‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 26 sur 282 · BOULET. — T · texte numérisé non relu

BOULET. — T

BOURGOING. g,

ORAISON FUNÈBRE

ne r.MLiuM» rènr I RANCOIS BOURGOING ’,

Miiitimi mm); u. i»k la congrégation ih: i.’or, moi kl. Prononcée le l décembre IGC:i.

Qiti benr pra-sun! presbyleri , du plies honore digni halo-antur.

U» prêtres qui gouvernent sagement . doivent être tenus dignes d'un double honneur. I. Tint. 17.

Je commencenii cc discours en faisant au Dieu vivant des remerefmcuts solennels , de cc que la vie de celui dont je dois prononcer l'éloge a rtc telle par sa grâce, que je ne rougirai point de la célébrer en présence de se* saints autels et au milieu de son Kglisc. Je vous avoue , chrétiens , que j'ai coutume de plaindre les prédicateurs, lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des primes et des grands du monde. Ce n’est pas que de teJs sujets ne fournissent ordinairement de nobles idées : il est beau de découvrir les secrets d’une sublime politique, ou les sages tempéraments d'une négociation importante, ou les succès glu-

! du grand f ondé excite encore, après plus d'un siècle, l'admiration de tous ceux qui la lisent. Ost la première leçon ’ d’éloquence française par laquelle on essaye le goût et les dispositions des généra lions naissantes. Elle vient sc graver il VI le même dans la mémoire des Jeunes geos aussitôt 1 que leur oreille se montre sensible à l'harmonie; elle fait battre de jeunes cœurs donnés d'une émotion qu’ils n’avalent point encore ressentie , elle fait couler les premières | larmes que la puissance du génie arrache a des émis encore neuves. A quelque Age que j* soit, quelque gloire qu’on ait acquise dans ta carrière des armes, des lettres, de la magistrature, du barreau, de l'éloquence ddtta chaire . on *« | rappelle avec complaisance l'enthousiasme qu'on éprouva ! dans se» Jeunes ans en lisant pour la première foi» l’oraison funèbre du grand Coude; et on aime a attribuer au sentiment naissant de tant de beautés l'attrait et le goût qui ont dirigé nos études dans la maturité de l’Age. Ce que In religion a de plus auguste rt de plus sacré, l'histoire de plus Imposant, l'éloquence ih* plus noble et de plus majestueux, la poésie de plus sensible, sc trouve réuni dans celte admirable composition; el II faut dire qu’elle est encore plus l'ouvrage du cœur de Bossuet que celui de son génie. < Le i cardinal de Hausse!.)

1 François Boirooisg , né en l&sii, et reçu en Iftno hache lier et docteur de Sorbonne , quitta en l«i I la cure du village de Cllchy , près Paris, pour entrer dans la congrégation des i Pères de l'Oratoire que formait alors le. cardinal de Bemlle.

; Celui-ci se servit de lui pour introduire cette nouvelle conj grégation à Nanti»» , a Dieppe , a Rouen , surtout en Flandre , et dans beaucoup d’autres lieux. En IMI, apres la mort du I père de Condrcn, qui avait succédé au cardinal de Bcrulle.

' dans la place «le supérieur général d«* la congrégation , le père ’ Rochcoim; fut élu pour le remplacer. Dans cette nouvelle I fonction , son zèle ardent , et sa vigilance minutieuse et prodigue de règlements et d’actes d'autorité, surtout se» effort* constants ‘pwir rendre l’autorité du général de In congréga- | Ho» plus entière et plus absolue, lut attirèrent de nombreux ennemi», et lui firrnt^prouver de vives contradictions, aux quelle» il fut le plus souvent obligé de céder. Entin, en icwi, et lorsque «le grandes infirmités avaient déjà beaucoup affaibli se» facultés physiques rl Intellectuelle» , il se vil forcé de se démettre. Il mourut l'année suivante , Agé de soixante-dix huit ai».

ORAISON FUNEBRE

ricin de quelque entreprise militaire. L'celat de telles actions semble illuminer un discours; et le bruit qu'elles fout déjà dans le monde , aide celui qui parle à se faire entendre d'un ton plus ferme et plus magqiflque. Mais la lieence et l’ambition , compagnes presque inséparables des grandes fortunes; mais l'intérêt et l'injustice, toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde , font qu'on marche parmi des écueils; et il arrive ordinairement que Dieu a si peu de port dans de telles vies , qu'on a peine à y trouver quelques actions qui méritent d'être louées par ses ministres.

Grâce à la miséricorde divine , le révérend père Bourooino , supérieur général de la congrégation de l'Oratoire , a vécu de telle sorte que1 je n'ai point à craindre aujourd'hui de pareilles diflieul- j tés. l’our orner une telle vie , je n’ai pas besoin d'emprunter les fausses couleurs de la rhétorique, j et encore moins les détours de la Batterie. Ce n'est pas ici de ces discours ou l'on ne parle qu'en tremblant, ou il faut plutôt passer avec adresse que s'arrêter avec assurance , où la prudence et la discrétion tiennent toujours en contrainte l'amour de la vérité. Je n'ai rien ni à taire ni à déguiser; et si lu simplicité vénérable d'un prêtre de Jésus-Christ , ennemie du faste et de l'éclul, ne présente pas à nos yeux de ces notions pompeuses qui éblouissent les hommes , son zèle , son Innocence , sa piété éminente nous donneront des pensées plus dignes de cette chaire. Les autels ne seplnindrontpasquc leursacriflce soit interrompu i par un entretien profane : au contraire , celui que j'ai à vous faire vous proposera de si saints exemples, qu'il méritera de faire partie d'une cérémonie si sacrée , et qu'il ne sera pas une interruption , mais plutôt une continuation du mystère.

