‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 103 sur 243 · MC · texte numérisé non relu

MC

* Gen es. ni, i.

* Luc. I, 30, 37.

* De Carne Chrisii, n* 17.

‘ Cont. Hmr. lib. v, cap. xti, p. ïlfl.

rotin l

d’Ève l'exilée, sinon à la mère des libres? et si telle est la doctrine des anciens Pères, si telle est la foi des martyrs, que vous soyez l'avocate d’Ève, ne prendrez-vous pas aussi la défense de sa postérité condamnée? SI donc Eve inconsidérée nous a présenté autrefois le fruit empoisonné qui nous tue, est-il rien de plus convenable, A Marie notre protectrice ! que nous recevions de vos mains le fruit de vos bénites entrailles, qui nous donne la vie étemelle? O merveille incompréhensible des secrets de Dieu! ô convenance de notre foi !

Mais il n’est pas temps encore de nous arrêter, il faut entrer plus profondément dans une méditation si pieuse : il faut rechercher dans les Écritures, et dans le mystère de cette journée , quelle est cette fécondité de Marie, qui lui donne tous les chrétiens pour enfants.

Pour cela nous distinguerons deux sortes de fécondité : U y a la fécondité de nature ; il y a lu fécondité de la charité. C’est la fécondité de nature qui donne les enfants naturels; mais ceux qui ont entendu l'apôtre saint Paul écrivant ainsi aux Galates1 : « Mes petits enfants,

« que j'enfante encore jusqu’à ce que Jésus-Christ • soit formé en vous, *> savent bien que la charité est féconde; et c’est pourquoi saint Augustin dit souvent que la charité est une mère : Chantas mater est*.

Et , pour porter plus haut nos pensées, cette double fécondité que nous voyons dans les créatures, est émanée de celle de Dieu qui est la source de toute fécondité, et "duquel, comme -dit l’apôtre aux Éphcsiens3, toute paternité - prend son origine. « I.a nature de Dieu est féconde , et lui donne dès l’éternité son Fils naturel, égal et consubstantiel à son Père. Son amour et sa charité est féconde aussi : et c’est de là, fidèles , que nous sommes nés avec tous les enfants d’adoption. Or d’autant que la bienheureuse Marie est la mère du Fils unique de Dieu , je ne craindrai point de vous dire qu’il faut que le Père céleste ait laissé tomber sur eette Princesse quelque rayon ou quelque étincelle de sa fécondité infinie. Car vous m’avouerez qu’il est impossible qu’une créature soit mère de Dieu , si elle ne participe en quelque manière à cette divine fécondité. Et c’est ce que l’ange nous fuit entendre, lorsqu'il dit que la bienheureuse Marie est couverte de la vertu du Très-Haut.

Comprenez ceci , chrétiens. Quand l’ange lui dit qu’elle enfantera : « Et comment cela , ré-

• Gai. IV. 10.

» ht Kpist. Jnan. Tratl. it, n* 4, t. in, pari, n, col. K3R. Mm* r rut. in Ps. CXLVII , n* II, t. IV, col. I*M-

» Rphts. Hl, 15.

■A FÊTE

“ pond-elle, puisque j'ai résolu d'être vierge; ■ et par eouséquent , que je suis stérile. Sur quoi l'ange lui repartit aussitôt, * que la vertu- du . Très-Haut l'environnerait; «c’est-à-dire : Ne craignez point, ô Marie! que la stérilité bienheureuse que votre virginité vous apporte vou3 empêche de devenir mère; « la vertu du Très- » Haut vous couvrira toute ■ : « la fécondité du l’ère éternel , de laquelle vous serez remplie , tiendra la place et fera l'effet de la fécondité humaine; • et c'est pourquoi celui que vous conec- . vrez sera nommé le Fils du Très-Haut ’ : • parie que vous le concevrez par une fécondité qui passe la nature, et qui est découléc de celle du Dieu. Marie participe doue en quelque manière, et autant que le peut souffrir la condition d'une créature à la fécondité infinie de Dieu. Et de même qu'il lui a donné quelque écoulement de sa fécondité naturelle, afin qu’elle conçut le vrai Fils de Dieu , je dis aussi qu'il lui a l'ait part de In fécondité de son amour, pour la rendre mèrede tous les fidèles.

Saint Augustin , dans le livre de la sainte Virginité , [ nous expose celte vérité en ces termes : ]

■ Marie, dit-il J, est selon la chair mère de no- « tre chef, et selon l'esprit mère de ses membres ;

■ parce qu'elle a coopéré par sa charité à la nais- • snneê des enfants de Dieu dans l’Église : • Came mater, capitis nostri spiritu mater meutbrarum ejus; quia cooperata est c/iarilale ut filii Dei nasceivntur in Ecclcsia. Si bien que la chair virginale de la très-pure Marie, remplie de In fécondité du Très-Haut , a engendré Jésus- Christ son Fils naturel , qui est notre chef ; et sa charité féconde n coopéré à la naissance spirituelle de tous ses membres : afin qu’il fût vrai , chrétiens, que Marie, en qualité de In nouvelle Eve , est la mère de tous les vivants , et unie spirituellement au nouvel Adam en la chaste et mystérieuse génération des etifautsdcla nouvelle alliance. Et c'est peut-être ce que veut dire saint Jean dans un beau passage de l’Apocalypse 1 , où cet apôtre nous représente cette femme revêtue du so'eil, qui est sans doute la sainte Vierge, selon l’interprétation de saint Augustin s ; il noos représente , dis-jc, eette femme dans les douleurs de l'enfantement: Ctamabal parturiens, et cruciabatur ut pariai 6.

Que dirons-nous ici, chrétiens? avoueronsnous à nos hérétiques que Marie a été sujette à

1 Luc.l, 34, 36.

* Ibid. xi.

* De muet. f'irginit. n® 5, t- VI, col. 313.

4 Apoe. xil. 1.

5 De Symbol, ad Caieehttm., Serm. IV, CJip. ! , t. tl , Cot.

* /finr 111,1

DK L'ANNONCIATION.

la malédiction de toutes les femmes , qui mettent leurs enfants au monde au milieu des gémissements et des cris? au contraire ne savons-nous pas qu'elle a enfanté sans douleur, comme elle a conçu sans corruption? Quel est donc le sens de saint Jean, dans cet eufantement douloureux qu'il attribue à la sainte Vierge? ne devons-nous pas entendre , fidèles , qu'il y a deux enfantements en Marie : elle enfante Jésus-Christ sans peine; mais elle ne nous enfante pas sans douleur, parce qu’elle nous enfante par la charité? Et qui ne sait que les empressements de la charité , et la sainte inquiétude qui la travaille pour le salut des pécheurs, est comparée dans les Écritures aux douleurs de l'enfantement ? Écoutez l'apôtre saint Paul : Filioli mei , quos iterum purturio ' : « Mes petits enfants pour qui je sens « de nouveau les douleurs de l'enfantement. * Tellement que nous pouvons dire que le disciple bien-aimé de notre Sauveur, qui est lui-mèinc le premier (ils de la charité de Marie , nous veut représenter en mystère l'enfantement spirituel de rette sainte mère que Jésus lui avait donnée à la croix ; afin qu'à l'exemple decechcr disciple tous les autres pussent apprendre que par la vertu féconde de la charité , Marie est la mère de tous les lidèles.

Iteeonnaissons donc, chrétiens, cette sainte et divine mère; voyons, dans le mystère de cette journée, quelle part lui donne en notre salut cette charité maternelle. Jésus est notre amour et notre espérance, Jésus est notre force et notre couronne, Jésus est notre vie et notre salut. Mais ce Jésus que le Père veut donner nu monde pour être son salut et sa vie, il le donne par les mains de la sainte Vierge : elle est choisie dès l'éternité pour être celle qui le donne aux hommes. Cette chair qui est ma victime tire d'elle son origine; on emprunte de son sacré flanc le sang qui a purgé mes iniquités. Et ce n'est pas assez au Père céleste de former dans les entrailles de la sainte Vierge le trésor précieux qu’il nous communique : il veut qu'elle coopère par sa volonté à l’inestimable présent qu’il nous fait. Car comme Eve a travaille à notre ruine par une action de sa volonté , il fallait que la bienheureuse Marie coopérât de même A notre salut. C’est pourquoi Dieu lui envoie un ange : et l’inearnat ion de son Fils, ce grand ouvrage de sa puissance, ce mystère incompréhensible qui tient depuis tant de siècles le ciel et la terre en suspens ; ce mystère, dis-je, ne s’achève qu'après le consentement de Marie : tant il a été nécessaire au monde que Marie ait désiré son salut.

< Catat. ir, la.

Mais ne croyons pas, chrétiens, que ses pramiers désirs se soient refroidis. Ah ! elle est toujours la même pour nous ; clic est toujours boni», elle est toujours mère. Cet amour de notre salut vit encore en elle, et il n’est ni moins fécond, ni moins efficace, ni moins nécessaire qu'il était alors. Car Dieu ayant une fois voulu, que la vo lonté de la sainte Vierge coopérât efficacement à donner Jésus-Christ aux hommes; ce premier décret ne se change plus, et toujours nous recevons Jésus-Christ par l'entremise de sa charité. Pour qu'elle raison ? C'est parce que cette charité maternelle qui fait naitre, dit saint Augustin, les enfants de [l’Église,] ayant tant contribué au salutdes hommes, dansl'incarnationdu Dieu-Verbe, elle y contribuera éternellement dans toutes les opérations de la grâce, qui ne sont que des dépeudances de ce mystère.

