DE LA VENGEANCE DIVINE
mortels pour leurs peines , trop forts pour mourir, trop faibles pour supporter ; ils gémiront éternellement sur des lits de flammes , outrés de furieuses et irrémédiables douleurs. Et poussant parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils porteront a jamais le poids infini de tous les sacrements profanés , de toutes les grâces rejetées; non moins pressés, non moins accables des miséricordes de Dieu , que de l'exces intolérable de ses vengeances.
Tremblex donc, trembles, chrétiens, parmi ces grâces immenses , parmi ces bienfaits infinis qui vous environnent. Les saintes prédications sont un poids terrible : les saints sacrements , les Inspirations, les exemples bous et mauvais qui nous avertissent chacun à leur manière, le silence même d'un Dieu, sa patience, sa longanimité, son attente; û le poids terrible! tous les mouvements de la grâce sont d'un poids terrible pour nous. Il n'y a rien à négliger dans notre" vie. Notre destinée , notre état , notre vocation ne souffrent rien de médiocre. Tout nous sert ou nous nuit infiniment. Chaque moment de notre vie , chaque respiration , chaque battement de notre pouls, si je puis parler de la sorte, chaque éclair de notre pensée a des suites éternelles. L’éternité d’un cêté, et l'éternité de l’autre. Si vous suivez fidèlement l'instinct de la grâce, l’éternité bienheureuse y est attachée. Si vous manquez à la grâce, une autre éternité vous attend , et vous méritez un mal éternel , pour avoir perdu volontairement nn bien qui le pouvait être.
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Il reste il considérer la troisième peine dont Dieu menace son peuple rebelle , laquelle il a plu au Saint-Esprit de nous exprimer en ces paroles que je répète encore une fois : « Puisque vous » n’avez pas voulu servir le Seigneur votre Dieu ■ dans la joie et l'allégresse de votre cœur, au
- milieu de l'abondance de toutes sortes de biens ;
- vous servirez à votre ennemi que le Seigneur • enverra contre vous, dans la faim, dans la soif,
- dans la nudité , et dans un extrême besoin de
- toutes choses; et cet ennemi mettra sur vos » épaules un joug de fer par lequel vous serez
- brisés » C’est-à-dire , comme nousl'avons déjà expliqué, vous n’avez pas voulu vivre sous un empire doux et légitime ; vous serez Justement soumis à une dure et insupportable tyrannie.
Deux conditions de l'empire de Dieu nous sont iei exprimées : Il n'y en a point de pins légitime, Il n'y en a point de plus doux. Vous n'avez pas voulu servir Dieu votre Seigneur; et ecrtes il n’y
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a point de seigneur dont le droit soit mieux établi, ni le titre plus légitime. Il nous a faits , il nous a rachetés : nous sommes par la création l'œuvre de ses mains, par la rédemption le prix de son sang ; par la création ses sujets , par la rédemption ses enfants. Nous sommes son bien , nous portons sa marque, créés à sa ressemblance, scellés de son Saint-Esprit; et nous ne pouvons le désavouer sans que le fond de notre être ne nous désavoue ; ui enfin le renoncer sans renoncer à nous-mêmes.
Si cet empire est le plus légitime, il est aussi le plus naturel; étant le plus naturel, il est par conséquent aussi le plus doux. Ce n'est donc pas sans raison que ia Joie du ca-ur est promise à ceux qui servent le Seigneur leur Dieu. Car celui-là est content qui est dans l'état que la nature demande. La joie se trouve donc nécessairement dams le service de Dieu ; l'abondance y est aussi et la plénitude. Nul ne sait mieux ce qui nous est propre que celui qui nous a faits. Nul ne peut mieux nous le donner, puisqu'il a tout en sa main. Nul ne le veut plus sincèrement, puisque rien ne convient mieux à celui qui a commencé l'ouvrage en nous donnant l'être , que d'y mettre In dernière main en nous donnant la félicité et le repos. Telle est la condition de la créature sous l’empire de son Dieu : elle est riche , elle est contente , elle est heureuse. Dieu , qui n’a besoin de rien pour lui-même , ne veut régner sur nous que pour notre bien , ni nous posséder que pour nous faire posséder en lui toutes eboses.
Donc, ô créatures rebelles, 6 pécheurs qui vous soulevez contre Dieu, faites maintenant votre sentence. Dites, messieurs, ce que méritent ceux qui refusent de se soumettre à un gouvernement si avantageux et si équitable. Hélas ? que méritent-ils, sinon de trouver, au lieu d'un joug agréable , un jong de fer ; ou lieu d’un seigneur légitime, un usurpateur violent; au lieu d’une puissance bienfaisante et amie , un ennemi insolmt et outrageux ; au lieu d'un père , un tyran; au lieu de la joie des enfants, la contrainte et la terreur des esclaves ; au lieu de l'allégresse et de l'abondance, la faim, la soif et la nudité , et une extrême disette?
Il faut vous dire quel est cet ennemi que Dieu enverra contre vous. Celui qui s'est déclaré l’ennemi de Dieu , qui ne pouvant rien contre lui , so venge contre sou image ; et la déchirant , la déshonore, remplissant son esprit envieux d'une vaine imagination de vengeance ; c'est Satan avec ses anges. Esprits noirs , esprits ténébreux , esprits furieux et désespérés; [qui affectent un ] faste insolent , au lieu de leur grandeur naturelle ; [qui emploient] des finesses malicieuses , au lieu