N'attendez donc pas , chrétiens , que j'applique au pore Bourgoikg des ornements étrangers, ni que j'aille rechercher bien loin sa noblesse dans sa naissance, sa gloire dans ses ancêtres, ses titres dans l’antiquité de sa famille : car encore qu'elle soit noble et ancienne dans le Nivemois, ou elle s'est meme signalée depuis plusieurs siècles par des fondations pieuses, encore que la grand’ehambre du parlement de Paris et les autres compagnies souveraines aient vu les Bourgoing, les Leclerc , les Friche, ses parents paternels et maternels , rendre la justice aux peuples avec une intégrité exemplaire; je ne m'arrête pas à ces choses, et je ne les touche qu'en passant. Vous verrez le père Bouhgoixg, illustre d'une autre manière, et noble de cette noblesse que saint Grégoire de Nazianze appelle si élégamment la noblesse personnelle ' : vous verrez en sa personne un catholique zélé , un chrétien de l'ancienne mnr-

1 <>' '/ XXVIII , 1. 1 , p. 4M».

que, un théologien enseigné de Dieu, un prédicateur apostolique, ministre, non de la lettre, mais de l'esprit de l'Évangile ; et , pour tout dire en un mot , un prêtre digne de ce nom , un prêtre de l'institution et selon l'ordre de Jésus-Christ, toujours prêt à être victime; un prêtre, non-seulement prêtre , mais chef par son mérite d'une congrégation de saints prêtres; et que je vous ferai voir, par cette raison , * digne véritablement « d’un double honneur, » selon le précepte de l’Apôtre, et pour avoir vécu saintement en l'esprit du sacerdoce , et pour avoir élevé dans le meme esprit la sainte congrégation qui étnit commise A ses soins : c’est ee que je me propose de vous ex pliquer dans les deux points de ce discours.

PREMIER POINT

Suivons la conduite de l'Esprit de Dieu; et avant que de voir un prêtre à l'autel , voyons comme il se prépare à en approcher, l-a préparation pour le sacerdoce n’est pas , comme plusieurs pensent , une application de quelques jours ; mais une étude de toute la vie : ce n'est pas un soudain effort de l'esprit pour se retirer du vice; mais une longue habitude de s'en abstenir : ce n'est pas une dévotion fervente seulement par sa nouveauté ; mais nffermie et enracinée par un grand usage. Saint Grégoire de Nazianze a dit ce beau mut du grand saint Basile : - Il était prêtre , dit- ■> il ', avant même qued'être prêtre; «c'est-à-dire, si je ne me trompe , il en avait les vertus , avant que d'en avoir le degré : il était prêtre par son zèle, pnr la gravité de ses moeurs, \>ar l'innocence de sa vie , avant que de l'être pnr son caractère. Je puis dire la même chose du père Bourgoinq : toujours modeste, toujours innocent, toujours zélé comme un saint prêtre, il avait prévenu son ordination ; il n'avait pas attendu la consécration mystique, il s'était, des son enfance , consacré lui même par la pratique persévérante de la piété ; et se tenant toujours sous la main de Dieu par In soumission à ses ordres , il se préparait excellemment à s’y abandonner tout a fait par l’impositiou des moins de l’évêque. Ainsi son innocence l'ayant disposé à recevoir la plénitude du Saint- Esprit par l'ordination sacrée, il aspirait sans cesse à la perfection du sacerdoce ; et il ne faut pas s'étonner si , ayant l’Esprit tout rempli des obligations de son ministère, il entra sans délibérer i dans le dessein glorieux de l'Oratoire de Jésus, aussitôt qu'il vit paraître cette institution, qui avait pour son fondement le désir de la perfection sacerdotale.

L'École de théologie de Paris, que je ne puis nommer sans éloge , quoique j’en doi vc parler

1 Ornt. xv, 1. 1, p. axs.

DU R. P. BOl’RGOING.

avec modestie , est de tout temps en possession de donner des hommes illustres à toutes les grandes entreprises qui se font pour Dieu. Le père Boukooino était sur ses bancs, faisant retentir toute la Sorbonne du bruit de son esprit et de sa science. Que cous dirai-je , messieurs , qui soit digne de ses mérites 7 ce qu’on a dit de saint Athanasc; car les grands hommes sont sans envie , et ils prêtent toujours volontiers les Éloges qu'on ■eur a donnés , à ceux qui se rendent leurs imitateurs. Je dirai donc du père BotiBooiisc ce qu’un saint dit d’un saint, le grand Grégoire du grand Athanase 1 , que durant le temps de ses études il se faisait admirer de scs compagnons ; qu’il surpassait de bien loin ceux qui étaient ingénieux , par son travail ; ceux qui étaient laborieux , par son esprit ; ou bien , si vous le voulez, qu'il surpassait en esprit les plus éclairés, en diligence les plus assidus ; enfin en l'un et en l’autre , ceux qui excellaient en l’un et en l’autre.

