISolitc amare temporalia ; quia sibene amaren tur, amaret ea bomoquem suscepit Fitius Dei. Nolitetimere coutume lias, eleruees, et morte m; quia si nocerent homini, non eapateretur hoir o

| quem suscepit Fitius Dei.

La beauté, la santé, la vie, si c'étaient des biens, serait-il permis aux hommes furieux [d'en priver leurs semblables]? mais serait-il permis aux démons de les ravir au Sauveur? Retranchez donc l'amour de la vie [de vos désirs, comme ne faisant point partie du bien véritable.] i\o n est species ei neque décor 3 : . Il est sans beauté

■ et sans éclat ; • et vous voulez forcer la nature, et rappeler en quelque [sorte] la jeunesse fugitive [par ces] cheveux contrefaits, ces couleurs appliquées.

La puissance, c’est ce qu’on demande ; Télévation, [c'est ce qu'on souhaite]; et pour cela les richesses , principaux instruments de la puissance et de la grandeur. Jésus [veut] si peu de puissance qu'il se soumet volontairement à la puissance des ténèbres. Pilate a puissance sur lui , et il l’a reçue d’en haut ; pour vous faire voir qu’encore que la puissance soit un présent de Dieu, ce n’est ni des principaux, ni des plus grands; puisqu il le donne à un ennemi contre son propre Fils. Combien devait craindre Pilate sa propre puissance ! combien les marques de sou autorité devaient-elles le faire trembler, s’il

1 Tertull. de hïoïnt. n* IS.

* Jqoh. Christ, cap. xi, n" 13, 1. vi, col. Sbl.

* ls. LUI, 2.

CONTBE LE MONDE.

efit pu ouvrir les yeux pour voir où l’engagerait le désir de conserver sa puissance! Pendant que Pilate et Caiphe , et tous les ennemis de Jésus, et les démons même , sont si puissants contre lut, Il s’est dépouillé de tout son pouvoir : Tradebat autan judieanti se injuste ' : - il s'est II- « vré à celui qui le jugeait injustement; » sans résister, je ne dis point par des effets , mais par des paroles. Cherches après cela la puissance, cherchez les richesses, cherchez les plaisirs; mais démentez donc le Sauveur, qui nous a fait voir par sa croix , en s’en dépouillant, que ces choses ne sont pas des biens véritnbles.

La faveur des hommes : au contraire unehaine implacable et envenimée. Siscsennemis déclares, si ses envieux lui eussent rendu le mal pour le mal , ils neseraient pas innocents : en ne lui rendant pas le bien pour le bien , ils sont injustes et ingrats ; mais ils lui rendent le mal pour le bien : tant d'outrages pour tous ses bienfaits! ah ! Il n'y a plus de parole parmi les hommes qui puisse exprimer leur fureur.

Peut-être que ses amis du moins lui seront fldèles : non , mes frères : • maudit l'homme qui • met sa confiance en l'homme ■ ! * Aimez vos amis dans l'ordre de la charité, mais n'y établissez pas votre confiance. Tous sea amis l’abandonnent; celui qui mangeait le pain avec lui, à qui il avait commis la conduite de sa famille, c'est celui-là qui le trahit , qui le vend , qui le livre à scs ennemis : celui qu’il a choisi pour être le fondement de son Église le suit quelque temps, et puis après le renie ; ce commencement de fidélité , cette première chaleur de son zèle ne servant qu’à lui renouveler dans la suite la douleur d'un abandon si universel et si lâche : ne mettez donc pas votre appui sur vos amis. Jésus a perdu les siens; que reste-t-il au Sauveur? rien que Dieu et son innocence; et encore son Innocence, lui reste, non pour le mettre à couvert des insultes et des injustices. Dieu lui demeure, non pour le protéger sur la terre: car au contraire c'est lui qui le livre, c'est lui qui le délaisse et l'abandonne. 11 s’en plaindra bientôt par ces paroles : Deus, Deus meus... quare me dereliquisti 1 ? - Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’a- « vcz-vous abandonné? • Il ne retrouvera ce Dieu, qui l'a délaissé, que quand il rendra le dernier soupir : alors il lui dira : In manus tuas commendo spiritum mewn*. « Mon Pérc,je « remets mon esprit entre vos mains ; > afin que nous entendions que la sainteté, l'innocence,

1 1. Petr. H. as

’ Jrrtm. mi , N.

* Ps. vu, i.

* Lue. xxill, 46.

Dieu même, et trns les biens véritables qu'il donne à ses serviteurs, ne lepr sont pas donnés pour la vie présente ; mais qu'ils ne regardent que la vie future.

■ O remède , qui pourvoit ù tout , s'écrie saint « Augustin 1 ; qui réprime toutes les enflures , qui « rétablit tout ce qui était languissant, qui rc- » tranche tout ce qui était superflu , qui conserve

■ tout ce qui est nécessaire, qui répare tout ce « qui était perdu , qui réforme tout ce qui était « dépravé : * O mrdicinam omnibus consulentem, omnia tumentia comprimentem , omnia tabescentia reficientem , omnia superjlua resecantem, omnia necessaria cuslonientem, omnia perdila repnrantcm, omnia depravata corrigentem. - Qui pourra désormais croire que la

■ vie heureuse consiste dans la jouissance des ob- - jets que le Fils de Dieu nous a appris à mépriser

* par ses leçons et ses exemples? • Quis beatam vilain esse arbitretur in iis qu<e contemnenda esse docuil Fitius Dei ? N'aimez donc pas le monde, ni ce qui est dans le monde; n’aimez pas même la vertu , parce que le monde l’estime et la considère. Le chrétien est un homme transporté de la terre au ciel : tout ce qui plaît au monde, en tant qu'il plaît au monde, est condamné à la croix : A 'une judicium est mundi. Le jugement est donné ; reste que vous veniez à l'exécution sur vous-même, pour vous-même , contre vous-même.

troisième roi vr.

Vous vous êtes engages à cette exécution par le saint baptême : In morte ipsius baptizati su mus 1 * * : « Nous sommes baptisés en sa mort : • en sa mort, en sa croix , en ses douleurs, en ses infamies et en ses opprobres. Il a répandu pour nous sur le monde toute l’horreur de son supplice, toute l’iguominie de sa croix , tous ses travaux , toutes les pointes de scs épines , toute l'amertume de son fiel : Mi/ii rnundus crucifixus est, cl ego mundo 5 : ■> Le monde est mort

• et crucifié pour moi , comme je suis mort et

■ crucifié pour le monde. • Il faut donc exécuter le monde en nous-mêmes , et le crucifier pou r l'amour de Jésus. Jésus a déshonoré le monde ; il l'a crucifié.

Mais nous aimons mieux crucifier Jésus-Chris: lui-même, et participer au crime des Juifs contre lui , que de suivre l'exemple du Fils de Dieu. Pourquoi l'ont-ils crucifié, sinon parce qu’il se disait le Fils de Dieu sans contenter leur ambition, sans les faire dominer sur toute la terre, comme ils se le promettaient de leur Messie 1

1 Dr .tqon. Christ, cap. XI , n® 13 , 1. VI , col- 262.

1 Hum . Vf , 3.

* ( iulul . VI, It.

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