‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 63 sur 282 · SUR LA DIVINITÉ DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LA DIVINITÉ DE LA RELIGION

Lm moyens pur lesquels elle s’est établie . Is sainteté do sa murale si bien proportionnée à tou» lus besoins île l'homme , preuve» évidentes (le sa divlnfté. Injustices de ses contra, licteur» , infidélité des chrétiens.

Cæci vident, claudi ambulant, leprosi mundaâtnr, surdi audinut, tnortui resurgunt, pauperes evangelizaatur : et beatus est qui non fuerit scanda lira tu a in nie I la aveugla votent, la boiteux marchent , la lépreux son! purifiée, ta sounls entendent , la morts ressuscitent, P Évangile at annoncé aux pauora : et heureux celui gui ne sera pas scandalisé A mon sujet! Mattli. xi, S, fi.

Jésus-Christ Interrogé dans notre Évangile par les disciples de saint Jean-Baptiste, s’il est ce Messie que l'on attendait , et ce Dieu qui devait venir en personne pour sauver la nature humaine, Tu es qui venturus es? « Êtes- vous celui qui de- « vez venir? » leur dit pour toute réponse, qu’il fait des biens infinis au monde , et que le monde cependant se soulève unanimement contre lui. Il leur raconte d'une même suite les bienfaits qu’il répand , et les contradictions qu’il endure ; les miracles qu'il fait , et les scandales qu’il cause à un peuple ingrat; c'est-à-dire qu'il donne aux hommes , pour marque de divinité en sa personne sacrée , premièrement ses bontés , et secondement leur ingratitude.

En effet, chrétiens, il est véritable que Dieu n'a jamais cessé d’étre bienfaisant , et que les hommes aussi de leur côté n'ont jamais cessé d’étre ingrats : tellement qu'il pourrait sembler, tant notre méconnaissance est extrême I que c'est comme un apanage de la nature divine d'être infiniment libérale aux hommes , et de ne trouver toutefois dans le genre humain qu'une perpétuelle opposition à ses volontés, et un mépris injurieux de toutes ses grâces.

Saint Pierre a égalé, surpassé en deux mots

les éloges des plus pompeux panégyriques , lorsqu'il a dit du Sauveur, • qu’tl passait en bienfal- » saut et guérissant tous les oppressés : » Pertransiit bencfaciendo et sanando omnes oppressas \ Et certes if n'y a rien de plus magnifique et de plus digne d'un Dieu , que de laisser partout où il passe des effets de sa bonté ; que de marquer tous scs pas par ses bienfaits; que de parcourir les bourgades; les villes et les provinces, non par ses victoires, comme on a dit des conquérants ; car c’est tout ravager et tout détruire ; mais par ses libéralités.

Ainsi Jésus-Christ a montré aux hommes sa divinité comme elle a accoutumé de se déclarer, à savoir par ses grâces et par ses soins paternels; et les hommes l’ont traité aussi comme ils traitent la Divinité, quand ils l’ont payé, selon leur coutume, d’ingratitude et d’impiété : Et beatus est qui non fuerit seandalizatus in met

Voilà en peu de mots ce qui nous est proposé dans notre évangile ; mais pour en tirer les instructions, il faut un plus long discours, dans lequel je ne puis entrer qu'après avoir imploré le secours d’en haut. Ave.

Cad vident , claudi ambulant, leprosi mundantur : et beatus est qui non fuerit scandalixatus in met « Les aveugles volent, les boiteux « marchent, les lépreux sont purifiés : et blen- * heureux est celui qui n’est point scandalisé en » moi I » Ce n’est plus en illuminant les aveugles , ni en faisant marcher les estropiés , ni en purifiant les lépreux , ni en ressuscitant les morts , que Jésus-Christ autorise sa mission , et fait connaître aux hommes sa divinité. Ces choses ont été faites durant les jours de sa vie mortelle , et il les a continuées dans sa sainte Église tant qu'il a été nécessaire pour poser les fondements de la foi naissante. Mais ces miracles sensibles qui ont été faits par le Fils de Dieu sur des personnes particulières et pendant un temps limité, étaient les signes saefés d’autres miracles spirituels qui n’ont point de bornes semblables, ni pour les temps, ni pour les personnes, puisqu’ils regardent également tous les hommes et tous les siècles.