Donc, mes frères, dans tous vos desseins , dans toutes vos difficultés, dans tous vos projets, recourez à la charité de Marie. Êtes-vous traversés, allez à Marie. Si les tempêtes des tentations so soulèvent, élevez vos cœurs à Marie : si sa colère , si l’ambition , si la convoitise vous troublent, pensez à Marie, implorez Marie'. Ses prières toucheront le cœur de Jésus ; parce que le cœur de Jésus est un cœur de fils , sensible a la charité maternelle. Et que n'attendrons-nous point de Marie, par laquelle Jésus même s'est donné à nous? . mais si nous voulons, dit saiut • Bernard ■ , recevoir l’assistance de scs oraisons , « suivons les leçons de sa vie. » Et que choisirons-nous dans sa vie? Suivons toujours les mêmes principes : entendons que notre ruine étant un ouvrage d’orgueil , le mystère qui nous répara devait êtrel'œuvredc l'humilité; et afin que nous évitions la malédiction de la rébellion orgueilleuse d'Eve, obéissons avec Marie pour être les véritables enfants de cette mère commune de tous Ira fidèles *.

* S. Dent. sup. Missus, flot». », n* 17, !. I, fol. 74.7.

* .Jppend. Oper. S ■ Bernard. »« Salve, Reglna, Servi. |, n* I , (. il, col. 7-il.

* lot» seront I point de re sermon étant répété presque mot n mot du premier point du précédent, non* l'avons supprimé. D. Déports avait faJt un amalgame de cm deux discours, pour éviter, dit-il, les répétition*. Mais il n'a pas songé nu défaut de liaison et d'unité auquel il s'exposait, et qu'on aperçoit en effet dans sa rédaction. Pour prévenir cet Incoin enliut, nous avons laissé les deux sermons tels que Bossuet les. a composés. Le lecteur verra qu’en supprimant le second point de celui-ci, H y a très -peu de répétitions; et que même dans le* morceaux répétés il se trouve de» différences notables.

Il est à propos d'avertir ici que nous avons restitué aux sermons pour le» jours de l’Annonoialion, et de la Purification de la sainte Vierge, le titre qu'ils portent dans le manuscrit original. Au temps ou Bossuet prêchait, ces fêtes étaient rangée* comme elles le soûl encore dans le Bréviaire romain, parmi les fêtes de la sainte Vierge; et on a aussi suivi cet ordre en imprimant le» sermons «le Bourdalou'* et des anlrrs prédicateurs de ce siècle. Peut-être a- ( ou eu raison , danï lus

POUR LA FÊTE

AUTRE EXORDE

POUR LE MÊME JOUR

A«1 hIh vciiit plonilmlo tcinporis, misit Deus Filiuni Burnn factum ex mulicre.

Quand le temps a été accompli , Dieu a envoyé son Fils fait d'une femme. Gai. it, 4.

Comme Dieu est riche en bonté , il est magnifique en présents : il a aimé le genre humain , et son amour libéral s’est signalé par ses dons. Mais un Dieu ne doit rien donner qui ne soit digne de lui : c’est pourquoi il a résolu de ne nous rien donner de moins que lui-même. C’est ce qui fait voir aujourd’hui au monde cette merveille Inouïe, ce miracle incompréhensible et qui étonne toute la nature : un Dieu fait homme ; et l’apôtre nous représente cet excès d’amour par les premiers mots de mon texte : ■ Dieu a envoyé son Fils, * misit Dois Filium suum.

Mais, messieurs, il ne suffit pas qu’un Dieu se donne , il faut encore qu’on le reçoive ; sans quoi le don serait inutile, et le mystère imparfait. Aussi s’est- il préparé lui-même les plus pures entrailles du monde, et une vierge incomparable le doit recevoir, non-seulement pour elle, mais pour nous tous; et au nom de tout le genre humain. Tellement que, pour accomplir le dessein de Dieu, il ne fallait pas seulement qu’il vint au monde, mais il fallait encore qu’il y prit naissance. Et c'est pour cela que le même apôtre, apres avoir dit, comme j’ai déjà remarqué, que - Dieu nous a envoyé son Fils, « misit De us Fitium suum y ajoute, pour nous faire entendre le mystère entier, qu’il a été * fait d’une femme , » factum ex mulicre.

Voilà donc en quoi consiste, si je ne me trompe, tout le mystère de ce jour sacré : et vous en avez l’abrégé en ces deux mots, un Dieu donné, un Dieu reçu. Dieu se donne à nous en la personne du Verbe incarné ; tous ensemble nous le recevons en la personne de la sainte Vierge, qui ne le reçoit que pour nous. Ainsi nous avons deux choses à considérer ; en Jésus le présent divin : en Marie la respectueuse acceptation ; en Jésus la bonté qui se communique : en Marie la disposition pour s’en rendre digne; en Jésus de quelle manière Dieu se donne à uous : en Marie ce qu’il nous faut faire pour le recevoir. Et c’est à ces deux points principaux que je réduirai , pour n’être pas long, toute l’économie de ce discours.

nouveaux Bréviaire», rtc classer fMrs parmi celles rtc* Mystère*; umIh re n’eal point Ici le lieu d'examiner cette que* lion. ( Édit, de f maillet. )

PREMIER SERMON

HH.’ R LA FfcTE

DE LA VISITATION DE LA SAINTE VIERGE

Pourquoi Jésus licnt-il »a vertu cachée dans ce mytUre. La aainte wiciélé que le Fil* de Dieu n miracle avec nous , un de* plu* grands mystère» du christianisme. TroU mouvement* qu'il imprime dans le cceur de oeux qu’il visite. L'abaissement d’une Ame qui w Jufçe Indigne des faveur* dp sou Dieu, représenté dan* Elisabeth t le transport de celle qui la cherche, tipuré en saint Jean : et la paix de celle qui le pwiode , marqué dans le* disposition» de Marie.

lutravit iu dornum Zacliariæ, et «liitarit Kliaabcüj.

Marie entra en la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Luc. i , 40.

C'est principalement aujourd'hui, et dans la sainte solennité que nous célébrons , que les Hdèles doivent reconnaître que le Sauveur est un Dieu caché, dont la vertu agit dans les cœurs d'une manière secrète et impénétrable. Je vo*s quatre personnes unies dans le mystère que nous honorons; Jésus et la divine Marie, saint Jean et sa mère sainte Élisabeth : c'est ce qui fait tout le sujet de notre évangile. Mais ce que j'y trouve de plus remarquable, c'est qua la réserve du Fils de Dieu toutes ces personnes sacrées y exercent visiblement quelque action particulière. Élisabeth, éclairée d’en haut, reconnaît la dignité de la sainte Vierge, et s’humilie profondément devant elle : Vndc hoc mihi ' 1 Jean sent la présence de son divin maître jusque dans le sein de sa mère, et témoigne des transports incroyables : Exultaml in/ans *. Cependant l’heureuse Marie , admirant en elle-même de si grands effets de. la toute-puissance divine , exalte de tout son cœur Le salut nom de Dieu , et publie sa munificence. Ainsi toutes ces personnes agissent , et il n'y a que Jésus qui semble immobile : caché dans les entrantes de la sainte Vierge , il ne fait aucuu mouvement qui rende sa présence sensible ; et lui qui est l'âme de tout le mystère, parait sans action dans tout le mystère.

Mais ne vous étonnes pas, âmes chrétiennes, de ce qu’il nous tient ainsi sa vertu cachée; il a desseiu de nous faire entendre qu'il est ce moteur invisible qui meut toutes choses sans se mouvoir, qui conduit tout sans montrer sa main : de sorte qu'il me sera aisé de vous eouvaincrc que si son aclion toute-puissante ne nous paraît pas aujourd’hui eu elle-même dans le mystère, c’est qu elle se découvre assez dans l'action des autres qui n'agissent et ne sc remuent que par l'impression

' l.nr. i , «à.

» Ibid, il

DE LA VISITATION

qu'il leur donne. C’est ce que vous verrez plus évidemment dans la suite de ce discours : ou devant vous entretenir des operations de son Saint- Esprit sur trois différentes personnes, j'ai besoin plus que jamais du secours de ce même Esprit qui les a remplies; et je dois tâcher d'attirer ses grâces par l'intercession de celle à laquelle il se communique si abondamment, qu'il se répand sur les autres par son entremise. C'est la bienheureuse Marie, que nous saluerons avec l'ange : .-I ee, gratin.

L’un des plus grundsmystères du christianisme c’est la sainte société que le Fils de Dieu contracte avec nous, et la manière secrète dont il nous visite. Je ne parle pas , mes très-chères sœurs, de ces communications particulières dont il honore quelquefois des âmes choisies; et je laisse a vos directeurs et aux livres spirituels de vous en instruire. Mais outre ccsvisites mystiques, ncsavonsnous pas que le Fils de Dieu s'approche tous les jours de scs fidèles ; Intérieurement par sou Saint- Esprit, et par l'inspiration de sa grâce; au dehors par sa parole, par ses sacrements et surtout par celui de l’adorable eucharistie ?

