SUR I.E MYSTÈRE
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vous prie, rendez-vous attentifs. cl écoutez In plus belle figure, la plus exacte, la plus littérale, qui nous ait jamais été proposée.
Ce lieu si caché , si impénétrable , était ouvert uue fois l'année; mais il u'étuit ouvert qu'un montent et à une seule personne , qui était le grand sacrificateur. Cor, d'autartque la fonction du pontife c'est de s'approcher de llieu pour le peuple , il semblait bien raisonnable , mes sœurs , que le souverain prêtre de l'ancienne loi entrât quelquefois dans le sanctuaire, où Dieu daignait !>kn habiter pour lors : aussi lui est-il ordonné, dans le Lévitique 1 , d’entrer dans le Saint des saints une fois i’annéc. Mais d'autant que le pontife des Juifs était lui-méme un homme pécheur ; avant que de s'approcher de ce lieu, que Dieu avait rempli de sa gloire, il fallait qu’il se purifiât par des sacrifices. Représentez-vous toute cette cérémonie , qui est comme une histoire du Sauveur Jésus : figurez-vous que cet unique moment est venu , où le pontife doit entrer dans le Saint des saints, qu'il ne reverra plus de toute l'année, de peur qu'il ne meure : car telle est la rigueur de la loi. Voyez-lc dans le premier tabernacle, qui sacrifie deux victimes, pour ses péchés, et pour les péchés du peuple qui l’environne; considérez-le faisant sa prière, et se préparant d’entrer eu ce lieu terrible’. Apres ces sacrifices offerts, lui reste-t-il encore quelque chose à faire ; et ne peut-il pas désormais s'approcher de l’arche? Non, fidèles : s’il s'en approche ainsi, il est mort; la majesté de Dieu le fera périr. Comment donc? Remarquez ceci, je vous prie : qu’il prenne le sang de lu victime immolée, qu’il le porte avec lui devant Dieu dans le sanctuaire , qu’il y trempe ses doigts , çt Dieu le regardera d’un bon oeil; ensuite il priera devant l'arche pour scs péchés et pour ceux des Israélites, et sa prière sera agréable. Qui ne voit Ici , chrétiens , que ce n'est point par sou propre mérite que l'accès lui est donné dans lesanetuaire ? C'est le sang de la victime immolée qui l’introduit et qui le fait agréer. Je vous prie, voyez le mystère : l'hostie est offerte hors du sanctuaire , mais son sang est porté dans le Saint des saints; par ce sang le pontife péuètre au dedans du voile, par ce sang il approche de Dieu , par ce sang scs prières sont exaucées. Dites-moi, fidèles, quel est ce sang? le sang des bêtes brutes est-il capable de réconcilier l’homme ? notre Dieu se plaîtil si fort dans le sang des animaux égorgés , qu'il ne puisse souffrir son pontife devant sa face , s’il n’est , pour ainsi dire , teint de ce sang? A travers de ces ombres, ne découvrez-vous pas le Sei-
' Le vit. XVI, 34.
* Joui, xxi, I et wq-
I gneur Jesusqui, par sansang, ouvre le sanctuaire etemel? Mais il faut vous le faire toucher au | doigt Je vous demande quel est ce pontife dont lu dignité est Bi reieyée, que lai seul peut entrer dans le saGCtuaire; dont l'imperfection est si grande , qu’il n’y peut entrer qu’une fois l’année , qu’il n’y peut introduire son peuple, et qu'il n'y est lui-méme introduit que par le sang d'un bouc ou d'un veau? Quelle est la majesté de ce sanctuaire où on entre avec tant de cérémonie? mais quelle est l’imperfection de ce sanctuaire , dont l'entrée, si sévèrement interdite, est ouverte enfin par le sang d'une bète sacrifiée ? Enfin quelle est la vertu et tout ensemble l’imbécillité de ce sang qui donne la liberté d'approcher de l'arche , mais qui ne la donne qu’au pontife seul , qui ne la lui donne que pour un moment , et laisse après cela l'entrée défendue par une loi éternelle et inviolable?
