I DE PAQUES
- tient la partie dominante : - Totum possidei qui principale le net : « En toi , poursuit-il, la par-
• tie qui est la plus noble , c'est-à-dire l’âme ,
■ c'est celle-là qui domine : « tn te illud principatur quod melius est ; et incontinent il conclut : Tenens lieux quod melius est, id est animant tuam , profeclo per meliorem possidet et inferiorem, quod est corpus tuum * : . Dieu tenant « ce qu’il y a de meilleur, c'est-à-dire ton âme ,
« par le moyen du meilleur il entre en possession . du moindre, c'est-à-dire du corps. >
Qu’infcrerons-nous de cette doctrine de saint Augustin ? La conséquence en est évidente : Dieu habitant en nos âmes , a pris possession de nos cor;»; par conséquent, (i mort , tu ne les lui saurais enlever : tu t’imagines qu’ ils sont ta proie ; ce n’est qn'nn dépôt que l'on consigne entre tes mains, tôt ou tard Dieu rentrera dans son bien :
• Il n'y a rien, dit le Fils de Dieu , qui soit si
• grand que mon Père ; ce qu'il tient en scs mains,
« personne ne le lui peut ravir , ni lui faire lâcher
• sa prise : • Pater meus quod dédit mihi majus omnibus est, et nemo potest rapere de manu Patrismei \ Partant, ô abîmes, et vous, flammes dévorantes, et toi, terre, mère commune et sépulcre de tous les humains, vous rendrez ces corps que vous ave* engloutis; et plutôt le monde sera bouleversé, qu'un seul de nos cheveux périsse : parce que l’Esprit qui anime le Fils do Dieu, c’est le même qui nous anime. Il exercera donc en nous les mêmes opérations , et nous rendra conformes à lui : car remarquez cette théologie. Comme le Fils de Dieu nous assure qu’il ne - fait rien que ce qu'il volt faire à son « Père . J; ainsi le Saint-Esprit qui reçoit du Fils, De meo accipiet 4, le regarde comme l'exemplaire de tous ces ouvrages. Toutes les personnes dans lesquelles il habite, il faut nécessairement qu'il les forme à sa ressemblance : c’ est ce que dit l’apôtre en ces mots : > Si vous avez en - vous l’Esprit de celui qui a vivifié Jésus-Christ, « il vivifiera vos corps mortels 5. Et de même que le germe que la nature a mis dans le grain de blé, se conservant parmi tant de changements et altérations différentes, produit en son temps un épi semblable à celui dont il est tiré ; ainsi l'Esprit de vie, qui de la plénitude de Jésus-Christ est tombé sur nous, nous renouvellera peu à peu selon les diverses saisons ordonnées par Ja Providence, et enfin nous rendra nu corps et en la vie semblable à Notre-Seigneur , sans qne In corruption ni la mort puissent empêcher sa vertu.
1 &n»- OA!, u"«,t.V, Col. 777.
* Joan. x,2».
1 Ibid. ▼, 19.
4 Ibid. XTI. 15.
* Rom. Ylll , 11.
/ LiOOC
POUR I.E JOUR DE PAQUES. 07 1
Et c'est pourquoi saint Paul considérant aujourd'hui notre Maître ressuscité, nous presse si fort de ressusciter avec lui. Jusques ici , dit-il, la vie de mon Maître était cachée sous ce rorps mortel ; nous ne connaissions pas encore ni la beauté de cotte vie , ni la grandeur de nos espérances : à présent je le vols tout changé, il n'y a plus d’inlirmlté en sa chair, il n’y a rien qui sente le péché ni sa ressemblance ; Peccato mortuus est < : il a dépouillé cette mortalité qui cachait sa gloire : la divinité qui anime son esprit , s'est répandue sur son corps; jen’y vois paraître que Dieu, parce que je n'y vois plus que gloire et que majesté. Il ue vit qu’en Dieu , Il ne vit que de Dieu , il ne vit que pour Dieu : i/und autem vivit , vivit Deo “. Je sais que, si je commence à vivre arec lui sur la terre, son Esprit qui me fera vivre, me renouvellera selon son image. Courago, dit-il, mes frères ; ce que la foi nous fait croire en la personne du Fils de Dieu , elle nous le doit faire espérer pour nous-mêmes. Jésus est ressuscité comme les prémices et les premiers fruits de notre nature : • Dieu nous a fait voir dans le grain prln-
• ci pal, qui est Jésus-Christ, comment il treite- « rail tous les autres : ■ Ue uno principali grano dalum est experimentum, dit saint Augustin’. Jugez de la moisson par ces premiers fruits. Primitif Chrislus '.
