LE PREMIER DIMANCHE DE LAVENT
PSéCIlK DEVANT I.E KOI.
Sur U Décculte pmunle de B'éveUler, de sortir de U longueur, et de IreveUleruiu délai à ton salut.
Hors nt jem nos de somno eurgere.
Il est temps désarmais que nous nous réveillions de notre sommeil. Rom. lu) ,11.
Le croira-t-on, si je le dis, que presque toute ta nature humaine est endormie , et qu’au milieu de cette action si vive et si empressee qui parait principalement à la cour, la plupart des hommes languissent au dedans du cœur dans une mortelle léthargie? Nul ne veille véritablement, que celui qui est attentif à son salut. Et s'il est ainsi, chrétiens, qu'il y en a dans cet auditoire qu'un profond sommeil appesantit I qu'il y en a qui en prêtant l'oreille n'entendent pas , et ne voient pas en ouvrant les yeux , et qui peut-être malheureusement ne se réveillerout pas encore à mon discours. C’est l'intention de l'Église de les tirer aujourd'hui de ce pernicieux assoupissement. C'est pourquoi elle nous lit dans
) II. Cor. v , I.
* Homil. in dict. .4po*t, De dormirnlibtit , etc. I. i , p. 7M-
DE TRAVAILLER A SOX SALIIT.
les saints mystères de ce jour, l'histoire du jugement dernier; lorsque In nature étonnée de In majesté de Jésus-Christ, rompra tout le concert de ses mouvements , et qu'on entendra un bruit tel qu'on peut sc l'imaginer parmi de si effroyables ruines, et dans un renversement si affreux. Quiconque ne s'éveille pas & ce bruit terrible, est trop profondément assoupi , et il dort d'un sommeil de mort. Toutefois si nous y sommes sourds, l'Église pour nous exciter davantage, fait encore retentir h nos oreilles ht parole de l'apAtrc. Le grand Paul mêle sa voix au bruit confus de l'univers, et nous dit d'un ton éclatant :
« O fidèles , l'heure est venue de nous éveiller : » llura est juin nos de somno surgere. Ainsi je ne crois pas quitter l'Évangile, mais en prendre l'intention et l’esprit , quand j'interprète l'ÉpItre que l'Église lit en ce jour. Fosse celui pour qui je parle, que j'annonce avec tant de force ses menaces et ses jugements, que ceux qui dorment dans leurs péchés se réveillent et se convertissent. C'est la grâce que je lui demande par les prières de la sainte Vierge.
C’est une vérité constante que l’Écriture a établie et que l'expérience a justifiée , que la cause de tous les crimes et de tous les malheurs de la vie humaine, c'est le défaut d'attention et de vigilance. Si les justes tombent si souvent , perdent la grâce après une longue persévérance , c'est qu'ils S'endorment dans la vue de leurs bonnes œuvres. Ils pensent avoir vaincu tout à fait leurs mauvais désirs : la confiance qu'ils ont en ce calme , fait qu'ils abandonnent le gouvernail , c’est-à-dire qu'ils perdent l’attention à eux mêmes et à ta prière. Ainsi ils périssent misérablement; et pour avoir cessé de veiller, ils perdent en un moment tout le fruit de tant de travaux. Mais si l'attention et la vigilance est si nécessaire aux justes , pour prévenir leur chute funeste, combien en ont besoin les pécheurs pour s'en relever, et pour réparer leurs ruines ! C est pourquoi de tous les préceptes que le Saint- Esprit a donnés aux hommes , Il n'y en a aucun que le Fils de Dieu ait répété plus souvent, que les saints apôtres aient jnculqué avec plus de force , que celui de veiller sans cesse. Toutes les épftres, tous les évangiles, toutes les pages de l'Écriture sont pleines de ces paroles : « Veillez , • priez, prenez garde, soyez prêts & toutes les « heures; parce que vous ne savez pas à laquelle « viendra le Seigneur. « En effet , faute de veiller à notre salut et à notre conscience , notre ennemi qui n'est que trop vigilant, et nos passions qui ne sont que trop attentives à leurs objets , nous surprennent , nous emportent , nous mettent entièrement sous le joug, et traînent nos âmes cap-
tivesdevant le redoutable tribunal de JéstifrChrist, avant que nous ayons seulement songé à en prévenir les rigueurs par la pénitence. C'est ce dangereux assoupissement que craignait le divin Psalmistc, lorsqu'il faisait cette prière : « Éclairez mes yeux,