Dites-nous, d Juifs aveugles, qui ne voulez pas croire au Sauveur Jésus, d'où vient cet étrange assemblage d’une dignité si auguste et d'uue imperfection si visible : tout cela ne vous prêche t-il pas que ce sont des figures ? Parce que vos cérémonies sont des ombres, elles ont de l'imperfection; et elles ont aussi de la dignité, à cause des mystères de Jésus qu'elles représentent. Ce sang , ce pontife , ce Saint des saints , ne vous crient-ils pas : Peuple , ce n'est pas ici ton pontife qui t’introduira aa vrai sanctuaire; ce n'est pas ici le vrai sang qui doit purger tes iniquités; ce n’est pas ici ce grand sanctuaire où repose la majesté du Dieu d'Israël : Dieu t’enverra un jour un pontife plus excellent , qui , par un meilleur sang, t’ouvrira un sanctuaire bien plus auguste.
Admirez en effet, mes très- chères sœurs, comme tant de choses en apparence si enveloppées, et qui semblent si contraires en ellesmêmes , cadrent et s'ajustent si proprement au Sauveur Jésus. Le pontife offre son sacrifice hors du sanctuaire , au milieu de l'assemblée de son peuple; le sacrifice de la mort de Jésus se fait sur la terre au milieu des hommes : le pontife entre au dedans du voile, c'est-à-dire , dans le Saint des saints ; Jésus , après son sanglant sacrifice, pénètre au vrai Saint des saints, c’està-dire au ciel ; le pontife n'offre qu'une fois l'année ce sacrifice qui découvre lesanetuaire; Jésus- Christ n'a offert qu'une fois ce sacrifice d'une vertu infinie , par lequel les deux sont ouverts : car, fidèles, qui ne sait que l'année, dans sa perfection accomplie, représente en abrégé l'étendue des siècles , puisqu'il est si évident que les siècles ne sont que des années révolues? Le pontife ayant immolé sa victime sur l’autel du premier
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DE L'ASCENSION DE JESUS-CHRIST
tabernacle porte son sam: devant la face de Dieu dans son sanctuaire, alin de l’apaiser sur son peuple ; Jésus , ayant immolé sur la terre, n’accomplit-il pas ce mystère , montant aujourd'hui dans les cieux? Voyez comme il s'approche du trône du père , lui montrant ses blessures toutes récentes , toutes teintes et toutes vermeilles de ce divin sang, de ce sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission de nos crimes : n'e»t-ee pas la , mes frères , porter vraiment devant la face de Dieu le sang de la victime innocente qui a été immolée pour notre salut? Ouvrez- vous donc , voile mystérieux ; ouvrez-vous , sanctuaire éternel de la Trinité adorable : laissez entrer Jésus-Christ mon Pontife au plus intime secret du Père. Car si le sang des veaux et des boucs rendait accessible le Saint des saints , bien qu'une loi si rigoureuse en fermât la porte ; le sang de l’Homme-Dieu, Jésus-Christ, n'ouvrira-t-il pas le vrai sanctuaire? Et si le pontife du vieux Testament avait de si beaux privilèges , bien qu'il ne s’approchât de ce très-saint lieu que • par un
• sang étranger, » comme dit l'apôtre’, c'est-àdire, par le sang des victimes ; quelle doit être la gloire de notre Pontife ■ qui se présente â Dieu
• en son propre sang", » per proprium sanguinem, dit le même apôtre! Et si le pontife selon l’ordre d’Aaron , qui était un homme pécheur , pénètre dans la partie la plus sainte; qu'y aurat-il de si sacré dans les cieux , où Jésus ne doive être introduit : Jésus, dis-je, ce Pontife si pur, si innocent , qui , étant seul agréable au Père, a été seul établi sacrificateur selon l'ordre de Melchisédech3 ?
