‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 87 sur 282 · ITIÊCHÉ PENDANT UN JUBILÉ · texte numérisé non relu

ITIÊCHÉ PENDANT UN JUBILÉ

Grandeur de nos maux. Nécessité de la grâce du Sauveur, pour nous guérir et nous sauver : ses diffénuU'» opérations en nou>. Fidélité <1e Dieu a notre égard :nos infidélités cuver» lui. Opposition des folles Joies du siècle aux joies solide» qui nous sont promises.

YtjfîÜMS nomen ejus Jesum ; ipse enim salvum fadet popuiuin suum à pcccati» eonim.

rost* donnerez à l'enfant le nom de Jésus , c'est-à-dire , Sauveur; car c'est lui qui sauvera et délivrera son peuple de ses jiéchés. Mallli. i , 21 .

Celui dont il est écrit que son nom est le Seigneur et le Tout-Puissant, semble avoir quitté ces noms magnifiques; lorsqu’aprés avoir pris la forme d'esclave, il a encore subi aujourd'hui une loi servile , et porté Imprimée en son propre corps la marque de la servitude. En effet, quand le Fils de Dieu « se fait circoncire, il s'oblige et ■■ s'assujettit, dit le saint Apôtre 1 , a toute la loi de . Moïse ; » et ainsi sc chargeant volontairement du joug que Dieu impose aux serviteurs, non-seulement il se dépouille en quelque façon de sa toutepuissante souveraineté, mais il semble qu'il se dégrade jusqu’à renoncer a la liberté et à la franchise. C'est dans ce temps mystérieux , c'est dans cette conjoncture surprenante , que Dieu , qui sait rehausser magnifiquement les humiliations de son Fils, lui doune le nom de Jésus et la qualité de Sauveur du inonde. Il lui rend par ce moyen tout ce qu’il semble avoir perdu. Pendant que le Fils de Dieu se range parmi les captifs, il en est fait le libérateur, et rentre sous un autre nom dans les droits de sa royauté et de son empire ; parce qu’il devient, par un nouveau titre, le Seigneur de tous ceux qu'il sauve, et s'acquiert autant de sujets, qu'il rachète de pécheurs et qu'il affranchit d'esclaves.

1 Cal. v,s

La grâce du jubile sc trouve enfermée si heureusement dans le saint nom de Jésus et dans le texte de mon Évangile , que je ne puis rien traiter de plus convenableà ce concours de solennités. Mais saint Paul ayant prononcé que « nul ne « peut même nommer le Seigneur Jésus sans la • grâce du Saint-Esprit 1 , . moi , qui dois vous expliquer le mystère de ce nom aimable et en faire tout le sujet de mon discours , combien ai-je donc besoin de l'assistance divine? Je la demande humblement par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.

Combien grande, combien illustre, combien nécessaire est la grâce que nous apporte le Sauveur Jésus en nous délivrant de nos péchés! On le peut aisément comprendre par la qualité du mal dont elle nous tire. Car le péché n’étant autre chose que la dépravation de l’homme en luimême et dans sa partie principale, il est clair que les maux qui nous attaquent dans notre fortune ou même dans l'état de notre santé et dans notre vie, n'égalent pas celui-ci en malignité; et que c'est le plus grand de tous les maux , puisque c'est celui qui nous fait perdre le bon usage de la raison, l'emploi légitime de la liberté, la pureté de la conscience , c'est-à-dire , tout le bien et tout l'ornement de la créature raisonnable. Mais , mes frères , ce n'est pas assez ; et voici ce qu’il y a de plus déplorable. Le comble de tous les malheurs , c'est que cette volontaire dépravation ne corrompt |>as seulement en nous ce qu'il y a de meilleur; mais encore nous rend ennemis de Dieu, contraires à sa droiture , injurieux à sa sainteté , ingrats envers sa miséricorde, odieux à sa justice, et par conséquent soumis à la loi de ses vengeances. Tellement qu'il n’y a nul doute que le plus grand mal de l'homme ne soit le péché : et si jusques à présent il y a eu plusieurs Jésus et plusieurs Sauveurs, maintenant il n'est plus permis d'en connaître d'autres que celui que nous adorons , qui , nous sauvant du péché comme du plus grand de tous les malheurs, mérite d'étre nommé le véritable Jésus, l'unique libérateur, et le Sauveur par exeellenee.

La grâce du jubilé qui nous a élé accordée durant ces saints jours, jointe â la réception des saints sacrements et aux pieuses pratiques qui nous ont été ordonnées , fait en nous une entière application de ce beau nom de Sauveur que lu F'ils de Dieu reçoit aujourd’hui : et le concours de ees choses m'oblige à traiter à fond de quelle manière ce divin Sauveur nous délivre de tous nos péchés. Or, dans le dessein que je me propose de

i Cor. xti, 3.

DE NOTRE-SEIG.NEUR

vous expliquer le mystère du nom de Jésus ■ , et le salut qui nous est donné en Notre- Seigneur, je ne trouve rien de plus convenable que de vous proposer, aussi nettement que mes forces le pourront permettre , une excellente doctrine de saint Augustin , dans le second livre du second ouvrage contre Julien , où ee grand homme remarque que cette délivrance de tous nos péchés a trois parties principales et essentielles. Carexpliquant ces paroles de saint Jean-Baptiste : - Voici l'Agneau de

• Dieu , voici celui qui été le péché du monde ’ ; • il enseigne que le Fils de Dieu ôte en effet les péchés , et parce que » il remet ceux qu’on a com-

• mis , et parce qu'il nous aide pour n'en pluscom-

• mettre, et parce que , par plusieurs périls et

• par plusieurs exercices, il nous mène enfin à

• la vie heureuse où nous ne pouvons plus en

■ commettre aucun: Totlit aulem , et dimittendo quœ facta sunl,... et adjuvandu ne fiant, et perducendo ad vilain ubi fieri omnino non possiat

Et certes , quand nous abandonnons au péché notre liberté égarée , il a sa tache qui nous déshonore et sa peine qui nous poursuit ; et quand il uous a été pardonné par la grâce du saint baptême et par les clefs de l'Église , il a encore ses appâts trompeurs et ses attraits qui nous tentent : Vnusquisque tentatur a concupiscentia sua 4 ?

