‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 64 sur 282 · IS · texte numérisé non relu

IS

• lion sur ma route ; la lionne me dévorera sur les

• grands chemins. Le paresseux dit : Il y a un

■ lion dehors ; je vais être tué au milieu de la place

■ publique. ■ Il trouve toujours des difficultés, et il ne s’efforce jamais d’en vaincre aucune.

En effet, vous qui nous objectez que la loi de i l’Évangile est trop parfaite et surpasse les forces humaines , avez-vous jamais essayé de la pratiquer? Contcz-nous donc vos efforts; montreznous les démarches que vous avez faites. Avant que de vous plaindre de votre impuissance , que ne commencez-vous quelque chose? Le second pas , direz-vous , vous est impossible : oui , si vous ne faites jamais le premier. Commencez donc à marcher, et avancez par degrés. Vous verrez les choses se faciliter, et le chemin s'aplanir manifestement devant vous. Mois qu'avant que d’avoir teutë , vous nous disiez tout impossible ; que vous soyez fatigué et harassé du chemin sans vous être remué de votre place, et accablé d'un travail que vous n’avez pas encore entrepris : c’est une lâcheté non-seulement ridicule, mais insupportable. Au reste, comment peut-on dire que Jésus-Christ nous ait chargés par-dessus nos forces ; lui qui a eu tant d’égards à notre faiblesse , qui nous offre tant de secours, qui nous laisse tnnt de ressources , qui , non content denousretcnirsurle penchant par le précepte , nous tend encore la main dans le précipice, par la rémission des péchés qu'il nous présente ?

TBOISIÈH K POINT.

Je vous confesse , messieurs, que mon Inquiétude est extrême dans cette troisième partie , non que j’aie peine à prouver ce que J’ai promis au commencement , c'est-à-dire , l’Infinité de la bonté du Sauveur. Car quelle éloquence assez sèche et assez stérile pourrait manquer de paroles? Qu’y a-t-il de plus facile , et qu'y a-t-il , si je puis parler de la sorte , de plus infini et de plus Immense que cette divine bonté, qui non-seulement reçoit ceux qui la recherchent , et se donne tout entière à ceux qui l'embrassent; mais encore rappelle ceux qui s'éloignent , et ouvre toujours des voies de retour à ceux qui la quittent? Mais les hommes le savent assez ; Ils ne le savent que trop pour leur malheur. Il ne faudrait pas publier si hautement une vérité de laquelle tant de monde abuse. 11 faudrait le dire tous bas aux pécheurs affligés de leurs crimes; aux consciences abattues et désespérées. Il faudrait démêler dans la multitude quelque âme désolée , et lui dire à l’oreille et en secret : « Ah ! Dieu pardonne « aans fin et sans l>orncs : ■ Misericarditt ejus non est Humérus biais c’est lâcher la bride à

' Ont. Miu.jtro jratiar, Aci.

la licence , que de mettre devant les veux des pécheurs superbes cette bonté qui n'a point de bornes; et c’est multiplier les crimes, quo de prêcher ces miséricordes qui sont innombrables : JUisericordiœ ejus non est numerus.

Et toutefois, chrétiens, il n'est pas juste que la dureté et l'ingratitude des hommes ravissent à la bonté du Sauveur les louanges qui lui sont dues. Élevons donc notre voix, et prononçons hautement que sa miséricorde est immense. L’homme devait mourir dans son crime ; Jésus- Christ est mort en sa place. Il est écrit du pécheur, que son sang doit être sur lui; mais le sang de Jésus-Christ et le couvre et le protège.

0 homme, ne cherchez plus l’expiation de vos crimes daus le sang des animaux égorgés. Dussiez-vous dépeupler tous vos troupeaux par vos hécatombes , la vie des bêtes ne peut point payer pour la vie des hommes. Voici Jésus-Christ qui s’offre , homme pour les hommes , homme innocent pour les coupables, homme Dieu pour de pure hommes et pour de simples mortels. Vous voyez donc, chrétiens, non-seulement l’égalité dans le prix , mais encore la surabondance. Ce qui est offert est infini ; et afin que celui qui offre fût de même dignité , lui-même qui est la vietlme , il a voulu aussi être le pontife. Pécheurs , ne perdez jamais l’espérance. Jésus-Christ est

1 mort une fois ; mais le fruit de sa mort est éternel : Jésus-Christ est mort uuc fols ; mais « il • est toujours vivant, afin d'intercéder pour nous, • comme dit le divin apôtre *.

