V.irr. II
* Mutth.X I. 30.
1 In M.tlt'i. Homit. XXXVIII, n° 3, t. VU, p. 429.
DE NICOLAS CORNET
commande , s'il cnnrge d'une main il soutient de l’autre : ainsi tout ce qu’il impose est léger ; mais tout ce que les hommes y mêlent est insupportable.
Vous voyez donc, chrétiens, que, pour trouver la règle des mœurs , il faut tenir le milieu entre les deux extrémités , et c’est pourquoi l'oracle toujours sage nous avertit de ne nous détourner jamais ni à la droite ni à la gauche*. Ceux-là sc détournent à la gauche , qui penchent du côté du vice, et favorisent le parti de la corruption : mais ceux qui mettent la vertu trop haut , à qui toutes les faiblesses paraissent des crimes horribles, ou qui , des conseils de perfection, font la loi commune de tous les fidèles, ne doivent pas se vanter d’aller droitement , sous prétexte qu'ils semblent chercher une régularité plus scrupuleuse. Car l'Écriture nous apprend que si l’on peut se détourner en allant à gauche , on peut aussi s’égarer du côté de la droite ; c'està-dire, en s’avançant à la perfection, en captivant les âmes infirmes sous des rigueurs trop extrêmes. Il faut marcher au milieu : c'est dans ce sentier où la justice et la paix se baisent de baisers sincères; c’est-à-dire, qu’on rencontre la véritable droiture, et le calme assuré des consciences : Miscricordia et veritas obviaverunt sibi , justifia et pax oscutatœ sunt*.
Il est permis aux enfants de louer leur mère ; et je ne dénierai point ici à l'école de théologie de Paris la louange qui lui est due , et qu'on lui rend aussi par toute l'Église. ta trésor de la vérité n'est nulle part plus inviolable. Les fontaines de Jacob ne coulent i\ulle part plus incorruptibles. Elle semble divinement être établie avec une grâce particulière, pour tenir la balance droite, conserver le dépôt de la tradition. Elle a toujours la bouche ouverte pour dire la vérité : elle n’épargne ni scs enfants ni les étrangers , et tout ce qui choque la règle n’évite pas sa censure.
Le sage Nicolas Cornet , affermi dans ses maximes , exercé dans scs emplois , plein de son esprit, nourri du meilleur suc de sa doctrine , a soutenu dignement sa gloire et l'ancienne pureté de ses maximes. Il ne s'est pas laissé surprendre à cette rigueur affectée, qui ne fait que des superbes et des hypocrites : mais aussi s'est-il montré implacable à ces maximes moitié profanes et moitié saintes , moitié chrétiennes et moitié mondaines, ou plutôt toutes mondaines et toutes profanes, parce qu’elles ne sont qu’à demi chrétiennes et à demi saintes. Il n'a jamais trouvé belles aucunes des couleurs de la simonie; et pour entrer dans l’état ecclésiastique, il n’a pas connu d'autre
• Prov. IV. 27.
* Pt. L&xxnr, ».
— t. il.
porte que celle qui est ouverte par les saints canons. Il a condamné l'usure sous tous scs noms et sous tous ses titres. Sa pudeur a toujours rougi de tous les prétextes honnêtes deâ engagements déshonnêtes , où il n'a pas épargné le fer et le feu pour éviter les périls des occasions prochaines. Les inventeurs trop subtils de vaines contentions et de questions de néant , qui ne servent qu'à faire perdre, parmi des détours infinis, la traee toute droite de la vérité , lui ont paru, aussi bien qu’à saint Augustin, des hommes inconsidérés et \olages, < qui soufflent sur de la poussière, et se « jettent de la terre dans les yeux , » sufjtantcs pulverem , cl excitantes terram in oculos suas Ces chicanes raffinées , ces subtilités en vainos distinctions , sont véritablement de la poussière soufflée , de la terre dans les yeux , qui ne font que troubler la vue. Enfin il n’a écouté aucun expédient pour accorder l'esprit de la chair, entre lesquels nous avons appris que la guerre doit être immortelle. Toute la France le sait : car il a été consulté de toute la France; et il faut même que ses ennemis lui rendent ce témoignage , que ses conseils étaient droits, sa doctrine pure, ses discours simples , ses réflexions sensées, ses jugements sûrs, ses raisons pressantes, ses résolutions précises, scs exhortations efficaces ; son autorité vénérable, et sa fermeté invincible.
