‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 271 sur 282 · SL' U LE MYSTERE · texte numérisé non relu

SL' U LE MYSTERE

Que reprendront nos adversaires dans cette ! que les juges sont appelés dieux *. Criez , dceladoctrine? u est-elle pas egalement pieuse et indu- niez taut qu’il vous plaira , abusez le peuple par de bitulile? Je sais qu’ils nous diront que nousappe- faux prétextes, notre doctrine demeurera ferme; Ions Us suints uos médiateurs : et encore que je et notre Église, fondée sur la pierre, nesera jamais pusse répondre que le saiut concile de Trente ne dissipée.

se sert point de celte façon de parler, non plus Pardonnez cette digression, mes très-chères que l'Église dans ses prières publiques, je leur sœurs. Certes, étant tombé sur cette matière, je veux accorder que nous les nommons ainsi quel- n’ai pu m'empécher de répondre à une calomnie quefois. Mais que je leur demanderais volontiers, si intolérable , par laquelle on veut faire ctoire si la miséricorde divine en avait amené ici quel- que nous renonçons à l’unique consolation du ques-uns; que je leur demanderais volontiers, si fidèle. Oui, notre unique consolation, c’est de snr’est le nom ou la chose qui leur deplaft ! Pour ce voir que le Fils de Dieu prend nos intérêts auprès qui est de la doctrine ; il est clair qu'étant telle de son Père. Nous ne craignons point d’étre conque je l’ai proposée, elle est au-dessus de toute damnés, ayant un si puissant défenseur et un si censure. I.’honneur demeure entier à notre Sau- divin avocat. Nous lisons avec une joie incroyaveur: ilcstlesculqulaitaccèsparlui-méme;tous ble ces pieuses paroles de l’apôtre saint Jean : les autres, si saints qu'ils soient , ne peuvent rien • Nous avons un avocat auprès du Père, Jcsnsespérer que par lui : et par là le titre de médiateur «Christ, le Juste".» Nous entendons, par In lui convient avec une prérogative si éminente, grâce de Dieu, la force et l’énergie de ce mot : que qui voudrait l'attribuer en ce sens à d'autres nous savons que si l’Ambassadeur négocie, si le qu’à lui , il ne le pourrait pas sans blasphème, sacrificateur Intercède; l’Avocat presse, sollicite C’est aussi ce qui a fait dire â l’apôtre :« Un Dieu, et convainc : par où le disciple bien-aimé veut

- un médiateur de Dieu et des hommes '.... » Que nous faire entendre que Jésus ne prie pas sculesi nos adversaires se fâchent de ce que nous attrl- ment qu'on nous fasse miséricorde : mais qu'il huons quelquefois aux serviteurs de Notre-Sei- prouve qu’il nous faut faire miséricorde; et quelle gneur Jésus-Christ un titre qui , par notre propre raison emploie-t-il , ce grand , ce cliaritable A vocon fission, convient par excellence à notre Sau- cat? Ils vous devaient, mon Père, mais j'ai satisveur; combien criminel serait leur chagrin si, fait; j’ai rendu tonte fa dette mienne, et je vous ayant approuvé la doctrine, qui ne peut être en ai payé beaucoup plus que vous 11e pouviez exieffet combattue , des mots les séparaient de leurs ger : ils méritaient la mort , mais je l’ai soufferte frères, et faisaient de l’Église de notre Sauveur en leur place. Il montre ses plaies; et le Père, se le théâtre de tant de guerres ! Qu’ils nous disent ressouvenant de l’obéissance do ce cher Fils , s’atsi ce nom de médiateur est plus incommunicable tendrit sur lui , et pour l’amour de lui regarde le que le nom de roi , que le nom de sacrificateur, genre humain en pitié. C’est ainsi que plaide notre que le nom de Dieu : et ne savent-ils pas que l'É- Avocat. Car ne vous imaginez pas, chrétiens, criture nous prêche, que « nous sommes rois et qu’il soit nécessaire qu’il parle pour se foire en-

