SEIGNEUR
en votre pensée cc que nous avons expliqué , que la grandeur de Dieu l'éloigne de nous , et que su justice repousse bien loin les pécheurs; il n’y a que sa bonté qui l'approche et le rend accessible aux hommes. Que fait ce grand Dieu pour nous attirer? il nous cache tout ce qui l’éloigne de nous, et il ne nous montre que cc qui l'approche. Car, mes frères , que voyons-nous en la personne du Dieu incarné? que voyons-nous en ce Dieu enfant que nous sommes venus adorer? Sa gloire se tempère , sa majesté se couvre, sa grandeur s’abaisse, cette justice rigoureuse ne se montre pas; il n'y a que la bonté qui paraisse, alin de nous inviter avec plus d’amour : Apparuit gratin et beaignitas Satcatoris nostri Dei. Voyez, cette majesté souveraine que les anges n’osent regarder, devant laquelle toute la noturcest émue: elle descend , elle se rabaisse , elle traite d’égal avec nous. F.t ce qui est bien plus admirable , c’est alin , dit Tertullien , que nous puissions traiter d’égal avec elle : Ex œguo agebat Oeus cum homine, ut homo vcl ex œguo agerc cum Dco posset Traiter d'égal avec Dieu ! peut-on relever plus la nature humaine ? peut-on nous donner plus de confiance? Que les anciens aient été effrayés de Dieu, il y avait sujet de trembler. Isaïe l’a vu en sa gloire, et la crainte la saisi. Adam l'a vu en sa colère , et il a fui devant sa face. Mais pour nous, pourquoi craindrions-nous, puisque cc n'est pas cette majesté qui étonne, ni cette justice rigoureuse, qui se présente à nous aujourd’hui; mais que la grâce, la bénignité, In douceur de Dieu notre Sauveur nous est apparue? Apparuit gralia.
Approchons donc , mes frères , par ce grand et par cet illustre médiateur, approchons avec confiance. Et hoc cobis signum : . Voilà le si- - gne que l'on vous donne. ■ Qu'on ne m'objecte plus mes faiblesses, mon imperfection, mon néant. Tout néant que je suis , je suis homme ; et mon Dieu qui est tout , il est homme. Je viens hardiment au nom de Jésus : je soutiens que Dieu est àmoi par Jésus-Christ. "Car ce Fils nous est donné ;
« c'est pour nous qu’est né ce petit enfant ’ , » et je sais qu'un Dieu incarné , c'est un Dieu se donnant à nous. Je m'attache à Jésus en ce qu'il a de commun avec moi, c'est-a-dire, la nature humaine : et par là je me mets en possession de ce qu'il a d'égal à son Père, c’est-à-dire, de la divinité même. Soyons dieux avec Jésus-Christ, prenonsdes sentiments tout divins. Chrétien, élève tes espérances : ch ! Dieu , qu'ont de commun avec toi ces passions brutales qui règnentdans Ie3 animaux? qu’ont de commun avec toi les choses
1 Adr. Marcios, lit,- ri. n' n.
* St. IV , «.
SUR LA NATIVITÉ
mortelles , depuis que tu es si cher à ton Dieu , qu'en prenant miséricordieusement ce que tu es , il te donne si libéralement , si abondamment ce qu'il est lui-même ? Dieu veut agir en homme , dit Tcrtullien, « afin que l'thommej apprenne à » agir en Dieu : • Ut homo divine agere elocerctur * : et cet homme , que Jésus enseigne à prendre des sentiments tout divins , attache tous ses désirs a la terre , comme s'il devait mourir ainsi que les bêtes. Âh ! portons plus haut nos pensées : considérons la gloire de notre nature si heureusement rétablie. Si la nature est relevée, il faut que les actions soient plus nobles. Rendons grâces au Père étemel par Notrc-Seigneur Jésus-Christ, de ce que , dans le choix des moyens par lesquels il a voulu nous sauver, il n'a pas choisi ceux qui étaient les plus plausibles selon le monde , mais les plus propres A toucher les cœurs ; ni ce qui semblait plus digne de lui , mais ce qui était le plus utile pour nous.
Quand j'entends les libertins qui nous disent que tout ce qu'on raconte du Verbe incarné, c'est une histoire indigne d’un Dieu ; que je déplore leur ignorance I Toutefois , que cela soit indigne d’un Dieu, je ne le veux pas contredire; mais que Tertulllen répond à propos ! « Tout ce qui - est Indigne de Dieu est utile pour mon salut : » Quodcumque f)eo indignum est tnihi expedit Kt dès là qu’il est utile pour mon salut , il devient digne même de Dieu ; parce qu'il n'est rien plus digne de Dieu que d’être libéral à sa créature; « il n'est rien plus digne de Dieu que de sauver « l’homme : • Nihit enim tam dignum Deo quam sains hominis Et que l'on peut facilement renverser toutes leurs vaines oppositions ! Car enfin , quchpie indignité que l'on s’imagine dans le mystère du Verbe fait chair, Dien n'en est pas moins grand , et il nous relève ; Dieu ne s'épuise pas , et il nous enrichit; quand il se fait homme, il ne perd pas ce qu'il est , et il nous le communique ; il demeure ce qu’il est , et il nous le donne : par là II témoigne son amour, et il conserve sa dignité. Voyez donc que si Dieu prend notre nature pour la relever, rien n’est plus digne de Dieu qu’un si grand ouvrage. Mais je n’ai pas entrepris , messieurs , de combattre les libertins ; il faut édifier les fidèles : revenons à notre dessein ; et après que nous [avons] vu la nature si glorieusement relevée , voyons encore guérir ses infirmités par ce,.es qu'a prises le Fils de Dieu , et que nous remarquons dans ses langes. C'est ma seconde partie.