C’était donc véritablement un grand et riche trésor ; et tous ceux qui le consultaient , parmi cette simplicité qui le rendait vénérable, voyaient paraître avec nbondance , dans ce trésor évangélique , les choses vieilles, et nouvelles, les avantages naturels, et surnaturels, les richesses des deux Testaments, l’érudition ancienne et moderne, la connaissance profonde des saints Pères et des scolastiques, la science des antiquités et de l’état présent de l’Église, et le rapport nécessaire de l’un et de l’autre. Mais parmi tout cela, messieurs, rien ne donnait plus d’autorité à ses décisions que l’innocence de sa vie : car il n’était pas de ces docteurs licencieux dans leurs propres faits , qui , se croyant suffisamment déchargés de faire de bonnes œuvres par les bons conseils , n’épargnent ni ne ménagent la bonne conscience des autres, indignes prostituteurs de leur intégrité. Au contraire , Nicolas Cornet ne se pardonnait rien à luimême, et pour composer ses mœurs, il entrait dans les sentiments de la justice , de la jalousie , de l’exactitude d’un Dieu qui veut rendre la vérité redoutable. Nous savons que dans une affaire de scs amis, qu’il avait recommandée comme juste, craignant que le juge, qui le respectait, n’eût trop déféré à son témoignage et à sa sollicitation , il a réparé de ses deniers le tort qu’il
1 Cou/. III). xii, cap- xvi, t i, ro'. 210.
ORAISON FUNÈBRE
reconnut, quelque temps après , avoir été fait à la partie : tant il était lui-même sévère censeur de ses bonnes intentions !
Que vous dirai-je maintenant, messieurs, de sa régularité dans tous ses autres devoirs? Klle paraît principalement dans cette admirable circonspection qu'il avait pour les bénéfices : bien loin de les désirer; il crut qu'il en aurait trop, quand il en eut pour environ douze cents livres de rente. Ainsi , il se délit bientôt de ses titres ; voulant honorer en tout la pureté des canons , et servir à la sainteté et à l'ordre de la discipline nelésiastique. Tant qu’il les a tenus, les pauvres et les fabriques en ont presque tiré tout le fruit. Pour ce qui touchait sa personne , on voyait qu'il prenait a lèche d'honorer le seul nécessaire , par un retranchement effectif de toutes les superfluités : tellement que ceux qui le consultaient , voyant cette sagesse , cette modestie , cette égalité de ses mœurs, le poids de ses actions et de scs paroles ; enfin cette pieté et cette innocence , qui , dans la plus grande chaleur des partis, étaient toujours demeurées sans reproche : et admirant le consentement de sa vie et de sa doctrine , croyaient que c'était la justice même qui parlait par sa louche ; et ils révéraient scs réponses comme des oracles d'un Gcrson , d'un Pierre d'Ailli , et d'un Henri de Gand. Et plût à Dieu , messieurs , que le malheur de nos jours ne l'eut jamais arraché de ce paisible exercice !
