AUTREMENT TRAITEE
Excellence du nom de Jésus : terribles engagements qoe le Sauveur contracte dans sa circoncision. Sentiments du pécheur réconcilié. Noirceur de l’ingratitude de celai qui retourne au péché.
Quand nous considérons la première idée que jette dans nos esprits le nom de Sauveur 3, rien
• La grand Coodé.
J U. «xli, *•
» • U naît comme un banni. 11 va à la cité de David ; à la ■ source de son extraction royale; mais les siens ne l’ont pas
• reçu. Une étable.... Comparatus est Jument* t : Il s’égale aux « animaux par la demeure, parce que les hommes se sont ra- « vllis Jusqu'à leur condition par leurs brutales convoitises....
• Il ne se sauve point à tuai a armée, U ss sauve comme an
POUR LA CIRCONCISION
ne nous parait ni plus beau , ni plus grand , ni plus , désirable. Ce nom inet tous les hommes aux pieds de Jésus , lui donne autant de sujets et de créatures nouvelles , qu'il délivre de captifs et qu’il affranchit d'esclaves, les attache à sa personne sacrée par les plusaimablesdc tous les liens, c’està-dire, par les bienfaits, le fait les délices du genre humain et l'objet éternel de notre amour. Mais certes quand on regarde en quoi en gage ce nom, on est saisi de frayeur, et on trouve qu’il y a de quoi frémir. Car la rémission de nos péchés ne nous a pas été accordée par une simple abolition, mais pas une satisfaction actuelle. Vous savez que la justice divine a voulu être payée ; et comme les pécheurs devaient à Dieu tout leur sang , lorsque Jésus entrepritde les sauver, il a obligé tout le sien , et il ne peut plus s’en réserver une seule goutte. Sine sançuinis effusione non fit remissio ' : « Les péchés ne sont point remis sans effu- • sion de sang. * Voyez les sacrifices anciens; comme on prodigue le sang ! il faut que tout nage dans losang , et les victimes , et l'autel , et les prêtres, et les peuples, et le livre même ; qu'on répande ie sang comme l'eau. Je ne m'étqnnc pas qu’on prodigue celui des animaux; mais celui du Fils de Dieu ne doit [il] pas être épargné? | Non] : après que toutes ses veines seront épuisées , s’il y a encore dans le fond du cœur quelque secret réservoir, on le percera par une lance.
C’est pourquoi , dès le même jour qu’il reçoit ! le nom do Sauveur, il commence à verser du sang par cette douloureuse circoncision. Mais s’il faut qu'il en donne tant pour avoir seulement le nom , à quoi se doit-il attendre quand il en fnu- j dra opérer l’effet? Sans doute il faudra un déluge ; entier pour noyer les péchés du monde : et nous ne devons regarder ce premier sang que verse la circoncision , que comme un léger commencement, comme un gage que Jésus-Christ donne à la justice divine , qui l'oblige à la dette entière ; enfin comme des prémices qui lui consacrent toute la masse et la lui dévouent. Ainsi la circoncision et la qualité de Sauveur nous mène à la croix : c’est là que la victime est immolée , c’est là que le sang se déborde par loutes les veines, c’est là (pie s’accomplit la rémission des péchés et l’expiation du monde. Écoutez ici les belles paroles du philosophe martyr, je veux dire de saint Justin* : « Un seul est frappé, dit-il,
« et tous sont guéris; le juste est déshonoré , et « les criminels sont rétablis dans leur honneur.
« Cet innocent subit ce qu’il ne doit pas , et il
« «clave par la fuite, u C« parole* , qne l'an tour a écrite* en marge . étaient aans doute ile*Uné*s a ramener *on discours au Jour de la naissance du Sauveur. ( Édit, de D+Jorit. )
1 Hebr. u , sa.
• Bpu\. ad UioçneC, n* », p. MS.
« acquitte tous les pécheurs de ce qu'ils doivent.