Admirons donc maintenant, mes très-chères sœurs , l'excellence de la religion chrétienne , par Pémlnente dignité de son sacerdoce. Le pontife du Vieux Testament, avant que d'entrer dans le Saint des saints, offrait des sacrifices pour ses péchés et pour les péchés de son peuple ; après , étant nu dedans du voile, il continuait la même prière pour ses péchés et pour ceux des Israélites. Jésus-Christ notre Sauveur, notre vrai pontife, étant la justice et la sainteté même , n’a que faire de victime pour ses péchés; mais au contraire étant innocent et sans tache . il est lui-même une très-digne hostie pour l'expiation des péchés du inonde. Si donc il entre aujourd'hui dans le Saint des saints , c'est-à-dire , à la droite du Père ; il n'v entre pas pour lui-même, ce n'est pas pour luimême qu'il y va prier. C’est pourquoi l'apôtre dit dans mon texte ; « Jésus notre avant-coureur est
• entré pour nous; » il veut dire : Le pontife de
' Hcbr. ix , Î5.
* Ibid. ta.
i la loi ancienne avait besoin d'offrir pour lui-même, et d’entrer pour lui-même dans le sanctuaire; mais Jésus notre vrai Pontife est entré pour nous. Et quoi donc, Jésus-Christ Notre-Scigneur n’est-il pas monté dans le ciel poury recevoir la couronne? comment donc n’y est-il pas entré pour lui-même? Et toutefois l'apôtre nousdit : - Jésus notre avjnt-
• coureur est entré pour nous. • Entendons son raisonnement , chrétiens. Jésus n'avait que faire de sang pour entrer au ciel ; il était lui-même du ciel , et le ciel lui était dù de droit naturel : et toutefois il y est entré par son sang ; il n'est monté au ciel qu’après qu'il est mort sur la croix : ce n’est donc pas pour lui-même qu'il y est entré de la sorte. C’était nous , c'était nous qui avions besoin de sang pour entrer au ciel ; parce qu’étant pécheurs, nous étions coupables de mort : notre sang était dû à la rigueur de la vengeance divine , si Jésus n'eût fait cet aimable échange de son sang pour le nôtre , de sa vie pour la vie des hommes, lie là tant de sang répandu dans les sacrifices des Israélites , pour nous signifier ce que dit l'apôtre : que « sans l’effusion du sang il n'y a point de ré- « mission ", » et ainsi quand il entre au ciel par son sang , ce n’est pas pour lui , c'est pour nous qu'il V entre ; c'est pour nous qu'il approche du Père éternel : d'où nous voyons une autre différence notable entre le sacrificateur du vieux peuple, et Jésus le pontife du peuple nouveau. A la vérité le pontife pouvait entrer dans le sanctuaire ; mais , outre qu’il en sortait aussitôt , il ne pouvait en ouvrir l’entrée à aucun du peuple : c'est à cause qu'étant pécheur, lui-même il n'était souffert que par grâce dans le Saint des saints ; et n’y étant souffert que par grâce, il ne pouvait acquérir aucun droit au peuple. Mais Jésus qui a droit naturel d’entrer dans le ciel , y veut encore entrer par son sang : [ainsi il avait deux droits ,] le droit naturel et le droit acquis. Le premier droit, fl le réserve pour lui; il entre, et il demeure éternellement. Le second droit. Il nous le transfère. Avec lui , et par lui , nous pouvons entrer ; par son sang , l’accès nous est libre au dedans du voile. De là vient que l'apôtre l'appelle notre avant-coureur : » Jésus, dit-il , notreavant- ■ coureur, est entré pour nous. »
Les évangélistes remarquent , qu'au moment que Jésus-Christ expira : « ce voile dont je vous - ai parlé tant de fais , qui était entre le Lieu saint
• et le Lieu très-saint , fut déchiré entièrement et « de haut en bas • O merveilleuse suite de nos mystères I Jésus-Christ étant mort, il n’y a plus de voile ; le pontife le tirait pour entrer; le sang de Jésus-Christ le déchire , il n'y en a plus désor-
* Hebr. i\ , 22.