- pontifes ■ ? » Veulent-ils rompre avec toute l’an- tendre : c’est nssez qu’il se présente devant son tiquité chrétienne , parce qu elle a donné le nom Père avec ces glorieux caractères ; sitât qu’il pade pontifes et de sacrificateurs aux évêques et aux rait seulement devant lui, sa colore est aussitôt ministres des choses sacrées ? veulent-ils point se désarmée. C'est pourquoi I npAtre saint Paul parle prendre à Dieu même , qui appelle les hommes ainsi aux Hébreux : « Jésus-Christ est entré dans desdieux3? Ne vous emportez donc pascontrc . le Saint des saints; afin, dit-il, de paraître pour nous avec le faste de votre nouvelle réforme, « noos devant la fnee de Dieu 3. » Il veut dire : Ne comme si nous avions oublié la médiation de Je- craignez point, mortels misérables; Jésus-Christ sus qui fuit toute notre espérance. Nous disons , étant dans le ciel , tout y sera décidé en votre et il est très-certain , et vous-mêmes ne le pouvez faveur : la seule présence de ce Bien-Aimé vous nier, que les saints s'entremettent pour nous par rend Dieu propiee.

la charité fraternelle ; mais comme ils ne s’entre- C'est ce que signifie cet agneau de l'Apocalypse incitent que par le nom de Notre-Srigneur, il est dont je \ ous parlais tout à l'beure , qui est devant ridicule de dire qu’il en soit jaloux. C'est en ce le trône comme tué. De ce trône , il est écrit en ce sens que nous les appelons quelquefois de ce titre même lieu : qu’il en sort des foudres et des éclairs , de médiateurs, à peu près de la même manière . et un efTroyuble tonnerre. Dieu élernrl, oscrons-

. nous bien approcher ? « Approchons, allons au

1 I. Peh II 1 IX

4 Pi. 1.110. 1

’ Pi. XLV1, II».

1 t. Ami 1. Il, I.

1 tlcbr. ll.ïl.

DE L’ASCENSION DE JESUS-CHRIST

• trône de grâce avec confiance ' , > comme dit l'apôtre. Ce trône , dont la majesté nous effraye; voyez que l'apôtre l’appelle un trône de grâce : approchons, et ne craignons pas. Puisque l'Agneau est devant le trône, vivons en repos; les foudres ne viendront pas jusqu'à nous : sa présence arrête le cours de la vengeance divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde.

Combien donc était-il nécessaire que Jésus retournât à son Père I O confiance , ô consolation des fidèles! qui me donnera une foi assez vive pour dire généreusement avec l'apôtre : « Qui ac- ■ cuscra les élus de Dieu'? ■ Jésus-Christ est leur avocat et leur défenseur : • lin Dieu les justifie, « qui les osera co ndamner ? Jésus-Christ , qui est

• mort , voire même qui est ressuscité , et de plus « qui intercède pour nous, ne safltt-ii pas pour

• nous mettre à couvert? Qui donc nous pourra sé- « parer de la charité de notre Sauveur1? » Que reste-t-il après cela, chrétiens, sinon que nous nous rendions dignes de si grands mystères , desquels nous sommes participants? Puisque nous avons au ciel un si grand trésor, élevons-y nos cœurs et nos espérances : c’est ma dernière partie , que je tranche en un mot , parce que ce n'est que la suite des deux précédentes.

TUOIS1ÈMB POINT.