J’entends quelquefois les chrétiens soupirer après les délices de l’heureux état d'innocence. Osi nous étions comme dans le paradis terrestre ! Justement certes, car la vie on était bien douce. Et l’apétre vous dit que vous n’étes pas chrétiens', si vous n'aspirez à quelque chose de plus : posséder cette félicité, c'est être tout au plus comme Adam ; et il vous enseigne que vous devez tous être comme Jésus-Christ1. On ne vous promet rien moins que d'être placés nvec lui dans le même Irène : Qi/i vice rit, dabo ei sedere mecum in throno tnco, dit le Sauveur dans l’Apocalypse® :
• Celui qui sera vainqueur, je le placerai dans - mon trône. •
Attendez-vous après cela, chrétiens, que je vous apporte des raisons pour vous faire voir que cette vie doit être Immortelle? n'est-ee pas assez île vous en avoir montré In beauté et les espérances , pour y porter vos désirs? Certes , quand je vois des chrétiens qui viennent dans le temps de Pâques puiser cette vio dans les sources des sacrements, et retournent après A leurs premières ordures, je ne saurais assez déplorer leur cala-
' Rom. Tl» 10.
• Ibid. il.
1 Sun», crmi , n* 10, I t,oûI. I4i(.
* I. Cor, xv, 23
* Cofotu. III, i. -
• Ai*h\ III, 21.
mité. I ls mangent In vie , et retournent à la mort ; ils se lavent dans les eaux de la pénitence , et puis après au bourbier; ils reçoivent l’Esprit de Dieu , et vivent comme des brutes. Fous, insensés! et ne comprenez-vous pas la perte que vous allez faire? que de belles espérances vous allez tout à coup ruiner ! conservez chèrement cette vie ; peutêtre que , si vous la perdez cette fois , elle ne vous sera jamais rendue. Dans la première intention de Dieu , elle ne se devait donner ni se perdre qu'une seule fois : considérez cette doc tri ne . Adam l'avait perdue : c’en était fait pour jamais; si le Fils de Dieu ne fut intervenu, il n’y avait plus de ressource. Enfin il nous la rend par le saint baptême. Et si même nous venonsà violer l’innocence baptismale, il se laisse aller, à la considération de son Fils , à nous rendre encore la grâce par la pénitence ; mais il ne se relâche pas tout A fait de son premier dessein. Plus nous la perdons de fois, et plus il se rend difficile. Dans le baptême II nous la donne aisément ; à peine y pensons-nous. Venons-nous à la perdre, il faut avoir recours aux larmes et aux travaux de la pénitence. Que s’il est vrai qu’il se rende toujours plus difficile, A Dieu ! où en sommes-nous, chrétiens, nous qui l'avons tant de fois reçue et tant de fois méprisée? combien s’en faut-il que notre santé ne soit entièrement désespérée? Tertullien dit que ceux qui craignent d'offenser Dieu après avoir reçu la rémission de leur faute , appréhendent d’être à charge à la miséricorde divine ; Nolunt iterum divintc miscricordiæ oneri esse’. Donc ceux qui ne le craignent pas , sont à charge à la miséricorde divine.
Comment cela se fhit-it? Un exemple familier [vous l'apprendra]. Un pauvre homme pressé de misère vous demande votre assistance ; vous le soulagez selon votre pouvoir ; mais vous ne le tirez pas de nécessité : il revient à vous avec crainte; à peine ose-t-il vous parler : il ne vous demande rien ; sa nécessité , sa misère , et plus que tout cela sa retenue vous demande : il ne vous importune pas, il ne vous est pas à charge ; tout votre regret c'est de ne pouvoir pas le soulager davantage. Voilà le sentiment d’un bon cœur. Mais un autre vient à vous qui vous presse, ijui vous importune; vous vous excusez honnêtement : il ne vous prie pas comme d’une grâce ; mais il semble exiger, comme si c’était une dette : sans doute il vous est à charge; vous cherchez tous les moyens de vous en défaire. Il en est de même à l'égard de Dieu : un chrétien a succombé à quelque tentation ; la fragilité de la chair l’a emporté : incontinent II revient : Qu’ai-je fait?