En effet, ce ne sont point seulement des particuliers aveuglés, estropiés et lépreux, qui demandent au Fils de Dieu le secours de sa main puissante. Mais plutôt tout le genre humain , si nous le savons comprendre , est ce sourd et cet aveugle qui a perdu la connaissance de Dieu , et ne peut plus entendre sa voix. Le genre humain est ce boiteux , qui n’ayant aucune règle des mœurs, ne peut plus ni marcher droit , ni se soutenir. Enfin le genre humain est toutensemble et ce lépreux

1 ACl.Xg 3*.

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et ce mort , qui , faute de trouver quelqu'un qui le retire du péché, ne peut ni se purifier de ses taches, ni éviter sa corruption. Jésus-Christ a rendu l’ouïe à ee sourd et la clarté à cet aveugle, quand il a fondé la foi : Jésus-Christ a redressé ce boiteux , quand il a réglé les mœurs : Jésus- Christ a nettoyé ce lépreux et ressuscité ce mort , quand il a établi dans sa sainte Eglise la rémission des péchés. Voilà les trois grands miracles pnr lesquels Jésus-Christ nous montre sa divinité ; et en voici le moyen.

Quiconque fait voir aux hommes une vérité souveraine et toute-puissante, une droiture infaillible, une honte sans mesure, fait voir en même temps la divinité. Or est-il que le Fils de Dieu nous montre en sa personne une vérité souveraine par l'établissement de la foi , une équité infa llible par la direction des mœurs, une bonté sans mesure par la rémission des péchés : ii nous montre donc sa divinité. Mais ajoutons, s'il vous plaît, pour achever l'explicalion de notre évangile , que tout ce qui prouve la divinité de J esus- Christ prouve nussi notre ingratitude, lirai lis qui non fucrit scandalizahts in me! « Heureux ce- • lui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! - Tous ses miracles nous sont un scandale; toutes ses grâces nous deviennent un empêchement. Il a voulu, chrétiens, daus la foi que les vérités fussent hautes, dans la règle des mœurs que la voie fût droite , daus la rémission des péchés que le moyen fut facile. Tout cela était fait pour notre salut ; cette hauteur pour nous élever ; cette droiture pour nous conduire; cette facilité pour nous inviter à la pénitence. Mais nous sommes si dépravés , que tout nous tourne à scandale , puisque la hauteur des vérités de la foi fait que nous nous soulevons contre l'autorité de Jésus-Christ ; que l'exactitude de la règle qu'il nous donne, nous porte à nous plaindre de sa rigueur ; et que la facilité du pardon nous est une occasion d'abuser de sa patience.

pbkuif.r rot > T.

La vérité est une reine qui habite en elle-même et dans sa propre lumière , laquelle par conséquent est elle-même son trûne , elle-même sa grandeur, elle-même sa félicité. Toutefois pour le bien des hommes , elle a voulu régner sur eux , et Jésus-Christ est venu au monde pour établir cet empire par la foi qu'il nous a préehée. J'ui promis , messieurs , de vous faire voir que la vérité de cette foi s'est établie en souveraiue , et en souveraine toute-puissante ; et la marque assurée que je vous en donuc , c'est que sans se croire obligée d'alléguer aucune raison, et sans être jamais réduite à emprunter aucun secours, par sa propre

autorité , par sa propre force , elle a fait ce qu'elle a voulu , et a régné dans le monde. C'est agir, si je ne me trompe, assez souverainement : mois il faut appuyer ee que j 'avance.

J'ai dit que la vérité chrétienne n’a point cherché son appui dans les raisonnements humains , mais qu'assurée d'elle-même , de son autorité suprême et de sou origine céleste , elle a dit , et a voulu être crue : elle a prononcé scs oracles et a exigé In sujétion.