En ce temps , Pierre de Berulle , homme vraiment illustre et recommandable , à la dignité duquel j’ose dire que même la pourpre romaine n’a rien ajouté , tant il était déjà relevé par le mérite de sa vertu et de sa science, commençait à faire luire à toute l'Église gallicane les lumières les plus pures et les plus sublimes du sacerdoce chrétien, et de la vie ecclésiastique. Sou amour immense pour l’Église lui inspira le dessein de former une compagnie À laquelle il n’a point voulu donner d’autre esprit que l’esprit même de l’Église , ni d’autres règles que ses canons , ni d’autres supérieurs que ses évêques, ni d’autres biens que sa charité, ni d’autres vœux solennels que ceux du baptême et du sacerdoce. Là , une sainte liberté fait un saint engagement : on obéit sans dépendre; on gouverne sans commander; toute l'autorité est dans la douceur, et le respect s’entretient sans le secours de la crainte. La charité , qui bannit la crainte , opère un si grand miracle ; et sans autre joug qu’elle-mfme, elle sait nonseulement captiver, mais encore anéantir la volonté propre. Là, pour former de vrais prêtres , on les mène à la source de la vérité : ils ont toujours en main les saints livres , pour en chercher sans relâche la lettre par l’étude , l’esprit par l’oraison , la profondeur par 1a retraite , l'efficace par la pratique , la fin par la charité , à laquelle tout se termine, et ■ qui est l’unique trésor du • christianisme, .christiani nomints thésaurus, comme parle Tertullien *.

Tel est à peu près , messieurs , l'esprit des prêtres de l'Oratoire ; et je pourrais en dire beaucoup davantage , si je ne voulais épargner la mo-

' S. Grtg. Naz. Oral. XII, t. I, p. 375.

1 De Patient, n* Il

destic de ces pères. Sainte congrégation, le père Boubooisg a besoin de vous pour acquérir la perfection du sacerdoce, après laquelle il soupire ; mais je ne crains point d’assurer que vous a\ iez besoin de lui réciproquement , pour établir vos maximes et vos exercices. Et en effet, chrétiens, cette vénérable compagnie est commencée entre ses mains : il en est un des quatre premiers avec lesquels son instituteur en a posé les fondements ; c’est lui-méme qui l'aétendue dans les principales villes de ce rovaume. Que dis-je, de ce royaume? Nos voisins lui tendent les bras , les évêques des Pays-Bas l’appellent ; et ces provinces florissantes lui doivent l’établissement de tant de maisons qui ont consolé leurs pauvres, humilié leurs riches, instruit leurs peuples , sanctifié leurs prêtres, et répandu bien loin aux environs la bonne odeur de l’Évangile.

La grande part qu’il a eue à fonder une institution si véritablement ecclésiastique , vous doit faire voir, chrétiens , combien ce grand homme était animé de l’esprit de l’Église et du sacerdoce. Mais venons aux exercices particuliers. Les ministres de Jésus-Christ ont deux principales fonctions : ils doivent parler à Dieu , ils doivent parler aux peuples; parler à Dieu par l’oraison, parler aux peuples fidèles par la prédication de l'Évangile. Ces deux fonctions sont unies, et il est aisé de les remarquer dans celte parole des saints apôtres : . Pour nous , » disent-ils dans les Actes » nous demeurerons appliqués à forai- . son et au ministère de la; parole : • Kos vero oralioni et ministerio vertu instantes erimus. Prêtres, qui êtes les anges du Dieu des armées , vous devez sans cesse monter et descendre, comme les anges que vit Jacob dans cette échelle mystique Vous montez de la terre au ciel , lorsque vous unissez vos esprits à Dieu par le moyen de l'oraison ; vous descendez du ciel en la terre, lorsque vous portez aux hommes scs ordres et sa parole. Montez donc et descendez sans cesse, c'cst-à-dirc, priez et prêchez : parlez à Dieu, parlez aux hommes; allez premièrement recevoir, et puis venez répandre les lumières ; allez puiser dans la source; après, venez arroser la terre , et faire germer le fruit de vie.

Voulez-vous voir, chrétiens, quel était l'esprit d'oraison de ec fidèle serviteur de Dieu ? lisez ses Méditations, toutes pleines de lumière et de grâce. Elles sont entre les mains de tout le monde , des religieux, des séculiers, des prédicateurs, des contemplatifs, des simples et des savants : tant il a été saintement et charitablement industrieux à présenter, tout ensemble, le pain aux forts, le

1 Art. vi, «.

* (ica. XXVIII , 12.

«•* OHAISON

lait aux enfants ; et dans ce pain et dans ce lait, le nn'me Jésus-Christ à tous !

Je ne m'étonne donc plus s'il prêchait si saintement nu peuple fidèle le mystère de Jésus- Christ , qu'il n\nit si bleu médité. O Dieu vivant et étemel ! quel zèle ! quelle onction ! quelle douceur! quelle force! quelle simplicité, et quelle éloquence! O qu'il était éloigné de ces prédicateurs infidèles, qui rav Hissent leur dignité jusqu'il faire servir nu désir de plaire le ministère •l'instruire; qui 11e rougissent pas d'acheter des acclamations par des instructions; des paroles de flatterie par la parole de vérité ; des louanges, vnins aliments d'un esprit léger, par la nourriture solide et substantielle que Dieu a préparée a ses enfants! Quel désordre! quelle indignité! Est-ce ainsi qu'on fait parler Jésus-Christ? Savez- vous, d prédicateurs! que ce divin conquérant veut régner sur les coeurs par votre parole? Mais ces coeurs sont retranchés contre lui; et pour les abattre à ses pieds, pour les forcer Invinciblement nu milieu de leurs défenses , que ne faut-il pas entreprendre? quels obstacles ne faut-il pas surmonter? Écoutez l'apôtre saint Paul : » Il faut

• renverser les remparts des mauvaises liabitu-

• des, il faut détruire les conseils profonds d'une

• malice invétérée, il faut abattre toutes les hau-

• leurs qu’un orgueil indompté et opiniâtre élève - contre la science de Dieu, il faut captiver tout