« Car qu’est-ce qui pouvait mieux couvrir nos « péchés que sa justice? Comment pouvait être « mieux expiée la rébellion des serviteurs que « patr l’obéissance du Fils? L'iniquité de plusieurs
* est cachée dans un seul juste ; et la justice d'un
* seul fait que plusieurs sont justifiés, v C'est ce que dit saint Justin, c’est ce qu’il a appris de l'apôtre des Gentils. Voilà, mes frères, ce grand conseil de la sagesse de Dieu; conseil profond, conseil inconnu aux plus hautes puissances du ciel, que le Père, dit ce saint martyr, n’avait communiqué qu’à son Fils ; ajoutons , et à l'Esprit éternel qui procède de l’un et de l'autre : conseil qui s'est découvert dans les derniers temps, et qui a fait dire à F Apôtre que la sagesse de « Dieu « a été manifestée par l'Église aux célestes intel •« ligcnces \ » Oui, les anges sont étonnés de ce secret .admirable, de cet échange incompréhensible 4 qui fait que Dieu en même temps se venge
; et s'apaise, exige et remet, punit nos péchés et I les oublie, frappe son Fils innocent pour l'amour ; des hommes coupables , et pardonne aux hommes coupables pour l’amour de son Fils innocent. Mais nous , que cette grâce regarde , nous ne devons pas seulement l’admirer avec les anges; plutôt nous devons penser à quoi elle nous oblige envers notre aimable Sauveur; et je vous prie, chrétiens, de vous y rendre attentifs.
Je ne puis mieux , cc me semble, vous représenter cette obligation que par l’exemple d’un criminel à qui le prince accorde sa grâce. Regardez, chrétiens, ce criminel qui, enfermé dans un cachot, n’attend plus que la dernière heure, qui ne sait s’il est vivant ou mourant , et - ne croit « point en sa propre vie : •> iY on credes vitœ tua *, comme dit l’Écriture sainte. II est condamné, il est lié, U volt à ses côtés l’exécuteur armé du funeste tranchant qui doit dans un moment abatj tre sa tête. Ou bien s’étant échappé, il se fie à I peine à soi-même : fugitif, errant, vagabond , il croit que tout ce qui luit le décèle, que tout ce qui parle l’accuse , que tout cc qui remue machine sa perte. Au milieu de cet effroi et de ces alarmes, pendant qu’il fuit tout le monde et que tout le monde le fuit , qu'il ne sait où se retirer, parce qu’il enveloppe tous ceux qui le servent, dans sa honte et dans ses malheurs; quand on | lui apporte son abolition , il croit sortir du tombeau et recevoir une nouvelle naissance. Il considère le prince comme uu second père qui lui rend la vie , la lumière , la société des hommes , en effiicant de dessus son front la tache honteuse qui le condamnait à une éternelle infamie. Il en-
1 Eph. HT, 10.
1 Dcut. XXVIII , 06.
DE NOTRE- SEIGNEUR
trc , pour ainsi dire , dans une nouvelle sujétion ; il n'a plus rien à lui-même, tout est an prince qui ie sauve et qui le délivre. Tels, mes frères, devons-nous être en sortant du tribunal de la pénitence , après que les clefs de l'Église nous ont ouvert les prisons. Nous devons regarder le divin Jésus, au nom duquel nous sommes absous, comme celui par qui seul nous vivons. Cest là qu’il faut éclater en actions de grâces , et animer avec le Prophète toute la nature pour prendre part à notre joie, et pour la faire entrer dans les sentiments de notre éternelle reconnaissance. . O deux, louez Dieu avec nous; que les « extrémités de la terre retentissent du bruit de « nos louanges, que les montagnes tressaillent
• de joie; que les déserts, les bois, les rivages,
• et eullu toute la nature se réjouisse, parce que
> le Seigueur nous a fait miséricorde » : Laudate , eteli, quoniam misericordiam fecit Dominus : jubila/e, extrema terrœ : resonate, montes, laudationem , saltus et omne lignum ejus ;quo- . niant redemit Dominus Jacob, et Israël gloriabitur'.