« Chacun est tenté par sa propre concupiscence. » Et dans la plus grande vigueur de la résistance, voire même dans l'honueur de la victoire , si flous vivons sans péché , nous ne vivons pas sans péril , ayant toujours eu nous-mêmes cette déplorable facilité et cette liberté malheureuse de céder A notre ennemi. Aiuai ledivln Jésus, pour être notre Jésus, et remplir toute l'étendue d'un nom si saint et si glorieux , doit nous délivrer par sa grâce, premièrement du mal du péché , secondement de l'attrait , troisièmement du péril. C'est ce qu'il commence en cette vie et qu'il achève dans la vie future; il le fait successivement et par ordre. Il Aie ! le mal du péché , par la grâce qui nous pardonne : ! il en réprime en nous l'attrait dangereux , par la grâce qui nous aide et qui uous soutient : il en I arrache jusqu'à la racine , et le guérit sans retour dans la bienheureuse immortalité , par la grâce : qui nous couronne et récompense : ik t gratta régénérante non imputandum , Dci gralid nos juvanle frenandum, Dci gratin rémunérante

' Oo lit eu tnarrp du manuscrit les pantin luiraotes, qui font voir que l'auteur a voulu approprier ci- sermon nu tour de la uaisaaoor du Sauveur : « Au jour de la naissance du Sau-

■ veur, J'entnqsrends de vous faire s cslr quelle est la cause de

■ son arrivée, quel est le nia! dont 11 nous sauve, et quel est « le salut qu'il nous apporta. » {Edit, de De/orie.)

■* Joute. I, i9.

1 Ope r. imper/. cont. Jul. llb 11 , n' St. hom- X , col. MG.

* Jac. 1 j la.

sanandum Par conséquent , chrétiens , si vous voulez saintement jouir du sulut qui vous est offert , et de l'indulgence générale qui vous est donnée par l'autorité de l'Eglise au nom de notre Sauveur, reconnaissez humblement et avec de continuelles actions de grâces , le pardon qui vous n été accordé; combattez avec fol et persévérance l'attrait tyrannique qui vous porte au mai ; et aspirez de tout votre cœur nu parfait repos et à la félicitéconsonunécou vous n’aurez plus à craindre aucune faiblesse. Voilà les trois grâces qui sont enfermées dans le nom et dans la qualité de Sauveur, dont j'espère vous montrer l’usage dans les trois points qui partageront ee discours.

rasMiea point.

Quoique j'aie déjà tracé quelque image du mal que le péché fait en nous, l'ordre de mon discours exige de moi que j'en donne une idée plus forte , et que j 'établisse les choses en remontant jusques à la source de tout le désordre. Pour raisonner solidement,jeeommencerai, chrétiens, àdéflnirle péché. Le péché est un mouvement de la volonté humaine contre les règles invariables de la volonté divine. lia donc deux relations; il estla malheureuse production de la volonté humaine , et il s'élève avec insolence contre les ordres sacrés de la volonté divine; il sort de l'une et résiste à l'autre : et par là il est aisé d'établir, selon la doctrine de saint Augustin ■ ,en quoi le mal du péché consiste. il dit qu’il est renfermé en une double contrariété, parce que le péché est contraire à Dieu , et qu’il est aussi contraire à l'homme. Contraire à Dieu , il est manifeste , parce qu'il répugne à ses saintes lois : contraire à l'homme , c'est une suite , à cause que l'attachement à ses propres inclinations , comme à des lois particulières qu'il se fait lui-même , le sépare des lois primitives , et de la première raison à laquelle il était uni par son ori ginc céleste. Ainsi il le tire de son ordre et lé dérègle eu lui-même. D'ou il parait , chrétiens, que le péché est également contraire à Dieu et a l'homme; mais avec cette différence qu'il est contraire à Dieu parce qu’il est opposé à sa justice ; mais de plus contraire à l'homme parce qu'il est nuisible a son bonheur : c'est-à-dire , contraire à Dieu comme à la règlequ'il combat , et outre cela cootraire à l'homme comme au sujet qu'il corrompt. Ce qui fait dire au Psalmiste, que < celui qui aime l'iniquité, a de l'aversion pour son âme ; * à cause qu'il y corrompt avec sa droiture les principesdesa santé , de sou bonheur et desa l ie : (fui diligit iniquitatem , odit animant suc. m *,

1 Llb. Il , eont. Jul. cap. IV, n" 0, I. x, col. S3X.

1 De Civil. Dei, llb. xn , cap. Ui. t. rn , çol. 309.

' Pt. I, ».

roun LA CIRCONCISION

SCO

Et certes, il eût nécessaire que les hommes se perdent eux -mêmes en s’élevant contre Dieu. Car que Sont-ils autre chose, ces hommes 'rebel les, que sont-ils , dit saint Augustin , que des ennemis impuissants, mais « ennemis de Dieu, pour- ■ suit-il, par la volonté de lui résister, et non par « le pouvoir de lui nuire ? ■» Inimtci Dco resistendi t'olunfatc , non pote s talc lœdendi ‘.Et de là ne s’ensuit-il pas que la malice du péché , ne trouvant point de prise sur Dieu qu’elle attaque , laisse nécessairement tout son venin dans le cœur de celui qui le commet? comme la terre, qui élevant des nuages contre le soleil qui l’éclaire, ne lui ôte rien de sa lumière, et se couvre seulement de ténèbres; ainsi le pécheur téméraire résistant follement à Dieu , par un juste jugement, n’a de force que contre lui-même, et ne peut rien que se détruire par son entreprise insensée.

