‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 102 sur 243 · LA FÊTE DE L’ANNONCIATION · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE L’ANNONCIATION

La promettf de ivoire salut presque a tuai Ancienne que la sentence de notre mort. La réparation du genre humain figurée même dans 1rs auteurs de sa ruine. MbérieordtalM émulation du Rédempteur de notre nature. De quelle maniéré Dieu fait servir à notre salut ce que le démon avait employé à notre ruine. Rapports admirables entre Être rt Marie : par quelle fécondité celle-ci est rendue rnere de tous les lideles.

Vocavit nomen tuons gu®, liera- co qnod Mater esset

cunctonim viveulium.

Adam donna à sa femme le nom d’Ève; parte qu'elle

était la Mère de tous les vivants. Gènes, m , 20. ncncdicta tu in inulieribus.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Luc. 1 . 29.

C’est un trait merveilleux de miséricorde , que la promesse de notre salut se trouve presque aussi ancienne que la sentence de notre mort ; et qu’un même jour ait été témoin de la chute de nos premiers porcs, et du rétablissement de leur espérance. Nous voyons, en la Genèse *, que Dieu, en nous condamnant à la servitude , nous promet en même temps le Libérateur ; en prononçant la malédiction contre nous, il prédit au serpent, qui nous a trompés, que sa tête sera brisée, c'est-à-dire , que son empire sera renversé, et que nous serons délivrés de sa tyrannie : les menaces et les promesses sc touchent , la lumière de la faveur nous parait, dans le feu même de la colère; afin que nous entendions, chrétiens, que Dieu se fâche contre nous ainsi qu'un bon père, qui , dans les sentiments les plus vifs dune juste indignation , ne peut oublier ses miséricordes , ni retenir les cfTcts de sa tendresse. Bien plus* û incomparable bonté ! Adam même qui nous a

1 Tertull. advenus Marcion. lib. U , n* 27.

* Cènes. III, 16-

POUR LA FÊTE

perdus, et Eve qui est la source de uotre misère , uous sont représentes dans les saintes Lettres comme des images vivantes des mystères qui nous sanctifient. Jésus-Christ ne dédaigne pas de s’appeler le nouvel Adam : Marie , sa divine mère, est la nouvelle Eve; et par un secret inef. fable nous voyons notre réparation llgurée même dans les auteurs de notre ruine.

C'est sans doute dans cette pensée, que saint Épiphane a considéré le passage de la Clenèsc que j’ai allégué pour mou texte. Ce grand homme a remarqué doctement que c’est après sa condamnation qu’Éve est appelée mère des vivants.

■ Qu’est-cc à dire ceci? dit saint Épiphane '.

• Elle n'avait pas ce beau nom, lorsqu'elle était

• encore dans le paradis ; et on commence à l'np- - peler mère des vivants, après quelle a été eon-

• damnée à n'engendrer plus que des morts : • qui ne voit qu’il y a ici du mystère? Et c’est ce qui fait dire à ce grand évêque qu’elle est « nom-

■ niée ainsi en énigme, et comme ligure de la

■ sainte Vierge qui est la vraie mère de tous les « vivants; » c'est-à-dire , de tous les fidèles, auxqticls son enfantement n rendu la vie.

Chrétiens, enfants de Marie, je vous prêche aujourd'hui l’accomplissement d’une excellente figure. Cette liante dignité de mère de Dieu a des grandeurs trop impénétrables, et ma vue faible et languissante ne peut soutenir un si grand éclat. Mais si les splendeurs qui vous environnent, à femme revêtue du soleil et couverte de la vertu du Très-Haut, nous empêchent d'arrêter la vue sur celte éminente qualité de mère de Dieu , qui vous élève si fort au-dessus de nous; du moins nous sera-t-il permis de vous regarder en la qualité de mère des hommes , par laquelle vous condescendez à notre faiblesse : et c’est , (idoles , ce crue vous verrez, avec le secours de In grâce. Vous verrez, dis-je, que la sainlp Vierge, par le mystère de celte journée, est faite la mère de tous les vivants, c'est-à-dire, de tous les fidèles : et rette vérité étant supposée, nous examinerons dans la suite ce qu’exige de ses enfants celle bienheureuse et divine mire.

élimina l’OI.vT.

