‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 97 sur 282 · SUR LE MELANGE · texte numérisé non relu

SUR LE MELANGE

coïté , non point pur les raisons de la philosophie humaine , mnls par la considération de vos secrets jugements et de votre providence irrépréhensible.

L'admirable saint Augustin nous donne sur ce sujet une très-belle doctrine. * Les méchants, dit « ce grand personnage 1 , ne sont dans le monde,

« ou que pour s’y convertir, ou que pour V exer-

• cer les bons : » Aïsi ut converlantur, vel ut pet eos boni cxcrceantur. O peuple choisi , 6 enfants de paix, 6 citoyens de la Jérusalem bien-aimée, si Dieu votre père eût voulu que vous vécussiez en paix en ce monde , il ne vous aurait pas exposés en proie au milieu de vos ennemis : mais , voulant exercer et épurer votre vertu par l’épreuve de la patience, il vous a mis parmi une nation ennemie, afin que vous souffrissiez en ee siècle leur persécution et leur violence. C’est pourquoi dans la maison de notre père Abraham , selon que le remarque l’Apôtre * , Ismaél , l’enfant de la chair et de la servante , persécutait Isaac, le (ils de la promesse et do sa maltresse. Ne voyez-vous pas que dans le ventre de Rébecca, femme du patriarche Isaac , ces deux gémeaux qu’elle porte , Ésaii et Jacob , l’un figure des réprouvés , l’autre l’image des enfants de Dieu ,

- encore enfermés dans les mémesentrailles, com- « meneent à se faire la guerre? ■ Collidebantur in utero ejus parvuli J. Que signifie ce mystère , mes sœurs? ■ Tu portes, ô Rébecca, dans ton « ventre, dit la parole divine, deux grandes et

• nombreuses nations: • Duce génies sunt in utero tuo 4. Quelles sont ces nations, chères soeurs? c’est d’une part la nation des justes , et de l’autre celle des impies , représentées dans ces deux enfants. Ésaü , Je l’avoue , supplantera Jacob pour un peu de temps; il sortira le premier; il emportera le droit d nlncsse. 11 faut que dans le cours de ce siècle les bons et les saints , le monde prédestiné zerve et gémisse pour l’ordinaire sous l’oppression et la tyrannie des méchants et des réprouvés. Mais enfin tôt ou tard la face des choses sera changée. Après qu’Ésaii aura joui quelque temps de son droit d’ainessc , c’est-à-dire , après que les méchants auront en apparence triomphé quelque temps dans ce monde par leur imaginaire félicité, Jacob emportera la bénédiction paternelle : Il demeurera le seul et véritable supplantateur, comme son nom le lui promettait. La prophétie divine s’accomplira , qui dit que ■ l’ainé servira « au cadet : « Major serviet minoris : c’est-à-dire, que ica bons, qui paraissaient ici-bas être dans

• in Pt. uv, a» 4 , t nr. <»1. mb.

> Cal. n.

3 Genn. XXV, 2Î.

• Jbi d. 13.

b Jbid

l’oppression et dans la disgrâce, dans celte grande révolution qui arrivera à la fin des siècles , commenceront à prendre la première place; et les méchants , étonnés d’une si grande vicissitude , gémiront à jamais dans une captivité insupportable. C'est ce qui nous est montré en figure eu la Genèse. Mais en attendant , mes très-chcres sœurs , il est nécessaire que les bons souffrent. Car de même que notre grand Dieu a jeté notre âme, qui est d’une si divine origine , dans une choir agitée de tant de convoitises brutales , afin que la vigueur de l’esprit s'évertuât tous les jours par la résistance du corps ; ainsi a-t-il mêlé les tons parmi les impies , afin que ceux-là, supportant la persécution de ceux-ci, s’animassent d’autant plus à la vertu, qu’ils y trouveraient plus d'obstacles.

Et c'cst , à vrai dire , mes sœurs , le grand miracle de la grâce divine. Mener une vie innocente loin de la corruption commune, c'est l’effet d'une vertu ordinaire : mais laisser les justes dans la compagnie des méchants, et fortifier par là leur vertu, leur faire respirer le même air, et les préserver de la contagion , les faire vivre parmi l'iniquité , et leur faire observer la Justice ; c'est où parait le triomphe de la toute-puissance divine. C’est ainsi, mes sœurs, qu’elle se plaît de faire paraître la lumière plus éclatante et plus pure parmi l’épaisseur des nuages. Ce grand Dieu tout-puissant qui a préservé , et les enfants dans la fournaise , et Daniel parmi les lions ; qui a gardé la famille de Noé sur un bois fragile , contre la fureur inévitable des eaux universellement débordées ; celle de Lot , de l’embrasement et des monstrueuses voluptés de Sodome ; qui a fait luire à ses enfants une merveilleuse lumière parmi les ténèbres d’Égypte ; qui a fait naître des eaux vives parmi les déserts arides de la Libye : ce Dieu a pris plaisir, pour faire voir son pouvoir, de conserver ses serviteurs innocents dans la corruption générale ; que dis-je , il les a préservés ? leur vertu en a paru davantage.

Et certes , s'il n'y avait point eu de méchants , combien de vertus seraient étouffées ! que deviendrait le zèle de convertir les âmes, dout les saints ont été transportés? où seraient tant d’exhortations véhémentes? où cette béatitude de ceux qui souffrent pour injustice? où le triomphe du martyre? Qui aurait mis la main sur la personne de Notre-Seigneur, s’il n'y avait eu que des justes? Mais quel serait le désordre des choses humaines, si, parmi cette prodigieuse multitude de méchants, il n’y avait du moins quelques justes, qui , par leurs avertissements et par leurs exemples , réprimassent la licence effrénée , et retinssent du moins les choses dans quelque modéra-

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