* TerlHt. ubitHpnt.
* lie Cam. Chr. n* 5.
* Aiv. Marc ion. lib. il, o* *7.
SECOND POINT
Si je vous donne les langes du Fils de Dieu comme un signe pour reconnaître les infirmités qu'il a prises avec la nature, Je ne le fais pas de moi-même ; mais je l’ai appris de Tcrtullien , qui nous l'explique très-éloquemment par une pensée qui mérite bien nos attentions. Il dit . que les lan- " ges du Fils de Dieu sont le commencement de « s» sépulture : . Panais jam sépultures invotucrum initiotus '. En effet, ne paralt-il pas un certain rapport entre les langes et les draps de la sépulture? On enveloppe presque de même façon ceux qui naissent et ceux qui sont morts : un berceau a quelque idée d’un sépulcre ; et c'est la marque de notre mortalité qu'on nous ensevelisse en naissant. C'est pourquoi Tertullicn voyant le Sauveur couvert de ses langes , il se le représente déjà comme enseveli; il reconnaît eu sa naissance le commencement de sa mort : Panais jam sépultures involuerum initiotus. Suivons l’exemple de ce grand homme ; et après avoir vu en notre Sauveur la nature humaine par le mot d'enfant , considérons la mortalité dans ses langes ; et avec la mortalité, toutes les infirmités qui la suivent. C'est la seconde partie de mon texte , qui est enchaînée avec la première par une liaison nécessaire. Car après que le Fils de Dieu s'était revêtu de notre nature , c'était une suite infaillible qu’il prendrait aussi les infirmités. Ce ne sera pas moi , chrétiens , qui vous expliquerai un si grand mystère ; il faut que je vous fasse entendre en ce lieu le plus grand théologien de l'Église : c'est l'incomparable saint Augustin. J'ai choisi ce qu'il en a dit dans cette Épltre admirable à Volusien ' ; parce que, dans mon sentiment, l'antiquité n'a rien de si beau ni de si pieux tout ensemble sur cette matière que nous traitons.
Puisque Dieu avaltbien voulu se faire homme , il était juste qu’il n’oubliât rien pour nous faire sentir cette grâce ; et pour cela , dit saint Augustin, il fallait qu'il prit les infirmités par lesquelles la vérité de sa chair est si clairement confirmée ; et il nous va éclaircir ce qu’il vient de dire par cette belle réflexion. Toutes les Écritures nous prêchent , dit-il , que le Fils de Dieu n’a pas dédaigné la faim, ni la soif, ni les fatigues , ni les sueurs, ni toutes les autres incommodités d'une chair mortelle. Et néanmoins, remarquez ceci; un nombre infini d’hérétiques , qui faisaient profession de l’adorer, mais qui rougissaient en leurs cœurs de son Évangile, n'ont pas voulu reconnaître en lui ia nature humaine. Les uns disaient que son corps était un fantôme ; d’autres, qu’il
* ÀSv. Mnreinn. lih jr, n* SI.
1 Bp. mm, n s cl », l a, «il. les.
DE {VOTRE-SEIGNEUR
était composé d’une matière céleste ; et tous s’accordaient A nier qu’il eût pris effectivement la nature humaine. D'où vient cela , chrétiens? C'est qu’il paraîtincroyablequ’un Dieu scfasse homme; et plutôt que de croire une chose si diflleile , ils trouvaient le chemin plus court de dire qu'en effet il ne l’était pas , et qu’il n’en avait que les apparences. Suivez, s'il vous plaît, avec attention : ceci mérite d’être écouté. Que serait-ce donc, dit saint Augustin , s'il fût tout à coup descendu des cieux , s’il n’eût pas suivi les progrès de l’âge, s'il eut rejeté le sommeil et la nourriture, et éloigné de lui cessentiinents? N'aurait-il paslui-même confirmé l’erreur? N’aurait-il pas semblé qu’il eut en quelque sorte rougi de s'être fait homme , puisqu’il ne le paraissait qu’à demi? N’rurait-il pas effacé dans tous les esprits la créance de sa bienheureuse incarnation, qui fuit toute notre espérance? Et ainsi, dit saint Augustin ( que ces paroles sont belles !) « en faisant toutes choses
• miraculeusement , il aurait lui-même détruit ce
• qu’il afait miséricordieusement. - Etdumomnia mirabiliter facit, auferret quad misericorditer fecit'.