C’est pour cela que le roi-prophète prononce cette malédiction contre les pécheurs : Giadius eomm inlret in corda ipsorum , et arcus corum confringatur * : * Que leur épée leur perce le « cœur, et que leur arc soit brisé. Vous voyez deux sortes d’armes entre les mains du pécheur, un arc pour tirer de loin , une épée pour frapper de près : l’arc se rompt, et est inutile; l’épée porte son coup , mais contre lui-même. Entendons : le pécheur tire de loin contre le ciel et contre Dieu , et non-seulement les traits n’y arrivent pas, mais encore l’arc se rompt nu premier effort. Impie, tu t’élèves contre Dieu, tu te moques des vérités de son Évangile, et tu fais un jeu sacrilège des mystères de sa bonté et de sa justice. Et toi, blasphémateur téméraire, impudent profanateur du saint nom de Dieu, qui, non content de prendre en vain ce nom vénérable qu’on ne doit jamais prononcer sans tremblement , profères des exécrations qui font frémir toute la nature, et te piques d’être inventif en nouveaux outrages contre cette bonté suprême , si féconde pour toi en nouveaux bienfaits ; tu esdonc assez furieux pour te prendre à Dieu de toutes les bizarreries d’un jeu excessif: ou bien , poussé par tes ennemis sur lesquels tu n’as point de prise, tu tournes contre Dieu seul ta rage impuissante, comme s’il était du nombre de tes ennemis , et encore le plus faible et le moins à craindre ; parce qu’il netonnepas toujours , et que , meilleur et plus patient que tu n’es ingrat et injurieux , il réserve encore à la pénitence cette tête que tu dévoues par tant d’attentats à sa justice. Tu prends un arc en ta main , tu tires hardiment contre Dieu, et les coups ne portent pas jusqu'à lui , que sa sainteté

1 Dr Civil. Dn, ub (aura

* P». XXXVI. JC

rend Inaccessible a tous les outrages des hommes. Ainsi tu ne peu* rien contre lui , et ton arc se rompt entre tes mains, dit le roi-prophète. Mais, mes frères, il ne suffit pas que son are se brise , et que son entreprise demeure inutile; il faut que son glaive lui perce le cœur, et que , pour avoir tiré de loin contre Dieu , il se donne de près un coup mortel , si le Sauveur ne le guérit par miracle. C’est la commune destinée de tous les pécheurs : le péché , qui trouble tout dans le monde, met le désordre premièrement dans celui qui le commet. La vcngence, qui sort du cœur pour tout ravager, porte toujours son premier coup et le plus mortel sur ce cœur qui la produit, la nourrit. L’injustice, qui veut ravir le bien d’autrui , fait son essai sur son auteur, qu’elle dépouille de son plus grand bien, qui est la droiture, avant de ravir et d’usurper celui des autres. Le médisant ne déchire dans les autres que la renommée , et déchire en lui la vertu même. L’impudicité, qui veut tout corrompre, commence son effet par sa propre source ; parce que nul ne peut attenter à l’intégrité d’autrui que par la perte de la sienne.

Ainsi tout pécheur est ennemi de sol-même , corrupteur en sa propre eonscienccdu plus grand bien de la nature raisonnable , c’est-à-dire , de l'innocence. D'ou II s'ensuit que le péché , je ne dis pas dans ses suites, mais le péché en lui-même, est le plus grand et le plus extrême de tous les maiix : plus grand sans comparaison que tous ceux qui nous menacent par le dehors , parce que c’est le dérèglement et l’entière dépravation du dedans ; plus grand et plus dangereux que les maladies du corps les plus pestilentcs, parce que c’est un poison fatal à la vie de l'àme; plus grand que tous les maux qui affectent notre esprit , parce que c’est un mal qui corrompt notre conscience; plus grand par conséquent que la perte de la raison , parce que c’est perdre plus que la raison que d’en perdre le bon usage , sans lequel la raison même n’est qu'une folle criminelle. Enfin, pour conclure ce raisonnement, mal par-dessns tous les maux , malheur excédant tous les malheurs, parce que nous y trouvons tout ensemble et un malheur et un crime. Malheur qui nous accable et crime qui nous déshonore; malheur qui nous été toute espérance, et crime qui nous été toute excuse ; malheur qui nous fait tout perdre pour l'éternité, et crime qui nous rend coupables de cette perte funeste et no nous laisse pas même sujet de nous plaindre.

Pourquoi pour l’éternité? car il faut encore expliquer ceci en un mot , pour entendre de quel mal Jcsus-Christ nous sauve. Ici je pourrais vous dire que Dieu étant éternel , if ne faut pas s’éton-

DE NOTRE-SEIGNEUR

ner qu’il ait des pensées éternelles et que tout l'ordre de ses conseils se termine à l’éternité. Je pourrais encore ajouter qu’ayant résolu poureette raison de se donnera la créature paruncéternclle communication, cllese rend digne d’un mal éternel, quand elle perd volontairement un bien qui le pouvait être. Mais je veux entrer plus avant dans la nature du mal : c’est dans cette source intime de malignité, c'est dans la secréte et profonde disposition des volontés déréglées , que je veux découvrir la cause funeste de l’éternité malheureuse qui menace les impénitents. Je demande seulement que vous m’accordiez que nul homme ne veut voir la fin de sa félicité ni de son bonheur.