Tcrtulllon explique fort excellemment le dessein de noire Sauveur dans la rédemption de no tre nature, lorsqu'il parle de lui en ecs ternies : Le diable s i-tant emparé de l’homme, qui était l’image de Dieu, « Dieu, dit-il, a regagné son

■ imnge par v.u dessein d’émulation, » Dais ima- /jinnn su nui a diabolo captant annula oprrn lionc rrnipcrarit'. Entendons quelle est cette

1 Lis, ni. I!~ r u li nui , nn l s . i i, p. Iiim.

’ Ut tel rn C'.r. II 11

mulation, et nous verrons que celle parole enferme une belle théologie. C’est que le diable, se déclarant le rival de Dieu , a voulu s’assujettir son imnge; et Dieu aussi devenu jaloux , se déclarant le rival du diable, a voulu regagner son image : et voilà jalousie contre jalousie , émulation contre émulation. Or le principal effet de l’émulation, c’est de nous inspirer un certain désir de l’emporter sur notre adversaire dans les choses où il fait son fort , et où il croit avoir le plus davantage. C’est ainsi que nous lui faisons sentir sa faiblesse; et c'est le dessein que s'est proposé la miséricordieuse émulation du réparateur de notre nature. Pour confondre l'audace de notre ennemi , il fait tourner à notre salut tout ce que la diable a employé à notre ruine , il renverse tous ses desseins sur sn tête, il l'accable de ses propres machines, et il Imprimé la marque de sa victoire partout où il voit quelque caractère de son rival impuissant. Et d’ou vient cela? C'est qu'il est jaloux et poussé d'une charitable émulation. C'est pourquoi la foi nous enseigne que si un homme nous perd , un homme nous sauve ; la moit règne dans la race d'Adam , c’est de la race d’Adam que la vie est née; Dieu fait servir de remède à notre péché la mort, qui en était la punition ; l’arbre nous tue , l’arbre nous guérit; et pour accomplir toutes choses, nous voyons dans l'eucharistie qu’un manger salutaire répare le ma! qu’un manger téméraire avait fait : l'émulation de Dieu a fait eet ouvrage.

Et si vous me demandez, chrétiens, d'où lui vient cette émulation contre sa créature impuissante; je vous répondrai en un mot, qu’elle vient d’un amour extrême pour le genre humain. Pour relever notre courage abattu , Il se plaît de nous faire voir toutes les forces de notre ennemi renversées; et voulant nous faire sentir que nous soinmos véritablement rétablis, il nous monlrc tous les Instruments de notre malheur miséricordieusement employés au ministère de notre salut : telle est l'émulation du Dieu des armées. Et de là vient que nos anciens Pères voyant, par une induction si universelle, que Dieu s’est résolument attaché d’opérer notre bonheur par les mèmcschosesquiontété leprincipede notre perle, ils en ont tiré cette conséquence : Si tel est le dessein de Dieu , que tout ce qui a eu part à notre ruine doive coopérer à notre salut ; puisque les deux sexes sont intervenus en la désolation de notre nature, il fallait qu’ils se trouvassent en sa délivrance : et parce que le genre humain est précipité à la damnation éternelle par lia homme et par une femme, il était certainement convenable que Dieu prédestinât une nouvelle Eve, aussi bien qu’un nouvel Adam , afindedon-

DK L ANNONCIATION.

ncr à la terre au lieu de la race ancienne, qui avait été condamnée, une nouvelle postérité qui fût sanctifiée par la grâce.

Mais d'autant que cette doctrine est le fondement assuré de la dévotion pour la sainte Vierge , Il importe que vous sachiez quels sont les docteurs qui me l'ont apprise. Je vous nomme premièrement le grand Irénéeet le grand Tertullien : et croyez que vous entendez en ces deux grands hommes les deux plus anciens auteurs ecclésiastiques. Donc le saint martyr Irénée, cet illustre évéque de Lyon , l'ornement de l'Eglise gallicane, qu’il a fondée par son sang et par sa doctrine, parle ainsi de la sainte Vierge :• Il fallait, dit-il " ,

■ que le genre humain , condamné à la mort par » une vierge, fût aussi délivré par une vierge. » Remarquez ces mots : Et quemadmodum murli adstriclum est genus humanum pervirgincm, salvalur per virginem. Et ce célèbre prêtre de Carthage, je veux dire Tertullien : « Il était, « dit- il’, nécessaire que ce qui avait été perdu par