Il importe aux chrétiens de connaître quels sentiments ils doivent avoir lorsque Jésus-Christ vient à eux; et il me semble qu'il lui a plu de nous l'apprendre nettement dans notre évangile. Pour bien entendre cette vérité, remarquez, s’il vous pluit, messieurs, que le Fils de Dieu, visitant les hommes, imprime trois mouvements dans leurs cœurs , et je vous prie de vous y rendre attentifs : premicremeut, sitôt qu'il approche, il nous inspire , avaut toutes choses , une grande et auguste idée de sa majesté, qui fait que l'âme, tremblante et confuse de sa naturelle bassesse, est saisie devant Dieu d'un profond respect , et se juge indigne des dons de sa grâce : tel est son premier seutiment. Mois , chrétiens , ce n'est pas assez ; car cette âme , ainsi abaissée , n'osera jamais s'approcher de Dieu; elles'en éloignera toujours par respect, en reconnaissant son peu de mérite. C'est pourquoi , par un second mouvement, il presse au dedans son ardeur Adèle de s’approcher avec confiance, et de courir à lui par de saints désirs; c'est le second sentiment qu'il donne. Enfin le troisième et le plus parfait c'est que , se rendant propice à ses vœux, il fait triompher sa paix dans son cœur, comme parle le divin apôtre : l'ax Christi exulte! in cordibus vestris 1 ; et la comble d'une sainte joie par scs chastes cmbrassemenls. Vous le savez , mes très-chères sœurs , vous qui êtes si exercées dans les choses spirituelles, que c'est par ces degrés que Dieu s'avance, que tels sont les

1 Ci'/. III, is.

sentiments qu'il inspire aux âmes : se juger indignes de Jésus-Christ, c'est par cette humilité qu'il les prépare ;désirerardemmcntJésus-Christ, c'est par cette ardeur qu'il les avance; enfin posséder en paix Jésus-Christ, c'est par cette tranquillité qu'il les perfectionne. Ces trois sentiments paraissent dans notre Évangile nettement et distinctement , et avec un ordre admirable.

En effet ne voyez-vous pas sainte Élisabeth qui considérant Jésus-Christ , qui fhonore de sa visite en la personne de sa sainte mère, reconnaît humblement son indignité, en disant d une voix si respectueuse : Kl untle hoc mihi, iif reniai mater Domini met ad me • ? - Et d'ou me « vient un si grand honneur, que la mère de mon

■ Seigneur me visite ? » D'autre part ne voyezvous pas que ce sont des désirs ardents qui pressent impétueusement le saint précurseur, lorsque, tressaillant au sein de si mire, il veut, ee semble, rompre les liens qui l’empêchent de sc jeter aux pieds de son Muftrc , et ne peut souffrir la prison qui le sépare de sa présence : Kxultavit infant in utero ejus •? Enfin n'eu tendez- vous pas la voix ravissante de la bienheureuse Marie, qui, étant pleine deJèsus-Christ, et possédant en paix ee quelle aime, s'épanche tout en actions de grâces, et nous témoigne la joie de son cœur pur son admirable rantique : Magnificat anima men Dominant 3 : • Mon âme exalte le Seigneur,

■ et mon esprit se réjouit en Dieu mou Sauveur? ■ Ainsi je ne craindrai pas de vous assurer q ej'aurai expliqué tout mon évangile, tout le mystère de cette journée, si je vous fais voir en ces trois personnes, sur lesquelles Jésus caché agit aujourd'hui , rabaissement d’une âme qui s'eu juge indigne; c'est eeque vous remarquerez en Élisabeth : le transport d'une âme qui le cherche; c'est ce que vous reconnaîtrez en saint Jean : la paix d'uno âme qui le possède; c’est ce que vous admirerez en la sainte Vierge ; et c’est le partage de ce discours.

rucMiEB POINT.

Il est bien juste, âmes chrétiennes, que la créature s’abaisse lorsque son Créateur la visite ; et le premier tribut que nous lui devons, quand il daigne s'approcher de nous, c'est la reconnaissance de notre bassesse. Aussi est-ce pour cela que je vous al dit qu'aussitôt qu'il vient à nous par sa grâce, le premier sentiment qu'il inspire c'est une crainte religieuse qui uous fait en quelque sorte retirer de lui par la considération du peu que nous sommes. Ainsi lisons-nous , en saint

■ tbut. ti.

» Md 17.

POUR LA FÊTE

Luc, que saint Pierre n'u pas plutôt reconnu la divinité de Jésus-Christ, par les effets miraculeux de sa puissance, qu'il se jette Incontinente ses pieds, et, « Retirez-vous, Seigneur, lui dit-il, •< gardez-vous bien d'approcher de moi , parce « que je suis un homme pécheur : ■ Exi a me, quia homo peccator xvm, Domine1. Ainsi ce pieux Centenier, que Jésus veut honorer d’une visite, surpris d’une telle bonté, croit ne la pouvoir reconnaître, qu’en confessant aussitôt qu’il en est indigne : Domine , non sum tlignus \ Ainsi pour venir à notre sujet, et n'aller pas rechercher bien loin ce qui se trouve si clairement dans notre évangile ; dès la première vue de Marie , dès le premier son de sa voix , sa cousine sainte Élisabeth, qui connaît la dignité de cette Vierge, et contemple par la foi le Dieu qu’elle porte , s’écrie étonnée et confuse : « D’ou me vient un si grand

• honneur, que la mère de mon Seigneur me vi- - site? » Un de hoc mihi?

C’est, mes sœurs, cette humilité , c’est ce sentiment de respect , que l’exemple d’Élisabeth devrait profondément graver dans nos cœurs : mais pour cela il est nécessaire que nous concevions sa pensée , et que nous pénétrions les motifs qui l’obligent à s’humilier de la sorte. J’en remarque deux principaux dans la suite de son discours, et je vous prie de les bien comprendre. « D’où me

• vient cet honneur, dit-elle, que la mère de mon « Seigneur me visite? » C’est sur ces paroles qu’il faut méditer ; et ce qui s’y présente d’abord à ma vue, c’est qu’Élisabeth nous témoigne que, dans la visite qu’elle reçoit, il y a quelque chose qu’elle connaît et quelque chose qu’elle n'entend pas. La mère de mon Seigneur vient à moi , voilà ce qu’elle connaît et ce qu’elle admire : d’où vient qu’elle me fait cet honneur ; c’est ce qu’elle ignore etcequ’elle cherche. Elle volt la dignitéde Marie; et dans une telle inégalité elle la regarde de loin , s'humiliant profondément devant elle. C’est la bienheureuse entre toutes les femmes; c’est la mère de mon Seigneur, elle le porte dans ses bénites entrailles : mater Domini mei: puis-je lui rendre assez de soumission?

Mais pendant quelle admire toutes ces grandeurs, une seconde réflexion l’oblige à redoubler scs respects. La mère de son Dieu la prévient par une visite pleine d’amitié : elle sait bien connaître l’honneur qu’on lui fait ; mais elle n'en peut pas concevoir la cause : elle cherche de tous côtés en elle- même ce qui a pu lui mériter cette grâce : D’où me vient cet honneur, dit-elle , d’où me vient cette bouté surprenante? Unde hoc mihi P qu’ai-je fait pour la mériter, ou quels

1 Luc. v, 8.

* Matth. vili, 8.

services me l’ont attirée? l'nde hocPlJs, mon soeurs, ne découvrant rien qui soit digne d'un si grand bonheur, et se sentant heureusement prévenue par une miséricorde toute gratuite , elle augmente ses respects jusqu'à l'infini, et ne trouve plus autre chose à faire sinon de présenter humblement à Jésus-Christ , qui s'approche dïllc, un crcur humilié sous sa main, et une sincère confession de son impuissance.

Voilà donc deux motifs pressants qui la portent aux sentiments de l'humilité, lorsque Jésus- Christ la visite. Premièrement, c'est qu'elle n’a rien qui puisse égaler scs grandeurs : secondement , c’est qu’elle n’a rien qui pu sse mériter ses bontés : motifs en effet très-puissants, par lesquels nous devons apprendre à servir notre Dieu en crainte, et à nous réjouir devant lui avec tremblement. Car quelle indigence pareille à la nôtre? puisque si nous u’avons rleu par nature, et n'avons rien encore par acquisition, nous n’avons aucun droit d’approcher de Dieu , ni par la condition ni parle mérite; et n’etant pas moins éloignés de sa bonté par nos crimes, que de sa majesté intinie par notre bassesse , que nous reste-t-il autre chose, lorsqu’il daigne nous regarder, sinon d’apprendre d'Elisabeth a révérer sa grandeur suprême , par la reconnaissance de notre néant , et à honorer ses bienfaits , en confessant notre indignité?

Hais ailn de ne le pas faire seulement de bouche, et d'avoir ce sentiment imprimé au cœur, considérons avant toutes choses ce qu'exige de nous In grandeur de Dieu ; et encore que nulle éloquence ne le puisse assez exprimer, pour nous en former quelque idée posons d’abord ce premier principe : que ce qui gagne le respect des hommes, ce sont les dignités qui tirent du pair, qui donnent un rang particulier, qui sont uniques et singulières. Voilà ce que les hommes ré- \crcnt : et, ce fondement étant supposé, qui pourrait nous dire, mes sœurs, le respect que nous devons nu souverain Être? Il est seul en tout ce qu’il est ; il est le seul sage , le seul bienheureux , Roi des rois, Seigneur des seigneurs , unique en sa majesté, inaccessible en son trône, incomparable en sa puissance. De là vient que Tertulllen, tâchant d'exprimer magnifiquement son excellence incommunicable, dit qu’il est - le .souverain-grand, qui, ne souffrant rien qui • s’égale à lui, s’établit lui-méme une solitude . par la singularité de sa perfection, « summum magnum, ex defectione amuli solitudinem quamtlam de singularitate. prœstantia suœ possèdent >. Voilà une manière de parler étrange,

• Jdv. .Vnrciim. lib. I, n* 4.

DE LA VISITATION

mais cet homme, accoutumé aux expressions fortes, semble chercher des termes nouveaux, pour parler d'une grandeur qui n'a point d'exemple. Et surtout n’admirez- vous pas cette solitude de Dieu , sjliludincm de singutaritate prœstanlia : solitude vraiment auguste, et qui doit inspirer de profonds respects?