• entendement sous l'obéissance de lu foi. » .1 il

destructioncm munitionuin , consilia destruen- Irt, et omnem allitudinrm exlollcutcm se advenu* scientiam Dei, et in captif date in rédigeâtes omnem inteltectum in obsequium Chritli ’. |

Que ferez-vous ici , faibles discoureurs? Détruirez-vous ces remparts en jetant des fleurs? j Dissiperez-vous ces conseils cachés en chatouil- ! tant les oreilles? Croyez-vous que ees superbes hauteurs tombent uu bruit de vos périodes mesurées? Et pour captiver les esprits, est-ce assez de les charmer un moment par In surprise d'un plaisir qui passe? Non, non, ne nous trompons pas : i>our renverser tant de remparts , et vaincre tant de résistance, et nos mouvements affectés, et nos paroles arrangées, et nos figures artificielles , sont des machines trop faibles. Il faut prendre des armes plus puissantes, plus efficaces, celles qu'employait si heureusement le saint prêtre dont nous parions.

La parole de l'Évangile sortait de sa bouche, vive, pénétrante, animée, toute pleine d’esprit et de feu. Scs sermons n'étaient pas le fruit de l’étude lente et tardive; mais d’une céleste ferveur, mais d'une prompte et soudaine illumina-

• II. fur. «, «, s.

FUNÈBRE

tion : c'est pourquoi deux jouis lui suffisent |iour faire l'oraison funèbre du grand cardinal de Bertille, avec l'admiration de ses auditeurs. 11 n’en employa pas beaucoup davantage à ce beau panegyrique latin de saint Philippe de Nérl ; ce prêtre si transporté de l’amour de Dieu , dont ie zèle était si grand et si vaste , que le monde entier était trop petit pour l'étendue de son cœur, pendant que son coeur même était trop petit pour l'immensité de son amour. Mais dois-je m'arrêter ici à deux actions particulières du père Boim- 001 NO, puisque je sais qu'il a fourni de la même force lu carrière de plusieurs carêmes , dans les chaires les plus illustres de la France et des Pays- Bas; toujours pressant, toujours animé; lumière ardente et luisante, qui ne brillait que pour échauffer, qui cherchait le cœur pnr l'esprit , et ensuite captivait l'esprit par le cœur? Doii lui venait cette force? Cest, mes frères, qu'il était plein de la doctrine céleste ; c’est qu’il Refait nourri et rassasié du meilleur soc du christianisme , c’est qu’il faisait régner dans ses sermons la vérité et la sagesse : l'éloquence suivait comme la servante, non recherchée avec soin, mais attirée par les choses mêmes. Ainsi son discours > se répandait a la manière d'un torrent; et s'il - trouvait en son chemin les fleurs de lelocutiou ,

* il les entraiiuiit plutôt après lui par sa propre « impétuosité, qu’il ne les cueillait avec choix

• pour se parerd'un tel ornement : » Ferturquippe i ni pet 11 suo; et eloculionis pu/chritudincm , si occurrerit, vi reruin rapit, non cura de coris assainit C'est l'idée de l'éloquence que donne saint Augustin aux prédicateurs, et ce qu'a pratique celui dont nous honorons ici la mémoire.

Apres ces fonctions publiques , il resterait encore, messieurs, de vous faire voir ce saint homme dans la conduite des âmes , et de vous y faire admirer son zèle, sa discrétion, son courage et sa patience. Mais quoique les autres choses que j'ai à vous dire ne me laissent pas ie loisir d'entrer bien avant dans cette matière , je ne dois pas omettre en ce lieu qu’il a été longtemps confesseur de feu monseigneur le duc d'Orléans , de glorieuse mémoire. C'est une marque de son mérite d'avoir été appelé, à un tel emploi, après cet illustre itère Charles de Condren , dont le nom inspire la piété, dont la mémoire, toujours fraîche et toujours récente , est douce à toute l’Église comme une composition de parfums. Mais quelle a été la conduite de son successeur dans cet emploi délicat? N'entrons jamais dans ce détail ; honorons par notre silence le mystérieux secret que Dieu a imposé à scs ministres.

1 S. Auq. de Dort. Chrht. lit». IV, d* 42, I, lil, part, i, cul. RI.

Dli R. P. BOURGOING si

Contentons-nous de savoir qu'il y a des plantes tardives dans le jardin de l'Epoux ; que pour en voir la fécondité, les directeurs des consciences, ces laboureurs spirituels, doivent attendre avec patience le fruit précieux de la terre, comme parle l'apôtre saint Jacques et qu'enfin le pere lloiiRGoisr, a eu cette singulière consolation, qu'il n’a pas attendu en vain, qu'il n'a pas travaillé inutilement, la terre qu'il cultivait lui ayant donné avec abondance des fruits de bénédiction et de grève. Ah t si nous avons un cœur chrétien , ne passons pas cet eudroit sans rendre à Dieu de justes louanges pour le don inestimable de sa clémence , et prions sa bonté suprême qu'elle fasse souvent de pareils miracles : (Initias Dro super inenarrabili doua rjus

Rendons grâces aussi, chrétiens, a cette meme bonté par Jésus-Christ Notre-Selgneur , de ce qu'elle a fait paraître en nos Jours un prêtre si saiut , qu'on a vu apporter persévérommeut l'innocence a l'autel , le zèle à la chaire, l'assiduité a la prière , une patience vigoureuse dans la conduite des âmes , une ardeur infatigable u toutes les affaires de l'Église. Il ne vit que pour l'Église, il ne respire que l'Eglise : il veut non-seulement tout consacrer , mais encore tout sacrifier aux intérêts de l'Église , sa persouuc , ses frères , sa congrégation. Il l a gouvernée en cet esprit durant l'espace de vingt et un ans ; et comme toute In conduite de cette sainte compagnie consiste à s'attacher constamment à la conduite de l'Église, a scs évéques, à son chef visible, je ne croirai pas m'éloigner de la suite de mon discours , si je trace ici en peu de paroles comme un plan de la sainte Église , selon le dessein éternel de son divin architecte : je vous demande , messieurs , que vous renouveliez vos attentions.