Elle a prêché une Trinité , mystère inaccessible par sa hauteur : elle a annoncé un Dieu homme , un Dieu anéanti jusques à la croix , abîme impénétrable par sa bassesse. Comment a-t-clle prouvé ? Elle a dit pour toute raison qu’il faut que la raison lui cède, parce quelle est née sa sujette. Voici quel est son langage : Uœc dieit Dnminus : - Le

• Seigneur a dit. • Et en un autre endroit : Il est ainsi, • parce que J'en ai dit la parole : . Quia ver luim ego loeutus xum, dicil Dominas'. Et en effet, chrétiens, que peut ici opposer la raison humaine? Dieu a le moyen de se faire entendre; il a aussi le droit de se faire croire. Il peut par sa lumière infinie nous montrer, quand il lui plaira , la vérité à découvert : il peut par son autorité souveraine nous obliger à nous y soumettre , sans nous en donner l'intelligence. Et il est digne de la grandeur, de la dignité , de la majesté de ee premier Être , de régner sur tous les esprits , soit en les captivant par la foi , soit en les contentant par la claire vue.

Jésus-Christ a usé de ce droit royal dans l'établissement de son Évangile ; et comme sa sainte doctrine ne s'est point fondée sur les raisonnements humains, pour ne point dégénérer d'ellemêrae , elle a aussi dédaigné le soutien de l'éloquence. Il est vrai que les saints apfttres qui ont été ses prédicateurs, ont abattu aux pieds de Jésus la majesté des faisceaux romains , et qu'ils ont fait trembler dans leurs tribunaux les jupes devant lesquels ils étaient cités. - Paul traite devant « Félix de la justice, de la chasteté, du jugement « & venir : » Disputante ilto de justifia, et eastitate, etjudicio future. [ Félix tremble ] , quoique infidèle ; nous écoutons sans être émus. Lequel est le prisonnier? lequel est le juge? Treme/aetus Félix respondit : Quwl nuncattinet , rude; tempore opportuno accersam te ' : » Félix effrayé

• répondit : C'est assez pour cette heure , retirez - « vous ; quand j’aurai le temps , je vous mande- ■ rai. - Ce n’est plus l'accusé qui demande du délai à son juge , c'est le juge effrayé qui en demande A son criminel. Ainsi les saints npétrrs ont renversé les idoles , Ils ont converti les peuples. • Enfin

1 J mm. xxxiv, 5.

* Art. xxiv, 2V

DE LA RELIGION

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• ayant affermi, (lit saint Augustin, leur salutaire

• doctrine, ils ont laissé à leurs successeurs la terre ;

• éclairée par une lumière céleste : ■ Confirmât a j saluberrima disciplina , itluminalas terras postais reliquerunt. Mais ce n'est point par l'art de bien dire , par l’arrangement dos paroles , par des figures artificielles , qu'ils ont opéré tous ces grands effets. Tout se fait par une secrète vertu qui persuade contre les règles , ou plutôt qui ne persuade pas tant, quelle captive les entendements; vertu qui, venant du ciel , sait sc conserver tout entière dans la bassesse modeste et familière de leurs expressions , et dans la simplicité d’un style qui parait vulgaire : comme on voit un fleuve rapide qui retient , coulant dans la plaine , cette force violente et impétueuse qu'il a acquise aux montagnes d’où il tire son origine, d'où ses eaux sont précipitées.

Concluons donc, chrétiens, que Jésus-Christ a fondé son saint Évangile d’une manière souveraine et digne d’un Dieu ; et ajoutons , s'il vous plaît , que c'était la plus convenable aux besoins ' de notre nature. Nous avons besoin parmi nos erreurs, non d’un philosophe qui dispute, mais d'un Dieu qui nous déterminé dans la recherche de la vérité. Lu v oie du raisonnement est trop lente cl trop incertaine : ce qu'il faut chercher est éloigné ; ce qu’il faut prouver est Indécis. Cependant il s’agit du principe même et du fondement de la conduite , sur lequel il faut être résolu d’abord : il faut donc nécessairement en croire quelqu’un. Le chrétien n’a rien à chercher, parce qu'il trouve tout dans la foi. Le chrétien n'a rien à prouver, parce que la foi lui décide tout, et que Jésus-Christ lui a proposé de sorte les vérités nécessaires, que s'il n’est pas capable de les entendre , il n'est pas moins disposé à les croire : Tatia populis persuaderet, credenda saltem, si percipere non valerent

Ainsi, par même moyen, Dieu a été honoré, parce qu'on l'a cru , comme il est juste , sur sa parole ; et l’homme a été instruit par une voie courte , parce que, sans aucun circuit de raisonnement, l'autorité de la foi l'a mené dès le premier pas A la certitude.