Vous Ic'savez , juste Dieu, vous le savez, que c'est malgré lui que cet homme modeste et pacifique a été contraint de se signaler parmi les troubles de votre Église. Mais un docteur ne peut passe taire dans la cause de la foi ; et il ne lui était pas permis de manquer en une occasion ou sa science exacte et profonde, et sa prudence consommée ont paru si fort nécessaires. Je ne puis non plus omettre en ce lieu le service très-important qu'il a rendu à l’Église , et je me sens obligé de vous exposer l'état de nos malheureuses dissensions ; quoique je désirerais beaucoup davantage de les voir ensevelies éternellement dans l'oubli et dans le silence. Quelle effroyable tempête s'est excitée en nos jours , touchant la grâce et le libre arbitre I Je crois que tout le monde ne le sait que trop ; et il n'y a aucun endroit si reculé de la terre , où le bruit n'en ait été répandu. Comme presque le plus grand effort de cette nouvelle tempête tomba dans le temps qu'il était syndic de In faculté de théologie ; voyant les vents s’élever, les nues s'épaissir, les flots s'cnfler de plus en plus : sage , tranquille et posé qu’il était , il se mit à considérer attentivement quelle était cette nouvelle doctrine, et quelles étaient les pci sonnes qui la soutenaient. Il vit donc que saint Augost n ,
qu’il tenait le plus éclairé et le plus profond de tous les docteurs, avait exposé à l'Église une doctrine toute sainte et apostolique touchant la grâce chrétienne; mais que, ou par la faiblesse naturelle de l’esprit humain, ou àcausede sa profondeur ou de la délicatesscdes questions , ou plutôt par la condition nécessaire et inséparable de notre foi , durant cette nuit d'énigmes et d'obscurités , cette doctrine céleste s'est trouvée nécessairement enveloppée parmi des difficultés impénétrables : si bien qu’il y avait à craindre qu'on ne fût jeté insensiblement dans des conséquences ruineuses û la liberté de l'homme : ensuite il considéra avec combien de raisons toute l'école et toute l'Église s'étalent appliquées ù défendre les conséquences; et il vit que la faculté des nouveaux docteurs en était si prévenue, qu'au lieu de les rejeter ils en avaient fait une doctrine propre : si bien que la plupart de ces conséquences , que tous les théologiens avaient toujours regardées jusqu'alors comme des inconvénients fâcheux, au devant desquels il fallait aller pour bien entendre la doctrine de saint Augustin et de l'Église, ceux-ci les regardaient nu contraire comme des fruits nécessaires , qu’il en fallait re- ; cueillir ; et que ce qui avait paru à tous les autres comme desécueilscontre lesquels il fallait craindre d'échouer le vaisseau , ceux-ci ne craignaient point de nous le montrer comme le port salutaire auquel devait aboutir la navigation. Après avoir ainsi regardé la face et l’état de cette doctrine, que les docteurs , sans doute , reconnaîtront bien sur cette idée générale, il s'appliqua à connaître le génie de ses défenseurs. Saint Grégoire de Nnziauze , qui lui était fort familier, lui avait appris que les troubles ne naissent pas dans l'Église par des âmes communes et faibles : « Ce sont , dit-il ,
• de grands esprits, mais ardents et chauds , qui
• causentccs mouvements etees tumultes; - mais ensuite, les décrivant parleurs caractères propres , il les appelle excessifs , insatiables, et portés plus ardemment qu'il ne faut aux choses de la religion : paroles vraiment sensées , et qui nous représentent au vif le naturel de tels esprits.
Vous êtes étonnés peut-être d’entendre parler de la sorte un si saint évêque. Car, messieurs, nous devons entendre que si l'on peut avoir trop d'ardeur, non point pour aimer la saine doctrine, mais pour l'éplucher de trop près , et pour la rechercher trop subtilement; la première partie d'un homme qui étudie les vérités saintes, c'est de savoir discerner les endroits où il est permis de s'étendre , et où il faut s'arrêter tout court , et se souvenir des bornes étroites dans lesquelles est resserrée notre intelligence : de sorte que la plus prochaine disposition a l’erreur, est de
DE NICOLAS COnNF.T.
vouloir réduire les choses à la dernière évidence i de la conviction. Mais il faut modérer le feu d’une j mobilité inquiète , qui eause en nous cette intempérance et cette maladie de savoir, et être sages sobrement et avec mesure, selon le précepte de l’Apôtre ’, et se contenter simplement des lumières qui mais sont données plutôt pour réprimer notre curiosité, que pour éclaircir tout à fait le fond des choses. C'est pourquoi ces esprits extrêmes , qui ne se lassent jamais de chercher, ni de discourir, ni de disputer, ni d'écrire , saint Grégoire de Nazianze les a appelés excessiAi et insatiables.
Notre sage et avise syndic jugea que ceux desquels nous parlons étaient à peu près de ce caractère, grands hommes, éloquents, hardis, décisifs, esprits forts et lumineux; mais plus capables de pousser les choses à l'extrémité , que de tenir le raisonnement sur le penchant , et plus propres à commettre ensemble les vérités chrétiennes qu'à les réduire à leur unité naturelle : tels enfin , pour dire en nn mot, qu’ils donnent beaucoup à Dieu, et que c'est pour eux une grande grâce de céder entièrement à s'abaisser sous l'autorité suprême de l’Église et du saintsiège. Cependant les esprits s'émeuvent , et les choses se mêlent de plus en plus. Ce parti, zélé et puissant, charmait du moins agréablement, s'il n'emportait tout à fait In fleur de l'école et de In jeunesse ; enfin , il n'oubliait rien pour entraîner après soi toute la faculté de théologie.