SECOND POINT

Vous comprenez , mes frères , par tout ce que j'ai déjà dit, que le dessein de Dieu dans l'établissement de son Église est de faire éclater par toute la terre le mystère de son unité , en laquelle est ramassée toute sa grandeur. C'est pourquoi le Fils de Dieu est venu nu monde, et ■ le Verbe a • été fait chair , et il a daigné habiter en nous , et

- nous l'avons vu parmi les hommes plein de

- grâce et de vérité * ; - afin que par la grâce qui unit, il ramenât tout le genre humain à la vérité, qui est une. Ainsi , venant sur la terre avec cet esprit d’unité, il a voulu que tous scs disciples fussent unis, et il a fondé son Église unique et universelle , - afin que tout y fût consommé et

' Jar. T, 7.

1 II. Cor. ix , If».

» JtKttm. 1. 1*.

- réduit en un : » Ut sial comummali in unum, comme il ledit lui-même dans son Évangile

Je vous le dis , chrétiens, c'est ici en vérité un grand mystère en Jésus-Christ et en son Église. • Il u'y a qu'une colombe et une parfaite : • Unit est cotumba mea, perfeeta meu *; il n'y a qu'une seule épouse, qu'une seule Église catliolique , qui est la mère commune de tous les iidclcs. Mais comment est-elle la mère de tous les fidèles, puisqu'elle n’est autre chose que l'assemblée de tout les fideles? C'est Ici le secret de Dieu. Toute la grâce de l'Église, toute l'efficace du Saint-Esprit est dans l'unité : ea l'unité est le trésor, en l'unité est la vie ; hors de l’unité est la mort certaine. L'Église donc est une ; et , par son esprit d'unité catholique et universelle , elle est la mère toujours féconde de tous les particuliers qui la composent : ainsi tout ce qu elle engendre , elle se l'unit 'très-intimement; en cela dissemblable de» autres mères, qui mettent hors d'elles-mêmes le» enfants qu'elles produisent. Aucontraire, l'Église n'engendre les siens qu’en les recevant en son sein , qu'en les incorporant à son unité. Elle croit entendre sans cesse, en la personne de saint Pierre , ce commandement qu'on lui fait d’en haut : - Tue et mange , - unis , incorpore : Occide et manduca ’ ; et se sentant animée de cet esprit unissant, elle élève In voix nuit et jour pour appeler tous les hommes au banquet où tout est fait un. Et lorsqu'elle voit les hérétiques qui s’arrachent deses entrailles ou plutôt qui lui arrachent scs entrailles mêmes , et qui emportent uvcc eux en la déchirant le sceau de son unité, qui est la baptême, conviction visible de leur désertion, elle redouble son amour maternel envers scs enfants qui demeurent , les liant et les attachant toujours davantage a son esprit d'unité : tant II est vrai qu’il a plu à Dieu que tout concourût a l'œuvre de l’unité sainte de l'Église , et même le schisme , la rupture et la révolte !

Voila donc le dessein du grand architecte, faire régner l'unité en son Église et par son Église : voyons maintenant l'exécution. L’exécution, chrétiens, c'est l'etablissement des pasteurs; car , de crainte que les troupeaux errants et vagabonds ne Rissent dispersés deçà et delà, Dieu établit les pasteurs pour les rassembler. Il a donc voulu imprimer dans l'ordre et dans l'office des pasteurs le mystère de l’unité de l'Église ; et c'est en ceci que consiste la dignité de l'épiscopat. Le mystère de l'unité ecclesiastique est dans la personne, dans le caractère, dans l'autorité des évéques. En effet, chrétiens, ne voyez-vous pas

* Joatt. X?lf , ÎÜ.

* l'ont. VI. R.

â Act. X, 13.

ORAISON FUNÈBRE

qu'il y a plusieurs prêtres, plusieurs ministres, plusieurs prédicateurs , plusieurs docteurs ; mais il n’ya qu'un seul évêque dans un diocèse et dans une église. Et nous apprenons de l'histoire ecclésiastique , que lorsque les factieux entreprenaient de diviser l'episcopat, une voix commune de toute l'Église et de tout le peuple fidèle s'élevait contre cet attentat sacrilège par ces paroles remarquables: - Un Dieu, un Christ, un évêque, • Vnus Deus , umts Christits , ttnus cpiscopus \ Quelle merveilleuse association, un Dieu, un Christ, un évêque ! un I) eu, principe de l'unité; un Christ, médiateur de l'unité ; un évêque , marquant et représentant en la singularité de sa charge le mystère de l’unité de l'Église. Ce n’est pas assez , chrétiens , chaque évêque a sou troupeau particulier. Parlons plus correctement : les évêques n'ont tous ensemble qu’un même troupeau, dont chacun conduit une partie inséparable du tout ; de sorte qu’en vérité tous les évêques sont au tout et û l'unité , et ils ne sont partagés que pour la facilité de l'application. Mais Dieu, voulant maintenir parmi ce partage l'unité Inviolable du tout, outre les pasteurs des troupeaux particuliers , il a donné un père commun , il a préposé un pasteur à tout le troupeau , afin que In sainte Église fût une fontaine scellée par le sceau d’une parfaite unité, et ■ qu'y ayant un

- chef établi , l’esprit de division n'y entrât ju- ■ mais : • VI capile constituto schismalis tollentur oecasio ’.