En effet , puisque mon Sauveur était Dieu , il fallait certainement qu’il fit des miracles : mais puisque mon Sauveur était homme, il ne devait pas avoir honte de montrer de l’infirmité, et l’ouvrage de la puissance ne devait pas renverser le témoignage de la miséricorde. C’est pourquoi , dit saint Augustin, s’il fait de grandes choses , il en fait de basses : mais il modère tellement toute sa conduite , ■ qu’il relève les choses basses
• par les extraordinaires , et tempère les extra-
• ordinaires par les communes : ■ lit solita sublimant insotitis et insolita solitis temperaret *. Confessez que tout cela est bien soutenu : Je ne sais si je le fais bien entendre. Il naît, mais il naît d une vierge; il mange, mais quand il lui plaît ; il se passe des nourritures mortelles , et n’a pour tout aliment que la volonté de sou père; il commande aux anges de servir sa table ; il dort ; mais pendant son sommeil il empêche la barque de couler à fond, d’être renversée : il marche ; mais quand il l’ordonne l’eau devient ferme sous ses pieds : il meurt ; mais en mourant il met en crainte toute la nature. Voyez qu’il tient partout un milieu si juste, qu’où il parait en homme , il nous sait bien montrer qu’il est Dieu ; où il se déclare Dieu, il fait voir aussi qu’il est homme. L’économie est si sage, la dispensation si prudente; c’est -A-dlrc , toutes choses sont tellement ménagées, que la divinité parait tout en-
’ A/>. r.ixivu, n* », t. u, col. MX».
1 Ibid. !»"»,!. Il, col. 4i&.
tière , et l’infirmité tout entière : cela est admirable.
Le grand pape saint Ilormisdas, ravi en admiration de cette céleste économie, du haut de la chaire de saint Pierre , d’où il enseignait tout ensemble et régissait toute l’Église, invite tous les fidèles ik contempler avec lui cet adorable mélange, ce mystérieux tempérament de puissance et d’infirmité. ■ Le voilà, dit-il aux fidèles, celui « qui est Dieu et homme , c’est-à-dire , la force et
• la faiblesse, la bassesse et la majesté; celui qui,
• étant couché dans la crèche , parait dans le ciel
• en sa gloire. Il est dans le maillot, et les Mages
• l’adorent ; il naît parmi les animaux , et les anges
• publient sa naissance ; la terre le rebute , et le
• ciel le déclare par une étoile ; il a été vendu , et
• il nous rachète ; attaché à la croix , Il y distribue
• les couronnes et donne le royaume étemel ; in-
• firme qui cède à la mort , puissant que la mort « ne peut retenir ; couvert de blessures et médecin « infaillible de nos maladies ; qui est rangé parmi
j • les morts et qui donne la vie aux morts ; qui i - naît pour mourir et qui meurt pour ressusciter;
I < qui descend aux enfers et ne sort point du sein
• de son Père : « Jacens in prœsepio, videbatur in cœlo; involutus panais, adorabatur a Mugis; inter animalia éditas, ab angelis nuntiaba-
\ tur;... virlusel infirmitas, bitmililns et maje - 1 stas; redimens et vendilus; in cruec posilus, et cali régna targitus ; ... patiens vutnerum , et \ satvator œgrorum ; unus dcfunclorum , et vivi- I ficalor obeunlium ; ad inferna descendens , et a I’atris gremio non recedcns ■
Joignons-nous avec ce grand pape pour adorer humblement les faiblesses, qu’un Dieu incarné n prises volontairement pour l’amour de nous. C’est là tout le fondement de notre espérance.
Mais il me semble que vous m arrêtez pour me dire : II est vrai , nous le voyons bien ; Jésus a ressenti nos infirmités ; mais nous attendons nutre chose : vous nous avez promis de nous faire voir que scs faiblesses guérissent les nûtres ; c'est ce qu’il faut que vous expliquiez. Et n’en êtesvous pas encore convaincus? Ne suffit-il pas, chrétiens, d’avoir remarqué nos infirmités en la personne du Fils de Dieu , pour en espérer de lui le remède? Et hoc vnbis signum : - Voilà le signe
• que l'on vous en donne. • L’Apûtre avait bien entendu ce signe , lorsque voyant les infirmités de son maître, aussitôt il parait consolé des siennes.
• Ah! dit-il, nous n’avons pas un pontife qui soit » insensible à nos maux ’ ; • il compatit aux infirmités de notre nature 1 ; il y apportera du soulage-
1 Epift. LXXIK, ad Justin. Aug. Labb. t. IV, col. IS6S.
> tfibr. IT. 15.
1 Ou Ut Ici i dans le manuscrit du second sermon, ci* ; »•
SLR LA NATIVITÉ
ment. Et quels signes nous en donnez-vous, saint apôtre? Et hoc vobis sigum. « C’est qu'il lésa, dit- • il, éprouvées : » Tentatum per omnia'. Je vous prie, entendez ce signe : rien n'est plus plein de consolation. Yest-il pas vrai, fidèles, de tousceux dont vous plaignez les disgrâces , il n'y en a point pour lesquels votre compassion soit plus tendre, que pour ceux que vous voyez dans les mômes afflictions que vous avez autrefois senties? Vous avez perdu un ami , j'en ai perdu un autrefois ; dans eette rencontre de douleurs, ma pitié en sera plusgrande, parce que je sens par expéricncecombicn ilestdurde perdre un ami. Et de là quel soulagement je vois naitre pour les misérables ! Ah 1 consolez-vous , chrétiens , qui languissez parmi lesdouleurs : monSauvcurnaépargnéàson corps ni la faim, ni la soif, ni les fatigues, ni les sueurs, ni les infirmités, ni la mort. Il n'a épargné à sou âme, ni la tristesse, ni l'inquiétude, ni les longs ennuis, ni les plus cruel les appréhensions. O Dieu, qu'il aura d'inclination de nous soulager, nous qu’il voit , du plus haut des eieux , battus des mômes orages dont il a été attaqué sur la terre! C’est pourquoi l'apôtre se glorifie des infirmités de notre pontife. Ah! nous n’avons pas, dit-il, un pontife qui ne sente pas nos infirmités : il les sent, il en est touché, U en a pitié, dit saint Paul. Et pourquoi ? « C'est qu’il a passé comme nous , ré- » pond-il, par toutes sortes d'épreuves : » Tentatum per omnia absque peccato. Il a tout pris, à l’exception du péché : « 11 a fallu qu’il fût en tout > semblable à scs frères, pour être touché de com- « passion , et être un fidèle pontife en ce qui re- ■ garde le culte de Dieu : « Inde debuit per omnia fratribus similari, ut misericors Jicret et fidelis pontifex ad Deuin'. Il sait, il sait par ex périencc combien est grande la fai blesse de notre nature.