1 MaUh. ix vil , XI. Marc, xv, 38. Luc. xxirt , 46.
if.
Sim LE MYSTÈRE
mois : le Saint des saints sera découvert ; de haut en bas le voile est rompu. Et n'estae pas ce que dit l'apôtre dans sa deuxième épttre aux (Corinthiens : • Il y avait un voile, dit-il, devant les « yeux du peuple charnel : pour nous qui sommes
• la peuple spirituel , nous contemplons à face « découverte la gloire de Dieu'. » Voua me direz peut-être que nous avons aussi le voile de la foi qui nous couvre ; mais il m’est aisé de répondre : il est vrai que nos yeux ne pénétrent pas encore au dedansdu voile; mais notre espérance y pénètre, Il n'y a aucune obscurité qui i'arrête : elle va jusqu'au plus intime secret de Dieu. Et pourquoi? C'est parce qu'elle va après Jésus-Christ , parce qu'elle le suit , qu'elle s'y attache. L'apôtre nous l'explique dans notre texte : * Tenons Terme,
• dit-il ■ , mes chers frères , dans l’espérance que « nous avons , qui pénètre jusqu'au dedans du
• voile où Jésus notre précurseur est entré pour
• nous. » Ah ! nous n'avons point un pontife qui ne puisse pas nous introduire dans ie sanctuaire : comme Jésus y est entré, nous y entrerons.
Et toutefois , pour accomplir de point en point l'ancienne figure , nous y entrerons tous , et il n'y aura que le Pontife qui y entrera. Dieu éternel 1 qui entendra ce mystère? Oui, fidèles, je le dis encore une fois, il n'y a que Jésus-Christ seul qui entredans la gloire. Écoutez le Sauveur lui-même :
■ Nul ne monte au ciel , nous dit-il * , excepté ce- . lui qui est descendu du ciel , le Fils de l'homme
• qui est au ciel. • Nul ne monte au ciel , que celui qui est descendu du ciel : fidèles, sommes-nous descend us du ciel ? et comment donc y mon terons nous? Ehl sommes-nous encore excommuniés, comme si nous vivions sous la loi ? Non , certes , le grand Pontife nous a absous ; il a voulu lui-même être rejeté, afin que par lui nous fussions reçus. Nous monterons au ciel en Jésus-Christ et par Jésus-Christ; il est notre chef, nous sommes ses membres; « nous sommes sa plénitude , * comme dit Saint Paul 1 : quand nous entronsau ciel , c'est Jésus-Christ qui entre, parce que ce sont ses membres qui entrent. « Celui qui vaincra , dit Jésus-
• Christ lui-même 4 , Je le ferai asseoir dans mon
• trône. » Voyez que nous serons dans son trône; nous n'occuperons avec lui qu'uné même place : nous serons au ciel comme confondus avec Jésus- Christ; et par un merveilleux effet de la grâce, notre disette est la cause de notre abondance : parce qu’il nous est sans comparaison plus avantageux d'être considérés en Jésus-Christ seul , que
* II. Cor. ni. is, is.
1 Htbr. Tl, 19.20.
* Joon. ni, 13.
* Kpke. ». 1, 2J.
* Àpoc. m, SI.
si nous l'étions en nous-mêmes. Par conséquent mes sœurs, aujourd'hui que Jésus-Christ appnv che du Perc , croyons que nous approchons en lui et par lui. C'est pour nous qu'il ouvre le sanctuaire : c'est pour nous qu'il pénètre au dedans du voile; c'est pour nous qu’il parait devant Dieu. Les pontifes de la loi ancienne étaient des hommes mortels : la charge auguste du sacerdoce ne se conservait dans la famille d’Aaron que par la succession du vivant au mort. « Jésus vivant éter
• nettement , dit l'apôtre ' , a un sacerdoce éter- « nel : » c'est pourquoi , dit le même saint Paul , « il peut toujours sauver ceux qui s’approchent
■ de Dieu par lui; il est toujours vivant pour in- « tercéder, - semper vivent ad interpellandum pro iioôi* *; c’est notre seconde partie.