Mais cette solitude de Dieu nous donne encore, ce me semble, une belle idée. Toutes les grandeurs ont leur faible : grand en puissance , petit en courage ; grand courage et petit esprit; grand esprit dans un corps infirme , qui empêche ses fonctions. Qui peut se vanter d'être grand en tout? Nous cédons et on nous cède; tout ce qui s'élève d'un cAté s’abaisse de l’autre. C’est pourquoi il y a entre tous les hommes une espèce d’égalité : tellement qu’il n’y a rien de si grand , que le petit ne puisse atteindre par quelque endroit. Il n’y a que vous, A souverain-grand, 0 Dieu étemel , qui êtes singulier en toutes choses, inaccessible en toutes choses , seul en toutes choses ; sotitudinem quamdnm, etc. Vous êtes le seul auquel on peut dire : • O Seigneur, qui est sem- « blableà vous ’ : profond en vos conseils, ter- « rible en vos jugements, absolu en vos volontés,

■ magnifique et admirable en vos œuvres * ? » Que si vous êtes si grand, si majestueux, malheur à qui se fait grand devant vous; malheur, malheur aux têtes superbes, qui vont hautes et levées devant votre face : vous frappez sur ces cèdres et vous les déracinez ; vous touchez ces orgueilleuses montagnes, et vous les faites évanouir en fumée. Heureux ceux qui , vous sentant approcher par vos saintes inspirations , craignent de s’élever devant vous , de peur de vous exciter a jalousie ; mais qui s’écrient aussitôt avec le prophète : » Qu'est-ce que l’homme, A grand - Dieu, que vous vous en souvenez? ou qui sont

■ les enfants des hommes, que vous leur faites

■ l’honneur de les visiter 3? ■ Ils se cachent , et votre face les illumine ; ils se retirent par respect, et vous les cherchez ; ils se jettent à vos pieds , et votre Esprit pacifique repose sur eux.

Apprenez , A enfants de Dieu , de quelle sorte il faut recevoir cette souveraine grandeur : mais pour vous humilier plus profondément, sachez que sa bonté vous prévient en tout; et que sa grâce se montre grâce , en ce qu’elle n’est attirée par aucuns mérites. Rendez, rendez ici témoignage à sa miséricorde surabondante, vous pécheurs qu’il a convertis, vous brebis perdues qu’il a ramenées; vous autrefois enfants de ténèbres, que sa grâce a faits enfants de lumière. Ne s’est-

• Pt. XVX1T, lo.

• Exoi. xv, il.

• Pt. VIII, s.

il pas souvenu de vous dans le temps que vous l’oubliiez? ne vous a-t-il pas poursuivis, quand vous le fuyiez avec plus d’ardeur? ne vous a-t-il pas attirés, quand vaut méritiez le plus sa vengeance? Et vous, âmes saintes et religieuses, qui marchez dans la voie étroite , qui vous avancez à grands pas dans le chemin de la perfection ; qui vous a inspiré le mépris du monde et l’amour de la solitude? n’est-ce pas lui qui vous a choisies, et ne lui confessez-vous pas tous les jours que vous n’avez pas mérité ce choix? Je n’ignore pas cependant que vous n’amassiez des mérites : anathème à ceux qui le nient; mais tous ces mérites v iennent de la grâce. Si vous usez bien de la grâce, il est vrai que ce bon usage en attire d’autres; mais il faut qu’elle vous prévienne, pour vous sanctifier par ce bon usage. Ne voyezvous pas , dans notre Évangile , que ce n’est pas Elisabeth qui vient à Marie; c'est Marie qui cherche sainte Élisabeth , c'est Jésus qui prévient saint Jean. Quel est, mes sœurs, ce uouvrau miracle? Jean doit être son précurseur, il doit marcher devant sa face, il lui doit préparer les voies-, et néanmoins nous voyons manifestement qu’il faut que Jésus-Christ le prévienne. Et qui donc ne prévient-il pas, s’il prévient même son précurseur? Que si nous sommes nussi prévenus, de quoi pouvons-nous nous glorifier? sera-ce peut-être du commencement? mais c’est la que la grâce nous a éclairés, sans que nous l’ayons mérité. Quoi , sera-ce donc du progrès? mais la grâce s'étend dans toute la vie , et dans toute la vie elle est toujours grâce : Font ar/ttœ satientis ' ; C'est un fleuve qui retient, durant tout son cours, le nom qu’il a pris dans son origine; c’cst > la grâce elle-même qui mérite d’être augmentée, afin que , par cet accroissement , elle mé- ■ rite d’arriver à sa perfection : » Ipsn gratin meretur augeri , ut attela mercalttr per/tei, dit saint Augustin ’.

Que s’il est ainsi, chrétiens, que nous ne vivions que par grâce , que nous ne subsistions que par grâce; que tardons-nous A imiter sainte Elisabeth?que ne disons-nous du fond de nos cœurs : I nde hoc mihi? * D’où me vient un si grand • bonheur? - d’où me vient cette faveur extraordinaire? Ah! je ne l'ai point méritée; je ne la dois, A Seigneur, qu’à votre bonté. C'est le premier sentiment que la grâce inspire; parce que son premier ouvrage, c’est de se faire reconnaître grâce. Confessons donc , avant toutes choses , que nous sommes indigues des dons de Dieu : Dieu alors nous en croira dignes , si nous avouons ne l’être pas; si nous reconnaissons qu’il ne noua

1 Juan. IV, 14.

’ tp. CLKXXM, n’ 10, t. Il , coi. 607.

POl'R LÀ FÊTE

doit rien, li se confessera notre debiteur. Il est allé chez le Centeuier, parce qu'il se juge indigne de le recevoir. Pierre se juge indigne d'approcher de lui, il le fait le (fpdement de son corps mystique. Paul se trouve indigne qu’on le nomme apôtre, et il le fait le plus illustre de tous ses apôtres. Jean-Baptiste s’estime indigne de lui délier ses souliers, qui est le plus vil office d’un serviteur, et il le fait son meilleur ami : Amicus Sponsi • ; et cette main qu’il juge indigne des piedsdu Sauveur, est élevée jusqu'à sa tête qu'il arrose des eaux baptismales. Tant il est vrai, limes chrétiennes, que ce qui nous mérite les dons de la grâce, c’est de confesser humblement que nous ne les pouvons mériter ; tellement que l'humilité est l'appui de la confiance. Quiconque s'est préparé par l’humilité, peut ensuite s'abandonner aux désirs ardents dont nous allons voir les sacrés transports eu la personne de saint Jean- Baptiste.

sicoxn rot nt.

Ce n'est pas assez à l'âme fidèle de s’humilier devant Dieu et de s'en retirer, en quelque sorte, par le sentiment de sa bassesse. Après ce premier mouvement, par lequel elle reconnaît son iudignité, elle en doit ensuite ressentir un autre; c'est-à-dire, un chaste transport , par lequel elle coure à Dieu et s'efforce de s’unir à lui. Mais est-il possible, mes sœurs, qu’uu tel désir soit raisonnable, et que. des mortels comme nous puissent porter si haut leurs pensées? Il n'est pas permis d'en douter; et en voici la ralsou solide, prise de la nature de Dieu nécessairement bienfaisante. Je vous ai représenté sa grandeur suprême, qui éloigne de lui les créatures; il vous faut maintenant parler de sa bonté, qui leur tend la main et qui les invite : l’un; et l’autre sont inconcevables; et comme, me défiant de nies forces, je me suis aidé pour la première d'une forte expression de Tertullien, je me servirai pour la seconde d'un excellent discours d'un autre docteur de l'Église : c'est le grand 6aint Grégoire de Nazianzc qui a mérité parmi les Grecs le surnom auguste de Théologien, à cause des hautes conccplious qu'il a de la nature divine.

Ce grand homme invite tout le monde à désirer Dieu , par la considération de cette bonté infinie qui prend tant de plaisir à se répandre; ce qu’ayant expliqué avec soin , il conclut enfin par ces mots ; ■ Ce Dieu, dit cet excellent théolo-

■ gien*, désire d'être désiré; il a soif, le pour-

■ riez-vous croire, au milieu de sou nbondauec. ■

1 J non. lit, SO.

* Oral. IL, t 1, p. G&7.

Mais quelle est la soif de ce premier Être? c'e«t que les hommes aient soif de lui : sitit sifrri. Tout infini qu‘il est en lui-même, et plein de scs propres richesses, nous pouvons néanmoins l’obliger : et comment pouvons-nous l’obliger? C’est en lui demandant qu’il nous oblige; parce qu’il donne plus volontiers que les autres ne reçoivent : ce sont les paroles de saint Grégoire.

Ne diriez-vous pas, chrétiens, qu’il >ous représente une source vive, qui, par la fécondité continuelle de ses eaux claires et fraîehes, somble présenter à boire aux passants altérés? Elle n’a pus besoin qu’on la lave de ses ordures, ni qu'on la rafraîchisse dans son ardeur; mais sc contentant elle- même de sa netteté et de sa fraîcheur naturelle, elle ne demande, ce semble, plus rien , sinon que l’on boive , et que l'on vienne se laver et se rafraîchir de ses eaux. Ainsi la nature dhine, toujours riche , toujours abondante, ne peut non plus croître que diminuer, à cause de sa plénitude : et la seule chose qui lui manque, si l’on peut parler de la sorte, c’est qu’on vienne puiser en son sein les eaux de vie éternelle, dont elle porte en ellc-méme une source infinie et inépuisable. C’est pourquoi saint Grégoire a raison de dire qu’il a soif que nous ayons soif de lui ; et qu’il reçoit comme un bienfait, quand nous lui donnons le moyen de nous bien faire.