Il ne faut point de raison ; la nature parle : partout où l'homme établit sa félicité , qui ne sait qu’il voudrait y joindre l'éternité tout entière? Maintenant en quoi est-ce que le pécheur a mis sa félicité? Il l'a mise dans les biens sensibles : et c'est en cela, dit saint Augustin, que consiste son déréglement , que «lui, qui peut aspirer à la » jouissance des biens éternels , abandonne lèche- » ment son cœur âl'nmour des biens périssables:» lnextremiboni ditcctioneturpitervolutatur, cui pritnis inhœrere fruique concessum est'. Que s'il y établit sa félicité , par les principes posés , il s'ensuit qu'il voudrait y voir l’éternité attachée. Tous nos désirs déterminés enferment je ne sais quoi qui n'a point de bornes et une secrète avidité d’une jouissance étemelle, La volonté ne veut être ni empêchée , ni interrompue , ni troublée dans son action ; si bien que tout ce qu’elle aime , elle voudrait et l’aimer toujours et le posséder éternellement, sans appréhension de le perdre. Consultez votre cœur, jamais l’homme ne veut voir la flu ni de son plaisir ni de son bonheur. C’est alors que In pensée de la mort nous est plus amère ; la loi de Dieu nous devient incommode et importune, parce qu’elle nous contrarie ; et si notre cœur en était cru , il abolirait cette loi qui choque son inclination , par la force d’un secret instinct , qui veut lever tout obstacle à scs passions et par conséquent les rendre Immortelles. Dans cette mallieureuse attache, combien de fois avez- vous dit que vous ne vouliez jamais rompre? dans la j haine, Je ne le veux jamais voir? Eloignement éternel des choses qui nous répugnent, éternelle possession de celles qui nous contentent , c’est le secret désir de notre cœur ; et si l’effet ne s'ensuit pas, ce n'est pas notre volonté, mais notre mortalité qui s'y oppose.

Et ne me dites pas , ô pécheurs ! que vous prétendez vous corriger quelque jour. Car, au contraire , dit excellemment le grand pape saint Grégoire , « Ira pécheurs font voir assez clairement

Dc.Vfftl Rtl. c.v p SLV, n* 83 , 1. 1 , col. 778.

» qu’ils voudraient pouvoir contenter sans fin leurs - mauvais désirs , puisqu’ils ne cessent en effet « de les contenter tant qu’ils en ont le pouvoir, et » que ce n’est point leur choix, mais la mort qui « met fin à leurs désordres et à leurs poursuites.

« C’est donc, conclut ce grand pape, un juste jugementdc Dieu qu’ayant nourri dans leurs cœurs » uncsecrète avidité depéchcrsaus fin, Ils soient » punis rigoureusement par des peines Interminn- » blés qui n’en ont pas , et qu'ils ne trouvent non

■ plus de bornes dans leurs supplices, qu’ilsn’en » ont voulu donner à leurs excès détestables : ■ Non corda hominum, sed facta pensavit. Iniqui cnim idco cum fine deliquerunt , quia cumfinc vixerunt. Nam voluissent utique , sipotuissent, sine fine vivcrc, utpotuissent sine fine pcccare. OstendUnt enim quia in pcccato semper vivere cupiunt, qui nunquam desinuni pcccare dam vicunt. Ad magnam ergo juslitiam judicantis pertinct, ut nunquam carcant supplicia , qui in Aac vita nunquam voluerunt carere pcccato '.

Entrez donc aujourd’hui, mes frères, dans la profondeur de vos maux , et voyez de quel abhne Jésus-Christ nous tire. Il est temps maintenant que nous célébrions les miséricordes de ce Sauveur qui nous est donné aujourd’hui contre un si grand mal ; de ce puissant Médiateur de la nouvelle alliance , qui s'est mis entre Dieu et nous , afin de porter pour nous tout le poids de sa colère implacable ; qui a noyé nos péchés , non plus au foud de la mer, comme disait le prophète ’ ; mais dans le bain salutaire , dans le déluge précieux de son sang; qui nous a renouvelés par sa grâce, consacrés et sanctifiés par son Saint-Rspril , qu'il a répandu en nous comme un gage de vie éternelle. Accourez Ici, chrétiens: Siugnificate Dominum mecum, et exaltcmus nome» ejus in idipsum 3 :

■ Glorifiez tous ensemble avec moi Notre-Scigneur, « et ne cessons jamais d’exalter son nom ; » ce nom aimable, ce nom de Jésus, notre unique consolation et l’appui de notre espérance. Je m’en vais vous raconter les miséricordes qu’il a exercées dans la rémission de nos crimes.

Quand le souverain accorde une grâce et une rémission, ou il relâche toute la peine, ou il la eommue; et le Sauveur se sert do ces deux manières dans la rémission de nos crimes. Par la grâce du saint baptême, il donne une entière abolition ; il fait des créatures nouvelles, sur lesquelles il répand si abondamment sa miséricorde, qu’il ne réserve aucun droit ni aucune peiue à sa justice irritée. Mais quand nous avons violé ca pacte sacré du baptême , manqué à la foi donuée ,

1 Dial. Ilb. iv, cap. xuv, n , col. rit.

1 Mich. vu, 18.

* Pi. xxvill.s.

POUH LA CIRCONCISION

foulé aux pieds indignement lesangde la nouvelle alliance par lequel nous avons été rachetés et purifiés; c'est une doctrine constante qu'il se montra plus rigoureux , et réserve quelque peine : non que son sang ne soit suffisant pour emporter une seconde fois lacoulpe et In peine; mais il [en[ dispense l'application selon lesordres de sa sagesse, et suivant qu'il nous est utile pour nous retenir dans un penchant si dangereux. Car alors il ne permet pas que nous sortions tout à fait des liens de la justice ; en pardonnant aux pénitents la peine éternelle quelle jamvait exiger, il lui laisse néaninoinsquelque prise; afin que uous ressentions par quelque atteinte les engagements malheureux et inévitables où nous nous étions jetés. » Et ainsi ,

• dit saint Augustin , il accorde tellement la

• grâce , qu'il ne relâche pas tout à fait la séi érilé

- de la discipline : » Sic imperiilur largilas misericordiœ, ut non omitlatur severitas disciplina'.