Mais continuons d’admirer l'auguste souveraineté de la vérité chrétienne. Elle est venue sur hrterre comme une étrangère , inconnue et toutefois haie et persécutée , durant l’espace de quatre cents ans, par des préjugés iniques. Cependant, parmi ces fureurs du monde entier conjuré contre elle, elle n’a point mendié de secours humain. Elle s’est fait elle-même des défenseurs intrépides et dignes de sa grandeur, qui dans la passion qu'ils avaient pour scs intérêts , ne sachant que

i S. .Sri), i» fera tid n' a. t. I, col. vt».

la confesser et mourir pour elle, unt couru a la mort avec tant de force , qu'ils ont effrayé leurs persécuteurs, qu'à la fin ils ont fuit honte par leur patience aux lois qui les condamnaient au dernier supplice , et ont obligé les princes à les révoquer. Orando , putirndo , eu ni pia securitalc moriendo, teges quibus damnabalur christiana religio , erubesccrc compulerunt , mutarique fieccrunt, dit éloquemment saint Augustin '.

C’était donc le conseil de Dieu et la destinée de la vérité, si je puis parler de la sorte, quelle fut entièrement établie malgré les rois de la terre , et que , dans la suite des temps , elle les eût premièrement pour disciples, et après pour défenseurs. 1 1 ne les a point appelés quand il a bâti son Église. Quand il a eu fondé immuablement «t élevé jusqu'au comble co grand édifice , il lui a plu alors de les appeler : Et nunc reges ■ : « [ Venez ,]

« rois , maintenant. » 11 les a donc appelés , non point par nécessité , mais par grâce. Donc l'établissement de la vérité ne dépend point de leur assistance , ni l'empire de la vérité ne relève point de leur sceptre : et si Jésus-Christ les a établis défenseurs de son Évangile, il le fait par honneur, et non par besoin; c’est pour honorer leur autorité et pour consacrer leur puissance. Cependant sa vérité sainte se soutient toujours d'ellemême et conserve son indépendance. Ainsi lorsque les princes défendent la foi , c'est plutôt la fol qui les défend ; lorsqu’ils protègent la religion , c'est plutôt la religion qui les protège et qui est l'appui de leur trône. Par où vous voyez clairement que la vérité se sert des hommes , mais qu'elle n'en dépend pas : et c'est ce qui nous paraît dans toute la suite de son histoire. J'appelle ainsi l'iliatoirc de l'Église; c'est l'histoire du régne de la vérité. Le monde a menacé , la vérité est demeu- i rée ferme : il a usé de tours subtils et de flatte- ’ ries, la vérité est demeurée droite. Les hérétiques out brouillé, la vérité est demeurée pure. Les schismes ont déchiré le corps de l'Église, la vérité est demeurée entière. Plusieurs ont été séduits , les faibles ont été troublés, les forts mêmes ont été émus; un Osius, un Origènc, un Tcrtullien, tant d'autres qui paraissaient l'appui de l'Église , sont tombés avec grand scandale : la vérité est demeurée toujours immobile. Qu y a-t-il donc de plus souverain et de plus indépendant que la vérité, qui persiste toujours, immuable, malgré les meuaces et les caresses, malgré les présents et les proscriptions, malgré les schismes et les hérésies , malgré toutes les tentations et tous les scandales ; enfin au milieu de la défection de ses

■ Ile Cl». Dei , llb. VIII , cap. »x . t. vu , col. »7.

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enfants Infidèles, et dans la chute funeste de ceux-là même qui semblaient être ses colonnes?

