H SI! K LA PAIX FAITE
• un saint et admirable trafic. • Il a pris de nous les fruits malheureux qu'a produits cette terre Ingrato : et que nous a-t-il donné en échange? car c'est ce qu'il faut pour le trafic. Il nous a apporté les biens véritables que produit cette céleste patrie, la grâce, la miséricorde, le Saint- Esprit: Hœcenim mira comulutatio facta est, et divina tant pcracla commercia, mutatio rerurn celebrata in hoc manda a negociatore calesti. l'enif accipere contumetias , dare honores; vend haurire dolorem, dare salutem; rouit subire morte ni, dare vitam'. Je vois dans l’histoire de mon évangile qu'il le répand abondamment sur ses disciples , par le souffle de sa bouche divine : « Recevez , dit-tl, le Saint-Es- » prit *. » Il envoie ses disciples partout l'univers, pour y publier la paix, l'amnistie, l'abolition générale de tous les péchés, et faire part
6 tous les croyants des grâces eélestcs qu'ils ont reçues. Mais je laisse toutes ces choses; afin que je vous découvre une belle doctrine de notre évangile, touchant le rétablissement du commerce entre le ciel et la terre, en conséquence de la paix conclue.
C'est une chose d'expérience, que lorsque deux États sont ennemis, ils n'ont point d'ambassadeurs les uns chez les autres; parce que n’y ayant point de société et le commerce étant rompu entre les deux peuples, il n'y a point par conséquent d'Intérét commun qui doive être traité par ambassadeurs. Mais lorsque l’alliance etlecommcrce sont entièrement rétablis, une des marques les plus sensibles de réconciliation et de paix c’est de voir, de part et d'autre, des ambassadeurs et des résidents, pour traiter les intérêts communs des deux peuples confédérés. La paix que Dieu fait avec les mortels , est accompagnée de toutes les marques d'une parfaite réunion ; c'est pourquoi toutes les hostilités étant cessée* entre le ciel et la terre , et le commerce étant entièrement établi, Dieu veut avoir ici ses agents, et il nous permet aussi d'en avoir au ciel pour y ménager nos intérêts. Que Dieu ait ses agents sur la terre , vous le voyez dans notre évangile :
. Gomme mon Père m’a envoyé, ainsi, dit le Fils
* de Dieu, je vous envoie 1 : allez au nom de mon . Père et du mien annoncer partout l'univers la . rémission des péchés1 ;■ vous êtes nos ambassadeurs avec un pouvoir si peu limité , que , tout ce que vous ferez au monde, nous le ratifierons dans le ciel : Quorum remise rUis peccata, remit-
• In Pi. XXX , Bnarr. n, D* S, t. IV, col. IM.
• Joan. xx , 22.
J Ibid. 21.22.
• Luc . xxrr, 17.
PAU JÉSUS- CHRIST
tuntur eis ; et quorum retinueritis , retentn sunt ' : « Les péchés sont remis b ceux A qui vous
• les remettrez , et Ils seront retenus & ceux à qui
■ vous les retiendrez. •
Voilà Dieu qui établit ses agents dans la Jérusalem terrestre : qui sera le nôtre , mes frères , dans la céleste Jérusalem ? Ce Jésus qui a fait la paix , ce Jésus qui parait, dans notre évangile, glorieux et ressusci té, prêt à retourner à son Père ; c'est lui-même , n’en cherchons point d’autre ; c'est lui qui étant venu de la part de Dieu , pour traiter ses intérêts avec les hommes , remontera bientôt dans le ciel pour traiter les intérêts des hommes : c'est notre agent et notre avocat auprès de Dieu son Père, c'est de saint Paul que je l’ai appris. - Jésus-Christ notre avant-coureur est « rentré au ciel ; mais c'est pour nous, dit saint « Paul, qu’il y est entré : • Prœcursor pro nobis introivit Jésus' : il est à ta droite de la Majesté; mais c'est, dit le même apôtre, • afin de « paraître pour nous devant la face de Dieu , . ut appareat nunc vultui Dei pro nobis 5 : enfin il est monté dans le dcl , chargé de toute nos affaires, ■ toujours vivant, dit saint Paul, afin
■ d’intercéder pour nous sans relâche, • semper vivons ad interpellandum pro nobis A C'est pourquoi voyant ses apôtres qui s’affligeaient lui entendant dire qu’il retournerait bientôt à son Père : * C'est votre avantage , dit-il , que je m'en
• retourne  mon Père 4 : • si je demeure toujours avec vous, quel agent aurez-vous au ciel? mais si je retourne à celui qui m'a envoyé , vous aurez auprès de lui un charitable négociateur, chargé de traiter toutes vos affaires, « toujours vivant ,
• afin d'intercéder pour vous, - semper vivens ad interpeltandum pro nobis.