1 De Peenit. n* 7.
igitized by GoogI
POUR LE JOUR DE PAQUES
•Tl
on me suis-je engagé? la larme à l'œil, le regret dons le cœur, la confusion sur la face, il vient crier miséricorde; il en devient plus soigneux. Ab I je l'ose dire, il n'est poiut U charge à la miséricorde divine. Mois toi , pécheur endurci , qui ne rougis pus d'apporter toujours les mêmes ordures aux eaux de la pénitence ; il y a tant d'années que tu charges des mêmes [récits] les oreilles d'un confesseur : si tu avais bien conçu que la grâce ne t'est point due , tu appréhenderais plus de la perdre; tu craindrais qu'a la fin Dieu ne retirât sa main : mais que tu y reviennes si souvent sans crainte , sans tremblement ; il faut bien que tu t’imagines qu'elle te soit due. Tu crois que Dieu sera toujours bien aise de te recevoir : sache que tu es à charge à sa miséricorde; qu'il ne te fait , pour ainsi dire , du bien qu'à regret; et que , si tu continues , il se défera de toi , et ne te permettra pas de te jouer ainsi de ses dons.
C'est une parole effroyable des Pères du concile d'Elvire : « Ceux, disent-ils, qui après la - pénitence retourneront à leur faute, qu’on ne
• leur rende pas la communion même à l'extré-
• mité de la vie; de peur qu'ils ne semblent se
• jouer de nos saints mystères, ■ ne /misse de Dominica cotnmunione videantur'. Cette raison est bien effroyable , et encore plus si nous venons à considérer que cette communion dont ils parlent était une chose, en ce temps, dont on ne pouvait abuser que deux fols. On la donnait par le baptême ; la perdait-on par quelque crime , encore une seconde ressource dans la pénitence ; après , plus : en violer la sainteté par deux fois, ils appelaient cela s’en jouer.
O Dieu! si nous avions à rendre raison de nos actions dans ce saint concile , quelles exclamations feraient-ils? comment éviterions-nous leurs censures? Ces évêques nous prendraient-ils pour des chrétiens, nous dont les pénitences sont aussi fréquentes que les rechutes; qui foisons de la communion , je n'oserais presque le dire , comme un jeu d’enfant ; cent fois la quitter, cent fois la reprendre? C’est pourquoi éveillons-nous, chrétiens, et tâchons du moins que nous soyons cette fois immortels à la grâce avec le Sauveur. Ne soyons pas comme ceux qui pensent avoir tout fait quand ils se sont confessés : le principal reste à faire, qui est de changer ses mœurs et de déraciner ses mauvaises habitudes. Si vous avez été justifiés , vous n'avez plus à craindre la damnation étemelle; mais pour cela ne vous imaginez pas être en sûreté, • de peur qu'une
• fausse sécurité ne produise en vous une funeste
• négligence, > ne accepta securitas inditigen-
1 Can, lll, Lnb. I. I, coi. S7I.
liant puriat. Craignez le péché, craignez vos mauvaises inclinations, craignez ces fâcheuses rencontres dans lesquelles votre innocence a tant de fois fait naufrage : que cette crainte vous oblige à une salutaire précaution ; car la pénitence a deux qualités également nécessaires. Elle est le remede pour le passé, elle est une précaution pour l'avenir : la disposition pour la recevoir comme remède du passé, c'est la douleur des péchés que nous avons commis ; la disposition pour la recevoir comme précaution de l'avenir, c'est une crainte filiale de ceux que nous pouvons commettre , et des occasions qui nous y entraînent. Dieu nous puisse donner cette crainte, qui est la garde de l’innocence I Ah ! chrétiens , craignons de perdre Jésus qui nous a gagnés par sou sang. Partout où je le vois, il nous tend les bras. Jésus crucifié nous tend les bras : Viens-t-en, dit-il, ici mourir avec moi; il y fait [bon] pour toi, puisque j'y suis. Jésus ressuscité nous tend les bras , et nous dit : Viens vivre avec moi, tu seras tel que tu me vois; je suis glorieux, je suis immortel : sois Immortel à la grâce, et tu le seras à la gloire.