C'est ici qu'il n'est pas croyable combien notre sage grand maître a travaillé utilement parmi ces tumultes , convainquant les uns par sa doctrine, retenant les autres par son autorité , animant et soutenant tout le monde par sa constance; et lorsqu'il parlait en Sorbonne dans les délibérations de la faculté , c’est là qu’on reconnaissait , par expérience , la vérité de cet oracle : • f -a bou-
• chc de l'bomme prudent est désirable dans les
• assemblées , et chacun pèse toutes ses paroles
• en son cœur : » Os prudentis quœrilur in ecclesia, et verba illius cogilabunl in cordibus suis \ Car il parlait avec tant de poids , dans une si belle suite , d'une manière si considérée , que même scs ennemis n'avalent point de prise. Au reste il s'appliquait également à démêler la doctrine , et à prévenir les pratiques par sa sage et admirable prévoyance; en quoi il se conduisait avec une telle modération , qu’cncore qu'on n'ignorât pas la part qu'il avait en tous les conseils , toutefois à peine aurait-il paru, n'était que ses adversaires, en le chargeant publiquement presque de toute la haine, lui donnèrent aussi , mal-
' Rom. \ll , 3.
* Lai ni , ai.
gré lui-même , la plus grande partie de la gloire.
Et , certes , il est véritable qu'aucun n'était mieux Instruit du point décisif de la question. Il connaissait très-parfaitement et les confins et les hontes de toutes les opinions de l'école ; jusqu’où elles couraient , et où elles commençaient à se séparer ; surtout il avait grande connaissance de la doctrine de saint Augustin et de l'école de saint Thomas. Il connaissait les endroits par où ces nouveaux docteurs semblaient tenir les limites certaines, par lesquels Ils s'en étaient divisés. C’est de cette expérience, de cette connaissance exquise , et du concert des meilleurs cerveaux ^ de la Sorbonne , que nous est né cet extrait de ces cinq propositions , qui sont comme les justes limites par lesquelles la vérité est séparée de l'erreur; et qui étant, pour ainsi parler, le caractère propre et singulier des nouvelles opinions, ont donné le moyen à tous les autres de courir unanimement contre leurs nouveautés Inouïes.
C’est donc ce consentement qui a préparé les voies à ces grandes décisions que Home a données; à quoi notre très-sage docteur, par la créance qu'avait même le souverain pontife à sa parfaite intégrité , ayant si utilement travaillé , il en a aussi avnncé l'exécution avec une pareille vigueur, sans s'abattre, sans se détourner, sans se ralentir : si bien que par son travail, sa conduite , et par celle de scs fidèles coopérnteurs , ils ont été contraints de céder. On ne fait plus aucune sortie, on ne parle plus que de paix. O qu’elle soit véritable, ô qu'elle soit effective, ô qu'elle soit éternelle! Que nous puissions avoir appris par expérience combien il est dangereux de troubler l'Église; et combien on outrage la sainte doctrine, qunnd on l'applique malheureusement parmi des extrêmes conséquences? Puissent naître de ces conflits des connaissances plus nettes, des lumières plus distinctes, des flammes de chnrité plus tendres et plus ardentes , qui rassemblent bientôt en un , par cette véritable concorde, les membres dispersés de l’Église!
Mais je reviens à celui qui nous fournit à ce jour une si riche matière de Justes louanges. Quelqu'un entendant son panégyrique, voyant tant de grands services qu'il a rendus à l'Église, et découvrant en ce personnage un si admirable trésor de rares et excellentes qualités , murmurera peut-être en secret de ce qu'une lumière si vive n'a pas été exposée plus haut sur le chandelier, et déclamera en son cœur contre l'injustice du siecle. Cette plninte parait équitable , mais je dois néanmoins la faire cesser. Vous qui paraissez indignés qu’une vertu si rare n'a pas été couronnée , n’nver-vous pas entendu que j’ai dit , nu commencement de ce discours, que ce grand
ORAISON FliNÈBHE
ICO
homme s'était éloigné de toutes les dignités? Je t'ai dit, et- je le dis encore une fois , le siècle n'a pas été injuste; mais Nicolas Cornet a été modeste. On a recherché son humilité , mais il n'y a pas eu moyen de la vaincre. Nos rois ont connu son mérite , l'ont voulu reconnaître ; mais on n’a pu le résoudre à recevoir d'une main mortelle , quoique royale. Les ministres et les prélats concourant également ù l'estimer, je pourrais ici alléguer cet Illustre prélat ' qui fera paraître bientôt une nouvelle lumière dans le siège de saint Denis et de saint Marcel , et qui a cette noble satisfaction de voir croître tous les jours sa gloire avec celle de notre monarque. Quand je considère les grands avantages qui lui ont été offerts , je ne puis que je n'admire cette vie modeste, et Je ne vois pas dans notre siècle un plus bel exemple à imiter.