C'est de ce lieu , mes sœurs , que les bénédictions descendent sur nous. Que Je suis ravi d’aise quand je considère Jésus-Christ, notre grand sacrificateur , officiant devant cet autel éternel où notre Dieu se fait adorer! Tantôt il se tourne à son Père pour lui parler de nos misères et de nos besoins ; tantôt il se retourne sur nous , et il nous comble de grâces par son seul regard. Notre pontife n’est pas seulement près de Dieu pour lui porter nos vœux et nos oraisons , il y est pour épancher sur nous les trésors célestes; il a toujours les mains pleines des offrandes que la terre envoie dans le ciel , et des dons que le ciel verse sur la terre. C’est pourquoi l’évangéliste saint Luc nous apprend qu'il est monté en nous bénissant :

• Elevant ses mains, dit-il4, il les bénissait; et « pendant qu'il les bénissait , il était porté dans « les cieux. » Ne croyons donc pas, chrétiens, que l'absence de N'otre-Scigneur Jésus nous enlève ses bénédictions et scs grâces : il se relire en nous bénissant: c'est-à-dire que, si nous le perdons de corps, il demeure avec nous en esprit, il ne laisse pas de veiller sur nous, et de nous enrichir par son abondance. De là vient qu’il disait à ses saillis

apôtres : * Si je ne m'en retourne à mou Père,

> l’Esprit paraclct ne descendra pas 1 ; ■ je réserve à vous départir ce grand don, quand je serai au lieu de ma gloire. Et l’évangéliste l'enseigne ainsi , quand il dit : • L’Esprit n’étàit pas encore

• donné, parce que Jésus n’était point encore glo-

• riflé ’ . »

Donc, mes sœurs, entendons quel est le lieu d’où nous viennent les grâces. Si la source de tous nos biens se trouve en la terre ; à In bonne heure , attachons-nous à la terre : que si , au contraire , ce monde visible ne nous produit continuellement que des maux ; si l’origine de notre bien , si le fondement de notre espérance , si la cause unique de notre salut est an ciel, soyons éternellement enflammés de désirs célestes : ne respirons désormais que le eiel , • où Jésus notre avant-coureur « est entré pour nous1. «Certes il pouvait aller A son Père, sans rendre ses apôtres témoins de son ascension triomphante : mais il lui plaît de les appeler; afln de leur apprendre à le suivre. Non, mes sœurs, les saints disciples de notre Sauveur ne sont point aujourd'hui assemblés pour être seulement spectateurs : Jésus monte devant leurs yeux pour les inviter à le suivre , ■ Comme l'aigle , « dit Moïse, qui provoque ses petits à voler, et vole « sur eux : «ainsi Notre-Selgneur Jésus-Christ, cet aigle mystérieux dont le vol est si ferme et si haut , assemble ses disciples comme ses aiglons : et fendant les airs devant eux, il les incite par son exemple à percer les nues : sicui aquila provocant ad volandum pultos suos , et super cos volila ns*.

Courage donc, mes sœurs, suivons cet aigle divin qui nous précède. Jésus-Christ ne vole pas seulement devant nous; il nous prend, il nous élève et il nous soutient : « il étend ses ailes sur

• nous, et nous porte sur ses épaules : • expandit nias suas atque portavit eos in hume ris suis 4 Et partant , que la terre ne nous tienne plus ; rompons les chaînes qui nous attachent; et jouissons, par un vol généreux , de la bienheureuse liberté a laquelle nos âmes soupirent. Pourquoi nous nr rêtons-nous sur la terre? Notre chef est au ciel ; lui voulons-nous arracher ses membres? Notre autel est au ciel, notre Pontife est à la droite de Dieu ; c’est là donc que nos sacrifices doivent être offerts, c'est là qu'il nous faut chercher le vrai exercice de la religion chrétienne. Les philosophes du monde ont bien reconnu que notre repos ne pouvait pas être ici-bas. Maintenant que nous avons été élevés parmi des mystères si hau ts ; quelle est notre brutalité, si nous servons dorena-

1 tlrbr IV, lll.

* H»m. Tl II, 33.

• ibU, 31 , :iü.

' Luc. nxiv, rit».

1 Juan, xvi, 7.

* Ibid, vu , 3».

1 llcbr. vi , JO.

' lient, mn, Il k Ibid.

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