«•■•fi»
DEUXIÈME SERMON
POUR
LE JOUR DE PAQUES
Comment Jésus-Christ est-il mort au péché, et pourquoi devons-nous y mourir avec lui. Etendue du changement qu’exige celte mort spirituelle. Combats nécessaires pour conserver le fruit de notre victoire sur le péché. Deux états particuliers du règne de la charité. Dessein de Dieu en laissant ses serviteurs sujets à tant d’inflnnitês. Comment nos corps deviennent-ils les temples de TEsprit saint : de quelle maniéré l’ouvrage de leur bienheureuse Immortalité se commence «!es h présent : honneur que nous devons leur porter.
ConsepulÜ enim sumus euro illo per baplifimum in inortein ; ut quoroodo Christus surrevil a mortuis per gloriam Pains , ita et nos in noritate vite ambulemus.
Nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême, dans lequel nous participons à sa mort ; afin que comme Jésus-Christ est ressuscité des morts t ainsi nous marchions en nouveauté de vie. Rom. vi, 4.
Cette sainte nouveauté de vie, dont nous parle si souvent le divin apôtre, mérite bien, messieurs , que les fidèles s’en entretiennent , et particulièrement aujourd'hui que Jésus nous en a donné le modèle dans sa glorieuse résurrection. Enfin Jésus-Christ , cet homme nouveau , a dépouillé en ce jour tout ce qui lui restait de l’ancien ; et nous montre , par son exemple , que nous devons commencer une vie nouvelle. Pour entendre cette nouveauté , à laquelle nous oblige le
POUR LE JOUR DE PAQUES
christianisme , il faut nécessairement remonter plus haut, et reprendre les choses jusqu’au principe.
L'homme, dans la sainteté de son origine, avait reçu de Dieu ces trois dons, l'innocence, la paix, l’immortalité : car étant formé selon Dieu , il était juste ; régnant sur ses passions , il était paisible ; mangeant le fruit de vie , il était immortel. La raison, dit saint Augustin1, s’étant révoltée contre Dieu , les passions lui refusèrent leur obéissance ; et l ime , ne buvant plus à cette source inépuisable de vie, devenue ellemême impuissante, elle laissa aussi le corps sans vigueur : de là vient que la mortalité s’en est emparée incontinent. Ainsi, pour la ruine totale de l’homme , le péché a détruit la justice ; la convoitise s’étant soulevée, a troublé la paix : l’immortalité a cédé à la nécessité de la mort : voilà l’ouvrage de Satan opposé a l’ouvrage de Dieu.
Or le Fils de Dieu est venu au monde • pour « dissoudre l’œuvre du diable*, ■ comme il dit lui-même dons son Évangile : il est venu pour reformer l’homme selon le premier dessein de son Créateur, comme nous enseigne l'apôtre 1 ; et pour cela , Il est nécessaire que sa grâce lui restitue les premiers privilèges de la nature.
Mais ce que nous avons perdu tout à coup , ne nous est pas rendu tout à coup : Dieu procède avec ordre. Il faut remarquer, messieurs , que Dieu , en renouvelant scs élus , ne veut pas qu’ils soient changés tout à coup ; mais qu’il ordonne certains progrès par lesquels il les avance de jour en jour à la perfection consommée. Il y a trois dons à leur rendre ; il y aura trois différents âges , par lesquels , de degré en degré, Ils deviendront « hommes faits , • comme dit saint Paul ; in virum pcrfectum 1 : de sorte que dans ce monde il répare leur innocence ; dans le ciel il leur donne la paix ; à la résurrection générale il ornera leurs corps d'immortalité. Par ces troiB âges, ■ les justes arrivent à la plénitude de Jé- - sus-Christ, » ainsi que parie l’apôtre : i» mensuram trialis pleniludinis Christii. La vie présente est comme l’enfance; celle dont les saints jouissent au ciel, est semblable à la fleur de l’âge ; après, suivra la maturité dans la dernière résurrection. Au reste, cette vie n’apointde vieillesse ; parce qu’étant toute divine, elle n’est point sujette au déclin.