Ainsi Notre-Sclgncur Jésus-Christ voulant commencer le mystère de l’unité de son Église , il a séparé lesapôtresdu nombre de tous les disciples; et ensuite, voulant consommer Je mystère de l'unité de l'Église, il a séparé l'apôtre saint Pierre du milieu des autres apôtres. Pour commencer l'unité dans tonte la multitude, il en choisit douze; pour consommer l'unité parmi les douze , il en choisit un. En commençant l'unité , il n'exclut pas tout à fait la pluralité : • Comme le Père m'a

- envoyé , ainsi , dit-il 5 , je vous envoie. * Mais pour conduire à la perfection le mystère de l'unité de son Église , il ne parle pas à plusieurs ; il désigne saint Pierre personnellement, il lui donne un nom particulier : • Et moi, dit-il 4, je te dis à

• toi : Tu es Pierre ; et , ajoute-t-il , sur cette

• pierre je bâtirai mon Église; et , conclut-il , les . portes d'enfer ne prévaudront point contre

• elle; - afin que nous entendions que la police, le gouvernement , et toute l'ordonnance de l'Église se doit enfin réduire a l’unité seule ; et que

' Conte!- F.pUI. ad Cypr. apud Cypr. Ep. XLVl , p. 80. Thcodont. HUI. Ecct«s. IUj- U , rap. xiv, t. lit , p. 010.

1 S. Itirron. «if,. Joxltl. lit). I, I. IV, p. 108.

’ Jiuin . XX, Si.

' .VoOA. XVI, 18.

le fondement de cette unité est et sera éternellement le soutien immobile de cet édifice.

Par conséquent, chrétiens, quiconque aime l'Église doit aimer l’unité ; et quiconque aime l'unité doit avoir une adhérence immuable atout l'ordre épiscopal , dans lequel et par lequel le mystère de l’unité se consomme , pour détruire le mystère d'iniquité , qui est l'œuvre de rébellion et de schisme. Je dis à tout l'ordre épiscopal ; au pape, chef de cet ordre et de l'Église universelle ; aux évêques , chefs et pasteurs des Églises particulières. Tel est l'esprit de l’Église; tei est principalement le devoir des prêtres, qui sont établis de Dieu pour être coopérateurs de l'episcopat. le cardinal de Beruile, plein de l’esprit de l'Église et du sacerdoce , n'a formé sa congrégation que dans la vue de ce dessein ; et le père François Boa nooitio l’a toujours très-saintement gouvernée dans cette même conduite.

Soyez bénie de Dieu , sainte compagnie ; entrez de plus en plus dans ces sentiments, éteignez ' ces feux de division , ensevelissez sans retour ces noms de parti. Laissez se débattre , laissez disputer et languir dans des questions ceux qui n'ont pas le zèle de servir l'Eglise : d’autres pensées vous appellent , d’autres affaires demandent vos soins. Èmploycz tout ce qui est en vous d'esprit, et de cœur, et de lumière, et de zcle, au rétablissement de la discipline , si horriblement dépravée et dans le clergé et parmi le peuple.

Deux choses sont nécessaires à la sainte Église, la pureté de la foi et l'ordre de la discipline. La foi est toujours sans tache , la discipline souvent chancelante. D'où vient “R6 différence, si ce n'est que la foi est le fondement, lequel étant renversé , tout l'édifice tomberait par terre? Or, il a plu à notre Sauveur, qui a établi son Église comme un édifice sacré , de permettre que , pour exercer le zèle de ses ministres , il y eût toujours , à la vérité , quelques réfections à faire dans le corps du bâtiment ; mais que le fondement fut si ferme , que jamais il ne pût être ébraulé , parce que les hommes peuvent bien , en quelque sorte , contribuer par sa grâce à faire les réparations de l'édifiee; mais qu'ils ue pourraient jamais le redresser de nouveau , s'il était entièrement abattu. Il faudrait que le Fils de Dieu vint encoreau monde ; et comme il u résolu de n'y venir qu’une fois , il a fondé son temple si solidement , qu'il n’aura jamais besoin qu'on le rétablisse, et qu'il suffira seulement qu'on l'entretienne.

Qui pourrait assez exprimer quel était le zèle du père Bourgoiko , pour travailler à ce grand ouvrage? Il regardait les évêques comme ceux qui sont établis de Dieu pour faire vivre dans le peuple et dans le clergé la discipline chrétienne.

DU R. P. IIOliRGOING.

Il révérait dans leur ordre la v igucur et la plénitude d’one puissance céleste, pour réprimer la licence et arrêter le torrent des mauvaises moeurs, qui , s'enflant et s'élevant à grands flots , menace d’inonder toute la face de la terre. Non content d’exciter leur zèle, il travaillait nuit et jour A leur donner de lidèlcs ouvriers. Sa compagnie lui doit le dessein d'avoir des institutions ecclésiastiques pour y former de saints prêtres, c'est-à-dire, donner des pères aux enfants de Dieu. Et il ne faut pas sortir bien loin pour voir des fruits de son zèle. Allez a cette maison ou reposent les os du grand saint Magloire : là, dans l’air le plus pur et le pins serein de la ville , un nombre infini d’ecdésiustiques respire un air encore plus pur de la discipline cléricale : ils se répondent dans les diocèses, et portent partout l'esprit de l'Eglise; c’est l'effet des soins du père ltounnoixG. Mais pourquoi vous parler ici d'un séminaire particulier? toutes les maisons de l'Oratoire n'étaienteiles pas sous sa conduite autant de séminaires des évêques? Il professait hautement que tous les sujets de sa compagnie étaient plus aux prélats qu'à la compagnie; et avec raison, chrétiens, puisque la gloire de la compagnie c'est d'être tout entière à eux , pour être par eux tout entière à l'Église et à Jésus-Christ.