C'est pourquoi deux prisons dans l'Évangile. Une prison éternelle, où cent portes d'airain ferment la sortie, où un vaste chaos', une immense et insurmontable séparation rend le ciel pour jamais inaccessible. Et il y a une autre prison, dont Il est écrit qu'on n'en sortira qu'nprès avoir payé jusqu’à la dernière obole 5 ; et c'est cette prison temporelle que les Pères et les saints conciles et l'ancienne tradition appellent le purgatoire. Quoique cette peine soit bornée à un certain temps , il cstalsédc comprendre , comme saint Augustin l'a remarqué », qu'elle passe de bien loin toutes celles que nous ressentons en cc corps mortel. « Tout

- est ombre, tout est figure en ce monde: * Figura hujus mundi s. En l'autre, il n'en est pas ainsi : là s'exerce la justice, là se ressent la vérité sans mélange. Et c'est pourquoi le Sauveur, qui ne sc lasse jamais de nous bien faire, use encore d'une seconde commutation. La première a changé la peine étemelle en des peines temporelles; mais peines du siècle futur, mais peines qui ont un poids extraordinaire ; il consent que nous subissions en échange les peines de celte vie.

De là les saintes sévérités de l'ancienne pénitence, qui soumettaient les pécheurs à de longues humiliations , à des rigueurs inouïes qui se pratiquaient sans relâche durant le cours de plusieurs années. Une profoude terreur de la justice div ine leur faisait chercher quelque proport ion nvec scs règles rigoureuses. Ainsi lescilices, les prosternements, les gémissements et le pain des larmes, le renoncement à tous les plaisirs, même aux olus

1 S. Aug. de Conti». n* !S,t. VU Coi. SOS.

1 /.vr. xvi, 2«.

> J UoUb. V, M.

• Snar. i<i Pt. XXXVII , n* J , I IV. col M S.

» l. Cor vil, 31.

innocents , étaient l’exercice des saints pénitents, qui s'estimaient trop heureux d'éviter par une si faible compensation les peines de la vie future , quoique déjà modérées, mais toujours plus Insupportables que toutes cel les de cette v ie. Notre extrême délicatesse ne peutencoresouffrirce tempérament : soldats lâches et efféminés, et indignes de marcher sous l'étendard de la croix , nous ne pouvons endurer Indiscipline de notre milice ; et voici que le Sauveur sc relâche encore, il fait une troi- sième commutation des peines que nous avions méritées. Il change les anciennes austérités en quelques jeûnes, quelques stations, des prières et des aumônes; et pourvu que le cœur du moins soit percé des saintes douleurs de la pénitence et rempli de scs amertumes , il permet à son Église d'user d'indulgence. C'est la grâce du jubilé qui s'accorde sur la terre, et qui a son effet dans le ciel , conformément à cette parole qui a été dite à saint Pierre : * Tout ce que vous lierez sur la « terre , sera lié dans le ciel ; et tout cc que vous

- délierez sur la terre , sera délié dans le ciel : • Quodcumque ligaveris super terrain, eril ligalum in ccelis :etquodcumque solveris super terrain, eril solulum in calis '. Grâce singulière, grâce abondante , grâce qui tient lieu d'un second baptême à ceux qui sont disposés dans le degré que Dieu sait. O Jésus ! vraiment Jésus et Sauveur; A miséricorde infinie ! ■ C'est moi, dit ce grand « Sauveur, c'cst moi qui ai effacé tes iniquités ,

■ comme un nuage quis’évanouit : c’est moiqui les

- ai dissipées sons que vous en soyez jamais re- « cherché, comme une légère vapeur qui ne laisse v plus dans l'air aucun vestige : - J Jetai ut nubetn iniquitates, et quasi nebulam peccata tua : revertere ad me, quon iam redemi te'. O Sauveur! A Libérateur! Par quelles actionsde grâces?... « O deux! réjouissez- vous ; que votre re- « connaissance soit portée jusqu'aux extrémités

■ de laterre: queles montagnes tressaillent de joie « avec vous : que les déserts, les bois, les rivages,

• et enfin toute la nature ralentissent du bruit de

• vos louanges et de vos actions de grâces : • !. nudate, cœti, quonium misericordiam fecitDominus;jubitate,exlrema terrm ; rcsonate, montes, laudationem , saltus et omne lignum ejus1 * 3.

N'abusons pas, mes frères, d’une telle grâce. Le criminel qui n reçu son abolition , se regarde comme recevant une vie nouvelle, et considère le prince comme un second père qui lui rend , et la lumière , et la vie , et la société des hommes , et qui efface de dessus son front la tache honteuse qui le condamnait à une étemelle infamie.

1 StaUh. XVI, 19.

1 h. H IV, 32.

1 Ibid. XUV, 23.

DE NOTRE-SEIGNEUR

Regardons le divin Jésus notre roi, notre pontife, notre avocat, notre unique libérateur, comme celui seul par qui nous vivons *. Commençons donc aujourd'hui une vie nouvelle ; et pour n’être point méconnaissants de la grâce qui remet nos crimes, soyons fidèles à celle qui se présente pour nous aider à n’en plus commettre.