• ce sexe , fût ramené au salut par le même sexe : • vt quoi! per cjusmodi sexum abierat in perditionem, per eumdem sexum redigeretur in salutem. Et après eux l’incomparable saint Augustin , dans le livre du Symbole aux Catéchumènes :

■ Par une femme la mort, nous dit-il , et par une

• femme la vie; par Ève la ruine, par Mûrie le

■ salut : ■ Per feminam mors, per feminam vita; per Evam interitus, per Mariant salus J. Tous les autres ont parlé dans le meme sens ; et de là il est aisé de conclure que de même que le Sauveur prend le titre de second Adam , Marie sans difficulté est la nouvelle Ève : d'ou il s’ensuit invinciblement que de même que la première Ève est la mère de tous les mortels ; la seconde , qui est Marie, est la mère de tous les vivants, selon la pensée de saint Épipbanc , c'est-à-dire , de tous les fidèles.

Et certainement, chrétiens, cette doctrine si sainte et si ancienne u'est pas une invention de l'esprit humain ; mais un secret découvert par l’Esprit de Dieu : et afin que nous en demeurions convaincus, conférons exactement Ève avec Marie dans le mystère que nous honorons aujourd’hui; considérons en nous-mêmes cette merveilleuse émulation du Dieu des armées, et les conseils impénétrables de sa providence dans la réparation de notre nature.

L’ouvrage de notre corruption commence par Ève, l'ouvrage de la réparation par Marie; la parole de mort est portée à Ève , la parole de v ie

* Contr. Hterts. Ub. v, cap. xtx,p. 210.

1 De Cam. Chr. n* 17.

* De Symb. ad Calec/ium. , Serai, tir , cap. iv, t. Tt, col.

à la sainte Vierge; Ève était vierge encore, et Marie est vierge; Ève encore vierge avait son époux, et Marie la Vierge des vierges avait son époux ; la malédiction est donnée à Ève , la bénédiction à Marie : • Vous êtes bénite entre toutes « les femmes 1 : . un ange de ténèbres s’adresse à Ève, un ange de lumière parle à Marie; l'ange de ténèbres veut élever Ève à une fausse grandeur, en lui faisant affecter la divinité : • Vous

■ serez comme des dieux , lui dit-il ■ : . l’ange dè lumière établit Marie dans la véritable grandeur par une sainte société avec Dieu : • le Seigneur > est avec vous, lui dit Gabriel’; » l’ange de ténèbres parlant à Ève lui inspire un dessein de rébellion : • Pourquoi est-ce que Dieu vous a commandé

■ de ne point manger de ce finit si beau4? ■ l’ange de lumière parlant à Marie lui persuade l’obéissance : • Ne craignez point, Marie, lui

■ dit-il , et, Rien n’est impossible au Seigneur’. « Ève croit nu serpent , et Marie ù l’ange : de cette sorte, dit Tertullien5, une foi pieuse cffuce la faute d’une téméraire crédulité, et • Marie ré- « parc en croyant à Dieu ce qu’Ève a gàlé en

• croyant au diable : ■ Quod ilia cmlendo deliquil, hac eredendo delcvil : et , pour achever le mystère, Ëveséduite par le démon est contrainte de fuir devant la face de Dieu, et Marie instruite par l’ange est rendue digne de porter Dieu : Èvo nous ayant présenté le fruit de mort, Marie nous présente le vrai fruit de vie; aflu, dit saint Irénée, écoutez les paroles de ce grand martyr,

• afin que la vierge Marie fut l’avocate de la vierge « Ève, « ut rirginis Elue virgo Maria fieret advocata 7.

Après un rapport si exact qui pourrait douter que Marie ne fût l’Èvede la nouvelle alliance, et la mère du nouveau peuple? Non , certainement, chrétiens; ce ne sont point les hommes qui nous persuadent une vérité si constante ; c’est Dieu même qui nous convainc par l’ordre de ses conseils très-profonds, par la merveilleuse économie de tous ses desseins, par la convenance des choses si évidemment déclarées , par le rapport nécessaire de tous ses mystères.

Et je ne puis plus ici retenir les secrets mouvemeuts de mon cœur. Je ne puis que je ne m'érrio avec toute l'Eglise catholique : O sainte, 6 incomparable Marie, nous crions, nous gémissons après vous, misérables banuis enfants d'Évc. Car à qui auront leurs recours les enfants captifs

1 Luc. i , is. .

» Ce ne*. III , 6.

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