‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 259 sur 282 · SUR LE DANGER · texte numérisé non relu

SUR LE DANGER

empêche que le navire ne soit emporté , et quoi- I qu'il soit au mii:eu des ondes, elle l'établit sur la terre, lui faisant en quelque sorte rencontrer un port entre les vagues dont il est battu : ainsi ! quoique nous (louions encore ici-bas, l’espérance, qui est l’ancre de notre âme, nous donnera de la conslstaucc , si nous la savons jeter dans le ciel.

Donc, ô justes, consolez-vous dans toutes les disgrâces qui vous arrivent; et qunud la terre tremblerait jusqu'aux fondements, quand le ciel , se mêlerait avec les enfers, quand toute la nature serait renversée, que votre espérance de- ] meure ferme : le ciel et lu terre passeront , nuits la parole de celui qui a dit que uotre tristesse sera changée en joie sera éternellement im- . niuahle; et quelque fléau qui tombe sur vous, ne croyez jamais que Dieu vous oublie. ■ Le Seigneur » sait ceux qui sont à lui'; « et « son œil veille

• toujours sur lesjustes *. - Quoiqu’ils soient mêles avec les impies, désolés par les mêmes guerres, emportés par les mêmes pestes , battus enfin des mêmes tempêtes, Dieu sait bien démêler les I siens de celte confusion generale. Le même feu i fait reluire l’or et fumer la paille; ■ le même

- mouvement, dit saint Augustin1 * 3, fait exhaler !

• la puanteur de la baue et la bonne senteur des <

• parfums; » et le vin n’est pas confondu avec le mare, quoiqu'ils portent tous deux le poids du même pressoir : ainsi les mêmes afflictions qui consument les méchants, purifient lesjustes. Que si quelquefois les pécheurs prospèrent, s’ils tâchent quelquefois de faire rougir l’espérance de l'homme de bien par l’ostentation d’un éclat présent, disons-leur avec le grand saint Augustin * ;

• O herbe rampante, oserais-tu te comparer à

• l’arbre fruitier pendant la rigueur de l'hiver,

• sous le prétexte qu’il perd sa verdure durant

• cette froide saison, et quetueonserves la tienne?

■ Viendra l’ardeur du grand jugement qui te

• desséchera jusqu’à la racine, et fera germer les

- fruits immortels des arbres que la patience

■ aura cultivés. »

Méditons, méditons, fldeles, cette grande et terrible vicissitude : le monde se réjouira, et vous serez tristes; mais votre tristesse tournera en joie, et la joie du monde sera changée en un grincement de dents éternel. Ah ! si ce changement est inévitable, loin de nous l'amour des plaisirs du monde. Quand les enfants du sieele nous inviteront à leurs délices, à leurs débauches , à leurs autres joies dissolues , craignons de

1 tt. Ttm. a, 19.

1 r't. xxxm. «.

1 !>e Civil. Del, Hh l, cap. vill, I. vin, col. s.

• /« Pt. M.1III, Srrm il, n“* 3 , 4, t. IV, col. 41®, 437-

nous joindre u leur compagnie : l’heure de notre réjouissance n’est pas arrivée. ■ Pourquoi m’in- « vitenl-ils, dit Tertulllen’? je ne veux point do « part à leurs joies , parce qu'ils seront exclus de • In mienne. - Il y a une vicissitude de biens et de maux ; on y va par tour : Il y a une loi établie , que nous expérimenterons tour à tour les biens et les mau x. J’appréhende de me réjouiravec eux, de peur de pleurer un jour avec eux. C’est être trop délicat , de vouloir trouver du plaisir partout : il sied mal à un chrétien de se réjouir, pendant qu’il n’est pas avec Jésus-Christ. Si j'ai quelque affection pour ce divin maître, il faut que je le suive en tous lieux ; et avant que de me joindre à lui dans l’éternité de sa gloire, il faut que je l'accompagne du moins un moment dans la dureté de sa eroix. Ce sont , fidèles , les sentiments avec lesquels vous devez gagner ce jubilé que je vous annonce. C’est ainsi que vous pourrez obtenir celte paix si ardemment désirée , et qui en est le véritable sujet: car il n’est point d’oralson plus forte que celle qui part d'une chair mortifiée par la pénitence, et d'une âme dégoûtée des plaisirs du siècle.

ABRÉGÉ D’UNI AUTRE SERMON

rom

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