Après cela, chrétiens, quel esprit ne doit pas cédex à une autorité si bien établie? et que je suis étonné quand j'entends des hommes profanes, qui , dans la nation la plus florissante de la chrétienté, s’élèvent ouvertement contre l'Évangile I Les entendrai-je toujours et les trouverai-je toujours dans le monde , ces libertins déclarés , esclaves de leurs passions, et téméraires censeurs des conseils de Dieu ; qui tout plongés qu’ils sont dans les choses basses, se mêlent de décider hardiment des pl us relevées ? Profanes et corrompus , lesquels, comme.dit saint Judc , « blasphèment « ce. qu'ils ignorent, et se corrompent dans ce • qu'ils connaissent naturellement : • Qnœcumque quidam ignorant , blasphémant; quœcumque a utem naluraliter, tanquam muta anima»lia, norunt, in his corrumpuntur'. Hommes deux fois morts , dit le même apôtre ; morts premièrement, parce qu’ils out perdu la charité; morts secondement, parce qu'ils ont même arraché la foi : Arbores in/ructuosœ , eraMcata , bis mortuas ’ : ■ Arbres infructueux et déracinés, • qui ne tiennent plus à l'Église par aucun lien. O Dieu ! les verrai-je toujours triompher dans les compagnies , et empoisonner les esprits par leurs railleries sacrilèges?

Mais hommes doctes et curieux , si vous voulez discuter la religion , npportez-y du moins et la gravité et le poids que la matière demande. Ne faites point les plaisants mal à propos , dans des choses si sérieuses et si vénérables. Ces importantes questions ne se décident pas par vos demimots et par vos branlements de tête , par ces Unes railleries que vous nous vantez et par ce dédaigneux Bouris. Pour Dieu , comme disait cet ami de Job1, ne pensez pas être les seuls hommes, et que toute la sagesse soit dans votre esprit dont vous nous vantez la délicatesse. Vous qui voulez pénétrer les secrets de Dieu , çà paraissez , venez en présence , développez-nous les énigmes de la nature ; choisissez ou ce qui est loin , ou ce qui est près, ou ce qui est à vos pieds, ou ce qui est bien haut suspendu sur vos têtes ! Quoi ! partout votre raison demeure arrêtée ! partout ou cl le gauchit, ou elle s'égare, ou elle succombe! Cependant vous ne voulez pas que la foi vous prescrive ce qu'il faut croire. Aveugle , chagrin et dédaigneux , vous ne voulez pas qu'on vous guide et qu'on vous donne la main. Pauvre voyageur égaré et présomptueux , qui croyez savoir le chemin , qui vous refusez la conduite, que voulez-vous

' /ni. 10.

■ Ibid. 13.

> m. xu. i.

qu'on vous fasse? Quoi! voulez-vous donc qu'on vous laisse errer? Mais vous vous irez engager dans des détours infinis , dans quelque chemin perdu ; vous vous jetterez dans quelque précipice. Voulez-vous qu'on vous fasse entendre clairement toutes les vérités divines? Mais considérez où vous êtes et en quelle basse région du monde vous avez été relégué. Voyez cette nuit profonde , ces ténèbres épaisses qui vous environnent; la faiblesse , l’imbécillité , l'ignorance de votre raison. Concevez que ce n’est pas ici la région de l'intelligence. Pourquoi donc ne voulez-vous pas qu’en attendant que Dieu se montre à découvert ce qu'il est, la foi vienne à votre secours, et vous apprenne du moins ce qu'il en faut croire?

Mais, messieurs, c'est assez combattre ccs esprits profanes cttéméralrement curieux. Ce n’est pas le vice le plus commun , et je vois un autre malheur bien plus universel dans la cour. Ce n'est point cette ardeur inconsidérée de vouloir aller trop avant , c'est une extrême négligence de tons les mystères. Qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas , les hommes trop dédaigneux ne s'en soucient pins et n'y veulent pas seulement penser ; ils ne savent s’ils croient ou s’ils ne croient pas ; tout prêts à vous avouer ce qu'il vous plaira , pourvu que vous les laissiez agir à leur mode et passer la vie à leur gré. ■ Chrétiens en l'air, dit Tcrtullien , ■ et fidèles si vous voulez : ■ Plerosque in ventum , et si placuerit , christianos’ . Ainsi je prévois que les libertins et les esprits forts pourront être décrédités , non par aucune horreur de leurs sentiments, mais parce qu'on tiendra tout dans l’indifférence, excepté les plaisirs et les affaires. Voyons si je pourrai rappeler les hommes de ce profond assoupissement , en leur représentant dans mon second point la beauté incorruptible de la morale chrétienne.

niUXIKMB POIKT.