Cela étant aiusi , chrétiens, c’est faire injure à cette bonté, que de n’avoir pas du désir pour elle. l)e là les transports de saint Jean daus les entrailles de sa mère. Il sent que son Maître le vient visiter, et il voudrait s’avancer pour le recevoir : c’est le saint amour qui le pousse , ce sont des désirs ardents qui le pressent Ne voyezvous pas, âmes saintes, qu’il tâche de rompre scs liens par son mouvement impétueux? Mais s’il demande la liberté, ce n’est que pour courir au Sauveur; et s'il ne peut plus souffrir sa prison , c’est a cause qu’elle le sépare de sa présence.

C'est donc avec beaucoup de raison que nous nous adressons à saint Jean-Baptiste, pour apprendre à désirer le Sauveur des âmes; puisqu'il lui doit préparer les voies. C’est à lui de nous inspirer des désirs ardents; et si vous recherchez, chrétiens, quel est le ministère du suint précurseur, vous découvrirez aisément qu’d est envoyé sur la terre pour faire désirer Jésus- Christ aux hommes , et que c’est eu cette manière qu’il lui doit préparer ses voies. En effet , il faut vous faire entendre quel est le sujet de sa mission ; et il faut qu’uu autre saint Jean , disciple et bien-ûimé du Sauveur, vous explique la fonction de saint Jean-Baptiste. Écoutez comme il parle dans son Evangile : « Il y eut un homme « envoyé de Dieu, dont le nom était Jean : cet

DE LA VISITATION

« homme n'était point la lumière; mais il venait « sur la terre, pour rendre témoignage de la lu- ” mièrc, * c'est-à-dire, de Jésus-Christ : A on erat Me lux, sed ut testimonium pcrhiberet de lumine *. N 'êtes- vous pas étonnées, mes soeurs, de cette façon de parler de levangélistc ? Jésus- Christ est la lumière , et on ne le voit pas : Jean- Baptiste n'est pas la lumière , et nou-seulement on le voit; mais encore il nous découvre la lumière même! Qui vit jamais un pareil prodige? quand est-ce que l'on a oui dire qu'il fallût montrer la lumière aux hommes, et leur dire : Voilà le soleil? N'est-ce pas la lumière qui découvre tout? n’cst-ce pas elle dont le vif éclat vient ranimer toutes les couleurs , et lever le voile obscur et épais qui avait enveloppé toute la nature? Et voici que l'Évangile nous vient enseigner que la lumière était au milieu de nous sans être aperçue , et, ce qui est beaucoup plus étrange, que Jean, qui n'est pas la lumière , est envoyé néanmoins pour nous la montrer : A’o» erat ille lux!

Danscetévénemcnt extraordinaire, chrétiens, n'accusons pas la lumière de ce que nos yeux infirmes ne la peuvent voir : nccusons-en notre aveuglement; accusons la faiblesse d'une vue tremblante, qui ne peut souffrir le grand jour. C'est ce que le grand Augustin nous explique délicatement, par ces excellentes paroles : Tam infmni sumus , per luccrnam quœrimus diem'. Saint Jean n'était qu'un petit flambeau : t rat lucerna ardens et lucens‘\ et » telle est notre « infirmité, qu'il nous faut un flambeau pour

* chercher le jour : * il nous faut Jean-Baptiste pour chercher Jésus, per luccrnam quœrimut diem : c'est-à-dire, mes très-chères soeurs, qu'il fallait à nos faibles yeux une lumière douce et tempérée, pour nous aecoutumcrau jour du midi ; et qu’il nous fallait montrer de petits rayons pour nous faire désirer de voir le soleil, que nous avions entièrement oublié dans la longue nuit de notre Ignorance : car c’est en ceci principalement qu’était déplorable l’aveuglement de notre nature, et je vous prie de le bien entendre.

Nous avions premièrement perdu la lomière ;

• le soleil de justice ne nous luisait plus : • Sot intelligentiœ non orius estais*. Non-seulement nous lavious perdue; mais nous en avions même perdu le désir, et « nous aimions mieux les té- . nèbres : ■ Dilexerunthominesmagis tenebras, qmm lucem’’. Nous en avions non-seulement perdu le désir; mais nous nous plaisions telle-

1 Jnan. l , 8.

> la Mm. Tract, n, n" s, t. ra, part. 11, col. aol.

1 J mm. V, 35.

* S>ip. V, 0.

& J 'MH. III , 19.

ment dans l'obscurité, l'ignorance de la vérité nous était de telle sorte passée en nature, que nous craignions de voir la lumière : nous fuyions devant la lumière ; nous haïssions même la lumière : car • celui qui fait le mal hait la lumière : • Qui male agit, odit lucem '. D’où nous venait cet aveuglement , ou plutôt cette haine de la clarté ? Il faut que saint Augustin nous le fasse entendre ; en remarquant certain rapport de l'entendement aux yeux corporels, et de la lumière spirituelle à la lumière sensible. Les yeux ont été faits pour voir la lumière; et tu es faite, Ame raisonnable , pour voir la vérité éternelle, qui illumine tout homme qui naît au monde.

■ Les yeux se nourrissent de la lumière : » Luce qui ppc pascuntur oculi noslri, dit saint Augustin1; et « ce qui fait voir, poursuit ce grand « homme, que la lumière les nourrit et les for- « tille, c’est que s'ils demeurent trop longtemps

■ dans l'obscurité, ils deviennent faibles et ma- . lades : » Cum in tenebris fuerint, infirmanlur. Et cela, pour quelle raison; si ce n'est, dit le même saint , qu'ils « sont privés de leur nourri- • ture, et comme fatigués par un trop long jeûne : Fraudnti oculi cibo sua defatigantur et debili • tanlur, quasi quodam jejunio lucis ? D'ou il arrive encore un effet étrange , c'est que si l'on continue à leur dérober cette nourriture agréable : ou vous les verrez enfin défaillir, manque d’ali ment, ou , s’ils ne meurent pas tout à fait , ils seront du moins si débiles , qu’à force de discontinuer de voir la lumière, ils n’en pourront plus supporter l’éclat ; ils ne la regarderont qu'a demi , d'un oeil incertain et tremblant. Ah! rendez-nous, diront-ils, notre obscurité; ôtez-nous cette lumière importune :ainsi la lumière, qui était leur vie, est devenue l'objet de leur aversion.

Chrétiens, ne sentons-nous pas qu’il nous en est arrivé de même? qui ne sait que nous sommes faits pour nous nourrir de la vérité? C’est d’ello que doit vivre l’Ame raisonnable : si elle quitte cette viande céleste, elle perd sa substance et sa force; elle devient languissante et exténuée; elle ne peut plus voir qu’avec peine; après, elle ne désire plus de voir ; enfin elle ne hait rien tant que de voir. Ah ! qu'il n’est que trop véritable , qu'il n’est que trop constant par expérience 1 On s’engage à des attachements criminels, on ne cherche que les ténèbres; les fumées s’épaississent autour de l’esprit , et la raison en est offus quée : celui qui est en cet état ne peut pas voir, « la lumière de scs yeux n’est plus avec lui : • Lumen oculorum meorum et ipsum non est

• Juan ni, 20.

1 ht J,.an. Tract, vm , n" s , 1. 111 , part. Il, col. m.

rouil LA FÊTE

meeum'. Voulez-vous être convaincus qu'il ne veut, pas voir : nu milieu de ees ombres qui l’environnent, un sage ami s'approche de lui ; il observe s’il n'y n point quelque endroit par ou on lui puisse faire entrevoir le jour : mais il en détourne la vue; il ne veut point voir la lumière, qui lui découvre une erreur qu'il aime et dont il ne veut pas se désabuser : Ocutoi suas statueront tlcclinan in terrain

C’est ainsi que sont les pécheurs, c'est ainsi qu'était tout le genre humain : la lumière s'était retirée, et avait laissé les hommes malades dans un long oubli de la vérité. Que ferez-vous, ô divin Jésus, splendeur éternelle du Père? montrerez-vous d'abord à nos yeux infirmes votre lumière si vive et si éclatante? Non, mes sœurs, il ne le fait pas ; il se cache encore en lul-méme : mais il se réfléchit sur saint Jean. Il envole premièrement des rayons plus faibles pour fortifier lieu à (ou notre vue tremblante et nous faire insensiblement désirer la beauté du jour. Divin précurseur, voila votre emploi; et vous commencez aujourd'hui ec saint exercice.

Et en effet , ne voyez- vous pas que Jésus n'agit pas? il ne remue pas, il ne se montre pas, il ne parait pas encore en lui-méme, et il brille déjà en saint Jean. C'est pourquoi le bon Zac! nrie compare Jésus-Christ au soleil levant : lï.sitavit nos orient ex alto 1 : ■ L’orient, dit-il, « nous a visités. » Et comment nous a-t-il visités; puisqu'il est encore nu sein de sa mère, et qu'il ne s'est pas encore découvert nu monde? Il est vrai, nous dit Zacharie; mais c'est un soleil qui se lève : on ne le voit pas encore paraître , il n'est pas sorti de l’autre horizon; toutefois ne vovcï-vous pas qu’il nous a déjà visités? nous v oyons déjà poindre sa lumière , luire scs rayons; en sorte qu’il éclaire déjà les montagnes, parce qu’il a déjà lui sur son précurseur : Visttavit nos orient. Voyez comme il se réjouit de ce nouveau jour ; considérez avec quel transport il adore celte lumière naissante : c’est qu’il nous veut apprendre à In désirer. Car ne semble-t-il pas qu’il nous dise par ce tressaillement admirable : Que tardez-vous, mortels misérables, à courir au divin Jésus; pourquoi fuyez-vous sa lumière, qui est la vie des cœurs, la paix des esprits, la joie unique des yeux épurés, la viande incorruptible des Ames fidèles? que n’allcz-vous donc à Jésus? que ne courez-vous à Jésus? Celui qui se fait sentir au cœur d'uneufant, quels charmes aura-t-il pour les hommes faits? Il le fait tressaillir de joie jusque dans l’obscurité du sein maternel ; que scra-

* Pu xxxvn, il.

