‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 96 sur 282 · DÈS BONS AVEC · texte numérisé non relu

DÈS BONS AVEC

pur ses artifices, le bon et le mauvais grain, c'està-dire, les bons et les mauvais , se sont trouvés mêlés ensemble dans le même champ, c'est-à-dire, ou bien dans le monde , comme Notre-Seigneur l'interprète , ou [ dans ] la sainte Église , comme je le pourrais justifier aisément par d'autres endroits de l'Écriture. I -à-dessus quelques f;iuv zélés se sont élevés, qui ont trouvé ce mélange insupportable : il leur a semblé que la justice divine devait incontinent exterminer les impies , et ouvrir sous eux les plus noirs abimes pour les engloutir. Mais notre sage Père de famille ne défère pas à leur zèle inconsidéré et superbe : il ordonne que l'on les laisse croître jusques à la moisson , c'està-dire, à la fin des siècles : et alors il enverra ses saints anges pour faire cette derniere et éternelle séparation, par laquelle les méchants, sépares pour jamais de la compagnie des bons , seront Jetés dans la llammc, pendant que la troupe des justes, toute pure et tout éclatante, fera voir dans le royaume de Dieu autant de soleils que de saints. C'est l'interprétation de notre parabole. [Dans ce discours je vous exposerai] l'intention de Notre-Seigneuren deux réflexions : la première sur le mélange, la seconde sur la séparation des bons et des mauvais.

Depuis le péché du premier homme, l'iniquité a régné dans le monde. Tous s'étaient écartés de la lionne voie : « Il n'y avait personne qui fit • bien , non pas même un seul , » comme chantait autrefois le Psahniste ' , [ au psaume ] rapporté dans l'Épître aux Romains ' . C'est pourquoi saint Augustin a dit « qu’il y avait dans le monde « comme une ville.d'inlqulté, qu'il a appelée Ba- ■ bylono J. » Babylonc en langue hébraïque, c'està-dire, confusion : il l'appelle donc Babylone, parce que l'iniquité et la contusion sont inséparables. Cette cité, mes sœurs, c’est le règne, l’assemblée, et, pour parler de la sorte, la république des méchants. Mais Dieu regardant d'en haut en pitié cette noire et criminelle ignorance , a envoyé son Fils au monde pour le réformer. C'est lui qui contre cette cité turbulente qui par son audacieuse rébellion dominait par toute la terre , a établi une cité sainte qui doit servir d'asile à tous ceux qui se voudront retirer de cette confusion générale. Cette cité, mes très-chères sœurs, c'est la sainte , la spirituelle , la mystérieuse J érusalem, c'est-à-dire , vision de palx;alindopposer la paix des enfants de Dieu au désordre et au tumulte des enfants du monde.

Mais on se bâtira cette ville Innocente ? quelles montagnes assez hautes , quelles mers et quel

' Pt. XIII . 4

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1 ;« Pt. xxvi , a" ta, t. iv, eol. lie.

LES MÉCHANTS. sut

océan assez vaste la pourraient assez séparer de cette autre cité criminelle? Chères sœurs, le Prince son fondateur ne l'en veut point séparer par la distance des lieux : dessein certainement incroyable t il bâtit Jérusalem au milieu de Babylonc. Durant le cours de ce siècle pervers, les bons seront mêlés avec les méchants. O Dieu éternel! quel mélange de ces deux peuples divers, je veux dire des saints et des impies I l'un est prédestiné à la vie éternelle, et l'autre réprouvé à jamais. Leurs princes sont ennemis. Le prince de Jérusalem , c'est Jésus : le diable est le prince de Babylone. Ils vivent sous des lois directement opposées. L'Apôtre, comme vous savez, distingue deux sortes de lois ; l'une est la loi de l'esprit , elle gouverne Jérusalem : l'autre est la loi de la chair, qui domine dans Babylone. Leurs mœurs sont toutes contraires. L une se propose pour dernière fin une paix trompeuse,- a cause qu'elle est passagère : l'autre, parmi beaucoup d'afflictions présentes, gémit et soupire sans cesse après une paix assurée , à cause qu’elle est éternelle. Qu’est-ce à dire ceci, mes très -chères sœurs? Ces deux peuples de bons et de méchants, dont les lois sont si fort opposées , les mœurs si contraires, les desseins si incompatibles, vivent néanmoins ensemble dans une même société ; Ils sont éclairés d'un même soleil; ils respirent un même air; la terre, leur mère commune, leur fournit à tous indifféremment une nourriture semblable. Bien plus, nous les voyons tous les jours se présenter aux mêmes autels; ils sont associés dans la communion de l'Eglise, ils participent aux memes mystères ; ils sont régénérés et repus de la vertu des mêmes sacrements. Oserions-nous bien, 6 Seigneur, vous demander raison d'un mélange si surprenant? « Quelle convention , je «vous prie, entre Jésus-Christ et Bélial'?- Pourquoi voulez-vous que les corps soient si proches et les cœurs tellement séparés? Que vous ont fnit vos enfants , de les punir si cruellement , les contraignant de vivre avec vos ennemis et les leurs? Quel nouveau genre de supplice, de joindre ainsi le vif et le mort? Vous, Seigneur, qui ayez si bien rangé chaque chose en sa pince , qui avez séparé la terre et le firmament, les ténèbres et la lumière , ne séparerez-vous point les justes d'avec les impies ? Certes le ciel et la terre ne sont pas si fort éloignés , les ténèbres et la lumière uc sont pas si contraires, que sont la vertu et le vice : pourquoi donc les laissez-vous ensemble? N'avezvous débrouillé la confusion du premier clmos, qu’afin de nous rejeter dans un chaos plus horrible? Éclaircz-nous , Seigneur, sur cette diffi-

1 u. Cor. vi , is.

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