SÏCOXD POINT.

les médecins ordinaires nous traitent assidûment durant tout le cours de la maladie; quand la fièvre nous a quittés tout à fait, ils nous quittent aussi sans crainte , et nous laissent peu à peu réparer nos forces : si bien que la marque la plus certaine que le malade est guéri , c'est lorsque le médecin le laisse à lui-même et à sa propre conduite, pour achever de se rétablir. Les maladies de nos âmes ne se traitent pas de la sorte. Le péché, quoique guéri par la grâce justifiante , laisse néanmoins de si mauvais restes, et affaiblit tellement en nous le principe de la droiture, que la grâce médicinale ne nous est pas moins nécessaire pour conserver persévéramment que pour recouvrer la justice ; et si le médecin qui nous a traités nous abandonne un moment, la rechute est inévitable : Ktjiunt novissima hominis illius pejora prioribus ■ : • et le dernier état de cet homme -'devient pire que le premier. »

C’est ici qu’il nous faut entendre les faiblesses, les blessures , les captivités de notre nature vaincue; et nous verrons, chrétiens, que le péché nous séduit par tant d’artifices, nous gagne par tant d'attraits, nous pénètre par tant d’avenues, qu'il faut une prévoyance Infinie, et une puissance sans bornes, et un soutien sans relâche pour nous tirer de ses mains , et nous sauver de ses embûches. Et au dedans et au dehors , tout concourt a établir son empire. Et premièrement au dehors , tout ce qui est autour de nous nous est une occasion de péché ; tant nous sommes dépravés et corrompus ! ce qui est plaisant nous captive, ce qui est choquant nous aigrit. Notre bonne fortune nous rend superbes , celle des autres , en-

* Toute la grâce de la rémission est en Jésus-Christ. S'U faut éloigner de nous nos pédiés , qui nous fera celle grâce , sinon relui qui a pris sur soi nos iniquités , et a porlé nos crimes eu son propre corps ? S’il en faut effacer la taelie , quel autre que lui a donné son sang pour laver notre conscience des wuvres de mort? Qui est celoiqui les courre aux feus de Dieu , sinon celui qui uuus a rerélus de son iiuio. nocence? Qui empêche qu’on nous les impute, sinon celui dont la charité en a transporté sur soi-même (ouïe la peine ?

Cs morceau n'a point de place Are dans le manuscrit de l’auteur; Il est entièrement détaché du corps do discours, mais 11 s’y rapporte visiblement : c’est pourquoi nous h donnons a la lin du premier point, auquel 11 convient parfaitement, (tfdt'r. <tt Or/orii.)

’ Jf n«â. >11, iâ.

vieux; leurs malheurs nous causent un mépris Injuste, les nôtres un lâche abattement et le désespoir. Pour les amis , nous sommes flatteurs ; pour les ennemis, Inexorables; pour les indifférents, durs et dédaigneux ; par conséquent injustes pour tous. Nous corrompons toutesehoses: l’amitié par la complaisance et par les cabales, lasociété par les fraudes, les lois mêmes et les jugements par les partialités et par l’intérêt. Autant d'objets différents qui nous environnent , autant de pierres de scandale , autant d'occasions de dérèglements. Et pour le dedans , ô Dieu I quel désordre I Premièrement pour la connaissance ; ou l'ignorance nous l'ôte, ou la passion l’obscurcit, ou le défaut de réflexion la rend inutile, ou la témérité ruineuse. Tout ce qu'il y a de meilleur en nous tourne et dégénère en excès. Les simples sont grossiers, les subtils sont présomptueux. Les biens réels sont les moinsconnus, les idées lesplus véritables sont les moins touchantes; le spirituel est plus fort , le sensible est plus décevant ; la raison y succombe. Après cela, chrétiens, aurons-nous peine à connaître que nous avons besoin d'un Sauveur qui nous excite à chaque moment, nous soutienne en chaque occasion , nous prête la main à chaque pas, pour empêcher nos égarements et nos chutes ruineuses?

Ajoutons encore à toutes ces plaies celles que nous recevons par nos habitudes vicieuses ; car on ne sort pas de ce labyrinthe aussi facilement qu'on s’y engage. La volonté humaine, il est vrai,

; est naturellement indéterminée ; mais il n’est pas moins assuré qu’elle a aussi eelade naturel, quelle se fixe elle-même par son propre mouvement , et se donne un certain penchant dont II est presque impossible qu’elle revienne. Ainsi, par sa liberté naturelle elle est maîtresse de scs objets, qu elle peut prendre ou rejeter comme il lui plait ; mais autant qu’elle est maîtresse de ses objets , autant est-elle capable de se lier par ses actes. Elle s’enveloppeelle-mêmedanssonproprcouvragecommc un ver à soie; et si les lacets dont elle s'entoure : semblent de soie par leur agrément, Ils ne laissent pas toutefois de surmonter le fer par leur dureté. Non, elle ne peut pas si facilement percer In prison qu'elle se fait , ni rompre les entraves dont elle se lie. Et ne me dites pas ici que , puisque vos engagements sont si volontaires , la même volonté qui les fait les pourra facilement dénouer. Au contraire, c’est ce qui fait la difficulté, de ce que la même volonté qui s'est engagée , est aussi obligée de se dégager : c'est elle qui fait les liens et qui les veut faire, et elle-même qu’il faut employer pour les dénouer; elle-même qui doit tout ensemble soutenir le choc et livrer l’assaut. Qui ne voit donc manifestement que s'il ne lui vieut

ized by Càooglc

POUB LA CIRCONCISION

du deoors quelque force et quelque secoure , elle combattra en vain , et ne fera que s'épuiser par des efforts inutiles? Car, comme dit saint Ambroise:

• On n'est pas longtemps fort et vigoureux, quand

• c’est soi-méme 1 [qu'il faut vaincre. Le combat

• qu'on est oblige de soutenir contre soi-méme « et scs propres cupidités , est trop rude pour « qu’on puisse , seul , en sortir victorieux : * Advcrlis quant grave ccrtainm sit, quoil est intra hominem ,- utsecum ipscconfligat, cum suis cupiditatibus prœtielur;... nec poluissc evadere, nisi esset liomini Jesu gratta liberutus \ . Bien- « tôtl’hommc misérable sevoitendangerdepérir,

« si son Dieu ne vient à son secours , s'il ne crie

• vers lui au milieu de scs frayeurs, en lui disant :

■ 0 Seigneur! délivrez mon âme: » Miser homo congreditur, ut vincat, et ipse in periculum ruit, nisi liomini nomen adfuerit, nisi cum verctur, oraverit dicens: O Domine, libéra animant meam J. • La victoire est donc réservée à celui seul

• qui met sa confiance dans la grâce, etqui nepré-

• sume point de ses forces : » llle vincitgui gratiam Dci sperat, non gui de sua virtute prœsumit*. Mais après que la grâce du Sauvcurnous a fait triompher de nous-mêmes , il faut des précautions pour persévérer dans cette heureuse liberté. Plus les dangers sont multipliés , plus il est necessaire de se tenir en garde, d'apporter de soin et d'application à l’affaire de son salut. Malheur â ceux, ou qui oublient l'état d'où la bonté divine les a tirés, ou qui négligent de prendre les moyens qu'elle leur prescrit pour assurer ses dons 1 Tu t'endors déjà, pécheur, miraculeusement délivré par une charité toute gratuite : tu prétends te reposer , comme si tu n'avais plus d'ennemis A craindre : tu marches au milieu des périls auxquels tu t'exposes encore , avec une securité dont tu es le seul qui ne sois pas effrayé. Ces occasions , qui te sont devenues mortelles , ne te paraissent plus dangereuses; tu recommences à te familiariser avec les objets de tes passions. Les diflicultés presque Insurmontables que tu avais éprouvées dans l’œuvre de ta conversion , ces douleurs si vives et si profondes que tu t'es vu obligé de ressortir pour t’arracher à la créature et à toi-méme, ne te retiennent pas. Ingrat , tout ce que la grâce a fait pour briser les chaînes de ta volonté captive , ne te touche plus. Tu semblés regretter ton ancien esclavage , et vouloir secouer le joug du nouveau maître qui t'avait affranchi en te recevant sous son

• II noos manque Ici dan» le manuscrit un finjillct, qui i't*t trouvé éynré. Pour lier ce qui précède avec ce qui mil , nous avons tâché de remplir In lacune, par le raorcwui qui eat mi» entre deux crocheU- {Edit, de

* S. Àmbr. in P», cxxvill ,D**a,U, col. 1234.

> ld.de Otot. Theodot. Oral. n"24, t. Il , eol. ISO».

« Jbid. D* 2*.

empire. Les pratiques de la piété ne t'inspirent que du dégoût ; la géne et les contraintes d’une vie réglée te sont insupportables. Tu renonces peu A peu aux exercices pénibles mais salutaires de la vio chrétienne que tu avais embrassée. Tu n'envisages qu'avec horreur la mortilication et les austérités de cette pénitence qui avait tant contribué à te rendre la vie, qui devait servir à l'augmenter, à la conserver en toi, en y faisant mourir àjamais le péché. Le monde et ses plaisirs l'emportent Insensiblement sur ton cœur par leurs funestes attraits.] Va, tu périras misérablement , et ta perte sera signalée par un infâme naufrage.

l’ar conséquent, chrétiens, soyons sobres et vigilants; marchons avec crainte et circonspection. Méditons ccs paroles de Tertnllicn : Uns inter scoputos , has inter /empestâtes fuies navigat tuta, si sollicita ; secura , si attonita ' : .

. Parmi tant d’orages , parmi tant d’écueils, la foi ■ sera ferme si elle est craintive; et naviguera « sûrement , si elle marche toujours tremblante et « étonnée de ses périls. . Et c'est après les bienfaits , c'est après les grâces et les indulgences , que la crainte doit être plus grande. Car la vengeance suit de près l'ingratitude ; et rieu n’trrite tant la bonté que le mépris qu’on en fait. C’est pourquoi le Saint-Esprit, ayant représente aux (ialates , par la bouche de l'Apêtre, les immenses bontés de Dieu, leur adresse ces paroles : K otite errare, üeus non irridetur • : « Ne vous y trompez pas ,

« on ne se moque pas de Dieu. • Non , non , ne vous trompez pas par cette fausse idée que vous concevez des miséricordes divines. Cette bonté de Dieu , que vous vantez tant , et que vous faites l'appui de vos crimes , n'est pas une bonté insensible et déraisonnable , sous laquelle les pécheurs vivent â leur aise. C'est une bonté vigoureuse et juste. Dieu est bon , parce qu'il est ennemi du mal ; et il exerce l'amour qu'il a pour le bien , par la haine qu'il a pour le crime. Sa justice est lente, mais non endormie : ne vous persuadez pas qu’il prétende flatter par sa patience l’espérance de l'Impunité ; autrement vous vous feriez , non un Dieu vivant , mais une idole muette et insensible , un Dieu bon jusqu'au mépris , et indulgent jusqu’à la faiblesse. Nolite errare : il n'en est pas de la sorte; on ne se moque pas de lui. Et qui sont ceux qui s'en moquent, sinon ceux qui abusent de ses boutés; qui croient qu’on leur donne le temps de pécher, parce qu'on leur en donne pour se repentir ; qui fout un jeu sacrilège de ses sacrements , du ministère des clefs , et des indulgences de sa sainte Église; qui tournent contre lui tous ses bienfaits , et font de ses miséricordieuses fa-

* Dr Idolol. U" 24.