Grâce i la miséricorde divine, ceux qui disputent tous les jours témérairement de la véritéde la foi ne contestent pas nu christianisme la règle des mœurs, et ils demeurent d’accord de la pureté et de la perfection de notre morale. Mais certes ccs deux grâces sont inséparables. Il ne faut point deux soleils non plus dans la religion que dans lu nature ; et quiconque nous est envoyé do Dieu pour nous éclairer dans les mœurs , le même nous donnera la connaissance certaine des choses divines qui sont le fondement nécessaire de la bonne vie. Disons donc que le Fils de Dieu nous montre beaucoup mieux sa divinité en dirigeant sans erreur la vie humaine , qu’il n’a fait en re-

‘ Scorp. n* I.

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DE LA RELIGION

dressant les boiteux et faisant marcher les estropiés. Celui-là doit être plus qu'homme , qui , à travers de tant de coutumes et de tant d’erreurs , de tant de passions compliquées et de tant de fantaisies bizarres, a su démêler au juste et fixer précisément la règle des mœurs. Réformer ainsi le genre humain , c'est donner à l’homme la vie raisonnable ; c’est une seconde création , plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de cette réformation salutaire au genre humain, doit avoir à son secours la même sagesse qui a formé l’homme la première fois. Enfin c’est un ouvrage si grand , que si Dieu ne l'avait pas fait, lui-même l’envierait à son auteur.

Aussi la philosophie l’a-t-elle tenté vainement. Je sais qu'ci le a conservé de belles règles et qu'elle a sauvé de beaux restes du débris des connaissances humaines; mais je perdrais un temps infini si je voulais raconter toutes ses erreurs. Allons donc rendre nos hommages à cette équité Infaillible qui nous règle dans l'Évangile. J’y cours , suivez-moi , mes frères; et afin que je vous puisse présenter l’objet d’une adoration si légitime , permettez que je vous trace une idée et comme un tableau raccourci de la morale chrétienne.

Elle commence par le principe. Elle rapporte A Dieu , auquel elle nous lie par un amour chaste , l'homme tout entier, et dans sa racine , et dans ses branches et dans scs fruits , c'cst-à-dirç , dans sa nature , dans scs facultés , dans toutes ses opérations. Car, comme elle sait , chrétiens , que le nom de Dieu est un nom de père, elle nous demande l'amour; mais pour s'accommoder à notre faiblesse, elle nous y prépare par la crainte. Ayant donc ainsi résolu de nous attheher à Dieu par toutes les voies possibles , elle nous apprend que nous devons en tout temps et en toutes choses révérer son autorité , croire à sa parole , dépendre de sa puissance, nous confier en sa bonté, craindre sa justice , nous abandonner à sa sagesse, espérer son éternité.

Pour lui rendre le culte raisonnable que nous lui devons, elle nous apprend, chrétiens, que nous sommes nous-mêmes scs victimes; c’est pourquoi elle nous oblige à dompter nos passions emportées et à mortifier nos sens , trop subtils séducteurs de notre raison. Elle a sur ce sujet des précautions inouïes. Elle va éteindre jusqu’au fond du cœur l’étincelle qui peut causer un embrasement. Elle étouffe la colère, de peur qu’en s’aigrissant elle ne se tourne en haine implacable. Elle n’attend pas à 6ter l'épée à l’enfant après qu’il se sera donné un coup mortel ; elle la lui arrache des mains dès la première piqûre. Elle retient jusqu'aux yeux , par une extrême jalousie qu'elle a pour garder le cœur. Enfin elle

n’oublie rien pour soumettre le corps à l’esprit, et l’esprit tout entier à Dieu; et c’est là, messieurs , notre sacrifice.

