SUR I.ES FONDEMENTS DE LA VENGEANCE DIVINE
d'une sagesse céleste; [qui ne respirent que] la haine , la dissension et l’envie , au lieu de la charité et de la société fraternelle; [qui] sont devenus superbes , trompeurs et jaloux ; qui s'etant perdus sans espérance et abîmés sans ressource, 11e sont plus désormais capables que de cette noire et maligne joie qui revient à des méchants d'avoir des complices, à des envieux d'avoir des compagnons , à des superbes rcu versés d'entraîner avec soi les autres. C'est cette rage, c'est cette fureur de Satan et de scs anges que le prophète Ézéchiel nous représente sous le nom et sous la ligure de Pharaon , roi d’Égypte. Spectacle épouvantable 1 Autour de lui soûl des morts qu'U a percés par de cruelles blessures. Là git Assur, dit le prophète , avec toute sa multitude : là est tombé Élam et tout le peuple qui le suivait : là Mosoch et Tliubal , et leurs princes et leurs capitaines, et tous les autres qui sont nommés : nombre Innombrable , troupe infinie , multitude immense : ils sont autour renversés par terre , nageant dans leur sang. Pharaon est au milieu, qui repaît ses yeux de la vue d'un si grand carnage, et qui se console de sa perte et de la ruine des siens : Pharaon avec son armée, Satan avec ses anges : ViJit eos Pharao , et consolutus est super universa muttitudine sua quœ interfecta est gladio : Pharao et omnis exercitus ejus'. Enfin, semblent-ils dire, nous ne serons pas les seuls misérables. Dieu a voulu des supplices : en voilà assez; voilà assez de sang, assez de carnage. On a voulu nous égaler les hommes : les voilà enfin nos égàux dans les tourments : cette égalité leur platt. Ils savent que les hommes les doivent Juger : quelle rage pour ces superbes 1 Mais avant ce jour, disent-ils, combien en mourra-t-il de notre main 1 Ah ! que nous allons faire de sièges vacants, et qu'il y en aura parmi les criminels de ceux qui pouvaient s’asseoir parmi les juges !
Mais que fais-je, mes frères, de profaner si longtemps et ma bouche et vos oreilles , en faisant parler ces blasphémateurs! C'est assez de vous avoir découvert leur haine. Elle est telle , remarquez ceci et étonnez-vous de cet excès, elle est telle, cette haine qu'ils ont contre nous, qn'ils se plaisent non-seulement à désoler, mais encore à souiller notre àme , à la dégrader. Oui , ils aiment encore mieux nous corrompre que nous tourmenter, nous ôter l'innocence que le repos , et nous rendre méchants que nous rendre malheureux : si bien que quand ces victorieux cruels se sont rendus les maîtres d'une àme , ils y entrent avec furie; ils la pillent, ils In ravagent,
1 Inti xixn.tt, n, 31,11.
ils la violent. O àme blanchie au sang de l'A<gneau , àme qui était sortie des eaux du baptême si pure , si pudique et si virginale i Ces corrupteurs la violent , non tant pour se satisfaire que pour In déshonorer et la ravilir. Ils la portent à s'abandonner à eux ; ils la souillent et puis ils la méprisent : [ils la traitent comme ces] femmes qui deviennent le mépris de ceux à qui elles se sont lâchement et indignement prostituées.
Souvenez- vous de votre baptême, [lin] détruit la puissance des ténèbres. [Rappelez-vous ces] exorcismes [qui ont été employés pour chasser Satan de votre âme. Retire-toi, lui a-t-on dit], • maudit, damné : » Male dicte, damnate. [Il a été forcé de cédera] l’empire de l'Église [qui lui a ordonné] de - faire place au Dieu vivant et vé- « ritablc : - da locum Deo vero et vivo '. [Alors vous avez pour toujours] renoncé à son empire. Chaque empire a ses pompes et ses ouvrages. Les pompes [doivent être] distinguées des œuvres. Les pompes du diable [sont] tout ce qui corrompt la modestie; tout ce qui remplit l'esprit de fausses grandeurs ; tout ce qui étale la gloire et la vanité ; tout ce qui veut plaire et attirer les regards ; tout ce qui enchante les yeux ; tout ce qui sert à l'ostentation et au triomphe de la vanité du monde; tout ce qui fait paraître grand ce qui ne l'est pas, et élève une autre grandeur que celle de Dieu. Maintenant il n'y a plus de pompe du monde : les spectacles sont devenus honnêtes, parce qu’on a ôté les excès grossiers, [pour insinuer plus sûrement dans les cœurs, le poisou] le plus délicat et le plus dangereux. On ne connaît plus de luxe. A la simplicité de cet habit blanc dont tu as été revêtu , [tu substitues des ornements tout profanes]? ah ! tu reprends les marques et les enseignes du monde. Il faut retrancher du baptême cette cérémonie si sainte , si ancienne, si apostolique.