De là vous pouvez connaître combien cette compagnie est redevable aux soins de son général, qui savait si bien conserver en elle l'esprit de son institut, c'est-à-dire, l'esprit primitif de la cléricature et du sacerdoce. Il en était tellement rempli , qu’il en animait tous les frères; et ceux qui auraient été assez insensibles pour ne se pas rendre a ses paroles , auraient été forcés de céder a la force toute-puissante de ses exemples. Et en effet, chrétiens, quel autre était plus capable de leur inspirer l'esprit d'oraison, que celui qu'ils voyaient toujours le plus assidu a ce divin exercice? Qui pouvait plus puissamment enflammer leurs cœurs à travailler sans relâche pour les intérêts de l’Église, que celui dont les maladies n'étaient pas capables d'en ralentir faction? ce grand homme ne voulant pas, autant qu'il pouvait, qu'il fut tant permis aux inflrmités d’interrompre les occupations d’un prêtre de Jésus-Christ. Qui a pu leur enseigner plus utilement a conserver parmi les emplois une sainte liberté d'esprit, que celui qui s'est raoutré dans les plus grands embarras autant paisible , autant dégagé, qu'agissant et infatigable? Enfin, de qui pouvaient-ils apprendre avec plus de fruit à dompter par la pénitence la délicatesse des sens et de la nature , que de celui qu'ils ont toujours vu retrancher de son sommeil , malgré son besoin ; endurer la rigueur du froid , malgré sa vieillesse ; I

continuer ses jeûnes , malgré ses trav aux ; ciilln , affliger son corps par toutes sortes d'austérités, malgré ses infirmités corporelles?

O membres tendres et délicats , si souvent couchés sur la dure ! O gémissements ! 6 cris de la nuit, pénétrant les nues, perçant jusqu'à Dieu! O fontaines de larmes, sources de joie! O admirable ferveur d'esprit, et prière continuelle! O âme qui soutenait le corps presque sans aucune nourriture! ou plutût, û corps contraint de mourir avant la mort même, afin que l'âme fût en liberté ! O uppât du plaisir sensible et goût du fruit défendu, surmonté par la continence du pere Dounaorao I O Jésus-Christ I û sa mort ! û son anéantissement et sa croix honores par sa pénitence! Plût à Dieu que, touché d'un si saint exemple, je mortifie mes membres mortels, et que je commence à marcher par la vole étroite , et qje je m'ensevelisse avec Jésus-Christ , pour être son cohéritier!

Car que faisons-nous, chrétiens, que faisonsnous autre chose, lorsque nous flattons notre corps, que d'accroître la proie de la mort, lui enrichir son butin, lui engraisser sa victime? Pourquoi m'es-tu donné, ft corps mortel, fardeau accablant , soutien nécessaire , ennemi flatteur, ami dangereux, avec lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce qu'a chaque moment il faut s'accorder, et à chaque moment il finit rompre? O inconcevable union, et aliénation non moins étonnante! « Malheureux homme que je » suis, qui me délivrera de ce corps mortel? * ïnfrhx ego Homo! guis me librmbil de corpore mords hvjus * ? Si nous n'avons pas le courage d'imiter le père Dulbgoing dans ses austérités, pourquoi flattons-nous nos corps, nourrissonsnons leurs convoitises par notre mollesse, et les rendons-nous invincibles par nos complaisances?

Se peut-il faire , mes frères , que nous ayons tant d'attache à cette vie et à scs plaisirs, si nous considérons attentivement combien est dure la condition avec laquelle on nous l'a prêtre? La nature, cruelle usurière, nous ôte tantôt un sens, et tantôt un autre. Elle avait ôté foule au père Bouagoixg, et elle ne manque pas tous les jours de nous enlever quelque chose, comme pour l'intérêt de son prêt , sans se départir pour cela du droit qu elle se réserve, d'exiger en toute rigueur la somme totale à sa volonté. Et alors où seronsnous? que deviendrons-nous? dans quelles ténèbres serons-nous cachés? dans quel gouffre serons-nous perdus? il n’y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sommes. - la chair - changera de nature, le corps prendra un autre • nom; même celui de cadavre, dit Tertullien ,

' W«m. TU, 24.

01UIS0N FUNÈBRE

• ne lui demeurera pas longtemps; il deviendra

• un je ue sais quoi , qui n’a point de nom dans - aucune langue : » tant il est vrai que tout meurt en nos corps, jusqu'à ces termes funèbres, par lesquels ou exprimait nos malheureux restes : J'ost lut h m illud iejnobilitutis ctogium , caducœ carnin in originem terrain, et eadaveris namen;et de istoquoque nomine periturœ in nulluin inde juin nomen , in omnis jam v ocabuti marte m

Et vous vous attachez à ce corps, et vous bâtissez sur ces ruines, et vous contractez avec ce mortel une amitié immortelle! O que la mort vous sera cruelle ! 6 que vainement vous soupirez, disant avec ce roi des Amalécites : Sicrinc séparai amara mors ■? ’ Est-ce ainsi que la « mort amère sépare de tout? - Quel coup ! quel état ! quelle violence!