Là nous devons commencer une vie nouvelle, qui soit toute pour Jésus-Christ; et lui-méme nous y excite par ces paroles touchantes du même prophète : « O Jacob , souvenez-vous de « ces choses ; A Israël , 6 chrétien , 6 homme nou- « veau, n’oubliez jamais mes bontés; vous êtes
• mon serviteur, et c’cst moi qui vous ai formé
• de mes mains. Mais j’ai fait beaucoup davan- » tage; c’est moi, dit ce grand Sauveur, qui ai
• effacé vo; iniquités comme un nuage qui s’é-
• vanouit , et qui les al dissipées comme une va- « peur qni ne laisse plus dans l’air aucun vestige :
- retournez donc à moi, parce que je vous ai ra- « cheté, dit le Sauveur : » Memento horum, Jacob et Israël, quoniam sereus meus es tu; ; lormavi te , sereus meus es tu; Israël , ne obli- . viscaris mci, delevi ut nubem iniquitates tuas, et quasi nebulam peccala tua : reeertere ad me, j quia redemi te ’. Que si vous voulez savoir quelle doit être la mesure de l’amour qu’il attend de vous , connaissez-la par vos crimes. « lin homme
• avait deux créanciers , dont l’on lui devait cinq
- cents deniers, et l’autre en devait cinquante :
« comme ils étaient tous deux insolvables, il leur ■. quitta la dette entière. Lequel est-ce des deux
- qui l'aime le plus? sans doute que c’cst celui
- auquel il a remis davantage ; allez , et faites
> semblablement5. » Où trouverez-vous assez d’amour pour le reconnaître ?
Mais surtout quelle' serait votre ingratitude,
1 /». IUT , 23.
3 Ibid. XLIT, 31 * Lue. vn, 41.
îj»
si vous retombiez dans les mêmes crimes! Je laisse les raisonnements recherchés; je veux vous représenter les obligations de cette amitié si saintement réconciliée. Souvenez-vous dans quels sentiments vous avez demandé pardon a votre Sauveur. Un pécheur pressé en sa conscience, qui volt qu’il n’y a plus rien entre lui et la damnation étemelle qu’une vie qui est emportée par le premier souffle , voit la main de Dieu armée contre lui ; il voit l’enfer ouvert sous ses pieds pour l’engloutir dans ses abîmes : quel effroyable spectacle ! Dans la crainte qui le saisit , pressé de ce glaive vengeur tout prêt à frapper le dernier coup, Il s’approche de ce trêne de miséricorde, qui jamais n’est fermé à la pénitence. Ah ! il n’attend pas qu’on l'accuse , il se rend dénonciateur de ses propres crimes, et il sait bien qu'il faut avouer le crime quand on demande sa grâce. Il est prêt à passer condamnation pour prévenir l'arrêt de son juge : Injustice divine se lève, il prend son parti contre lui-méme, il confesse qu’il mérite d’être sa victime , et toutefois il demande grâce au nom du Sauveur. A ce nom qui calme les flots et les tempêtes, qui fait cesser les vents les plus orageux , qui apaise le ciel et la terre , on commence à l’écouter, on lui propose la condition de corriger sa vie déréglée , de renoncer à ses amours criminels , à cet aveugle désir de plaire, à toutes ses intelligences avec l’ennemi. Il promet , il accorde tout ; faites la loi , j’obéis. Vous l’avez fait, mes frères, souveuezv ous-en ; ou jamais vous n’avez fait pénitence , ou votre confession a été un sacrilège. Vous avez fait quelque chose de plus : vous avez donné Jésus-Christ pour caution de votre parole : car étant le médiateur de la paix, il est aussi le dépositaire des paroles des deux parties. Il est caution de celle de Dieu par laquelle il promet de vous pardonner : il est caution de la vûtre par laquelle vous promettez de corriger votre vie. Voilà le traité qui a été fait; et pour plus authentique confirmation, vous avez pris à témoin son corps et son sang qui a scellé la réconciliation à la sainte table. Et après la grâce obtenue vous cassez un acte.si solennel ! Vous vous êtes repentis de vos péchés , vous vous repentez de votre pénitence. Vous aviez donné à Dieu des larmes et des regrets, gages précieux de votre foi ; vous les retirez de ses mains , vous désavouez vos promesses , et Jésus-Christ qui en est garant , et son corps et son sang, mystère sacré et inviolable, lequel certes ne devait pas être employé en vain : qu’y aurait-il de plus outrageux et de plus indigne? Après la grâce qui remet les crimes, [soyons] fidèles à user de celle qui nous aide à n’en plus commettre. C’est la seconde partie.