El quoi donc, le Fils de Dieu, direz-vous, qui est la sagesse du l’ere , ne saurait-il pas nos infirmités, s'il ne les avait expérimentées? Ah! ce n'est pas le sens de l'apôtre , vous ne prenez pas sa pensée ; entendons cette doctrine tout apostolique. Je l'avoue , cette société de malheurs ne lui ajoute rien pour la connaissance , mais elle ajoute beaucoup pour la tendresse. Car Jésus n’a pas oublie ni les longs travaux, ni les autres difficultés de son pénible pèlerinage; cela est encore présent à son esprit : de sorte qu’il ne nous plaint pas seulement comme ceux qui sont dans le port plaignent les autres , qu’ils voient sur la mer agitée d'une furieuse tempête ; mais
rôle» en marge : Laiurz-moi nui simplicité l, les Inttga de mon .Sr/iMYur, dont je tâche de rcvttir ta suinte parole. (Rdil. de Ué/orl*.)
• Hebr. IV, !&
1 Ibid. U, 17.
| 11 nous plaint à peu près comme ceux qui courent le même péril se plaignent les uns les autres, par une expérience sensible de leurs communes disgrâces. Il nous plaint, si je l’ose dire , comme ses compagnonsde fortune, comme ayant euà passer par les mêmes misères que nous , ayant eu tout ainsi que nous une chair sensible aux douleurs et un sang capable de s'altérer, et une température de corps sujette , comme la nôtre , à toutes les incommodités de la vie et à la nécessité de la mort. Quiconque après cela cherche d'autres joies et d'autres consolations que Jésus, Il no mérite ni joie ni consolation. Qui peut douter, fidèles , de la guérison de nos maladies , après ce signe que l’on nous donne? Car pour recueillir mon raisonnement , la compassion du Sauveur n'est pas une affection inutile; si elle émeut le cœur, elle sollicite le bras. Ce médecin est toutpuissant : tout ce qui lui fait pitié , il le sauve ; tout ce qu'il plaint , il le guérit. Or nous avons appris de l’apôtre, qu'il plaint tous les maux qu'il a éprouvés : et quels maux n'a-t-il pas voulu éprouver? 11 a senti les infirmités, il les guérira; les appréhensions, il les guérira; les ennuis, les langueurs, il les guérira ; la mortalité, il la guérira; tous les maux, il guérira tout. «Car c'est parce qu’il a souffert lui-même, et « qu'il a été tenté et éprouvé, qu'il est puissant « pour secourir ceux qui sont tentés et mis à « l 'épreuve : ■ la eo enim in qtto passas est ipse et tentatus , potens est et eis qui tntanlur auxiliari'. Par conséquent, mes frères, espérons bien des faiblesses de notre nature : disons tous ensemble avec le Psalmiste : Secundum muttitudinem dolorum meorum in corde meo , consolationes tuœ lætificaccrunt animant meam1 : « Selon la multitude de mes douleurs , vos conso- « lations, 6 mon Dieu! se sont répandues abon- « damment en mon âme. » Autant que je vois d'infirmités en Notre-Seigneur, autant je me promets de grandeur pour moi ; et ainsi n’ai-je pas raison de vous dire que , s'il a pris nos infirmités , c’est pour les guérir? C’était ma seconde partie : Dieu nous fera la grâce d'établir en peu de mots la troisième sur des raisons aussi convaincantes.
TROISIÈME POINT
Achevez votre ouvrage, ô divin Sauveur!
mettez la dernière main au salut des hommes par votre crèche , par votre étable , par votre mi sère, par votre indigence. Le Fils de Dieu , mes- I sieurs , en se faisant homme et nous rendant la liberté d'approcher de Dieu, nous montrait ou
' Hebr. U, i».
i * Pt «UH, la
DE rS0TKE-SEIG.NF.lJR.