Vous voyez les divers degrés pur lesquels le
• De Civil. Dei. lih. xui, cap. un et scqrj-, t. vil, col. 334, 336.
< f. Jottn. DI , 8.
1 Colou. III , 10-
* Ephes. nr, 13.
1 itu.
MdW .T — ». U.
Saint-Esprit noos avance à cette parfaite nouveauté d’esprit et- de corps. Mais il faut encore observer, et cette remarque, messieurs, fera le fondement de ce discours , qu’encore que ce merveilleux renouvellement ne doive avoir sa perfection qu’au siècle futur; néanmoins ces grands changements qui nous font des hommes nouveaux en Jésus-Christ, doivent se commencer dès cette vie : car comme je vous ai dit que la vie présente est comme l’enfance, je confesse à la vérité qu’elle ne peutavoir la perfection ; mais néanmoins tout ce qui doit suivre y doit avoir son commencement, doit être comme ébauché dans ce bas âge. Jésus-Christ a trois ennemis à détruire en nous successivement, le péché, la convoitise, et la mort; par trois dons divins, l'innocence, la paix, l’immortalité : encore que ces trois choses ne s'accomplissent pas en cette vie , elles y doivent être du moins commencées.
Et voyez en effet, messieurs, de quelle sorte Dieu avance en nous son ouvrage pendant notre captivité dans ce corps mortel. Il abolit premièrement le péché, en nous justifiant par la grâce : la convoitise y remue encore ; mais elle y est fortement combattue, et même glorieusement surmontée : pour la mort , à la vérité elle y exerce son empire sans résistance ; mais , outre que l’immortalité nous est assurée , nos corps y sont préparés, en devenant les templesde l’Esprit de Dieu.
Ainsi , pour paraître en hommes nouveaux , il faut détruire en nous le péché; et c’est notre sanctification : non contents d'avoir détruit le péché, il en faut attaquer les restes : il faut combattre les mauvais désirs; et ce combat fait notre exercice : en mortifiant en nous les mauvais désirs , nous préparons peu à peu nos corps à l'immortalité glorieuse ; et c'est ce qui entretient notre espérance. C’est par ces trois choses, mes frères , que nous nous unissons à Jésus-Christ ; afin que comme il est ressuscité , • ainsi nous > marchions devant lui dans une sainte nouveauté ■ de vie , • Ha H nos in novitale ritœ ambulemus.
PREMIER POIKT.
Le premier pasque nous devons faire pour nous renouveler en Notrc-Seigneur, c'est de détruire, en nous le péché , cette rouille invétérée de notre nature qui, ayant commencé des le principe, s'est attachée si fortement à tous les hommes , quo nous n’en pouvons jamais être délivrés que par une seconde naissance. Saint Paul , dont j'entreprends aujourd'hui de vous expliquer la doctrine, exhorte les chrétiens à - détruire en eux le péché , • même le corps du péché ' , - par l’exemple da
• Rom. vi, O.