Les deux augustes cardinaux qui ont soutenu la majesté de cet empire , ont voulu donner la récompense qui était due ù son mérite ; mais il a tout refusé.
Le premier l'ayant appelé , lui fit des offres dignes de Son Éminence : le second l’ayant présenté a notre auguste reine, mère de notre invincible monarque, lui proposa ses intentions pour une prélature ; mais il remercia Sa Majesté et Son Éminence, déclarant qu'il n'avait pas les qualités naturelles et surnaturelles, nécessaires pour les grandes dignités. Vous voyez par là quelle a été son humilité , et combien il a été soigneux de cacher les Illustres avantages qu'il avait reçus de Dieu ; puisque même il allait jusqu'au devant des propositions qu’on lui voulait faire.
Et , messieurs , permettez-moi , que je fasse une petite digression. J'ai vu un grand homme mépriser ce qu’il y a de plus éclatant dans le siècle ; et cependant je vois une jeunesse emportée, qui n'a, de toutes les qualités nécessaires, que des désirs violents pour s'élever aux charges ecclésiastiques, sans considérer si elle pourra s'acquitter des obligations qui sont attachées à ces dignités. On emploie tous les amis; on brigue la faveur des princes : on croit que c’est assez démonter sur le trône de Pharaon , comme Joseph, pour gouverner l'Égypte; mais il faut , comme lui , avoir été dans le cachot avant que d'étre le favori de Pharaon. Ah I modération de Cornet, tu dois bien confondre cette jeunesse aveuglée : on t'a présenté des dignités, et tu les as refusées. Ram virtus, humilitas Zionorala’: . Que c'est une chose rare de voir uue personne
' Hartlouin île Beaumont de Péréllae, évCque de Roder . nommé à rarehevéctm de Parla en lim , et nui n’eol «es butle* qu'en 1601 II avjdlété prreerleurdf Louis XIV. (Èdil. dt f’fWiitlr*.)
* S. Brrm. Bo®. tT, Mi|w>r !/»«** J r*/, li" 9, 1. 1 , col. TSrt.
« humble, quand elle est élevée dans l'honneur ! • Notre grand maître a eu cette vertu pendant sa vie; mais parce qu’il s'est humilié, il faut qu'il soit glorifié après sa mort.
Le Fils de Dieu , qui n’a prononcé que des oracles, a dit que « celui qui s’humilie sera « exalté : « Qui se humiliât , exaltabilur *. Nicolas Cornet ayant été humble toute sa vie , est et sera bientôt en possession de la gloire. Comme il a eu l'humilité , il a eu toutes les autres vertus dont elle est le fondement. Il a été sage dès son enfance ; la pudeur est née avec lui : il a voué sa virginité à Dieu dès scs plus tendres années; il a suivi le conseil de saint Paul , qui ordonne à tous les chrétiens de « se consacrer à « Dieu comme des hosties saintes et vivantes : > Obsecro ms, per viscera misericordiœ , utexhibeatis vos hostiam sanctam, viventem *, etc. Il fit un sacrifice de son corps et de son âme à Dieu : il consacra son entendement à la foi , sa mémoire au souvenir étemel de Dieu, sa volonté à l'amour, son corps au jeûne et à la piété. Il fut simple dans ses discours, inviolable dans sa parole, incorruptible dans sa foi , fidèle aux exercices de l’oraison, et surtout attaché aux affaires de notre salut.
Ah ! sainte Vierge , je vous en prends à témoin : vous savez combien de nuits il a été prosterné aux piedl de vos autels; combien il a imploré votre assistance pour le soulagement des pauvres peuples , et pour la consolation des affligés.
