A M. I.K PRINCE
f à: jour que monsieur le Prince me vint entendre, je parlais du méprisde l'honneur du monde; et sur cela, après avoir fait ma division , je lui dis qu'à la vérité je ne serais pas sans appréhension de condamner devant lui la gloire du monde dont je le voyais si environné, n’était que je savais qu’autont qu’il avait de grandes qualités pour la mériter, autant avait-il de lumières pour en connaître le faible : qu'il fût grand prince , grand génie, grand capitaine, digne de tous ces titres, et grand par-dessus tous ces titresjje le reconnaissais avec les autres; mais que toutes ces grandeurs, qui avaient tant d'éclat devant les hommes, devaient être anéanties devant Dieu : que je ne pouvais cependant m'empêcher de loi dire que je voyais toute la France réjouie de recevoir tout ensemble la paix et Son Altesse Sérénissime, parce qu’elle avait dans l une une tranquillité assurée, et dans l’autre un rempart invincible ; et que nonobstant la surprisedesa présence imprévue, les paroles ne me manqueraient pas sur un sqÿet si auguste, n’était que me souvenant nu nom de qui je parlais, j’aimais mieux abattre aux pieds de Jésus-Christ les grandeurs du monde, que du les admirer plus longtemps en sa personne.
En finissant mon discours, le sujet m’ayant conduit ù faire une forte rétlexion sur les changements précipités de l’honneur et de la gloire
1 flrhr. xm , 13.
3 Non* avom trouvé sur «ne (mille séparé®, écrite de la main île Bossuet, ce récit qu'il a fait lui-méme, après son sermon , de cc qu'il avait dit à M. le Prince { le grand Onde ), fui était venu Peutendre saus qu'il l'attendit. ( Edit, de Di-
du monde, je lui dis qu’encoreque ces grandes révolutions menaçassent les fortunes les plu* éminentes, j’osais espérer néanmoins qu’elles ne regardaient ni la personne ni la maison de son altesse : que Dieu regardait d'un mil trop propice le sang de nos rois et la postérité de saint Louis; que nous verrions le jeune prlnec son lilseroitre avec la bénédiction de Dieu et des hommes; qu’il serait l’amour de son roi et les déliées du peuple, pourvu que la piété crût avec lui , et qu'il se souvint qu’il était sorti de saint Louis; non pour se glorifier de sa naissance, mais pour imiter l’exemple de sa sainte vie. Votre altesse , disjealorsà monsieur le Prince, ne manquera pas de l’y exciter et par scs paroles et par ses exemples; et il faut qu'il apprenne d’elle, que les deux appuis des grands princes sont la piété et la justice. Je conclus enfin que, se tenant fortement luimême à ces deux appuis, je prévoyais qu’il serait désormais le bras droit de noti-e monarque, et que toute l’Europe le regarderait comme l’ornement de son siècle : mais néanmoins que méditant en moi-même la fragilité des choses humaines, qu’il était si digne de sa grande âme d’avoir toujours présente a l’esprit, je souhaitais à Son Altesse une gloire plus solide que celle que les hommes admirent, une grandeur plus assurée que celle qui dépend de la fortune, une immortalité mieux établie que celle que nous promet l’histoire, et enfin une espérance mieux appuyée que celle dont le monde nous flatte, qui est celle de la félicité éternelle.
DEUXIÈME SERMON
POUR
LE DIMANCHE DES RAMEAUX