SECOND POINT
J'apprends de l'apôtre saint Paul 3, que « tout « pontife doit être tiré d’entre les hommes ; et
* qu'il est établi pour les hommes, en ce qui doit
■ être traité avec Dieu : » d'où il résulte que le pontife est l’ambassadeur du peuple vers Dieu. Puis doue que Notre-Seigneur Jésus est notre pontife, il s'ensuit qu’il est notre ambassadeur. Admirons ici le bonheur des hommes, en ce que notre Prince même daigne bien être notre ambassadeur. Or il est sans doute qu'étant noire ambassadeur auprès de son Père, il (pliait qu’il résidât près de sa personne; et ensuite qu’il y négociât nos affaires, qu’il lui portât toutes les paroles de notre part, qu’il nous conciliât la bienveillance de ce grand Dieu, et qu’il maintint la bienheureuse alliance qu'il lui a plu de faire avec nous : telle est la fonction d’un ambassadeur. C’est pour cela que notre Pontife ne cesse de solliciter son Père pour nous; il est toujours vivant pour intercéder : et de là vient que l’Écriture lui donne cette excellente qualité de médiateur, de laquelle il est nécessaire que je tâche de vous faire comprendre la force.
Et premièrement il est manifeste que Jésus- Christ prie , et que nous prions ; que J ésus-Christ s'entremet pour nous , et que nous nous entremettons les uns pour les autres à cause de la charité fraternelle. Ét d'autant que les saints sont nos frères; cette charité sincère et indivisible qui les lie de communion avec nous, les oblige de prier et d’intercéder pour cette partie des fidèles qui combat eu terre. Cette vérité n'est point contestée : nos adversaires mêmes ne désavouent point que les bienheureux ne prient Dieu pour nous. Cette doctrine donc étant si constante , qu’a de particu-
1 llebr. ru , 34.
> Ibid. T. I.
DE L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST
Hcr le Seigneur Jésus pour lut donner singulièrement et par excellence cette belle qualité de médiateur? le mettrons-nous avec le reste du peuple dans le nombre des suppliants? Chrétiens, entendons ce mystère. C'est autre chose de s’entremettre par charité; autre chose d'étre le médiateur établi pour faire valoir les prières, et donner du poids à l’entremise des autres. Apportons un exefhplc familier. C'est autre chose de s’entremettre près d'un monarque, et d'y rendre aux personnes que nous chérissons les offices d’un bon ami ; autre chose d’être établi par le prince même pour lui rapporter toutes les requêtes, pour distribuer tontes les grâces , pour présenter tous ceu x qui viennent demander audicnee. Jésus est le médiateur général ; nul n’est agréé s’il n’est présenté de sa main : si la prière n’est faite en son nom , elle ne sera pas seulement ouïe; nul bienfait n'est accordé que par lui. Et que pourrais-je vous dire de ee saint Pontife, par qui toutes les prières sont exaucées, par qui toutes les grâces sont entérinées, par qui toutes les offrandes sont bien reçues, par qui tous ceux qui veulent s'approcher de Dieu sont très-assurés d’être admis? Quelle dignité, chrétiens! De toutes les parties de la terre les vœux viennent à Dieu par Jésus : tous ceux qui invoquent Dieu comme il faut, l’invoquent au nom de ce grand Pontife; que Tertulllen appelle fort bien Catholicum Patris Sacertlotem • , « le Pontife universel établi de Dieu pour « offrir les vœux de toutes les créatures. » Non : ni les patriarches , ni les prophètes , ni les apôtres, ni les martyrs, ni les séraphins mêmes, tout brillants d'intelligence, tout brûlants d’amour; ni la reine de tous les esprits bienheureux, l'incomparable Marie, ne peuvent aborder du trône de Dieu , si Jésus ne les introduit : ils prient, nous n'en doutons pas, et iis prient pour nous; mais ils prient comme nous an nom de Jésus, et ils ne sont exaucés qu'en ce nom.