• A Seigneur ! de peur que je ne m'endorme dans « la mort ■. » Cest pour prévenir l’effet de cette mortelle léthargie, que l'Apôtre nous dit aujourd’hui : ■ Mes frères, l'heure est venue de vous > réveiller de votre sommeil. ■
Et moi , pour suivre ses intentions, je combattrai tout ensemble le sommeil et la langueur; le sommeil qui nous rend insensibles ; la longueur qui , nous empêchant de nous éveiller tout à fait et de nous lever promptement, nous replonge de nouveau dans le sommeil. Je vous montrerai en deux points, premièrement, chrétiens, que ceux-là sont trop nonchalamment et trop malheureusement endormis, qui ne pensent pas à Dieu ni à sa justice : secondement , que l'heure est venue de nous réveiller de ce sommeil ; et que cette heure , c'est l'heure même où nous sommes présentement , et celle où je vous excite et où je vous parle. Ainsi après avoir éveillé ceux qui dorment duns leurs péchés , je tâcherai de vaincre les délais de ceux qui disputent trop longtemps avec leur paresse. Voilà simplement et en peu de mots le partage de mon discours. Donnez-moi du moins vos attentions dans un discours où il s'agit de l’attention elle-même. '
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Afin que personne ne croie que c'est un crime léger de ne penser pas à Dieu , on d'y penser sans considérer combien c’est une chose terrible de tomber entre ses mains , j'entreprends de vous faire voir que ce crime est une espèce d’atbéisme.
Dixit insipiens in corde suo, Non est De us, dit le psaume lu : • L’insensé a dit en son • cœur, Il n’y n point de Dieu. » Les saints Pères nous enseignent que nous pouvons nous rendre coupables en plusieurs façons de cette erreur insensée, par erreur, par volonté, par oubli. Il y a en premier lieu les athées et les libertins, qui disent ouvertement que les choses vont au hasard et à l’aventure, sans ordre, sans gouvernement, sans conduite supérieure. Insensés, qui dans l’empire de Dieu , parmi ses ouvrages, parmi ses bienfaits , osent dire qu'il n'est pas , et ravir l'être à celui par lequel subsiste toute la nature ! La terre porte peu de tels monstres; les idolâtres mê- v mes et les infidèles les ont en horreur. Et lorsque dans la lumière du christianisme on en découvre quelqu'un , ou en doit estimer la rencontre mal-
• Pmtt. xii, 4.
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SI R LA NÉCESSITÉ
heureuse et abominable. Mais que l'homme de plaisir, sensuel , qui luisse dominer les sens et ne songe qu'à les satisfuirc , prenne garde que Dieu ne le livre tellement à leur tyrannie, qu'à la fin il vienne à croire que ee qui n'est pas sensible n'est pas réel ; que ce qu'on ne voit ni ne touche , n'est qu'une ombre et un fantôme; et que les idées sensibles prenant le dessus , toutes les autres ne paraissent douteuses ou tout à fait vaincs : car c’est là que sont conduits insensiblement ceux qui laissent dominer les sens et ne pensent qu'à les satisfaire. On en voit d'autres, dit le docte Théodoret * , qui ne viennent pas jusqu'à cet excès de nier la Divinité; mais qui, pressés et incommodés dans leurs passions déréglées , par ses lois qui les contraignent, par ses menaces qui les étonnent, par la crainto de ses jugements qui les trouble , désireraient que Dieu ne fût pas : bien plus, ils voudraient pouvoir croire que Dieu n'est qu'un nom , et disent dans leur cœur, non par persuasion , mais par désir : Non est De us ; - Il n’y a point de Dieu. - Ils voudraient pouvoir réduire au néant cette source féconde de l’être. « Ingrats et insensés, dit saint Augustin , qul!, . parce qu’ils sont déréglés, voudraient détruire « la règle, et souhaitent qu'il n’y ait ni loi ni „ justice : » Qui (lu ni nolunt esse justi , nolunt esse verilatemqun dnmnantur injusti*. Je laisse encore ceux-ci , et je veux croire qu’aucuns de mes auditeurs ne sont si dépravés et si corrompus. Je viens à une troisième manière de dire que Dieu n’est pas, de laquelle nous ne pouvons pas nous excuser.