it fallait tendre : en se soumettant aux faiblesses de la nature , il nous conftrmait tout ensemble et la vérité de sa chair et la grandeur de nos espérances. Maintenant , pour accomplir son ouvrage, il faut qu'il éloigne tous les obstacles qui nous empêchent de parvenir à la (in qu'il nous a proposée; c'est ce qu’il fait admirablement par sa croche , et vous le pouvez aisément comprendre, si vous suivez ce raisonnement facile et moral. Ce qui nous empêche d’aller au souverain bien , c’est l’illusion des biens apparents, c’est la folle et ridicule créance qui s’est répandue dans tous les esprits, que tout le bonheur de la vie consiste dans ses biens externes que nous appelons les honneurs, les richesses et les plaisirs. Étrange et pitoyable ignorance I
Il n’y a rien de plus vain que les moyens que l’homme recherche pour se faire grand. Il se trouve tellement borné et resserré en lui-même, que son orgueil a honte de se voir réduit à des limites si étroites. Mais comme il ne peut rien ajouter à sa taille ni à sa substance , comme dit le Fils de Dieu 1 , il tâche de se repaitre d’une vaine imagination de grandeur, en amassant autour de lui tout ce qu’il peut. Il pense qu’il s’incorpore, pour ainsi dire , toutes les richesses qu’il acquiert ; il s’imagine qu’il s’accroît en élargissant ses appartements magnifiques, qu’il s’étend en étendant son domaine , qu’il se multiplie avec ses titres, et enfin qu’il s’agrandit en quelque façon par cette suite pompeuse de domestiques qu’il traîne après lui , i»our surprendre les yeux du vulgaire.
Cette femme vaine et ambitieuse , qui porte sur elle la nourriture de tant de pauvres et le patrimoine de tant de familles, ne se peut considérer comme une personne particulière. Cet homme qui a tant de charges , tant de titres , tant d’honneurs , seigneur de tant de terres , possesseur de tant de biens , maître de tant de domestiques, ne se comptera jamais pour un seul homme ; et il ne considère pas qu’il ne fait que de vains efforts , puisqu’enfin , quelque soin qu’il preuue de s’accroître et de se multiplier en tant de manières et par tant de titres superbes, il ne faut qu’une seule mort pour tout abattre , et un seul tombeau pour tout enfermer.
Et toutefois, chrétiens , l’enchantement est si fort et le charme si puissant , que l’homme ne peut se déprendre de ses vanités. Bien plus, et voici un plus grand excès : il pense que si un Dieu se résout à paraître sur la terre, il ne doit point s’y montrer qu’avec ce superbe appareil ; comme si notre vaine pompe et notre grandeur artificielle pouvaient donner quelque envie à celui qui possède tout dans l’immense simplicité
« Matlh. Tl , 87.
de son essence. Et c’est pourquoi les puissants et les superbes du monde ont trouvé notre Sauveur trop dénué; sa crèche les a étonnés, sa pauvreté leur a fait peur; et c’est cette même erreur qui a fait Imaginer aux Juifs cette Jérusalem toute brillante d'or et de pierreries, et toute cette magnificence qu’ils attendent encore aujourd'hui en la personne de leur Messie.
Mais au contraire, messieurs, si nous voulons raisonner par les véritables principes , nous trouverons qu’il n’est rien de plus digue d’un Dieu venant sur la terre , que de confondre par sa pauvreté le faste ridicule des enfants d’Adam , de les désabuser des vains plaisirs qui les enchantent , et enfin de détruire par son exemple toutes les fausses opinions qui exercent sur le genre humain une si grande et si injuste tyrannie.
C’est pourquoi le Fils de Dieu vient nu monde comme le réformateur du genre humain , pour désabuser tous les hommes de leurs erreurs , et leur donner la vraie science des biens et des maux; et voici l'ordre qu’il y tient. Le monde a deux moyens d’abuser les hommes : il a premièrement de fausses douceurs qui surprennent notre crédulité trop facile; il a secondement de vaines terreurs qui abattent notre courage trop lâche. Il est des hommes si délicats, qu’ils ne peuvent vivre s’ils ne sont toujours dans la volupté, dans le luxe, dans l'abondance. Il en est d'autres qui vous diront : Je ne demande pas de grandes richesses; mais la pauvreté m’est insupportable : je n’envie pas le crédit de ceux qui sont dans les grandes intrigues du monde ; mais il est dur de demeurer dans l’obscurité : je me défendrai bien des plaisirs ; mais je ne puis souffrir les douleurs. I* monde gagne les uns, et il épouvante les autres. Tous deux s’écartent de la droite voie ; et tous deux enfin viennent à ce point, que celui-ci pour obtenir les plaisirs sans lesquels il s’imagine qu’il ne peut pas vivre , et l'autre pour éviter les malheurs qu’il croit qu'il ne pourra jamais supporter, s'engagent entièrement dans l’amour du monde.