C'est pourquoi je ne craindrai pas d’assurer : qu’encorc que l'Église de Dieu sur la terre et les esprits bienheureux dans le ciel ne cessent jamais de prier, il n’y a que Jésus-Christ seul qui soit exaucé; parce que tous les antres ne le sont qu’à cause de lui. C'est, mes sœurs, pour cette raison que dans les prières ecclésiastiques nous prions Dieu, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'avoir pour agréables les oraisons que les saints lui présentent pour nous. Si elles étaient valables par elles- mêmes, quelle serait notre hardiesse de demander quelles fussent reçues ! est-ce peut-être que nous espérons que notre entremise les fera valoir? D’où vient donc cette façon deprler? nous
demandons les intercessions de nos frères qui régnent avec Jésus-Christ , et en même temps nous prions notre Dieu qu’il daigne écouter leurs prières : prétendons- nous que nos oraisons donnent prix à celles des saints? Qui le croirait ainsi, entendrait mal l'intention de l'Église. Elle prétend par là nous faire connaître que lorsque nous implorons l’assistance des saints qui nous attendent dans le paradis, c'est pour joindre nos prières aux leu rs , c’est pou rfaireaveceuxunentéme oraison et un même chœur de musique , un même concert , oomme nous ne faisons qu'une même Église. Et encore que nous sachions que cette union soit très-agréable à notre grand Dieu , toutefois nous confessons, priant de la sorte, quelle ne lui platt qu'à cause de sou cher Fils; que c’est le nom de Jésus qui prie et qui donne accès, qui fléchit et qui persuade le Père.
Cela nous est exactement figuré aux quatrième et cinquième chapitre de l’Apocalypse 1 : là nous est représenté le trône de Dieu , où est assis celui qui vitaux siècles des siècles , et autour les vingtquatre vieillards qui , pour plusieurs raisons qu'il serait trop long de déduire ici , signifient tous les esprits bienheureux. * Chacun de ces vieillards
• porte en sa main une fiole d’or pleine de par-
• fums, qui sont les oraisons des saints, -dit saint Jean; c'est-à-dire, des fidèles, selon la phrase de l'Écriture. Vous voyez donc, mes sœurs, que ce vénérable sénat, qui environne le trône du Dieu vivant , a soin de lui présenter nos prières : ce n’est pas moi qui le dis; c’est saint Jean. Mais n'est-re point entreprendre, me dira-t-on , sur la dignité de notre Sauveur? A Dieu ne plaise qu’il soit ainsi! Les vieillards environnent le trône; mais, devant le trône, au milieu des vieillards, l'apôtre nous y représente • un agneau comme tué, de-
• vaut lequel les vieillards se prosternent ‘. - Qui ne voit que cet agneau c'est notre Sauveur? Il parait comme tué , à cause des cicatrices de scs blessures; et parce que sa mort est toujours présente devant la face de Dieu : Il est au milieu de tous ceux qui prient; comme celui par lequel ils prient et qu’ils regardent tous en priant : il est devant le trône, afin que nul n’approehe que par lui seul; Il parait entre Dieu et ses fidèles adorateurs, comme le médiateur de Dieu et des hommes, comme celui qui doit recevoir les prières, qui les doit porter à Dieu dans son trône. Ainsi les saints présentent nos oraisons; ils y joignent les leurs, comme frères, comme membres du même corps, mais ie tout est offert au eom de Jésus.
1 Advenu» Mnrcion. lib. nr, n* ».
‘ Apoc. iv. 1 et M*q. ; », B * Ibid. ft.