Après cela, mes frères, doutons-nous que le commerce ne soit rétabli ! Nous avons des affaires au ciel : ou plutôt nous n'avons point d'affaires en ce monde; c'est au ciel que sont toutes nos affaires : nous y avons Jésus-Christ, qui ne dédaigne pas d'être notre agent, • toujours vi-
• vaut , dit saiut Paul , afin d’intercéder pour
• nous; • toujours vivant, sans relâche : il n'y a pas un moment [d’interruption ;] la vie du ciel toute en action. Dieu aussi a des affaires parmi les hommes ; il a des âmes A gagner, des élus à rassembler par toute la terre : il a aussi ses agents parmi les liommes, il y a scs ambassadeurs. Ces ambassadeurs, chrétiens, ce sont les ministres de ses sacrements et les prédicateurs de son
• Jim JH. XX, 2a.
» Ilebr. Tl, 20.
• Ibid. IX , 24.
4 Ibid. TII , 24.
• Joan XVI, 7.
SU H L A PROVIDENCE
Évangile ; ce sont eux que Jésus envoie : c'est d'eux que saint Paul a dit : • Nous sommes des . ambassadeurs pour Jésus-Christ : • Pro Christo ergo legatione ftmgimur : « Dieu exhorte les . peuples par nous, » languam Deo exhortante per nos'. Dieu a fait la paix avec le monde; mais . il nous a , dit-il* , confié ce traité de paix ; • c'est à nous de le publier par toute la terre ; c'est A nous d'exhorter les peuples à en observer les conditions : enfin • il a mis dans nos bouches la
• parole de réconciliation ; > Posait in nobis tertmm reconcitialionis
Nous voilà donc, mes frères, établis ambassadeurs de la part de Dieu; c'est saint Paul qui nous en assure : et qne reste-t-il donc maintenant; sinon que mettant en usage cette merveilleuse qualité que Dieu nous donne , nous vous disions avec cet apétre : Obsecramus pro Christo, reconciliamini Deo * : • Nous vous prions pour
• Jésus-Christ, réconcillex-vousavec Dieu. » Oui, s'il y a encore quelque âme endurcie ; s'il y a quelque pécheur Impénitent que la parole de l’Évangile , que la solennité de ces saints jours , que les ordonnances de l'Église, que le sang de Jésus- Christ n’ait pas ému ; s’il y a dans cette audience , ah I Dieu ne le veuille pas ! mais enfin s'il y a quelqu'un si rebelle , si opiniâtre , qu'il n’ait pas encore accepté cette paix si avantageuse que Jésus crucifié a négociée à des conditions si équitables: Obsecramus pro Christo : nous pourrions lui commander delà part de Dieu ; • nous le prions,
• nous l'exbortons, nous le conjurons pour Jésus- - Christ : • ce n'est pas en notre nom que nous lui parlons; c’est pour Jésus-Christ, dit saint Paul. Ah 1 si ce divin Sauveur était sur la terre , lul-méme parlerait à eet endurci; lui-méme, par sa douceur infinie, tâcherait de surmonter son ingratitude : mais il n'y est plus ; il est dans le ciel , où il fait nos affaires auprès de son Père, où sa qualité d’agent le demande, • afin de paraître pour
• nous devant la face de Dieu, « ut apparent nune rultui Dei pro nobis s. N’étant donc plus sur la terre pour parler lui-méme aux pécheurs, il a substitué en sa place les a pâtres, les pasteurs, les prédicateurs. > C'est donc pour Jésus-Christ , « dit saint Paul , que nous vous prions : > Obsecramus pro Christo; et si les prières ne suffisent pas , nous vous conjurons de tout notre coeur par le soin de votre salut , par la paix que Jésus-Christ nous a donnée, par ses plaies encore sanglantes qu’il présente à baiser à ses disciples, par son es-
1 11. Cor. v, *>.
• Ibid. le.
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prit qu'il répana sur eux , par cette charité Infinie qui l'oblige à les envoyer par toute la terre pour porter à tous les croyants le repos de leur conscience dans larémission de leurs crimes; par toutes ces grâces, mes frères, et, s’il y a quelque chose encore qui soit plus capable de vous émouvoir, nous vous prions pour Jésus-Christ, réconciliezvous avec Dieu I Eh i que faut-il espérer de vous , si tant de fêtes , tant de mystères , et cette dévotion publique n'a pas amolli votre dureté? et toutefois, toutefois, mes frères, tous les jours appartiennent au Seigneur.
Venez, venez, convertissez- vous ; car enfin qu'attendez-vous , chrétiens , pour vous repentir de vos crimes? Quoi , que Jésus-Christ vous parle lui-méme! quoi, qu’il vienne avec tous ses foudres pour ébranler votre cœur de fer! Vainc et inutile attente : il est venu une fois , et c’est assez pour notre salut. Maintenant voua ne verrez plus sa divine face , que pour entendre prononcer votre sentence. Plût à Dieu qu’elle vous soit favorable ! plût à Dieu que vous soyez placés A sa droite I Muis si vous voulez entendre sa voix qui vous appellera un jour à sa gloire, entendez la voix de ses ministres qui vous appelle maintenant A la pénitence : Posait in nobis verbwn rcconciliationis. Si vous écoutez les ambassadeurs, le Souverain viendra au-devant de vous ; si vous acceptez cette paix qu’il vous présente en ce monde , il vous fera jouir de la paix qu’il vous réserve au siècle futur avec le Père , le Fils, et le Saint-Esprit. Amen.
SERMON