Mon Sauveur, faites tomber ce masque hideux par lequel le monde se rend si terrible; faites tomber ce masque agréable par lequel il semble si doux : désabusez- nous. Premièrement faites voir quelle est la vanité des biens périssables. lit hoc vobis signum : « Voilà le signe que « l’on vous en donne. « Venez à l’étable , à la crèche , à la misère , à la pauvreté de ce Dieu naissant. Ce ne sont point ses paroles , c’est son état qui vous prêche et qui vous enseigne. 8i les pluisirs que vous recherchez , si les grandeurs que vous admirez étaient véritables, quel autre
SUR LA NATIVITÉ
les aurait mieux mérités qu'un Dieu? qui les aurait plus facilement obtenus, ou avec une pareille magnificence? Quelle troupe de gardes l'environnerait! quelle serait la beauté de sa cour ! quelle pourpre éclaterait sur ses épaules 1 quel or reluirait sur sa tète î quelles délices lui préparerait toute la nature , qui obéit si ponctuellement à ses ordres ! Ce n'est point sa pauvreté et son indigence qui l'a privé des plaisirs : il les a volontairement rejetés. Ce n’est point sa faiblesse, ni son impuissance, ni quelque coup imprévu de la fortune ennemie qui l’a jeté dans la pauvreté , dans les douleurs et dans les opprobres : mais il a choisi cet état. « Il a jugé, dit « Tertullien 1 , que ces biens, ces contentements, * cette gloire étaient indignes de lui et des siens : * « Indignant sibi et suis judicavit. Il a cru que cette grandeur étant fausse et imaginaire , elle ferait tort à sa véritable excellence. Et ainsi , dit le même auteur, <■ en ne la voulant pas , il l’a re- « jetée : ce n’est pas assez ; en la rejetant, il l’a « condamnée : il va bien plus loin , en la condam- « nant, le dirai-je? oui, chrétiens, ne craignons - pas de le dire, il l'a mise parmi les pompes du « diable auxquelles nous renonçons par le suint « baptême : « Igitur quant notait , rejecit; guam rrjccit , damnavit ; quam damnavit , in pompa diaboli deputavit'.Cesl la sentence que prononce le Sauveur naissant contre toutes les vanités des enfants des hommes. Voilà la gloire du inonde bien traitée : il faut voir qui se trompe , de lui , ou de nous. Ce sont les paroles de Tertullien qui sont fondées sur cette raison. Il est indubitable que le Fils de Dieu pouvait naître dans la grandeur et dans l’opulence; par conséquent, s’il ne les veut point, ce n’est point par nécessité, mais par choix ; et Tertullien a raison de dire qu’il les a formellement rejetées : Quam noluitf rejecit . Mais tout choix vient du Jugement : il y a donc un jugement souverain par lequel Jésus-Christ naissant a donné cette décision importante : que les grandeurs du siècle n'étaient pas pour lui , qu'il les devait rejeter bien loin. Et ce jugement du Sauveur, n’est-ce pas la condamnation de toutes les pompes du monde? Quam rrjccitt damnavit. Le Fils de Dieu les méprise; quel crime de leur donner notre estime! quel malheur de leur donner notre amour! Est-il rien de plus nécessaire que d’en détacher nos affections? Et c’est pourquoi Tertullien dit que nous les devons renoncer, par l’obligation de notre baptême. FA hoc vobis signum : c’est la crèche , c’est la misère , c’est la pauvreté de ce Dieu enfant, qui nous montrent qu’il n’est rien de plus
• Terhtll. de Idolat. D® IS.
* Ibid.
méprisable que ce que les hommes admirent si fort.
Ah! que la superbe philosophie cherche de tous côtés des raisonnements contre l'amour désordonné des richesses , qu'elle les étale avec grande emphase; combien tous ses arguments sont-ils élo gnés de la force de ces deux mots : Jésus-Christ est pauvre, un Dieu est pauvre? Et que nous sommes bien insensés de refuser notre créance à un Dieu qui nous enseigne par ses paroles, et confirme les vérités qu'il nous prêche, par l'autorité infaillible de ses exemples ! A pris cela je ne puis plus écouter ees vaines objections que nous fait la sagesse humaine : lin Dieu ne devait pas se montrer aux hommes, qu'avec une gloire et un appareil qui fût digne de sa majesté. Certes notre jugement, chrétiens, est étrangement confondu par les apparences et par la tyrannie de l'opinion, si nous croyons que leclat du monde ait quelque chose digne d'un Dieu, qui possède en lui-même la souveraine grandeur. Mais voulez-vous que je vous dise au contraire ce que je trouve de grand , d'admirable, ce qui me paraît digne véritablement d'un Dieu conversant avec les hommes? C'est qu’il semble n’étre paru sur la terre que pour fouler aux pieds toute cette vaine pompe, et braver, pour ainsi dire, par la pauvreté de sa crèche , notre faste ridicule et nos vanités extravagantes. Il a vu, du plus haut des deux , que les hommes n’étaient touchés que des biens sensibles et des pompes extérieures. Il s'est souvenu, en ses hontes, qu'il les avait créés au commencement, pour jouir d’une plus solide félicité. Touché de compassion, il vient en personne les désabuser, non par sa doctrine, mais par ses exemples, de ees opinions non moins fausses et dangereuses qu'elles sont établies et invétérées. Car voyez où va son mépris: non-seulement il ne veut point de grandeurs humaines; mais pour montrer le peu d etat qu’il