Il y a donc pour nous dans le ciel une miséricorde infinie ; mais pour nous être appliquée en terre, elle est toute communiquée à la sainte Église dans le sacrement de pénitence. Car écoutez les paroles de l’institution : « Tout ce que « vous remettre* sera remis ; tout ce que vous « délierez sera délié ’. » Vous y voyez une bonté qui n’a point de bornes. C’est en quoi elle diffère d'avec le baptême. * Il n'y a qu’un baptême , » dit le saint apôtre , et il ne se répète plus : l/nus Dominas, anafidet, unum baptisma K Les portes de la pénitence sont toujours ouvertes. Venez dix fois , venez cent f(ds , venez mille fois : la puissance de l’Église n’est point épuisée. Cette parole sera toujours véritable : Tout ce que vous pardonnerez sera pardonné 4. Je ne vois ici ni terme prescrit , ni nombre arrêté, ni mesure déterminée. Il y faut donc reconnaître une bonté infinie. La fontaine du saint baptême est appelée daus les Écritures , selon une interprétation • une

' Hchr. vil , 3&.

» Maith. XVI, 10.

* F.ph. IV, 5.

4 J, ton. XX , i3.

sua LA DIVINITE DE LA RELIGION.

« fontaine scellée, ■ fans signalas '. Vous vous y lavez une fols; on la referme , on la scelle; Il n’y a plus de retour pour vous. Mais nous avons dans l'Eglise une autre fontaine , de laquelle il est écrit dans le prophète Zacharie : « En ce jour, au jour

• du Sauveur, en ce jour ou la bonté paraîtra au « monde , il y aura une fontaine ouverte à la mai- « son de David et aux habitants de Jérusalem ,

• pour la purification du pécheur : • In die ilia eritfans païens domui David et habitanlibus Jérusalem , in ablulionem peccaloris *. Ce n'est point une fontaine scellée , qui ne s’ouvre qu'avec réserve , qui n’est point permise à tous , parce qu’elle exclut à jamais ceux qu’elle a une fois reçus : fans signalas. Celle-ci est une fontaine non-seulement publique , mais toujours ouverte : Erit fans païens : et ouverte indifféremment A tous les habitants de Jérusalem, à tous les enfants de l'Église. Elle reçoit toujours les pécheurs : à toute heure et à tous moments les lépreux peuvent venir se lavcrdanscettefontainedu Sauveur, toujours bienfaisante et toujours ouverte.

Mais c’est ici , chrétiens , notre grande infidélité : c’est ici que l’indulgence multiplie les crimes , et que la source des miséricordes devient une source infinie de profanations sacrilèges. Que dirai-je ici , chrétiens, et avec quels termes assez puissants déplorerai-je tant de sacrilèges qui infectent les eaux de la pénitence? - Eau du

• baptême , que tu es heureuse , disait autrefois

• Tertullicn; que tu es heureuse , eau mystique,

• qui ne laves qu'une fols! • Félix agira guœ semel abtuit! « qui ne sert point de jouet aux

• pécheurs ! » Félix agua guœ semel abtuit, guœ ludibrio peccatoribus non est 1 3 C'est le bain de la pénitence toujours ouvert aux pécheurs, toujours prêt A recevoir ceux qui retournent; c’est ce bain de miséricorde qui est exposé au mépris par sa facilité bienfaisante , dont les eaux servent contre leur nature a souiller les hommes : quos diluit inguinal : parce que la facilité de se laver, fait qu’ils ne craignent point de salir leur conscience. Qui ne se plaindrait, chrétiens, de voir cette eau salutaire si étrangement violée, seulement à cause qu'elle est bienfaisante? Qu'inventerai-je, où me tournerai-je pour arrêter les profanations des hommes pervers, qui vont faire malheureusement leur écueil dn port?

1res pécheurs nous savent bien dire qu'il ne. faut que le repentir, pour être capable d'approcher de cette fontaine de grâces. En vain nous disons â ceux qui se confient si aveuglément à ce repentir futur : Ne voulez-vous pas considé-

• Cant.n.n-

1 tack. xill, I.