' Illid. XVI, II.

> Luc. I, 78.

ce donc dans son sanctuaire? et si ses premières approches causent des transports si aimables , que feront scs embrassements ?

Je ne me lasserai point de le répéter. Quoi , mes sœurs, il ne parait pas, il n’agit pas, il ne parle pas, et déjà sa sainte présence remplit tout de joie et de l'Esprit de Dieu ! Quel bonheur, quel ravissement, de recevoir de sa bouche divine les paroles de vie éternelle; d’en voir couler un fleuve d’eau vive , pour rafraîchir les cœurs altérés; de lui voir miséricordieusement chercher les pécheurs; d'entendre résonner sa voix paternelle, qui appelle à soi tous ceux qui travaillent , et leur promet un si doux repos : mais , quoi? de le contempler jusque dans sa gloire , de regarder A découvert sa divine face , et rassasier ses yeux éternellement de ses beautés immortelles I

Ah I que tardons-nous, Ames chrétiennes? que n’excitons- nous nos désirs , que ne pressons-nous nos ardeurs trop lentes? Ce n'est pas seulement Jean qui sent de prés ce divin Sauveur, qui désire ardemment sa sainte présence : de si loin que Jésus-Christ a été prévu, il a été désiré avec ferveur. » Mon Ame , disait David , languit après ■ vous : quand viendrai-je? quand m’approchc- • rni-je de la face de mon Seigneur? • Quamlo veniam , et apparebo ante faciem Oci ' ? Quelle honte, quelle indignité, si, lorsqu'on soupire A lui de si loin, ceux dont il s'approche, qui le possèdent , ne s’en soucient pas I Car, mes frères , n’est-il pas a nous , ne l'avons-nous pas sur nos saints autels? lui-méme, en sa propre substance, ne s’y donne- t-il pas à nous? S’il ne nous est pas encore donué de l'embrasser dans son trône , que ne courons-nous du moins à ses saints autelsîCouronsdonc àeette table mystique, prenons avidement ce corps et ce sang; n'ayons de faim que pour cette viande, n’ayons de soif quo pour ec breuvage : car pour bien désirer Jésus, il ne faut désirer que lui. Désirons Jésus-Christ avec transport; nous trouverons en lui la paix de nos Ames, cette paix qu'il vous faut montrer en la bienheureuse Marie : et c'est par où je m’en vais conclure.

TROISIÈME POtST.

Voici l’accomplissement de l’œuvre de Dieu dans les Ames qu’il n choisies. Il les purifie par l'humilité, il les enflamme par les désirs; enfin lui-méme il se donne A elles , et leur amène avec lui une paix céleste. Ce sont, mes sœurs, les chastes délices de celte sainte et divine paix qui réjouissent la sainte Vierge en Notre-Selgneur, et qui lui font dire d’une voix contente : • Mon « Ame exalte le nom du Seigneur, et mon esprit

• Pt ni,».

DE LA VISITATION

so réjouit on Dieu mm sauveur : * Magnificat anima mca Dominant Certainement son âme est en paix, puisqu’elle possède Jésus-Christ. Et c’est aussi pour cette raison, que, ne pouvant assez expliquer cette paix inconcevable des âmes pieuses, je m’adresse à la sainte Vierge; et je vous prie d’en apprendre d'elle les incomparables douceurs, en parcourant ce sacré cantique qui ravit aujourd’hui le ciel et la terre. Mais pour en comprendre la suite, il faut vous représenter, comme en raccourci , les instructions qu’il contient, que nous examinerons ensuite eu détail dans le peu de temps qui nous reste.

Pour cela, je partage ce cantique len trois. Marie nous dit , avant toutes choses , les faveurs que Dieu lui a faites. ■ Il a, dit-elle, regardé

- mon néant; il m'a fait de très-grandes choses,

• il a déployé sur moi sa puissance. - Elle parle secondement du mépris du mondç, et considère so gloire abattue : • Dieu a dissipé les superbes ,

• Dieu a déposé les puissants ; et pour punir les « riches avares, il les a renvoyés les mains vi- . des. » Enfin elle conclut son sacré cantique en admirant ta vérité de Dieu et la fidélité de ses promesses : • Il s’est souvenu de sa miséricorde,

- ainsi qu'il l’avait promis à nos pères, • sicut locutus est ad patres nostms ’. Voilà trois choses qui semblent bien vagues, et n’ont pas apparemment grande liaison : néanmoins elle est admirable, et je vous prie, mes sœurs, de le bien entendre; car il me semble que le dessein de la sainte Vierge, c’est d’exciter les coeurs des fidèles à aimer la paix que Dieu donne. Pour leur en montrer la douceur, elle leur en découvre d’abord le principe : principe certainement admirable ; c'est le regard de Dieu sur les justes, sa bonté qui les accompagne , sa providence qui veille sur eux : Respexit humililatem anciltœ suœ s; c’est ce qui fait naître la paix dans les saintes âmes. Mais parce que l’éclat des faveurs du monde, et les vaines douceurs qu'il promet, les pourraient détourner de celles de Dieu , elle leur montre secondement le monde abattu , et sa gloire détruite et anéantie. Enfin , comme ce renversement des grandeurs humaines, et l'entière félicité des âmes fidèles ne nous parait pas en ce siècle; de peur qu'elles ne se lassent d’attendre, elle affermit leur esprit dans la paix de Dieu , par la certitude de ses promesses. Voilà l'ordre et l'abrégé du sacré cantique : peut-être ne paratt-ll pas encore assez clair; mais j'espère bien, chrétiens, que je vous le ferai aisément entendre.

Considérons donc, avant toutes choses, le

1 tue. 1,47.

» Ihid. 5r,.

■ Ibid 48

principe de cette paix ; et eomprcnons-cn la douceur, par la cause qui la fait naître. Dites-la-nous, ô divine Vierge! dites-nous ce qui réjouit votre esprit en Dieu. « C’est, dit-elle, qu'il m’a rc- » gardée; c'est qu’il lui a plu de jeter les yeux ■ sur la tossessc de sa servante : • Quia respexit humililatem ancillœ suœ. Il nous faut entendre , mes sœurs , ce que signifie ce rcgnrd de Dieu , et concevoir les biens qu’il enferme. Remarquez, dans les Écritures, que le regard de Dieu sur les justes signifie, en quelques endroits, sa faveur et sa blenveillauce; et qu’il signifie, en d’autres passages, son secours et sa protection. Dieu ouvre sur eux un œil de faveur; il les regarde comme un ton père, toujours prêt à écouter leurs demandes ; c’est ce que veut dire le roiprophète : Oculi Domini super justos , et aures ejus in preces eorum • : ■ Les yeux de Dieu sont » arrêtés sur les justes , et ses oreilles sont atten- • tives à leurs prières; ■ voilà le regard de faveur. Mais, mes sœurs, le même prophète nou3 expliquera , dans un autre psaume, le regard do protection : Kcce oculi Domini super mclucnles eum , et in cis qui sperant super misericortlia ejus ■ : ■ Voilà, dit-il, que les yeux de « Dieu veillent continuellement sur ceux qui le «craignent;» et cela, pour 'quelle raison? Ut erual a morte ^animas eorum, et alat eos in famé J : « Pour délivrer leurs âmes de la mort, « et les nourrir dans la faim. • Voilà ce regard de protection par lequel Dieu veille sur les gens de bien , pour détourner les maux qui les menacent. C'est pourquoi le même David ajoute aussitôt : « Notre âme attend après le Seigneur, « parcequ’il est notre protecteur et notre secours: ■ Anima noslra suslinet Dominum; quoniam atljulor et prolcclor noster csti. Une âme assurée de ce double regard, que peut-elle souhaiter pour avoir la paix? C’est ce que veut dire la très-sainte Vierge , lorsqu'elle nous apprend que Dieu la regarde.

En effet c’est elle, mes sœurs, qui est singulièrement honorée de redouble regard de la Providence : Dieu l’a regardée d’un œil de faveur, lorsqu’il l'a préférée à toutes les autres femmes ; et que dis-je, à toutes les femmes? mais aux anges , mais aux séraphins , et à toutes les créatures. Le regard de protection a veillé sur elle , lorsqu'il en a détourné bien loin la corruption du péché , les ardeurs de la convoitise , et les malédictions communes de notre nature : c'est pourquoi elle chante avec tant de joie. Écoutez comme

1 Pi. Xixiii , ic.

• Ibid. 18/

» Ibid. 19.

< nid. so.

POUR LA FÉTU

clic célèbre la faveur de Dieu . Fecit mihi ma- (j n a qui potens est ■ : U m'a, dit-elle, comblée de ses grâces. Mais voyez comme elle se loue de sa protection : Fecit potentiam in brachia suo * : « Son bras a montré en moi sa puissance ; • il m'a remplie de ses grâces et m’a fait de si grandes choses , que nulle créature ne les peut égaler, ni nul entendement les comprendre : Fecit mihi magna. Mais s'il n ouvert sur moi ses mains libérales pour combler mon âme de biens, Il n pris plaisir d'étendre son bras pour en détourner tous les maux : Fecit potentiam. C'est donc particulièrement l'heureuse Marie qui est favorisée de ces deux regards de bienveillance et de protection : Quia respexit humilitatem.

