‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 99 sur 282 · POUR LA FÊTE DES SAINTS ANGES GARDIENS · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DES SAINTS ANGES GARDIENS

persécuteurs ; ouvres les yeux , et reconnaissez que votre péché a tourné ft votre perte tout ce qui vous était donné pour votre salut. Un Sauveur devient un juge inflexible; son sang, répandu pour votre pardon , cric vengeance contre vos crimes. Les sacrements , ces sources de grâces, sont changés pour vous en des sources de malédiction. Le corps de Jésus-Christ , la viande d'immortalité , porte la damnation dans vos entrailles ; et si telle est la malignité de votre péché , qu’elle change en venin mortel et en peste les remèdes les plus salutaires , ne vous étonnez pas si je dis que les anges vos gardiens deviendront vos persécuteurs et vos ennemis implacables.

Ce n'est pas que je ne confesse qu’ils ont compassion des pécheurs ; mais cela va è certaines bornes , hors desquelles la miséricorde se tourne en fureur. Ils ne voient jamais une âme tombée , qu'ils ne songent â la relever. Je les entends concerter ensemble les moyens de la soulager, au chapitre li de Jérémie. Babylonc s'est enivrée, disent-ils : cette âme a bu les plaisirs du siècle ; et la tète lui ayant tourné , elle est tombée d'une grande chute , elle s'est blessée dangereusement : Ceci dit, et contrita est. Aussitôt ils ajoutent :

- Courons aux remèdes, étanchez le sang, don- * irez des onguents pour fermer scs plaies : « 7b/litc resinam ad dulorem ejus, si forte sanetur'. Admirez leur empressement pour nous secourir : mais si nous méprisons les remèdes , si nous les rendons Inutiles par notre mauvais régime, nous les verrons bientôt changer de langage.

Écoutez lasuite de leursdiscours : ■ .Nous avons ■ traité Babyione, et tous nos remèdes n'ont pas

- profité : » Cumvimus Babylonem, et non est sanata *. Représentez-vous, chrétiens , des médecins assemblés , qui consultent sur l'état d’un homme frappé d une maladie périlleuse. La famille pâte et tremblante attend le résultat de leur conférence : cependant ils pèsent entre eux les fâcheux symptômes qu'on a remarqués, et les remèdes appliqués inutilement, pour résoudre s'ils tenteront quelque chose encore , on s’ils abandonneront le malade désespéré. Mais , pendant que l’on consulte de la vie mortelle; peutêtre, mes frères, qu'en ce même temps des médecins Invisibles consultent d’une maladie bien pius importante : c'est de la maladie mortelle de l'âme. Nous l’avons traitée avec tout notre art, disent-ils, et nous n'avons pas oublié nos secrets les plus efficaces : tout a réussi contre nos pensées ; et telle est sa dépravation , qu’elle s’est entpiréc parmi nos remèdes : Derelinquamus cam ,

' Je rem. LI , 8.

» /Aid. f.

et camus umssquisque in terram suam ' : • Lais-

• sons-la , abandonnons-la. Ne voyez-vous pas

• sur ce front le caractère d’un réprouvé? son « procès lui est fait au ciel : » Pervenit usque ad calos judicium ejus. Ses crimes ont percé les nues , leur cri a pénétré jusque devant Dieu ; et la miséricorde divine, accusée de le soutenir trop longtemps , se justifie envers la Justice en le livrant en ses mains : c’est pourquoi les anges laissent cette âme : Derelinquamus eam. Ils la laissent en proie aux démons , et leur patience épuisée est contrainte enfin de l'abandonner. Non contents de l’abandonner, ils sollicitent la juste vengeance des crimes qu’elle a commis : • Aiguisez ■ vos (lèches, remplissez votre carquois : » Acuité sagittas, impiété pharetras' : • Voici la ven- « geanee du Seigneur, et il vengera aujourd’hui

• la profanation de son temple : • Quoniam ultio Domini est, ultio templi sui.

Ainsi, mes frères, nos saints anges gardiens ne pouvant plus supporter nos crimes en poursuivent enfin la vengeance. Quand arrivera ce funeste jour? C’est un secret de la Providence ; et plût à Dieu, chrétiens, qu'il n'arrivât jamais pour nous. Ne contraignons pas ces esprits célestes de forcer leur naturel bienfaisant , et de devenir des anges exterminateurs , et non plus des protecteurs et des gardiens. N'éteignons pas cette charité si tendre, si vigilante, si officieuse; et si nous les avons affligés par notre long endurcissement , réjouissons-les par nos pénitences. Oui , mes frères, faisons ainsi, renouvelons-nous dans ce nouveau temple. Les saints anges, auxquels on l’élève, y habiteront volontiers, si nous commençons aujourd’hui A le sanctifier par nos conversions. Il nous faut quelque victime pour consacrer cette Église. Quel sera cet heureux pécheur, qui deviendra la première hostie immolée à Dieu dans ce temple abattu et relevé , devant ces autels? Mais , 6 Dieu , serait-il en cette audience?N'y a-t-il point ici quelque âme attendrie, qui commence à se déplaire en soi-même , â se lasser de ses excès et de ses débauches, et que les soins des saints anges gardiens aient invitée de les reconnaître? O âme , quelle que tu sois, je te cherche, je ne te vois pas ; mais tu sens en ta conscience si Dieu a aujourd’hui parlé â ton cccnr. Ne rejette point sa voix qui t’appelle, laisse-toi toucher par sa grâce : hâte-toi de remplir de joie cette troupe invisible qui nous environne; qui s’estimera bienheureuse , si elle peut aujourd’hui rapporter au ciel que la première solennité oélébree dans leur nouveau temple a été mémorable éternellement par la conversion d'un pécheur

1 Jtrrm. u, 9.

» Ibid. n.

SUR L’EMIRjéNTE DIGNITE, kxc.

Mais que dis-je, d'un pécheur? mes frères, si nous savions qu’il y en eût un, qui de nous ne voudrait pas l'ètre? Pressons-nous de mériter un si grand honneur ; et fasse par ce moyen la bonté divine, qu'en cherchant un pécheur qui se convertisse, nous en puissions aujourd’hui rencontrer plusieurs qui s'abaissent par la pénitence , pour être relevés par la grâce , et couronnés enfin par la gloire ! Amen.

SERMON

POUR

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