Il ii’v a que l'homme de bien qui n’a rien a craindre en ce dernier jour. I-a mortification lui rend lu mort familière; le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps, il n'a point de peine à s'en séparer ; il n déjà , depuis fort longtemps, ou dénoué ou rompu les liens les plus délicats qui nous y attachent. Ainsi le père Bouhi,o is g ne lient être surpris de la mort : * ses jeû-

■ lies et ses pénitences l'ont souvent avancé dans

■ son voisinage , comme pour la lui foire obser- « ver de près : • Serpe jejunans inortcm de proximo novit. • Pour sortir du monde plus lé-

gèrement, il s'est déjà décharge lui-même d’une .. partie de son corps , comme d'un empêchement •• importun à l'âme : » Prermisso jam sanguinis succo, lunquum animer impedimenta 3. Un tel homme, dégagé du siècle, qui a mis toute son esperance en la vie future , voyant approcher la mort , ne la nomme ni cruelle ni inexorable : au contraire, il lui tend les liras, il lui présente sans murmurer ce qui lui reste de corps, et lui montre lui-mème l'endroit où elle doit frapperson dernier coup. Omort! lui dit-il d'un visage ferme, tu ne me feras aucun mal , tu ne m'ôteras rien de ce qui m'est cher ; tu me sépareras de ce corps mortel : ô mort! je t’en remercie; j'ai travaillé toute ma vie à m'en détacher, j’ai tâché de mortifier mes appétits sensuels ; tou secours , ô mort ! m’était necessaire pour en arracher jusqu'à la racine. Ainsi , bien loin d'interrompre le cours de mes desseins , tu ne fais qu'accomplir l'ouvrage que j'ai commencé ; tu ne détruis pas ce que je prétends, mais tu l'achèves : achève donc , à mort favorable! et reuds-moi bientôt à mon maître.

Ah ! ■ qu'il n'en est pas ainsi des impies ! »

’ Tertul. de Rrrar. Carn. n’ t.

' I, fin, xv. ai.

% Tertul. de Jrjun. iT 12.

l\'on sic impie, non sic La mort ne leur arrive jamais si tard , quelle ne soit toujours précipitée ; elle n'est jamais provenue par tant d'avertissements , qu'elle ne soit toujours imprévue. Toujours elle rompt quelque grand dessein et quelque affaire importante : au lieu qu'un homme de bien , à chaque heure , à chaque moment , a toujours ses affaires faites ; il n toujours son âme en ses mains, prêt à la rendre au premier signal. Ainsi est mort le père Bot kgoino ; et voilà qu'étant arrivé en la bienheureuse terre des vivants, il voit et il goûte en la source même combien le Seigucur est doux ; et il chante , et il triomphe avec ses saints anges, pénétrant Dieu, pénétré de Dieu, admirant la magnificence de sa maison , et s'enivrant du torrent de ses délices.

Qui nous donnera , chrétiens , que nous mourions de cette mort , et que notre mort soit un jour de fête, un jour de délivrance, un jour de triomphe? . Ah ! que mon âme meure de la mort « des justes! » Moriatur anima mea morte justorum ’ ! Mais pour mourir de la mort des justes , vivez, mes frères, de la vie des justes. Ne soyez pas de ceux qui diffèrent à se reconnaître quand ils ont perdu la connaissance ; et qui méprisent si fort leur âme , qu'ils ne songent à la sauver que lorsqu'ils sont en dangerde perdre leur corps ; desquels certes on peut dire véritablement qu'ils se convertissent par désespoir plutôt que par espérance. Mes frères , faites pénitence, tandis que le médecin n'est pas encore à vos côtés, vous donnant des jours et des heures qui ne sont pas en sa puissance , et toujours prêt à philosopher admirablement de la maladie après la mort. Convertissez-vous de bonne heure; que la pensée en vienne de Dieu , et non de la fièvre ; de la raison , et non du trouble ; du choix , et non de la force ni de la contrainte. Si votre corps est une hostie, consacrez à Dieu une hostie vivante; si c'est un talent précieux qui doive profiter entre ses mains , mettez-le de bonne heure dans le commerce, et n'attendez pas à le lui donner qu'il le faille enfouir en terre : c’est ce que Je dis a tous les fidèles.

Et vous, sainte compagnie , qui avez désiré d'ouïr de ma bouche le panégyrique de votre père, v ous ne m'avez pas appelé dans cette chaire, ni pour déplorer votre perte par des plaintes étudiées, ni pour contenter les vivants par de vains éloges des morts. Un motif plus chrétien vous n excitée à me demander ce discours funèbre a la gloire de ce grand homme : vous avez prétendu que je consacrasse la mémoire de ses vertus, et que je vous proposasse , comme en un

* Sut», xxiii, lü.

DK MADAME YOLANDE DE MONTERBY.

tableau , le tuudele de sa sainte vie. Soyez donc ses imitateurs , comme 11 l'a été de Jésus-Christ ; c'est ce qu'il demande de vous aussi ardemment, j’ose dire plus ardemment que le sacrifice mystique : car si par ce sacrifice vous procurez son repos; en imitant ses vertus, vous enrichissez sa couronne. C'est vous-mêmes, mes révérends pères , qui serez et sa couronne et sa gloire au jour de Notre-Seigneur, si , comme vous avez été, durant tout le cours de sa vie, obéissants à ses ordres , vous vous rendez de plus en plus , après sa mort , fidèles imitateurs de sa piété. Ainsi soit-il.

Oit AI SON FUNÈBRE

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