Voici le principe que je pose. Ce à quoi nous ne daignons penser est comme nul à notre égard. Ceux-là donc disent en leur cœur que Dieu n’est pas , qui ne le jugent pas digne qu'on pense à lui sérieusement. A peine sont-ils attentifs à sa vérité quand on prêche, à sa majesté quand on sacrifie, à sa justice quand il frappe, à sa bonté quand il donne; enfin, qui le comptent tellement pour rien , qu’ils pensent en effet n’avoir rien à craindre, tant qu’ils n’ont que lui pour témoin. Qui de nous n'est pas de ce nombre? Qui n’est pas arrêté dans ses entreprises par la rencontre d’un homme qui u est pas de son secret ni de sa cabale? Et cependant ou nous méprisons, ou nous oublions le regard de Dieu. N’apportons pas ici l’exemple de ceux qui roulent en leur esprit quelque vol ou quelque meurtre : tout ce qu'ils rencontrent les trouble , et la lumière du jour et leur ombre propre leur fait peur. Ils ont peine à porter eux-mêmes l'horreur de leur fimesle secret : et ils vivent cepen-
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dont dans une souveraine tranquillité des regards de Dieu. Laissons ces tragiques attentats; disons ce qui se voit tous les jours. Quand vous déchirez en secret ceux que vous caressez en public ; quand vous les percez de cent plaies mortelles par les coups incessamment redoublés de votre dangereuse langue ; quand vous mêlez artificieusement le vrai et le faux pour donner de la vraisemblance à vos histoires malicieuses ; quand vous violez le sacré dépôt du secret qu’un ami trop simple a versé tout entier dans votre cœur, et que vous faites servir à vos intérêts sa confiance qui vous obligeait à penser aux siens ; combien prenez-vous de précautions pour ne point paraître? combien regardez-vous à droite et à gauche? Et si vous ne voyez pas de témoin qui puisse vous reprocher votre lâcheté dans le monde , si vous avez tendu vos pièges si subtilement qu’ils soient imperceptibles aux regards humains, vous dites : « Qui nous a vus? ■ Aarraverunl ut absconderenl tuqueos; dixerunt, Quis videbit eos • ? comme dit le divin Psal miste. Vous ne comptez donc pas )ianni les voyants, celui qui habite aux cieux? Et cependant entendez le même l’salmistc : - Quoi ! celui * qui a formé l’oreille n’écoutc-t-il pas? et celui « qui a fait les yeux est-il aveugle? « Qui plantavit (lurem non audiet, autquifinxit oculum non considérât ■ ? Pourquoi ne songez-vous pas qu’il est tout vue , tout ouie , tout intelligence ; que vos pensées lui parlent , que votre cœur lui découvre tout , que votre propre conscicucc est sa surveillante et son témoin contre vous-même ? Et cependant sous ces yeux si vifs, sous ces regards si perçants, vous jouissez sans inquiétude dn plaisir d’être caché : vous vous abandonnez à la joie , et vous vivez en repos parmi vos délices criminelles, sans songer que celui qui vous les défend , et qui vous en a laissé tant d’innocentes, viendra quelque jour inopinément troubler vos plaisirs d une manière terrible par les rigueurs de son jugement, lorsque vous l’attendrez le moins. N’est-ce pas manifestement le compter pour rien , et * dire en son cœur insensé : 11 n’y ■ a point de Dieu? • Dixit insipiens i» corde suo, Non est Deus.
Quand je recherche les causes profondes d'un si prodigieuxoubli,et que je considère en moimême d’où vient que l'homme si sensible à ses intérêts , et si attentif à ses affaires , perd néanmoins de vue si facilement la chose du monde la plus nécessaire , la plus redoutable et la plusprésentc, c’est-à-dire , Dieu et sa Justice ; voici ce qui me vient en la pensée. Je trouve que notre esprit ,
• Puni. L\1II , S.
* JW. XRIII , 9.