Mais néanmoins , âmes chrétiennes , âmes saintes et religieuses , vous en êtes aussi honorées ; et c’est ce qui doit mettre votre esprit en paix. Pourrai-je bien exprimer cette vérité? sera-t-il donné à un pécheur de pouvoir parler dignement de la paix des âmes innocentes? Disons, mes sœurs , ce que nous pourrons : parlons de ces douceurs inconcevables , pour en raffralchir le goût à ceux qui les sentent, et en exciter l'appétit à ceux qui ne les ont pas expérimentées. Oui , certainement, 6 enfants de Dieu, il vous regarde avec bienveillance,' Il découvre sur vous sa face bénigne. Il montre un visage terrible lorsqu’une conscience coupable, nous reprochant l'horreur de nos crimes, fait que Dieu nous parait en juge, avec une face irritée. Mais lorsqu'au milieu d'une bonne vie il fait naître dans les consciences une certaine sérénité, il montre alors un visage ami et tranquille ; il calme tous les troubles , il dissipe tous les nuages. Le fldcle qui espère en lui ne le regardcplus comme juge : il ne le voit plus que comme un bon père, qui l'invite doucement à soi; de sorte qu'il lui dit plein de confiance :

■ O Dieu, vous êtes mon protecteur : » Dicam Deo : Susceptor meus es J; et il lui semble que Dieu lui réponde : O âme fidèle , je suis ton salut : Die animœ meœ : Salus tua ego st/m > : tellement qu'il jouit d'une pleine paix , parce qu’il est à couvert sous la main de Dieu; et de quelque côté qu'on le menace , il s'élève du fond de son cœur une voix secrète qui le fortifie et lui fait dire avec assurance : Si Drus pro nobis, qui contra nos ? « Si Dieu est pour nous , qui sera « contre nous5? » > Le Seigneur est mon salut, « qui craindrai-je? le Seigneur est le protecteur

■ de ma vie , devant qui pourrais-je trembler *' ? .

' Luc. I, 49

» Ibid. 61.

• Pt. xli , 10.

• Ibid. XXXIV, S

- * Rom. vin, ai.

• Pt. xxvi, l.

Telle est, mes sœurs, cette paix cachée que Dieu donne à ses serviteurs; paix que le monde ne peut entendre , et qui , chassée du milieu du siècle par le tumulte continuel , semble s’étre retirée dans vos solitudes. Mais n’en disons rien davantage : n’entreprenons pas de persuader par nos discours , ce que la seule expérience peut faire connaître; et ne pouvant vous la représenter en elle-même, finissons enfin ce discours en vous en disant quelque effet sensible. C'est , mes sœurs , le mépris du monde qui parait dans la suite de notre cnntiquc ; de la fausse paix qu’il promet, des vaines douceurs qu'il fait espérer. Car cette âme appuyée sur Dieu ; qui goûte les douceurs de sa sainte paix , qui a mis son refuge dans le Très- Haut : jetant ensuite les yeux sur le monde, quelle voit bien loin à ses pieds; du haut de sou refuge inébranlable, ô Dieu , qu'il lui semble petit , et quelle le volt bien d'une autre manière que ne fait pas le commuu des hommes : Mais en quel état le voit-elle? Elle voit toutes les grandeurs abattues, tous les superbes portés par terre ; et dans ce grand renversement des choses humaines, rien ne lui parait élevé que les simples et humbles de cœur. C'est pourquoi elle dit avec Marie : Dispcrsit superbos ' : • Il a dissipé les « superbes, « deposuit potentes' , «il a déposé les « puissants , - exattavit humilcs , « et 11 a relevé . ceux qui étaient à bas. >

Entrez, mes sœurs, dans ce sentiment, qui est le sentiment véritable de la vocatiou religieuse: et afin de le bien entendre représentezvous, s'il vous plaît, cette étrange opposition de Dieu et du monde. Tout cc que Dieu élève , le monde se plaît de le rabaisser ; tout cc que le monde estime , Dieu se plaît de le détruire et de le confondre : c’est pourquoi Tcrtullicn disait si éloquemment, qu'il y avait entre eux de l’émulation : Est œmulatio divinterei et humante 3. En effet , nous le voyons par expérience. Qui sont ceux que Dieu favorise? ceux qui sont humbles, modestes et retenus. Qui sont ceux que le monde avance? ceux qui sont hardis et cnlrcprcnauts : ne voyez-vous pas l'émulation? Qui sont ceux que Dieu favorise? ceux qui sont simples et sincères. Qui sont ceux que le monde avance? ceux qui sont fins et dissimulés. Le monde veut de la violence, pour emporter ses faveurs : Dieu ne donne les siennes qu'a la retenue ; et il n'est rien , ni de plus grand devant Dieu, ni de plus inutile selon le monde, que cette médiocrité tempérée en laquelle la vertu consiste. Voilà donc une émulation entre Jésus-Christ et le monde : ce que

* Luc i, 51.

* Jpoloÿ. n* 50.

DE LA VISITATION

l'un élève, l'nutrc le déprime; et ce combat durera toujours, jusqu'à ce que le siècle finisse.

Et c’est pourquoi, mes sieurs, le monde n deux faces. Il y en a qui le considèrent dans les biens présents, et il y en a qui jettent les yeux sur la dernière décision du siècle a venir. Ceux qui reperdent le bien présent , lis donnent, mes sœurs, l'avantage au monde ; ils s'imaginent déjà qu'il n la victoire, parce que Dieu, qui attend son temps , le laisse jouir un moment d'une ombre de félicité : ils voient ceux qui sont dans les grandes places, Ils admirent leur abondance : Voilà , disent-ils, les seuls fortunés, voilà les heureux .... Ileatum dixerunt populum mi bwc sunt '. C'est le cantique des enfants du monde. Juges aveugles et précipités ! «pie n’attendez- vous la lin du combat , avant d’adjuger la victoire? viendra le revers de la main de Dieu , qui brisera comme un verre, qui fera évanouir en fumée toutes ces grandeurs que vous admirez. C’est ce que regarde la divine Vierge, et avec elle les enfants de Dieu, qui jouissent de la douceur de sa paix. Ils voient bien que le monde combat contre Dieu ; mais ils savent que les forces ne sont pas égales. Ils ne se laissent pas éblouir de quelque avantage apparent, que Dieu laisse remporter aux enfants du siècle : ils considèrent l’événement , que la Justice de Dieu leur rendra funeste. C’est pourquoi ilsserientde leur gloire; et au milieu de la pompe rie leur triomphe , ils chantent déjà leur défaite. Us ne disent pas seulement que Dieu dissipera les superbes ; mais il les a , disent-ils, déjà dissipés , dispersit, réduits à rien : ils ne disent pas seulement qu'il déposera les puissants ; ils les voient déjà à ses pieds, tremblants et étonnés de leur chute! Et pour vous, fl riches du siècle, qui vous imaginez nvoir les mains pleines , elles leur semblent vides et pauvres , parce que ce que vous tenez ne leur parait rien : ils savent qu’il s’écoule ainsi que de l’eau : Dilates dimisit inanes. Voilà donc toute la grandeur abattue : Dieu est triomphant et victorieux. Quelle joie à ses enfants, chrétiens, de voir ses ennemis tombés à ses pieds, et ses humbles serviteurs qui lèvent la tète ! Eux que le monde méprisait si fort, les voilà mis et établis dans les hautes pinces : Exaltant Inimités; eux que le monde croyait indigents, Dieu les a remplis de scs biens : Esurientes impterit bonis *.

O victoire du Tout-Puissant! fl paix et consolation des âmes fidèles ! Chantez , chantez , mes Meurs , ce divin cantique; c’est le véritable cantique de celles qui ont méprisé le siècle : chantez 1a défaite du monde, l'anéantissement des gran-

' Pu. rvuii. iv.

* /.ne. I, V3.

deurs humaines, lettre richesses détruites , leur pompe évanouie en fumée , moquez-vous de son triomphe d'un jour, et de sa tranquillité Imaginaire. Et vous qui courez après la fortune, qui ne trouvez rien de grand que ce qu'elle avance , ni rien de beau que ce qu'elle donne. , ni rien de plaisant que ce qu'elle goflte ; pourquoi vous entends-je parler de la sorte? n’ites-vous pas les enfants de Dieu? ne portez-vous pas la marque de son adoption , le caractère sacré du baptême? La terre n'est-cc pas votre exil ; le ciel n'cst-il pas votre patrie? pourquoi vous entends-je admirer le monde?Si vousétesdcJérusalem, pourquoi vous entends-je chanter le cantique deBabylone? Tout ce ipte vous me dites du monde , c'est un langage barbare que vous avez appris dans votre exil. Oubliez cette langue étrangère, parlez le langagede votre pays. Ceux que vous voyez jouir des plaisirs , ne les appelez pas les heureux ; c’est le langage de l'exi! : Bcatum dixerunt.... Ceux dont le Seigneur est le Dieu , voilà les véritables heureux ' ; c’est ainsi qu'on parle en votre patrie.

Consolez-vous dans celte pensée , vivez en paix danscette pensée ;et apprenezde la sainte Vierge, pour maintenir en paix votre conscience : premièrement , qne le Seigneur vous regarde ; secondement, assurés sur cet appui immuable, ne v ous laissez pas éblouiraux grandeurs du monde, dites qu'il est déjà abattu , regardez la gloire future; troisièmement, si le temps vous semble trop long, regardez la fidélité de ses promesses : Sicutlocutus est. Ce qu’il a dit à Abraham sera accompli deux mille ans après : il a envoyé son Messie, il achèvera Je reste successivement ; et enfin nous verrons un jour l'étemelle félicité , qu’il nous n promise. Amen.