POUR LE JOUR DE PAQUES
Jésus-Christ ressuscité; et voici de quelle sorte il leur parle : - Vous devez savoir, dit ce grand
■ apôtre, que Jésus ressuscitant des morts ne
■ meurt plus : car il est mort une fols au péché,
■ et maintenant il vit à Dieu 1 * ; • puis faisant l'application aux fidèles : « uinsi vous devez esti-
■ mer, mes frères, que vous êtes morts au péché,
■ et vivants à Dieu en Nuire - Seigneur Jèsus-
• Christ •
Et la suite de mon discours et le mystère de cette journée m'obligent nécessairement à vous expliquer quelle est la pensée de l’apôtre, lorsqu'il dit que Jésus-Christ est mort au péché. O Jésus ! ô divin Jésus! quoi, étiez-vous donc un pécheur? n étiez- vous pus au contraire l'innocence même? et si vous êtes l'innocence même , que veut dire votre grund apôlre : Que vous êtes mort au péché? que n a-t-il réservé cette mort pour nous qui sommes des criminels? et pourquoi y a-t-il soumis le Saint et le Juste? Il est bien aisé île l'entendre. Souvenez- vous, mes frères, en quel état nous avons vu ces jours passés le Sauv eur Jésus dans l'horreur et l'infamie de son supplice : victime publique du genre humain, chargé de tous les crimes du monde, à peine osait- il lever le tête; tant il était accable de ce poids honteux : il n'en était pas seulement chargé ; * il était veau ,
• dit l’apôtre 3 , en la ressemblance de la chair du > péché : ■ il a porté ce fardeau des sa nalssauce. Comme les hommes naissent criminels , Jésus a commencé en naissant de porter leurs crimes; il a reçu eu son corps la marquede pécheur : durant tout le cours de sa vie mortelle , il a toujours paru , dit saint Paul, - avec la forme d’esclave; ■ et c’est pourquoi la forme d’esclave a cache sous ces marques serviles la forme et la dignité de Fils : S emetipsuin exinatiivit for main servi accipiens*. Mais ce saint et cet innocent ne devait pas éternellement paraître en pécheur ; et celui qui n'avait jamais commis de péché , n’en devait pas toujours être revêtu. Il était chargé des péchés des autres , il s'en est déchargé en portant In peine qui leur était due; et ayant acquitté pur sa mort ce qu'il devait U la jus; ice de Dieu pour nus crimes, il rentre aujourd'hui, en ressuscitant, dans les droits de son innocence. C'est pourquoi , d.t le grand apôtre, » il est mort enfin au péché 5 : ■ Dieu ne le regarde pins comme un criminel qu'il abandonne; il l'avoue publiquement pour son Fils, et il l’engendre encore une foisen le ressuscitant;; la gloire; Ego hudie genui le‘. Assez de
1 Htm. m P, lo.
a Ibid. il.
3 Ibid. VIII, 3.
4 Philifip. Il , 7.
* Rim. vi, lu.
honte , assez d'infamie , assez In forme de Dieu n été cachée : paraissez maintenant , ô divinité f paraissez , sainteté ! paraissez , justice , et répandez vos lumières sur le corps incorruptible de ce nouvel homme!
C’est ainsi que le Fils de Dieu est mort au péché pour toujours; et - vous devez , mes frères , «« dit saint Paul 1 , mourir aussi avec lui. » Pourquoi devons-nous mourir avec lui ? C’est le grand mystère du christianisme, que le grand pape saint Léon non s explique admirablement par cette belle doctrine : Il y a , dit il , cette différence entre la mort de Jésus-Christ et In mort des autres, que celle des autres hommes est singulière, et celle de Jésus-Christ est universelle : c'est-à-dire que < chacun de nous en particulier est obligé à « la mort, et il ne paye en mourant que sa propre " dette : » Sinyularcs quippe in singulis mortes fucrunt , ncc alterius quisquam debitum suo fine jxirso/vit * ; il n'y a que Jésus-Christ seul qui soit mort véritablement pour les antres, parce qu'il ne devait rien pour lui-mémc : c'est pourquoi sa mort nous regarde tous, - et il est le seul, dit « saint Léon 3, en qui tous les hommes sont cru-
* ciliés, en qui tous les hommes sont morts, en - qui tous les hommes sont ensevelis , en qui tous « aussi sont ressuscités : • Cum inter ftios boni i n u m sot us Do m in us nos ter Je s us exti te ri t , in quoomnes crucifixi , in quo omnes mortui , uinnes srputti, omnes ctiam sinlsuscUali. C’est notre salut, mes frères, que nous soyons tous morts en celui dont la mort a été le salut des hommes ; et si nous sommes tous morts avec Jésus- Christ, « donc nous sommes morts au péché, et ■ vivants a Dieu par Jésus- Christ INotre-Sei-
• gneur : - lia vos cxislimale , vos mortuos qui dem speccatu, vi ventes autem Dco per Jesum Chrislum Duminum nostrum 4.