Ce grand homme , cette âme forte et solide , qui savait que Jésus-Christ nous a recommandé d’étre des lumières3, c’est-à-dire, de donner de bons exemples; et d’ailleurs que notre vie doit être cachée, c’est-à-dire, doit être humble, a pratiqué parfaitement ces deux préceptes. Il fut humble et exemplaire : il faisait quelques petites aumônes en public, pour édifier le prochain ; mais en particulier il en faisait de grandes ; il était le protecteur des pauvres, et le soulagement des hôpitaux. Voilà les vertus qu’il a cachées.
Je ne parle point du respect euvers notre monarque ; de sa soumission à l’Église, de son amou r immense envers son prochain. II est certain que la France n’a pas eu d’àmc plus française que la sienne, et que l'État n’a pas eu d’esprit plus attaché à son prince que le sien. Mais il ne s’est pas contenté de cette fidélité qui a duré toute sa vie ; il a , avant que de mourir, inspiré son esprit à cette maison royale.
Je ne Unirais jamais , messieurs, si je voulais faire le dénombrement de toutes ses belles qualités.
• Lnc. xrv, il.
1 Rom. xii, i.
J Vf» tth. V, U.
DE NICOLAS CORNET
loi
Finissons , et retenons ce torrent : mais avant que de finir, voyons à quelle fin on m'a obligé de faire cet éloge funèbre. Quel fruit faut-il tirer de ce discours? Ah ! messieurs, je ne suis monté en cette chaire , que pour vous proposer scs vertus pour exemple. Heureux seront ceux qui vivront comme il a vécu ! heureux seront ceux qui pratiqueront les vertus qu'il a pratiquées ! heureux seront ceux qui mépriseront les charges et les titres que le monde recherche ! heureux seront ceux qui retranchent les choses superflues ! heureux seront ceux qui ne s'enivrent pas de la fumée du siècle 1 heureux seront céux qui ne vont pas se plonger dons la bouedes plaisirs du monde ! C’est ce que ce grand homme a fait , et que vous devez faire. Pourquoi , homme du monde , vous arrêter à un plaisir d'un moment; pourquoi occuper tous vos soins , et toutes vos pensées , pour amasser des choses que vous n'emporterez pas? pourquoi assiéger tou« les matins la porte des grands? Ne pensez qu'à une seule chose , c'est le Fils de Dieu qui l’a dit : Porro unum est necessarium 1 : « Il n'y a qu’une chose nécessaire , • il n'y a qu’une chose importante, qui est notre salut. In me unicum negotium mihi est, dit Tertullien’ : • Je u'ai qu'une affaire, » et cette affaire est bien secrète ; elle est dans le fond de
' Lwr. x, 4S.
> Ttrfat. üe tr> s.
mon cœur : c'est une affaire qui se doit passer entre Dieu et moi ; et comme elle est de si grande importance, elle doit toute ma vie, tous les jours, toutes les heures , à tout moment occuper mes soins et mes pensées.
Voilà , messieurs , l’affaire à laquelle s’est occupé Nicolas Cornet. Eutrez dans les sentiments de ce grand homme ; imitez ses v ertus , pratiquez l'humilité comme lui, aimez l'obscurité comme il l'a aimée.
Mais, avant que de finir, il faut que je m'adresse à toi , royale maison, et que je te dise deux mots. Célèbre sa mémoire , conserve son souvenir, et , si je puis demander quelque récompense pour ses travaux , imite ses vertus , va croissant de perfection en perfection. Ce grand exemple est digne d’être imité. Mais , je me trompe , tu l’imites et dans sa doctrine et dans ses mœurs ; continue et persévère.
Et vous, grandes mânes, je vous appelle; sortez de ce tombeau : Je crois que vous êtes dans la gloire ; mais si vous n'étes pas encore dans le sanctuaire , vous y serez bientôt. Nous allons tous ofTrir à Dieu des sacrifices pour votre repos. Souvenez-vous de cette maison royale , que vous avez si tendrement chérie , et lui procurez les bénédictions du ciel. C'est ce que je vous souhaite au nom du Père , du Fils, et du Saint-Esprit.
Amen.
SERMONS
PREMIER SERMON
POUR LA VLTB
DE TOUS LES SAINTS
Prêché à Mi l/ en faveur il'une assemble de charité consa. rite au soulagement des pauvre* malade*.
