‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 89 sur 282 · AUTRE CONCLUSION · texte numérisé non relu

AUTRE CONCLUSION

DU MÊME SERMON1

Pour nous préparer à entrer dans cette joie abondante, accoutumons-nous ù la recevoir quand elle descend du ciel dans nos cœurs ; corrigeons les joies de la terre. Mais, A Dieu! à quelle joie abandonnons-nous notre cœur! Jésus-Christ est né , et avec lui , A douleur ! les profanes divertissements vont prendre naissance. [ Se ] masquer, [se] déguiser, danser, courir, aller deçà et delà ; dégoût , renouvellement d'ardeur, encore dégoût, mouvements alternatifs : voilà la grande occupation de ceux qui se disent chrétiens. Pendant que Jésus commence le cours d'une vie pénible , nous allons non pas commencer, mais continuer avec un renouvellement d'ardeur une vie toute dissolue. Le carnaval , mieux observé que le carême , va devenir la grande affaire du monde. Les forces épuisées, on n'en trouvera plus pour le saint carême : infatigable pour les plaisirs, on commence à devenir infirme pour la pénitence. Les médecins ne suffiront pas à écrire les attestations des infirmités , ni les prélats à en donner les dispenses. Chrétiens, consultez-lesdonc ; ne les croyez pas, seulement quand il s'agit de transgresser | les lois de l'Église ; demandez-leursi vos courses,

| si vos veilles, ces inquiétudes, ces chagrins dans I le jeu , et cette ardeur (pii vous transporte hors do I vous-mêmes, n'altèrent pas beaucoup plus un tempérament que le jeûne et l'abstinence.

Mais je laisse ces pensées , quoiqu'elles soient assez importantes : je veux bien ne parler pas , si vous voulez , de tous ces vains divertissements considérés en eux-mêmes. Parlons des circonstances qui le» accompagnent : oserions-nous y penser dans cette chaire ? O Dieu , pouvons-nous penser que parmi tous ces changements et toutes les joies sensuelles , nous puissions jamais conserver en nous une seule goutte de la joie du ciel? Les antres joies se peuvent mêler ; la variété et le mélange en font même le plus doux assaisonnement. Mais cette joie dont je parle est sévère, chaste, sérieuse, solitaire et incompatible : le moindre mélange la corrompt ; et elle perd tout son goût , si elle n'est goûtée toute seule. Ainsi quand vous ne feriez rien d'illicite (et plût à Dieu

1 Olte conclusion se trouve détachée de tout le reste du discours dans le manuscrit. Elle a été imprimée, dans l 'édition de D. Défbrta , à la tin du sermon précédent, comme en faisant partie intégrante. On «e convaincra, en ia Usant, qu Vile a été it la vérité composée pour ce discours, mats devant être préchée dans une circonstance différente. 11 nous a donc paru plus convenable de ta placer à la suite de ce sermon , mais séparément. ( Edit, de f criai lies.")

DK NOTRE-SEIGNEUR.

quo nwis n’eussions pas à nous en plaindre 1 ) ce n'est pas une vie cliréticnne ; vous perdez tout , dès là seulement que vous vous abandonnez à la joie mondaine. Est-ce en vain que Jésus a dit :

« Malhcurà vous qui riez 1 !» et encore : ■ Malheur • à vous, riches! car vous avez votre eonsola- « tion'? • Les richesses ne sont pas mauvaises; mais n’cmplnycr les richesses que pour vivre dans les plaisirs et dans les délices , pendant que les pauvres meurent de faim et de froid , est-ce une vie chrétienne? Que reproche Abraham au mauvais riche? ses rapines, ses excès, ses concussions, ses impuretés , scs débauches? Recepisti bona ’ :

» Vous avez reçu vos biens : » voilà son crime , voilà sa sentence. N’y a-t-il donc que des excès dans l'Évangile? Jésus-Christ n’a-t-il pnrle qu’en exagérant? Ne faut-il rien entendre à lu lettre ; ou faudra-t-il forcer toutes les paroles , faire violence à tous les préceptes en faveur de vos passions , et pour leur trouver des excuses?non, non, l'Évangile ne le souffre pas.

Mais je ne veux plus appeler que votre propre conscience : voulez-vous passer parmi ces plaisirs la dernière nnnée de votre vie? A cette heure tant chantée et si peu attendue, quand Jésus viendra frappera la porte, voulez-vous qu'il vous trouve ainsi occupés? Quelle folie , quelle illusion , que penchant toujours à la mort, et plutôt mourant que vivant, nous ne pouvons imprimer en nous les sentiments que la mort inspire I Peut-être que cette année nous sera funeste : ô Dieu , détournez le coup! combien menacés! Je veux bicu ne pas craindre encore l’irrégularité des saisons , Ira fléaux qui accablent nos voisins. Je ne veux point faire de mauvais présages : il y a dans ectauditoire des tètes trop précieuses dont nous souhaitons prolonger les jours, et même, sans hésiter, aux dépens des nôtres. Je ne consulte point les astres , ni leurs fabuleuses influences : des chrétiens s'amuser à ces rêveries criminelles, et attendre leur bonne fortune d'une autre source que de la divine Providence ! loin de nous ces prédictions. Je trouve tous les mauvais pronostics dans nos consciences , dans notre vie licencieuse et toute profane. J'ai peur que Dieu ne se lasse de supiwrter nos ingratitudes. Que ne vous éveillez-vous donc , et que ne pensez- vous à votre salut ? Retirez-vous des plaisirs du monde , [ travaillez à ] toujours circoncire, aujourd'hui un plaisir et demain un autre , une vanité et demain une autre , un besoin [et puis un aulre]:enfln vousn'aurez plus besoin quede Dieu, vousu'nurcz plus soif que de lajustice. Sivous pleuriez de bonne foi vos pé-

' lue. Tl, ».

» nu. si

> nu. xvi, ».

chés , s! vous pouviez vous déprendre deees plaisirs dégoûtants , de ces ennuyeuses délices dont vous devriez déjà être rassasiés, dont les sages espèrent toujours revenir (mais Dieu n’en donne pas toujours le temps ou la grâce) ; par la vérité de celui dont j’annonce la parole , de ce mépris des plaisirs et des joies mondaines naîtra un autre plaisir, plaisir sublime qui naît non du trouble de l'âme, { mais de iapaix d’une bonne conscience. ] Une goûte rassasiera votre cœur; mais cette goutte croîtra toujours, et enfin elle vous fera posséder l'océan tout entier et l’ablme infini de félicités, que je vous souhaite , au nom du Père, du Kils, et du Saint-Esprit.

Monseigneur*, quoique Votre Altesse Sérénlssime aille être rejetée plus que jamais dans ce glorieux exercice, dans ces illustres fatigues, dans ce noble tumulte de la guerre ; je ne crains pas de me tromper ni de parler à contre-temps, en lui proposant pour objet ee grand et éternel repos. Quand je médite attentivement tout l’ordre de votre conduite et les grands événements dont elle est suivie , j’en découvre quelque peinture dans ces paroles d'un prophète : Princeps vero ca quæ (ligna sunt principe cogilabil, et ipse saper duces stabit * : ■ Le prince prendra des pensées

• qui seront dignes d’un prince , et il commandera » à la tête des chefs et des capitaines. » En effet , Votre Altesse a pris des pensées dignes de son rang , de sa naissance et de son courage , quand elle s’est fidèlement attachée au plus grand monarque du monde , et que cherchant son honneur dans sa soumission , elle n'a médité que de grands desseins pour sa gloire et pour son service : Princeps ea (pics c ligna sunt principe cogitabit, et ipse super duces stabit.

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