TROISIÈME POIKT

DU MÊME SERMON

PRtr.Ifé DEVANT LA REINE D’AVJLETERRE.

Gu-adère d'une véritable paix : quel en est le principe. Manière bien différente dont les enfants du monde el les enfoui» de Dieu la considèrent. Discours u la reine d'Angleterre.

Encore que celte paix admirable de toutes les nations chrétiennes, paix si sagement ménagée, si glorieuse meut conclue et si saintement affermie*, soit un illustre présent du ciel, etun gage de

• Ps. CXUtl? 15.

• Ce troisième point embrasse la même matière qui est trab tér dans le dernier point du sermon précédent; niais les différences considérables qu'il renferme, nous ont engagé b le donner irl en entier.

La paix dont U est Ici question est cpIIp des Pyrénées , conclue entre la France cl l'Espagne dans l*lle des Faisans, ou

POUR LA FÊTE

la bonté de Dieu envers le* hommes ; néanmoins 00 ne sera pas cette paix dont Je vous expliquerai les douceurs : et celle dont je dois parler est Iwaucoup plus relevée, et sans comparaison plus divine; car je dois parler de la paix qui fait que l'âme de la sainte Vierge, possédant le Fils de Dieu en clle-méine , glorifie le saint nom de Dieu , et se réjouit de tout son esprit en Dieu son Sauveur. Qui ne voit que cette paix toute céleste, que Dieu donne , est infiniment au-dessus de celle que les hommes négocient? et néanmoins cette paix humaine étant un crayon et une ombre de la paix divine et spirituelle dont je dois vous entretenir, servons-nous de cette image Imparfaite pour remonter jusque* au principe original , et prendre une idée certaine de la vérité.

Je demande avant toutes choses : Que concevons-nous dans la paix , et que veut dire ce mot? N'en recherchons pas , chrétiens., des définitions éloignées; mais que chacun de nous s’explique à lui-méme ce qu'il entend par la paix. Paix , premièrement , signifie repos : dans la guerre on s'agite et on se remue; dans la paix on respire et on se repose. C'est pourquoi on aime la paix ; parce que, la nature humaine étant presque toujours agitée , rien ne doit tant flatter son inquiétude que la douceur du repos, qui soulage son travail et relâche sa contention.

Mais , en disant que la paix est un repos , l'avons-nous entièrement expliquée? en avons-nous formée l'Idée tout entière? Il me semble, pour moi , que ce mot de paix a encore quelque chose de plus touchant ; et voici ce que c'est , si je ne me trompe : c'est que le repos peut être fort court, et la paix nous fait espérer unelongue tranquillité. En effet, n’avons-nous pas vu que lorsqu’on a publié la suspension d'armes, comme un préparatif à la paix , on a cru voir déjà quelque commencement de repos ? mais ce repos n'est pas une paix , parce qu'il n’est pas permanent. Après que le traité est conclu , et que l'alliance jurée établit une concorde certaine , c'est alors que la paix est faite : de sorte que, pour bien expliquer la paix et en comprendre toute l'étendue , Il la faut définir un repos durable , et une tranquillité permanente. Et ainsi la paix doit avoir deux choses : réjouir les cœurs par le repos, et les assurer par la consistance ; c’est ce que la paix nous fait espérer, et c’est pourquoi nous l'aimons : c'est ce que la paix de ce monde ne nous donne pas, c'est pourquoi nous devons soupirer sans cesse après une paix plus divine.

Marie nous la représente dans son cantique : elle nous montre le repos et la consistance établie sur un fondement inébranlable. Quel est ce fondement, chrétiens? écoutez la divine Vierge :

> Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se • réjouit en Dieu mon Sauveur. • Mais quelle est la cause de ccttc joie , et d’où vient ce rav issement? Ccst , dit-elle, que • Dieu a jeté les yeux « sur la bassesse de sa servante * : Quia respexit humi/italem ancillœ suer. Arrêtons-nous là , chrétiens; et ne cherchons pas plus loin le principe de cette paix , qui réjouit son âme en notre Seigneur. Ce qui produit cette paix divine, c'est le regard de Dieu sur les justes : sa bonté qui les accompagne, sa providence qui veille sur eux, c’est ce qui leur donne le repos et la consistance.

Et, afin de le bien comprendre, remarquez avec moi, dans les Écritures, deux regards de Dieu sur les gens de bien : un regard de faveur et de bienveillance, c'est ce qui les met en repos ; un regard de conduite et de protection . " c’est ce qui rend leur repos durable. Dieu ouvre sur les justes un œil de faveur; Il les regarde, commo un bon père , toujours prêt à écouter leurs demandes. Le roi-prophète l’exprime en ces mots : Oculi Oomini super juslos, et aures ejus in preces eorum * : - I.es yeux de Dieu sont sur « les justes, et ses oreilles sont attentivesà leurs « prières. • 0 justes, reposez-vous en celui dont la faveur et la bienveillanco se déclarent envers vous si ouvertement. Mais ce repos sera-t-il durable ? n’y aura-t-il rien qui le trouble et rejette vos âmes dans l’agitation? Non, ne craignez rien, 6 enfants de Dieu : car, outre ce regard de bienveillance, Il y a un regard de protection, qui prend gnrde aux maux qui vous menacent. « Voilà, dit le même David’ , que les yeux de - Dieu veillent continuellement sur ceux qui le « craignent , et qui établissent leur espérance sur

> sa miséricorde. ■ Et pourquoi? « Pour délivrer « leurs âmes de la mort, et les nourrir dnns In « faim. ■ Voyez le regard de protection par lequel Dieu veille sur les gens de bien , et empêche que le mal ne les approche. C'est pourquoi Il ajoute aussitôt après : « Notre âme attend le « Seigneur, parce qu’il est notre protecteur et « notre secours : • Anima noslra suslinel Domi num, quia adjuior et proleclor noster est1. Une âme ainsi regardée de Dieu , que oeut-cile désirer pour avoir la paix.

C’est pourquoi l'heureuse Marie , toute pleine de cette paix admirable , ne s’occupe plus qu'à louer son Dieu dans les marques de sa faveur,

1 Ps. XXX 111,16.

* Ibid. XXXII, 18.

> Ibid. 30.

mois de novembre 1669 , après nne guerre de vingt-cinq ans. Le mariage de Tintante avec Louis XIV fut un des principaux articles de cette paix , et c’est ce qui fait dire à Bossuet qu’elle a été suintement affrrmie, (Edit, de Oéforis ■)

agle

DE LA VISITATION

dans les assurances de sa protection. • Le Tout- « Puissant, dit-elle , a fait en moi de grandes

• choses : » Fecit tnihi magna gui pote ns est; c'est ce qui explique la faveur : Fecit potentiam in braehio suo ; c’est ce qui regarde la protection. Il a fait en moi de grandes choses , par le témoignage de sa faveur et l'inondation de scs grâces. Mais s'il a ouvert sur moi ses mains libérales pour combler mon âme de biens, il a pris plaisir d'étendre son bras pour en détourner tous les maux : Fecit potentiam in braehia suo.

Ames saintes et religieuses, ce n'est pas seulement la divine Vierge qui est honorée de ces deux regards : tous les fidèles serviteurs de Dieu se réjouissent ensemble dans sa maison, à la lumière de sa faveur et sous l'ombre de sa protection toute-puissante : Sub umbra alarum tuarum protégé nos C’est pourquoi la paix de Dieu triomphe en leurs cœurs , comme dit l’apAtre saint Paul ' ; et la marque de cette paix , c'est que le monde ne les touche plus. Car, eu effet , cette âme appuyée sur Dieu , qui a mis , comme dit David , son refuge dans le Très-Haut : Atlissimum posuisti rrfugium tuum jetant ensuite les yeux sur le monde, quelle voit bien loin à ses pieds : 6 Dieu , qu'il lui semble petit du haut de ce refuge inébranlable ; et qu'elle le voit bien d'une autre manière que ne fait pas le commun des hommes I Elle voit toutes les grandeurs abattues , tous les superbes portés par terre ; et dans ce grand renversement des choses humaines, rien ne lui parait élevé que les simples et humbles de cœur : c’est pourquoi elle dit avec Marie : Dispersil superbos, * Dieu a dissipé les superbes, » deposuit potentès, ■ il a déposé les puissants, • et exaltavit humites, > et 11 a relevé ceux qui

• étalent à bas. •

Voici un effet admirable de cette paix dont je parle , et il ne le faut point passer sous silence. A ce que je rois, chrétiens , ce n'est pas ici une paix commune : Dieu veut qu’elle soit accompagnée de l'appareil d'un grand triomphe ; et s'il donne ta paix à ses serviteurs , ce n'est pas en faisant leur accord avec leur ennemi abattu. Car, en effet, quel est l'ennemi de Dieu , et par conséquent de ses serviteurs, des enfants de Dieu? Vous ne l'ignorez pas , mes très-chères sœurs ; vous savez que c'est le monde et ses pompes. Tout ce que Dieu élève , le monde se plaît à le rabaisser ; tout ce que le monde estime , Dieu se plaît de le détruire et de le confondre : c’est pourquoi Tertul lien disait si éloquemment, qu'il y avait entre eux de l'émulation : Est œmutatio

• Pt. ivi , s.

■ Colot. ni . 15

» Pt xc, ».

■ossvct. — roue ui.

Page 1