P». XI
7 IhtHt. XXXII, 17.
3 Eseth. XIX , b.
suit (.'HONNEUR DU MONDE.
la parole; c’est assez de le voir, pour juger que I tiouneurdu monde a perdu sa cause. Désabusezvous pour toujours des hommes et de l'estime que vous faites de leur jugement, en voyant ce qu’ils ont jugé de Jésus-Christ. 11 condamne le jugement des hommes, nouvelle manière de les condamner. Jésus-Christ ne les condamne qu’eu les laissant juger de lui-mème : et ayant rendu sur sa personne le plus inique jugement qui fut jamais, l’excès de cette iniquité a infirmé pour jamais toutes leurs sentences. Tout le monde généralement en a mal jugé ; c’est-à-dire, les grands et les petits, les Juifs et les Romains, le penple de Dieu et les idolâtres, les savants et les ignorants, les prêtres et le peuple, ses amis et ses ennemis, scs persécuteurs et ses disciples. Tout ce qu’il peut jamais y avoir d'insensé et d'extravagant, de changeant et de variable, de malicieux et d’injuste , de dépravé et de corrompu , d’aveu gle et de précipité dans les jugements les plus déréglés, Jésus-Christ l'a voulu subir; et pour vous désabuser a jamais de toutes les bizarreries de l'opinion , il ne s'en est épargné aucune.
Voulez-vous voir, avant toutes choses, la diversité prodigieuse des sentiments? écoutez tous les murmures du peuple dans un seul chapitre de l’évangile de saint Jean '. C’est un prophète , ce n’en est pas un ; c'est un homme de Dieu , c'est un séducteur; c’est le Christ, il est possédé du malin esprit. Qui est cet homme ? d’où est-il venu ? ou a-t-il appris tout ce qu’il nous dit? Dissensio itaque facta est in turbd peupler eum : O Jésus ! Dieu de paix et de vérité ! ■ Il y eut sur votre su- « jet une grande dissension parmi le peuple. » Voulez-vous voir la bizarrerie qui ne se contente de rien? Jean-Baptiste est venu, retiré du monde, menant une vie rigoureuse, et on a dit : « C'est * un démoniaque » le Fils de l’homme est venu , mangeant et conversant avec les hommes , et on a dit enepre : « C’est un démoniaque J. » Entreprenez de contenter ces esprits mal faits. Voulez-vous voir, messieurs, un désir opiniâtre de le contredire? Quand il ne se dit pas le Fils de Dieu , ils le pressent violemment pour le dire : Si tu es Chrishis, die nobis palam1 * * 4 * : • Si vous - êtes le Christ , dites-le-nous clairement ; » et après qu’il le leur a dit, ils prennent des pierres pour le lapider !. Malice obstinée , qui , étant convaincue , ne veut pas sc rendre : Il est vrai , nous ne pouvons le nier, Il chasse les malins esprits; mais « c'est au nom de Béelzébub , qui en est le
1 Joan Vil, 12 rl
* Mail h. xi, IA.
1 Joan. vm, U.
4 Ibid, x . *4
• Ibid. 3|.
uflAsi rr. — t. ii.
• priuce \ . Une humeur fécheuse et contrariante, qui cherche à reprendre dans les moindres choses : Quel homme est celui-ci? - ses dis- « ciples ne lavent pas leurs mainsdevant le repas ■;
• qui tourne les plus graudes en un mauvais sens : ■ c'est un méchant qui ne garde pas le sabbat 3 ; » il adélivré un démoniaque, il a guéri un paralytique, il a éclairé un aveugle le jour du repos.
Mais ce que je vous prie le plus de considérer* dans les jugements des hommes, c'est ce changement soudain et précipité qui les fait passer en si peu de temps aux extrémités opposées. Ils courent au-devant du Sa.uveur, pour le saluer par des cris de réjouissance ; ils courent après lui pour le charger d'imprécations. > Vive le Fils do « David4 ! - » Qu’il meure ! qu'il meure ! qu'on « le crucifie s ! . . Béni soit le roi d’Israèl 6 ! • « Nous n'avons point de roi que César -. » Donnez des palmes et des rameaux verds, qu’on cherche des fleurs de tous côtés pour les semer sur son passage : donnez des épines pour percer sa tête , et un bois infâme pour l'y attacher. Tout cela se fait en moins de huit jours ; et pour comble d'indignité, pour une marque éternelle du jugement dépravé des hommes, la comparaison la plus injuste, la préférence la plus aveugle:. Lequel « des deux voulez-vous, Jésus ou ilarabbas », „ le Sauveur ou un voleur, l’auteur de In vie ou un meurtrier? et la préférence la plus injuste : Non hune, sed Ilarabüam : « Nous ne voulons point » de celui-ci , mais donnez-nous Barabhas : » « Qu’on « l ôtc, qu'on le crucifie, - nous voulons qu'on délivre le meurtrier, et qu'on mette à mort l'auteur de la vie.
Après cela, mes frères, entendrons-nous encore des chrétiens nous battre incessamment les oreilles par cette belle raison : Que dira le monde, que deviendra ma réputation ? on me méprisera , si je ne me venge ;je veux soutenir mon honneur, il m'est plus cher que mes biens , il m'est plus cher même que ma vie. Tous ces beaux raisonnements, par lesquels vous croyez pallier vos crimes, ne sont que de vaines subtilités, et rien ne nous est plus aisé que de les détruire; mais je ne daignerais seulement les écouter. Venez, venez les dire au Fils de Dieu crucifié ; venez vanter votre honneur du monde à la face de ce Dieu rassasié, soûlé d’opprobres; osez lui soutenir qu’il a tort d’avoir pris si peu de soin de plaire aux hommes, ou qu'il a été bien malheu-
* Luc. xi, IA.
1 Matth. xr, 2.
* Joan. ix , |«.
4 Natth. xxi , 9.
» Joan. xix, 16.
* Ibid, xil, n.
* Ibid, xif , li.
* .Vau h. xxvii, 11. xvni, ic.
SUR LA NÉCESSITE
rcuxdcu'avoirpu mériter leur approbation. (Test cc que nous avons A dire nux idolâtres de l'honneur du monde : et si l’image de Jésus-Christ attaché à un bois infâme ne persuade pas leur orgueil; taisons-nous, taisons-nous; et n'espérons janiaisde pouvoir persuader par nos discours ceux qui auront méprisé un si grand exemple. Que si nous croyons en Jésus-Christ , " sortons , sortons avee lui , portantsur nous-méines son opprobre : ■ Exeamus igiturcum ilto extra castra impropenum ejus portantes Si le monde nous le refuse , donnons-nous-le à nons-mérues ; reprochons-nous à nous-mêmes nos dérèglements et la honte de notrevie, et participons comme nous pouvons à la honte de Jésus-Christ , pour participer à sa gloire. Amen.