Nous avons & considérer sous qui nous vivons et avec qui nous vivons. Nous vivons sous l’empire de Dieu ; nous vivons en société avec les hommes. Après donc cette première obligatiou d’aimer Dieu comme notre souverain, plus que nousmêmes, s'ensuit le second devoir d’aimer l'homme notre prochain en esprit de société, comme nous-mêmes. Là se voit très-saintement établie , sous la protection de Dieu , la charité fraternelle, toujours sacrée et inviolable, malgré les Injures et les intérêts; là l’aumône, trésor de grâces ; là le pardon des injures , qui nous ménage celui de Dieu ; là enfin la miséricorde préférée au sacrifice, et la réconciliation avec son frère irrité , nécessaire préparation pour approcher de l’autel. Là, dans une sainte distribution des offices de la charité , on apprend à qui on doit le respect , à qui l'obéissance , à qui le service , à qui la protection , à qui le secours , à qui la condescendance, à qui de charitables avertissements ; et on voit qu'on doit la Justice à tous et qu'on ne doit faire injure à personne non plus qu’à soimême.

Voulez- vous que nous passions à ce que Jésus- Christ a Institué pour ordonner les familles? Il ne s'est pas contenté de conserver au mariage son premier honneur; il en a fait un sacrement de la religion et un signe mystique de sa chaste et Immuable union avec son Église. En cette sorte 11 a consacré l'origine de notre naissance. Il en a retranché la polygamie, qu’il avait permise un temps en faveur de l'accroissement de son peuple; et le divorce qu'il avait souffert à cause de la dureté des cœurs. Il ne permet plus que l'amour s’égare dans la multitude ; il le rétablit dans son naturel , en le faisant régner sur denx cœurs unis, pour faire découler de cette union une concorde inviolable dans les familles et entre les frères. Après avoir ramené les choses à la première institution , il a voulu désormais que la plus sainte alliance du genre humain fût aussi la plus durable et la plus ferme , et que le nœud conjugal fût indissoluble , tant par la première force de la foi donnée que par l’obligation naturelle d’élever les enfants communs , gages précieux d’une éternelle correspondance. Ainsi il a donné au mariage des fidèles une forme auguste et vénérable , qui honore la nature, qui supporte la faiblesse, qui garde la tempérance, qui bride la sensualité.

Que dirai-je des saintes lois qui rendent les enfants soumis et les parents charitables , puissants instigateurs à la vertu , aimables censeurs des vices; qui répriment la licence • sans abat-

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SUR LA DIVINITE

. tre le courage ! • Ut non pusiUo anima fiant ] Que dirai-je de ces belles institutions par lesquel- ! les et les maîtres sont équitables et les serviteurs affectionnes; Dieu mime, tant il est bon et tant U est père, s'étant chargé de leur tenir compte de leurs services fidèles? » Maîtres, vous avez : « un maître au ciel • ; serviteurs, server connue

• a Dieu, car votre récompense vous est assurée Qui a mieux établi que Jésus-Christ l'autorité des princes, des magistrats et des puissances légitimes? Il fait un devoir de religion de l'obéissance qui leur est due. Ils règueut sur les corps par la force, et tout au plus sur les coeurs par l'inclination. Il leur érige un trône dans les conssciences , et il met sous sa protection leur autorité et leur personne sacrée. C'est pourquoi Tertullien disait autrefois aux ministres des empereurs : Votre fonction vous expose à beaucoup de haine et beaucoup d'envie; - maintenant vous avez

• moins d’ennemis à cause de la multitude des

• chrétiens : • Auuc enfin pauciores hosto * habetisprœ muttitudine christiunorum J. Réciproquement il enseigne aux princes que le glnive leur est donné contre les méchants , que leur main doit être pesante seulement pour eux, et que leur autorité doit être le soulagement du fardeau des autres.

