‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 38 sur 282 · DE TRAVAILLER A SON SALUT · texte numérisé non relu

DE TRAVAILLER A SON SALUT

dont les bornes sont si étroites , n'a pas une assez vaste compréhension pour s'étendre hors (le son enceinte : c’est pourquoi il u'imagine vivement que ce qu’il ressent eu lui-méme, et nous fait juger des choses qui nous environnent, par notre propre disposition. Celui qui est en colère, croit que tout le monde est ému de l’injure que luiseul ressent, pendaut qu'il en fatigue toutes les oreilles. On v oit que le paresseux qui laisse aller toutes choses avec nonchalance, ne s’imagine jamais combien vive est l’activité de ceux qui attaquent sa fortune. Pendantqu’il dort à son aise et qu’il se repose , il croit que tout dort avec lui , et n'est réveillé que par le coup. C'est une illusion semblable,mais bien plus universelle, qui persuade ft tous les préheurs, que pendant qu'ils languissent dans l’oisiveté, dans le plaisir, dans l’impénitcncc, la justice divine languit aussi, et quelle est tout à fait endormie. Parce qu’ils ont oublié Dieu , ils pensent aussi que Dieu les oublie : Dixit enim in corde suo, Oblitus est Deus 1 : • Car il - a dit en son cœur : Dieu Ta oublié. » Mais leur erreur est extrême : si Dieu se tait quelque temps, il ne se taira pas toujours. « Je veillerai ,

« dit-il, sur les pécheurs, jiour leur mal et non « pour leur bien : • Vigilabo supereos in mnlum et non in bonum ’ : « Je me suis tu , dit-il

• ailleurs; j'ai gardé le silence , j’ai été patient , «j'éclaterai tout à coup; longtemps j'ai retenu « ma colère dans mon sein , a la fin j'enfanterai ,

* je dissiperai mes ennemis , et les envelopperai « tous ensemble dans une même vengeance : « Tacui semper, situe, palicns fui; sicut parturiens loquar, dissipabo et absorbebo simut J. Par conséquent , chrétiens , ne prenons pas son silence pour un aveu , ni sa patience pour un pardon, ni sa longue dissimulation pour un oubli, ni sa bonté pour une faiblesse. Il attend parce qu'il est miséricordieux ; et si l'on méprise ses miséricordes, souvent il attend encore et ne presse pas sa vengeance; parce qu'il sait queses mains sont inévitables. Comme un roi 4 qui sent son frêne affermi et sa puissance établie , apprend qu'il se machine dansson État des pratiques contre son service , de secrets desseins de révolte ; car il est malaisé de tromper un roi qui a les yeux ouvertset j qui veille : il pourrait étouffer dans sa naissance cettecabale découverte; mais assuré de lui-même , et de sa propre puissance , il est bien aise de voi r jusqu'ou iront les téméraires complots de ses sujets

' Pi. IX , 31.

> JtT. XUV, 87.

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