» Dt Bapt. n* l&-

rer que Dieu a bien promis le pardon ou repentir ; mais qu'il n'a pas promis de donner du temps pour ce sentiment nécessaire? Cette raison convaincante ne fait plus d’effet, parce qu'elle est trop répétée. Considérez, mes frères, quel est votre aveuglement : vous rendez la bonté de Dieu complice de votre endurcissement. C’est ce péché contre le Saint-Esprit , contre la grâce de la rémission des péchés. Dieu n’a plus rien â faire pour vous retirer du crime. Vous poussez à bout sa miséricorde. Que peut-il faire que de vous appeler, que de vous attendre, que de vous tendre les bras, que de vous offrir le pardon? C'est ce qui vous rend hardis dans vos entreprises criminelles. Que faut-II donc qu’il fasse ? Et sa bonté étant épuisée et comme surmontée par votre malice, lui reste-t-il autre chose que de vous abandonner à sa vengeance? Hé bien I poussez à bout la bonté divine : montrez-vous fermes et iutrépides à perdre votre âme : ou plutôt insensés et insensibles, hasardez tout, risquez votre éternité ; faites d'un repentir douteux le motif d'un crime certain : quelle fermeté , quel courage ! mais ne voulez-vous pas entendre combien est étrange, combien insensée, combien monstrueuse cette pensée de pécher pour se repentir? Obslupescilc , cœli , super hoc ' : • O ciel , 4 terre , étonnez - ■ vous d'un si prodigieux égarement ! - Les aveugles enfants d’Adam ne craignent pas de pécher, parce qu'ils espèrent un jour en être fâchés I J’ai lu souvent , dans les Écritures , que Dieu envoie aux pécheurs l’esprit de vertige et d'étourdissement ; mais je le vols clairement dans vos excès. Voulez-vous vouscoovertirquelquc jour, ou périr misérablement dans l'impénitence? Choisissez, prenez parti. Le dernier est le parti des démons. S’il vous reste donc quelque sentiment du christianisme , quelque soin de votre salut , quelque pitié de vous-même , vous espérez vous convertir ; et si vous croyiez que cette porte vous fût fermée , vous n’iriez pas au crime avec l’abandon où je vous vois. Se convertir, c’est se repentir : vous voulez donc contenter cette passion , parce que vous espérez vous en repentir? Qui a jamais oui parler d’un tel prodige? Est-ce mol qui ne m’entends pas? ou bien est-ce votre passion qui vous enchante? Me trompé-je dans ma pensée ? ou bien êtes-vous aveugle et troublé de sens dans la vôtre? Quand est -ce qu’on s’est avisé de faire une chose, pareequ’on croit s’en repentir quelque jour ? C’est la raison de s’en abstenir sans doute : j’ai bien oui dire souvent : Ne faites pas cette chose , car vous vous en repentirez.

Mais ô aveuglement inouï ! Ô stnpidité iusen-

1 Je rem. il , |2.

SUR LA NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE. tso

sée, de pécher pour se repentir I Le repentir qu'on prévoit n’cst-il pas naturellement un frein au désir, et un arrêt à la volonté? Mais qu’un homme dise en lui-même : Je me détermine à cette action , j’espère d’en avoir regret , et je m’en retirerais sans cette pensée ; qu’ainsi le regret prévu devienne contre sa nature, et l’objet de notre espérance , et le motif de notre choix , c’est un aveuglement Inouï , c’est confondre les contraires , c’est changer l’essence des choses. Non , non , ce que vous pensez , n’est ni un repentir ni une douleur : vous n’en entendez pas seulement le nom ; tant vous êtes éloignés d’en avoir la chose I Cette douleur qu’on désire , ce repentir qu’on espère avoir quelque jour, n’est qu’une feinte douleur et un repentir imaginaire. Ne vous trompez pas , chrétiens, il n’est pas si aisé de se repentir. Pour produire un repentir sincère, il faut renverser son cœur jusqu'aux fondements, déraciner ses inclinations avec violence , s’indigner implacablement contre ses faiblesses , s'arracher de vive force à soi-méme. Si vous prévoyiez un tel repentir, il vous serait un frein salutaire. Mais le repentir que vous attendez n'est qu’une grimace ; la doulcurque vous espérez, une illusion et une chimère : et vous avez sujet de craindre que par une juste punition d'avoir si étrangement renversé la nature do la pénitence, un Dieu méprisé et vengeur de scs sacrements profanés ne vous envoie , en sa fureur, non le peccavi d'un David , non les regrets d'un saint Pierre , non la douleur amère d’une Madeleine ; mais le regret politique d’un Saul , mais la douleur désespérée d’un Judas, mais le repentir stérile d'un Antiochus ; et que vous ne périssiez malheurensement dans votre fausse contrition et dans votre pénitence impénitente.

Vivons donc, mes frère», de sorte que la rémission des péchés ne nous soit pas un scandale. Rétablissons les choses dans leur usage naturel. Que la pénitence soit pénitence, un remède et non un poison; que l'espérance soit espérance, une ressource à la faiblesse et non nn appui à l'audace; que la douleur suit une douleur; que le repentir soit un repentir, c'est-Â-dire , l’expiation des péchés passés et non le fondement des péchés futurs. Ainsi nous arriverons par la pénitence au lieu où il n'y a plus ni repentir ni douleur, mais un calme perpétuel et une paix immuable , [que je vous souhaite] au nom , etc.

SERMON

POUR

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