Le voilà, messieurs, ce tableau que je vous ai promis; la voilà représentée au naturel et comme en raccourci, cette immortelle beauté de la morale chrétienne. C'est une beauté sévère , je l’avoue; je ne m’en étonne pas, c'est qu'elle est chaste. Elle est exacte : il le faut, car elle est religieuse. Mais au fond quelle plus sainte morale I quelle plus belle économique, quelle politique plus juste 1 Celui- là est ennemi du genre humain , qui contredit de si saintes lois. Aussi, qui les contredit, si ce n'est des hommes passionnes qui aiment mieux corrompre la loi que de rectifier leur conscience; et, comme dit Salvien, - qui - aiment mieux déclamer contre le précepte que . de faire la guerre au vice? » ilavult quilibet improbus execrari legem, quant emendure mentent ; mavutt prœcepta odisse quam vitia Pour moi , je me donne de tout mon cœur à ces saintes institutions. Les mœurs seules me feraient recevoir la foi. Je crois en tout u celui qui m’a si bien enseigné à vivre. La foi me prouve les mœurs; les mœurs me prouvent la foi. Les vérités de la foi et la doctrine des mœurs sont choses tellement connexes et si saintement alliées , qu’il

' C oints. III, 11.

* Ibid. IT, I.

» Ibid. III , 21-

* Apatng. n* 87>

* üalv. lib. IT, adv. Avar. (Edit. Balux, p. 312.)

n’y a pas moyen de les séparer Jésus-Christ a fondé les mœurs sur la foi , et , après qu’il a si noblement élevé cet admirable édifice, serai-je assez téméraire pour dire à un si sage architecte qu’il a mal posé les fondements ? Au contraire no jugerai-je pas par la beauté manifeste de ce qu’il me montre , que la même sagesse a disposé ce qu’il me cache ?

Et vous , que direz-vous , ô pécheurs ? En quoi êtes- vous blessés, et quelle partie voulez-vous retrancher de cette morale? Vous avez de grandes diflicultés : est-oc la raison qui les dicte , ou la passion qui les suggère? lié! j’entends bien vos pensées : hé 1 je vois de quel côté tourne votre cœur. Vous demandez la liberté. Hé ! n’achevez pas, ne parlez pas davantage; je vous entends trop. Cette liberté que vous demandez , c’est une captivité misérable de votre cœur. Souffrez qu'on vous affranchisse et qu’on rende votre cœur à un Dieu à qui il est, et qui le redemande avec tant d'instance. Il n’est pas juste, mon frère, que l’on entame la loi en faveur de vos passions; mais plutôt qu’on retranche de vos passions ce qui est contraire a la loi. Car autrement que serait-ce? chacun déchirerait le précepte : Lace rata est /ex *. Il n’y a point d’homme si corrompu à qui quelque péché ne déplaise. Celui-là est naturellement libéral : tonnez, fulminez tant qu’il vous plaira contre les rapines, il applaudira à votre doctrine. Mais il est fier et ambitieux , il lui faut laisser venger cette injure, et envelopper ses ennemis ou ses concurrents dans cette Intrigue dangereuse. Ainsi toute la loi sera mutilée , et nous verrons , commc'disait le grand saint Hilaire dans un autre sujet, ■ une aussi grande variété dans la doc- « trine , que nous en voyons dans les mœurs , et « autant de sortes de foi qu’il y a d’inclinations « différentes : - Tôt nuncjides existe rey quoi voluntates ; ettotnobis doctri nas esse, quot mores 5.

Laissez-vous donc conduire à ces lois si saintes , et failcs-en votre règle. Et ne me dites pas qu’elle est trop parfaite et qu’on ne peut y atteindre. C’est ce que disent les lâches et les paresseux. Ils trouvent obstacle à tout; tout leur parait impossible; et lorsqu’il n’y a rien à craindre, ils se donnent à eux-mêmes de vaines frayeurs et des terreurs imaginaires. Dicit piger : Ixo est in via cl leœna in itincribusA. Dicit piger : Léo estforis, in tnedio plate arum occidendus sutn 6 : «« Le paresseux dit : Je ne puis partir, il y a un

1 Ici «« trouve in moi û'exnnplt entre deux crochets : l’auteur avait sans doute dessein d'appuyer sa proposition lie quelque exemple, i Edit, de Drforin.)

» Hab. l , h.

» S. Hilar. lib. il, ad Confiant. »" 1, col. 1107.

4 Prov. xxvi . 13.

1 Ibid. XXII, 13

DE LA RELIGION

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