en fuit, il se jette aux extrémités opposées. Il a peine à trouver un lieu assez bas par ou il fasse sou entrée au inonde : il rencontre une étable à demi ruinée ; e’est là qu'il descend. Il prend tout ce que les hommes évitent , tout ce qu'ils craignent , tout ce qu'ils méprisent, tout ce qui fait horreurù leurs sons ; pour faire voir combien les grandeurs du siècle lui semblent vaines et imaginaires^Si bien que je me représente sa crèche , non point comme un berceau indigne d'un Dieu, mais comme un char de triomphe , ou il traîne après lui le monde vaincu. Là sont les terreurs surmontées , et là les douceurs méprisées; là les plaisirs rejetés, et ici les tourments soufferts : rien n'y manque, tout est complet. Et il me semble qu'au milieu d'un si beau triomphe, il nous dit avec une cnntennneo
DE NOTRE-SEIGNEUR
assurée: .l’rcuez courage, j'ai vaincu le inonde: » | Confidite : ego vici mutidun ' ; parce que par | la bassesse de sa naissance, par l'obscurité de sa sa vie, par la cruauté et l'ignominie de sa mort, il a effacé tout ce que les hommes estiment , et désarmé tout ce qu'ils redoutrnt. Et hoc vobis xignum:* Voilà le sigue que l'on nous donne « pour reconnaître notre Sauveur. »
Accourez de toutes parts, chrétiens, et venez connaître à ces belles marques le Sauveur qui vous est promis. Oui, mon Dieu, je vous reconnais, vous êtes le libérateur que j’attends. Les Juifs espèrent un autre Messie, qui lescomblerade prospérités , qui leur donnera l'empire du monde , qui les rendra contents sur la terre. Ah I combien de Juifs parmi nous! combien de chrétiens qui désiraient un Sauveur qui les enrichit, un Sauveur qui contentât leur ambition , ou qui voulût flatter leur délicatesse ! Ce n'est pas là notre Jésus-Christ. A quoi le pourrons-nous reconnaître? Écoutez; je vous le dirai, par de belles paroles d'un ancien Père: Si ignobilis, si inglorius, si inhonorabilis, meus e rit Christus ■ : « S’il est méprisable , s’il est . sans éclat, s'il est bas auit yeux des mortels ; c'est « le Jésus-Christ que je cherche. » Il me faut un Sauveur qui fasse honte aux superbes, qui fasse peur aux délicats de la terre, que le monde ne puisse goûter, que la sagesse humaine ne puisse comprendre, qui ne puisscêtrcconnuquedeshumblcsdecœur. Il mefautunSauveurqui brave, pour ainsi dire, par sa généreuse pauvreté nos vanités ridicules , extravagantes ; qui m’apprenne par son exemple que tout ce que je vois n'est qu’un songe ; que je dois rapporter à un autre et mes craintes et mes espérances ; qu'il n'v a rien de grand que de suivre Dieu, et tenir tout le reste au-dessous de nous; qu’il y a d'autres maux que je dois craindre et d'autres biens que je dois attendre. Le voilà, je l’ai rencontré, je le reconnais à ces signes ; vous le voyez aussi , chrétiens \ Reste à considérer maintenant si nous le croirons.
Il y a deux partis formés : le monde d'un côté , Jésus-Christ de l'autre. Ou va en foule du côté du monde , on s’y presse , on y court , on croit qu'on n’y sera jamais assez tût. Jésus est pauvre et abandonné : il a la vérité, l'autre l'apparence : l’un a Dieu pour lui , l’autre a les hommes. Il est bien aisé à choisir. Mais ce monde a de magnifiques promesses : là les délices , les réjouissances , l'applaudissement, la faveur : vous pourrez vous
1 Joan. xvi . 33.
1 Ter tu II. adv. Marc ion. llb. in, n* 17.
* Vous l'avez connu , mes chères sœurs , puisque vous avez aimé son dépouillement; puisque sa pauvreté voua a plu; pu laque voua l'avez épousé avec tous ses clous, toutes w» «pim* , avec toute la bassesse de s» rreclie et toutes lea rigueurs de m croix. Mais nous, mes frères , «pie choisironsnoua?
venger de vos ennemis; vous pourrez posséder ce que vous aimez ; votre amitié sera recherchée : vous aurez de l’autorité, du crédit; vous trouverez partout un visage gai et un accueil agréable : il n’est rien tel, il faut prendre parti de ce côtélà. D’autre part Jésus-Christ se montre avec un visage sévère. Mon Snuveur, que ne promettezvous de semblables biens? que vous seriez un grand et aimable Sau\eur, si vous vouliez sauver le monde de la pauvreté! L’un lui dit: Vous seriez mon Sauveur, si vous vouliez me tirer de la pauvreté : Je ne vous le promets pas. Combien lui disent en secret : Que je puisse contenter ma passion : Je né le veux pas : Que je puisse seulement venger cette injure : Je vous le défends : Le bien de cet homme m’nccommoderait ; je n’y ai point de droit; mais j’ai du crédit : N y touchez pas, ou vous êtes perdu. Qui pourrait souffrir un maître si rude? Retirons-nous; on n’y peut pas vivre. Mon Sauveur, que vous êtes rude 1 ! Mais du moins que promettez- vous? de grands biens. Oui ; mais pour une autre vie ! Je le prévois , vous ne gagnerez pas votre cause : le monde emportera le dessus : c’en est fait, Je le vois bien , Jésus va être condamné encore une fois. On nous donne un signe pour vous connaître, mais c’est un signe de contradiction. Il s’en trouvera, même dans l’Église, qui seront assez malheureux de le contredire ouvertement par des paroles et des sentiments infidèles : mais presque tous le contrediront par leurs œuvres. Et ne le condamnonsnous pas tous les jours? Quand nous prenons des routes opposées aux siennes, c’est lui dire secrètement qu’il a tort, et qu’il devait venir comme les Juifs l’attendent encore. S’il est votre Sauveur, de quel mai voulez-vous qu’il vous sauve? Si