Ce n’est pas assez, chrétiens, de vous avoir proposé celle doctrine apostolique, il fautla rendre fructueuse à votre salut ; et voici l’application que I on en doit faire. Si, selon le sentimentde l’apôtre, notre conversion est une mort, notre baptême une mort, notre pénitence une mort ; il est bien aisé de comprendre que, pour nous renouveler en Notre-Seigneur, ce n’est pas assez qu'il se fasse eu nous un changement médiocre. Le péché tient a nos entrailles : l'inclination au bien sensible est née avec nous; nous l’avons enracinée jusque dans nos moelles, si je puis parler de la sorte, par nos attachements criminels et nos mauvaises habitudes : nous aimons les créatures du fond du
* Rom. vi. *, n.
* De Passion. Uunun. Scrrn. Ml, cap. lit.
i Ibid.
* Hmm. VI, II.
Digtfeeé-by-Goegle
I’Olî H I.E JOlI
cœur; et ce cœur le fuit Lien paraître par la violence qu'il souffre , lorsqu'on lui veut arracher ce qui lui est cher. Alors la douleur pousse des plaintes, la colère éclate en injures, l'indignation en menaces, souvent même le désespoir va jusqu’au blasphème, et je ne m'en étonne pas. Cœur humain , on t'arrache ce que tu aimais , et que tu tenais embrassé par tant de liens jtutescnscomme déchiré, le sang sort abondamment par cette plaie. Que si l'amour de la créature tient si fortement i nos cœurs , un changement superficiel ne suffit donc pas pour nous convertir. Donnezmoi ce couteau , que je le porte jusqu'à la racine, que je coupe jusqu'au vif, que j’aille chercher au fond jusqu’aux moindres fibres de ces inclinations corrompues. Je veux mourir au péché; et c'est pour cela que je veux éteindre jusqu'au principe de sa vie.
C'est ù quoi nous oblige, mes frères, cette mort spirituelle au pèche que nous prêche l'apôtre saint Paul ; et c'est pourquoi il nous adresse ces belles paroles : * Si vous êtes morts au pé-
- ché, si vous êtes renouvelés en Noire-Seigneur,
« montrez-vous, montrez- vous, mesfrères, comme
- des hommes ressuscités de mort à vie : ■ Exhibile vos tanquam ex morluis vilenies *. Je ne inc contente pus d'un changement léger et superficiel; il n'est pas ici question de replâtrer seulement cet édifice, je veux qu’on retouchejusqu'aux fondements. Peut-être qu'entendant parler contre le luxe , vous réformez quelque chose dans lu somptuosité de vos habits; vous croyez avoir beaucoup fait , et ce u'est qu'un faible commencement : corrigez , corrigez encore toutes ces douccursaffcetéesetde vos discours et de vos regards. Eh bien! votre extérieur est modeste; il faut encore aller plus avant : portez la main jusqu'au cœur; ce désir criminel de plaire trop, cette complaisance secrète que vous en ressentez nu dedans, ee triomphe caché de votre cœur dans •tes damnables victoires, c’est ce qu'il faut arracher.
Eh quoi ! ne sera-ce donc jamais fait ? ret ouv rage de la conversion ne sera-t-i I jamais achevé î vous ne serez donc jamais content ! Ce n'est pus moi qui c ous parle , c'est saint Paul qui vous dit par ma bouche : Exhibele vos tanquam ex morluis vivantes : ■ Paraissez devant Dieu comme * des personnes ressuscitées ; ■ si votre conversion est véritable, il a dû se faire en vous-mêmes un aussi grand changement que si vous étiez ressuscites des morts. Et quel changement voyonsnous? Un changement de grimaces, un changement qui dure deux jours ! est-ce là ce que l'on
1 Jfom. vi, 13.
Il DE PAQUES. #TS
appelle mourir au péché? Je ne m'étonne pas, chrétiens, si les prédicateurs et les confesseurs sont souvent contraints de se plaindre qu'il y a peu d'hommes renouvelés et peu de conversions véritables. Mais quand vous auriez détruit en vous le corps du péché, ce bon succès 11e suffirait pas pour tous faire un homme nouveau; il eu faudrait encore attaquer les t estes , en combattant vos convoitises I et c’est ma seconde partie.