1 Gat. *| , 7.

DE NOTRE-SEIGNEÜR.

cllités un chemin à la rébellion et à la licence? Donc , mes frères , que ce jubilé finisse nos ingratitudes. Ne nous moquons pas de Dieu : car, comme ajoute l’Apôtre, « l’homme recueillera ce qu'il aura « semé ' ; « de peur qu’il ne se moque à son tour, et que nous ne puissions soutenir cette cruelle et insupportable moquerie. Ah ! mes frères , détournons nos yeux ; je veux espérer de vous de meilleures [dispositions]. Prions le divin Sauveur qui a lavé tous nos péchés , qu'il guérisse encore toutes nos langueurs , et par là nous obtiendrons la dernière grâce, qui est celle d'étre à jamais impeccables. C’est ma dernière partie.

TROISIEME POINT

C’est donc ici, chrétiens, la dernière grâce, l’assurance , le prix , la perfection et le comble de toutes les autres , d'être menés à la vie où nous serons impeccables, où nous jouirons éternellement avec les saints anges de cette heureuse nécessité de ne pouvoir plus être soumis au péché. C'est pour cela qu'il nous est né un Sauveur sur qui le péché ne pouvait jamais avoir de prise , afin que , régénérésdu même Esprit dont il aété conçu, nous puissions par sa grâce devenir un jour heureusement incapables de succomber au péché. C’est là le bonheur parfait, c’est le salut accompli, c’est enfin le dernier repos qui nous est promis en Notre- Seigneur. Le commencement de notre repos, c'est de pouvoir ne plus pécher; la fin de notre repos, c’est de ne pouvoir plus pécher. Le commencement de notre repos , c'est de pouvoir être justes ; la fin de notre repos , c'est d'avoir une assurance certaine, infaillible, de ne déchoir jamais aux siècles des siècles , de la grâce ni de la justice.

Pour comprendre profondément la différence de ces deux repos , dont l'un est la consolation de la vie présente, et l’autre est la félicité de la vie fùture , Il faut remarquer, messieurs , que par la grâce du christianisme nous sommes très-assurés que Dieu ne nous délaissera pas ; mais nous ne sommes pas assures que nous ne délaisserons pas notre Dieu ; c'est-à-dire , si nous l'entendons , que nous sommes assurés de Dieu , mais toujours incertains de nous et de notre propre faiblesse. Nous sommes assurés de Dieu ; car nous sommes très-assurés qu'il ne quitte point, si on ne le quitte : il ne change pas comme un homme , et ■ ses dons ,

• dit le saint apôtre 1 , feont sans retour et sans re-

• pentance. » Jésus invite à lui tous ceux qui ont soif de la vérité et de Injustice : mais lul-méme il a soif des âmes ; il donne plus volontiers que les autres ne reçoivent. Il ouvre ses bras à tous, à tous son sang et ses plaies , à tous sa miséricorde

• c..;/ VI, s.

* Rom. vi , 20

tes

et sa grâce ; et « si on ne l'abandonne , Il n’aban - * donne jamais : • Non deserit, nisi deseratur ' . C’est la doctrine de tous les saints Pères, c'est la fol constante de tous les conciles ; c'est l’espérance de tous les fidèles ; si quelqu'un le nie , qu'il soit anathème. La foi de Dieu nous est engagée , ainsi qu’il l'a assuré par son saint prophète : ■ Je vous « ai épousée en foi : • Despondi te mihi in fidc ’ : et cette parole est sacrée, cette foi est inviolable; c’est à Jésus-Christ qu'elle est donnée, et son sang nous est le gage de sa vérité infaillible. C’est pourquoi tous les oracles divins nous assurent que le traité qu’il fait avec nous est un traité éternel : Fcriam vobiscum pactum sempitemum J ; c'est-à-dire, que notre grand Dieu, toujours fi dele à sa vérité et à ses promesses , ne quitte jamais de lui-même ceux qu'il a une fois admis à la nouvelle alliance , à la société de sou fils et à l'unité de ses membres. Mais si nous sommes bien assurés qu'il ne rompra pas le traité, nous ne sommes pas assurés de ne le pas rompre. Il est vrai ,'eet Epoux toujours fidèle ne fera jamais de divorce : mais1 que son amour est délicat! mais que sn jalousie est scrupuleuse! Cette âme, perfide et ingrate épouse, qui tant de fois s'est souillée d'un amour indigne et profane, l'obligera peut-être à se séparer; et ainsi , dit le prophète [ Isaïe, ■ elle dissipe, elle viole le pacte éternel : ■

■ Oissipnverunl fendus sempitemum*. Comment est-il dissipé, s’il est éternel et irrévocable? » C’est à cause , dit ce prophète , què les hommes ont transgressé la loi ancienne, et qu’ils ont i changé le droit établi : » Transgressa sunt loges, muta rr ru a c’est-à-dire, si nous i’en tend mis, que.le pacte était éternel de la part de Dieu , mais qu'il a été rompu de la part des hommes. Celui qui est immuable, est toujours prêt à demeurer ferme , mais l'homme qui change à tout vent, comme la face de la mer, a tout renversé en manquant à la foi donnée. Voilà donc , âmes chrétiennes, quelle est notre assurance durant cette vie ; voilà quel est notre repos durant cet exil. Grand et admirable repos ! car qu'y a-t-il de plus grand que d'être assuré de Dieu? mais Incertitude terrible ! car qu’y a-t-il de plus misérable que de n'être pas assurés de nous?

Viendra donc enfin le dernier repos et l’assurance parfaite , où nous serons assurés de Dieu et non moins assurés de nous. Nous sommes déjà certains que Dieu ne peut jamais nous manquer de lui-même ; alors nous serons certains que nous ne

' S. Auj. i» Pi. u(, n' », t iv, col. ira).

* Ol. il , 20.

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