* Mon Sauveur, vous été* trop Incompatible, on ne peut s'accommoder avec vous, la multitude ne sera pas de votre côté. Aussi, mes frères, ne la veut-il pas. C’est la multitude qu'il a noyée par les eaux du déluge , c’est la multitude qu'il a consumée par les feux du ciel ; c'est la multitude qu'il a abîmée dans les Ilots «b* la mer Rouge; c'est la miillilude qu'il a reprouvée , autant de fois qu'il a maudit dans son fcv angile le monde et ses vanités : c'est pour engloutir cpIIp malheureuse et damnable multitude dans les car bots étemels, que « l>n- ■ fer. dit le prophète Unie *, s'est dilaté démesurément; et U* « forts et les puissants, et les grands du monde s’y précipl- « tent en foule. » O monde ! ô multitude ! d trompe innombrable! je crains ta société malheureuse. Le nombre ne me défendra pas contre mon Juge, la foule des témoins ne me Justifiera pas; ma couscience (m’accuse) : Je crains que mon Sauveur ne se change en juge implacable : Sicut la lut us est Dominas super v os txne vobis i faciens , votque multipliants ; sic latabitur disperdeus vos algue subverlent " : « Comme le u Seigneur s'est plu à vous bèulr et a vous multiplier, ainsi m sc plaira-t-il à vous détruire et à vous ruiner. « Quand Dieu entreprendra d'égaler sa justice a ses miséricordes et de venger ses bontés si indignement méprisées, Je ne me sens pas assez fort pour soutenir l'effort redoutable, ni les coups incessamment redoubles d’une main si rude et si pesante. J« me ris des Jugements des hommes du monde et de leurs folie* pensées.
* Isal. v. 14. - •• Dfut. xxvni . «s-
SI K LA NATIVITÉ
votre plus grand mal c’est le péché , Jésus-Christ ' est votre Sauveur : mais s’il était ainsi , vous n v tomberiez pas si facilement. Quel est donc votre plus grand mal ? c’est la pauvreté , c’est la misère? Jésus-Christ n’est plus votre Sauveur; il n’est pas venu pour cela. Voilà comme l’on condamne le Sauveur Jésus.
Où irons-nous , mes frères , et où tourneronsnous nos désirs? Jusqu’ici tout favorise lemondc, le concours , la commodité, les douceurs présentes. Jésus-Christ va être condamné : on ne veut point d’un Sauveur si pauvre et si nu. Irons-nous ? prendrons-nous parti? Attendons encore : peutêtre que le temps changera les choses. Peut-être! il n’y a point de peut-être ; c’est une certitude Infailiible. Il viendra, il viendra ce terrible jour, où toute la gloire du monde se dissipera en fumée; et alors on verra paraître dans sa majesté ce Jésus autrefois né dans une crèche , ce Jésus autrefois le mépris des hommes, ce pauvre, ce misérable, cet imposteur, ce samaritain, ce pendu. La fortune de ce Jésus est changée. Vous l'avez méprisé dans ses disgrâces ; vous n’aurez pas de part à sa gloire. Que cet avènement changera li s choses! Là ces heureux du siècle n'oseront paraître ; parce que se souvenant de la pauvreté passée du Sauveur, et voyant sa grandeur présente, la première sera la conviction de leur folie , et la seconde en sera la condamnation. Cependant te même Sauveur laissant ces heureux et ces fortunés , auxquels on applaudissait sur la terre , dans la foule des malheureux , il tournera sa divine face au petit nombre de ceux qui n’auront pas rougi de sa pauvreté , ni refusé de porter sa croix. Venez, dira-t-il , mes chers compagnons , entrez en la société de ma gloire, jouissez de mon banquet éternel.
Apprenons donc, mes frcrcs, à aimer la pauvreté de Jésus : soyons tous pauvres avec Jésus- Christ. Qui est-ce qui n’est pas pauvre en ecmonde, l’un en santé, l’autre en biens ; l'un en honneur, et l’autre en esprit? Tout le monde est pauvre; aussi n’est-ce pas ici que les biens abondent : c’est pourquoi le monde pauvre en effets ne débite que des espérances ; c’est pourquoi tout le monde désire, et tous ceux qui désirent setot pauvres et dans le besoin. Aimez cette partie de la pauvreté qui vous est échue en partage , pour vous rendre semblables à Jésus-Christ; et pour ces richesses que vous possédez, partagez-les avec Jésus- Christ. Compatissez aux pauvres, soulagez les pauvres; et vous participerez aux bénédictions que Jésus a données à la pauvreté. Chrétiens, au nom de Notrc-Seigneur Jésus-Christ, « qui étant « si riche par sa nature, s’est fait pauvre pour Ta- « rnour de nous, pour nous enrichir par sa pau*
- vreté '. ^ Détrompons-nous des faux biens du monde Comprenons que la crèche de notre Sauveur a rendu pour jamais toutes nos vanités ridicules. Oui certainement, ô mon Seigneur Jésus- Christ! tant que je concevrai bien votre crèche , vos saintes humiliations, les apparences du siècle ne me surprendront point par leurs charmes , elles ne m'éblouiront point par leur vain éclat; et mon cœur ne sera touché que de ses richesses inestimables , que votre glorieuse pauvreté nous a préparées dans la félicité éternelle. Amen.
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