Les œuvres , c’est l'iniquité. « L’œuvre des es- ■ prits de ténèbres , c’est de renverser l’homme : » Ope ratio eorum est hominis eversio ’. [Tu y contribues] toi qui corromps les principes de la religion et de la crainte de Dieu par ces dangereuses railleries : [toi qui nous] affranchis [de l’humble soumission aux objets de la foi , comme d'une] crédulité vaine : [toi qui] fortifies la pudeur contre la crainte du crime : [toi qui envenimes] ces reproches qui allument le feu de la vengeance : [vous y concourez] vous, qui netalcz pas seulement avec vanité et ostentation , mais qui armez , pour ainsi dire, cette beauté corruptrice de l’innocence.
Ils nous dominent [ces esprits de malice] par
1 Rilttel.
1 Teri. si />ol. *»• 22.
SUR JESUS-CHRIST
le» passions d'attache. L'avarice [fait qu'] on ne distingue plus ce bien mal acquis , confondu avec votre patrimoine. L’ambition , fatiguée des longueurs , [prend] les voies abrégées et qui sont le plus souvent criminelles. L'impudicité , ah I qu’ils la poussent loin I Et dans cet esprit [de libertinage on reconnaît] une force étrangère.
Ainsi nous avons relevé ce trône abattu et redressé cet empire d'iniquité , corrompu le baptême, effacé la croix de Jésus imprimée sur notre front , rejeté cette onction sainte , cette onction royale qui nous avait faits des rois , des christs et des oints de Dieu; [profané le corps et le sang de Jésus-Christ; nous peut-être, l'ordre et le sacerdoce. Enfin tons les mystères du christianisme sont devenus le jouet des démons. Nul christianisme en nos mœurs.
[Aussi] ™ le Seigneur enverra-t-il Satan contre
* nous , » revêtu de tous les droits de Dieu contre les pécheurs : Quem immittet tibi Dominus Dieu l'établit notre souverain; Il le met en sa place ; il lui donne, pour ainsi dire , toute sa puissance. Etranger, qui nons tirera de notre patrie ; usurpateur, qui ne fera que ravager ; esclave révolté , qui ne donnera point de bornes à son insolence. « Nous étions nés pour être rois : • Fecisti nos Deo nostro reges et saeenlotes 1 * [et nous préférons d’être assujettis au tyran le plus impitoyable].
Revenez , Jérémie , renouvelez vos gémlssements.O saint prophètede Dieu I seul capable d’égaler les lamentations aux calamités, venez déplorer encore une fois le sanctuaire souillé, la maison de Dieu profanée. Hœreditas nostra rersa est ad aliénas , domus nostrœ ad extraneos ; « Notre héritage est passé à ceux d'un au- » tre pays et nos maisons à des étrangers. • Servi dominait sunt nostri : » Des esclaves nous ont « dominés. • Ceeidit corona capitis nostri : va nobis quia peccavimus 3 ! * La couronne est tom-
- bée de notre tête : malheur à nous, parce que
• nous avons péché I » Aperuerunl super le os suum omnes inimici lui : sibitaverunt et fremuerunt dentibus suis , et dixerunt : Devorabii nus : en is/a est dies quam expectabamus; invenimus, vidimus* : « Tous vos ennemis ont « ouvert la bouche contre vous ; ils ont sifflé , ils
- ont grincé les dents , et ils ont dit : Nous les dé- « vorerons ; voici le jour que nous attendions , ■ nous l'avons trouvé , nous l'avons vu. ■ Fecit Dominus quœ cogitavit tœlificanit sui>er te inimieum et exalta rit cornu hostium tuo-
1 De ut. XX VIH, I*.
* A pot. v, lo.
* Thrttt. V. 1,11,16.
* JM. il , IC.
rum ■ : « Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu ; * il vous a rendu la Joie de vos ennemis, et il a ■ relevé la force de ceux qui vous haïssaient. » Nous ne rougirons pas de porter des fers , nous que Jésus-Christ a faits rois ! Nous jetons aux pieds de Satan la couronne que le Sauveur a mise sur nos têtes. Va nobis, quia peccavimus : « Malheur à nous , parce que nous avons péché. » Disons-le du moins du fond de nos cceurs , ce Va, ce Malheur À nous. Renouvelons les vœux de notre baptême : Je renonce [à Satan , à ses pompes et à ses œuvres]. [Femme mondaine , consentez à] plutôt choquer que de plaire trop; [d'être] plutôt méprisée que vaine et superbe ; plutôt seule et abandonnée que trop chérie et trop poursuivie. Où est l'eau pour nous baptiser? Ahl plongeonsnous dans l'eau de la pénitence , dans ce baptême de larmes, dans ce baptême de sang, dans ce baptême laborieux. Plongeons-nous-y, n’en sortons jamais, jusqu’à ce que Jésus nous appelle [à sa gloire], ou nous conduise, etc.
PREMIER SERMON
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