Le discours u'ejst point enlier ; mai* , quoique imparfait , il ruiilirnl de* vérité* qui le rcndrnt In v-iutéreaaanl. L'auteur y fait voir ce qu'exige envers le* poutres et les misérables ta miséricorde reçue ou espérée.
Ilali miaei kurdes , quuninni ijeu miser irortliaui eonsequrn.
lur.
Bienheureux 1rs miséricordieux, parer qu'ils obtiendront miséricorde. Mellii. v( 7.
La solennité du ce jour , et lu charge particulière qui m’est imposée , m'obligent à partager mon esprit en deux pensées bien contraires , et à vous faire arrêter les yeux sur deux objets bien différents. Et premièrement , chrétiens , c’est l'intention de la sainte Église que l'on prêche dans toutes scs chaires la gloire des esprits immortels qu'elle honore tous aujourd'hui par une même célébrité. Et |>our suivre ses volontés il faut que par cette clef admirable de la parole divine , à laquelle rien n'est fermé , je vous ouvre les portes sacrées de la eelestc Jérusalem , et que je vous fasse entrer dans ce sanctuaire adorable ou tous ces esprits bienheureux , se reposant de tous leurs travaux , sont rendus dignes de porter leur bouche à la source toujours féconde de félicité et de vie. Cest le premier objet que l'on me propose : mais voici que d'un autre côté on me charge de recommander à vos charités de prendre soin des pauvres malades, et de vous animer, si je puis, a vous joindre d’un zèle fervent à cette suinte société qui , ayant formé depuis quelques années |e dessein de les soulager dans leur extrême misère , s'est liée et dévouée depuis peu à cotte œuvre salutaire avec une ferveur nouvelle et un saint accroissement de dévotion. Que ferai-je ici, chrétiens , partagé entre deux matières qui paraissent si opposées? D'un côté il faut que je vous fasse entendre les cantiques harmonieux et la ravissante musique par laquelle les saints expriment leur joie ; et l'on m'oblige dans le même temps de
faire resonner a vos oreilles les gémissements des infirmes, et les plaintes des languissants. Il faut élever nos esprits à cette cité bienheureuse et brillante d’une lumière immortelle; et en même temps il nous faut descendre dans les demeures tristes et obscures où sont gisants les pauvres malades. Et comment sera-t-il possible de marcher dans le même moment en des lieux si différents, et sur des chemins si contraires? Toutefois nous nous trompons, chrétiens; ce n'est qu'une fausse apparence; et si nous savons pénétrer les mystères du christianisme et la doctrine de notre Évangile , nous demeurerons convaincra que ces deux objets que l'on nous présente, quoiqu'ils semblent fort opposés. sont unis nécessairement d une liaison tres-etroite. Car, ditca-moi , Je vous prie, mes frères , qu est-ce que le ciel ? (pj’est-ce que ce séjour glorieux? C est le lieu que Dieu nous prépare pour y recevoir la miséricorde. Et les chambres des pauvres infirmes; les lits, non de repos et de sommeil , mais d’inquiétudes et de veilles laborieuses ou nous les voyons attachés? Cest le lieu que Dieu nous destine pour y faire la miséricorde. Et maintenant ne voyez-vous pas quelle liaison il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée? Bienheureux les miséricordieux; voiliireux qui exercent la miséricorde : parce qu'ils obtiendront la miséricorde; et voila ceux qui 1a reçoivent. Necroyez donc pas , chrétiens , que ce soient deux choses fort éloignées de regarder en un seul discours les heureux et les misérables. Vous voyez que notre Sauveur met ensemble les uns el les autres; et cela, pour quelle raison? Cest qu'en nous montrant le lien bienheureux où il répand sur nous la miséricorde , il nous fait voir ou il nous faut tendre : et en nous parlant du lieu où nous la pouvons exercer, il nous montre le droit chemin par lequel nous y pouvons arriver. Ouvrez vos mains , dit notre Sauveur ; ouv rez-les du côté de Dieu , ouv rez-les du cédé des pauvres : ouvrez pour recevoir, ouvrez pour donner. Si vous fermez vos enl railles sur les nécessités lie vos frères , l'1 source de la miséricorde divine se tarira aussitôt sur vous : ouvrez-leur et votre cœur et vos mains, elle coulera avec abondance. Cest, mes frères; cette liaison et cette concorde admirable entre la miséricorde que nous espérons et la miséricorde que nous exerçons , que j'espère traiter en