FOCR IX VA 9 VIII
DE LA SEMAINE DE LA PASSION
Comment Jésus a Jugé et condamné le monde avec toutes •e» vanités. Mépris que un Juitrmrnl doll nous inspirer do toutes lis cliosra temporelles. De quelle maniéré non» devons exécuter son Jusement sur nous-mêmes et contre nouv-mëmes.
Pïunc judiciuin est mtindi.
C’est maintenant que le monde va être jugé. Joan.
xn, 3.
Ce n'est pas ce jugement qui fera l'étonnement de l'univers, l'effroi des impies, l’attente des justes que je dois vous représenter ; ce n'est pas ce Jésus qui viendra dans les nues du ciel, terrible et majestueux , qui paraîtra dans cette chaire : c'est Jésus jugé devant Caïplte et devant Pilate, Jésus jugé, Jésus condamné; mais en cet état, il juge le monde, et vous le verrez sur sa croix le condamnant souverainement avec ses pompes et ses maximes. O Dieu , donnez-moi des paroles , non de celles qui flattent les oreilles et qui font louer les discours , mais de celles qui pénètrent les cœurs et qui captivent tout entendement sous l’autorité de votre Évangile. Ave, Maria.
Je ne sais si j'enfanterai ce que je conçois,
* Ercl. IV, 4,6, 6, 8.
* II. Cor. VIH , 14.
J Tob VIT. II.
COMUE LE MOiNDE.
ssi
ni si la bonne parole , que le Saint- Esprit me met dans le cœur, pourra sortir avec toute son efficace. Je suis attentif a un grand spectacle; je découvre intérieurement Jésus sur sa crois , condamnant de ce tribunal et le monde et scs maximes : il est occupé de la pensée de sa passion prochaine; ■ sa sainte âme en est troublée : » anima mca turbata est : Il semble hésiter, et quid dicam ? « et que dirai-je? » A la lin la force prévaut : Pater, clarifica nomen tuum ‘ : • Mon - Père , glorifiez votre nom. » Sur cela , une voix comme un tonnerre [fait entendre ces paroles] : • Je l'ai glorifié , et je le glorifierai encore : » Et ctarificavi, et itcrum clari/tcabo Au bruit de cette voix , il semble parler avec une nouvelle force, et 11 prononce les paroles que j’ai récitées : A’unc judicium est mundi 1 * 3 : * C’est mainte- « nant que le monde va être jugé ; ■ nous enseignant, par ce discours, que sa croix et sa passion sont le jugement et la condamnation du monde. C’est ce jugement que je vous prêche ; et pour vous expliquer en trois mots tout ce que j'ai à vous expliquer de ce jugement, je dirai quelle en a été la forme, sur quel sujet il a été prononcé, quelle en doit être l’exécution.
FBEMIEn POINT.
Le monde établit des maximes : elles ont toutes leur fondement sur nos inclinations corrompues; mais le moude leur donne une certaine autorité, ou plutôt leur attribue une tyrannie contre laquelle les chrétiens n’ont pas le courage de s’élever : ce sont comme des jugements arrêtés, et qui passent en force de choses jugées. [II en est ainsi] sur les vengeances, sur la fortune , etc.
Jésus-Christ veut condamner ces maximes, et In manière de les condamner est nouvelle et inouïe : il sc laisse juger par le monde ; et par l'iniquité de ce jugement, il infirme toutes ses sentences.
De lit il se voit que le monde n’n pns le principe de droiture; et c’est pourquoi ses jugements, i • sont pleins de bizarreries , 2“ n’ont point de stabilité ni de consistance. Mais vous direz que c’est le peuple emporté : voyons ce que le monde juge dans les formes; écoutons le jugement des pontifes et le jugement de Pilate, ceux qu'on appelle les honnêtes gens. Pilate condamne un Innocent, afin d'être ami de César : il s’est trompé ; sa disgrâce sera marquée dans l’histoire 4, et il
1 Joan. xii, 77.
1 Ibid. 28.
s Ibid. si.
* Kuflélic rapporte que Pilate tomba, sou» le restir de Caiun, il*»* de aI crawls malheur», qu’il fut contraint d’être luimême Mil) liqurrcau. Adoo dit que Pilate »e tua a Vienne ro
y aura uue tour qui devieudra fameuse par son exil. Voilà pourtant les honnêtes .gens , ceux qui ont de grandes vues pour la cour et pour la fortune : ils ont mal jugé du Fils de Dieu , et leur ambition les a corrompus , pour leur faire tremper leurs mains dans le sang du juste.
Mais les prêtres et les pontifes ont encore un objet plus haut : ils songent à sauver l’État et l’autorité de la nation : Et non tota gens perçât ' ; sur cela , ils sacrifient Jésus-Christ à une chimère d'intérêt public. Mais ce sang qu’ils ont répandu , est sur eux et sur leurs enfants , selon leur parole ; Il les poursuit , il les accable, [Comme Jésus-Christ le leur avait annoncé] : lit reniât super vos omnis sanguin justus, qui effusus est super terram ' : Ils mettent le comble nu crime et à la vengeance [par] le dernier trait [de leur jugement]. Ainsi , en jugeant Jésus-Christ , tout le monde s'est trompé. Il s'est laissé juger, et l’extravagance de ce jugement criminel et Insensé a fait paraître que le monde ne sait pas juger. Jésus s’est mis au-dessns de tous les jugements humains , regardé comme un homme, non encore comme Fils de Dieu ; et c’est ce qui lui donne une autorité suprême au-dessus de tous les jugements du monde.
Il ne juge pas avec une apparence d’autorité; il le fera un jour de cette sorte , lorsqu’il descendra dans la nue : il juge en sc laissant condamner, et il remporte la victoire pendant qu’on le juge, ainsi qu'il est écrit au psaume cinquantième : VI vincas eitm judicaris 3 : - afin que vousde- « mettriez victorieux , lorsqu’on jugera de votre - conduite. - C’est ce qui autorise son Évangile; c’est ce qui met la perfection à son innocence , a sa sainteté, à sa justice. Platon (ne vous étonnez pas si je cite ce philosophe en cette chaire ; le passage que j’ai a vous rapporter a été tant de fois cité par les chrétiens , qu’il a cessé d’être profane en passant $1 souvent par des mains saintes) : Platon dit que le comble de la malice, c’est de la couvrir si artificieusement , quelle paraisse être Juste A Ainsi la perfection de la sainteté, c’est d’être juste , sans se soucier de le paraître , sans ménager la faveur des hommes ; et au contraire en reprenant tellement les vices, qu’on se fasse maltraiter et crucifier comme un criminel : fondements cachés de la vérité future, jetés dans les ténèbres du paganisme. C’est ce qui autorise
Dauphiné, ou il avait été relégué pour le rratedeara Jour»; .1 telle rat encore aujourd'hui ta IradlUou du paya. Voyez Ensel!, flirt, eccl. Ub.n.cap. tu, Adoo, (tira a .nuit. Sert, a* Chr. XL. Tilleul. Histoire det Emper. t. I , p. 4M. {Édit, de Dtjoris .)
1 Joan. Il , an.
* Matth xxnf, SS.
3 Pt. l,«.
3 De C'Y mW lie. il.
nsi