SUR LA SAINTE TRINITÉ
l’avons entendue. Ainsi cette essence infinie, souverainement immatérielle, qui ne vil que de raison et d'intelligence, ne souffre pas que rien soit engendré en elle, si cen'est par la voie de l’intelligence ; et par conséquent le Verbe éternel , la sagesse et la pensée de son Père, étant produit par intelligence , naît et demeure dans son principe : Hoc erat in principio apud Devin '.
C’est ce que le grave Tertullien nous explique admirablement dans cet excellent Apologétique.
* Cette parole , dit ce grand homme ’ , nousdisons « que Dieu la profère, et l’engendre en la profé- ■ raut : • car c'est une parole substantielle qui porte onelle-méme toute la vertu , toute l’énergie, toute la substance du principe qui la produit. - Et < c’est pourquoi, dit Tertullien, nous l'appelons « Fils de Dieu , à cause de l'unité de substance. » Après il compare le Fils de Dieu au rayon que la Inmière produit, sans rien diminuer de son être, sans rien perdre de son éclat; et il conclut qu'il est sorti de la tige, mais qu’il ne s’en est pas retiré \-Non récessif, sed excessif. O Dieu! mon esprit se confond; je me perds, je m’abîme dans cet océan : mes yeux faibles et languissants ne peuvent plus supporter un si grand éclat. Reprenons , fidèles , de nouvelles forces ; en reposant un peu notre vue sur des objets qui soient plus de notre portée.
Sainte société des fidèles, Église remplie de l’Esprit de Dieu , chaste épouse de mon Sauveur, vous représentez sur la terre lu génération du Verbe éternel dans votre bienheureuse fécondité. Dieu engendre , et vous engendrez : Dieu , comme nous avons dit, engendre en lui-méme; sainte Église, où engendrez- vous vos enfants? Dans votre paix, dans votre concorde, dans votre unité , dans votre sein et dans vos entrailles. Heureuse maternité de l’Église I Les mères que nous voyons sur la terre conçoivent, à la vérité, leur fruit en leur sein ; mais elles l'enfantent hors de leurs entrailles : au contraire la sainte Église, elle conçoit hors de ses entrailles, elle enfante dans ses entrailles. Un infidèle vient à l’Église, il demande d’être associé avec les fidèles : l’Église l’instruit, et le catéchise ; il n'est pas encore en son sein , il n'est point encore en son unité: elle n’enfante pas encore; mais elle conçoit : ainsi elle ne conçoit pas en son sein ; aussitôt qu’elle nous enfante , nous commençons à être en son unité. C’est ainsi que vous engendrez , sainte Église, à l'imitation du Père éternel. Engendrer, c'est incorporer; engendrer vos enfants, ce n’est pas les produire au dehors de vous : c’est en faire un même corps avec
• Joan. 2.
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vous ; et comme le Père engendrant son Fils , le fait un même Dieu avec lui ; ainsi les enfants que vous engendrez, vous les faitescc que vous êtes, en formant Jésus-Christ en eu x : et comme le Père engendre le Fils , en lui communiquant son même être, ainsi vous engendrez vos enfants, en leur communiquant cet être nouveau que la grâce vous a donné en Notre-Seigneur Jésus-Christ : Vf tint ununi sicut et nos. Ce que je dis du Père et du Fils, je le dis encore du Saint-Esprit, qui sont trois choses , et lamèmechosc. C’est pourquoi saint Augustin dit : « Eu Dieu il y a nombre, en Dieu il
■ n'y a point de nombre : quand vous comptez « les trois Personnes , vous voyez un nombre ;
• vous vous demandez ce quec’est, il n’y a plus de > nombre : on répond que c'est un seul Dieu. Par-
• ce qu'elles sont trois, voilà comme un nombre : « quand vous recherchez ce qu’ellessont, le nom- « bre s’échappe ; vous ne trouvez plus que l’unité
■ simple : » Quia 1res sunt, tanquam est numéros; si qutrris quid lrest non est Humérus'. Ainsi en est-il de l’Église : comptez les fidèles, vous voyez un nombre ; que sont les fidèles? il n’y a plus de nombre; ils sont tous un même corps en Notre-Seigneur : > il n’y a plus ni Grec, ni Bar- « bare, ni Romain, ni Scythe; mais un seul Jé-
• sus-Christ qui est tout en tous • ! » Ut sint unum sicut et nos.
DEUXIEME rOIXT.
Contemplons dans les Écritures comment le Fils et le Saint-Esprit reçoivent continuellement en eux-mêmes la vie et l’intelligence du Père; et premièrement pour le Fils, voici comme il parle dans son Evangile en saint Jean : « En vé- « rité, en vérité je vous le dis, le Fils ne peut
• rien faire de lui-même, et il ne fait que ce qu’il « voit faire âson Père ; et tout ce que IcPerefait, « le Fils le fait semblablement : car le Père aime « le Fils, et il lui montre tout ce qu’il fait » Quand nous entendons ces paroles , aussitôt notre faible imagination sc représente le Père opérant , et le Fils regardant scs œuvres ; a peu près comme un apprenti qui s'instruit en voyant travailler son maitre : mais si nous voulons entendre les secrets divins , détruisonsccs idoles vaines et charnelles que l’accoutumance des choses humaines élèvedans nos cœurs; détruisons, dis-je, ces idoles par le foudre des Écritures. Si le Père agissait premièrement, et que le Fils le regardât faire, et après qu’il agit lui-tnême à l’imitation de sou Père, il s'ensuivrait nécessairement que leurs opérations seraient séparées. Or nous apprenons
1 In m». Tract, hxiï, n- 1, t. ni, part. Il, col. MJ.
* Colons, ni, il.
» Joan. J, 19. 20.
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SUR LE MYSTERE
par les Écritures : que • tout ce que le Père fait ,
. est fait par son Fils . » Omnia per ipsum facta sttnl, et sine ipso factum est mhil ' : * Par lui
• toutes choses ont été faites , et sans lui rien n'a
• été fait ». Omnia per ipsum facta sunt ; et c'est pourquoi il nous dit lni-mèmc : * Tout ce que - le Père fait, le Fils le fait semblable.nent. ■ Si le Fils fait tous les ouvrages que fait son Père, leurs actions ne peuvent point être séparées: et il ne se contente point de nous dire, qu'il fait tout ce que fait le Père ; inais tout cc que le Père fait , dit-il, le Fils le fait semblablement. I.es carne teres que la main forme, c'est la plume qui les forme aussi ; mais elle ne les forme pas semblablement : la main les forme comme la cause mouvante, et la plume, comme l'instrument qui est mù. A Dieu 11e plaise que nous croyions qu'il en soit ainsi du Père et du Fils : « Tout cc que fait le « Pere , dit Notre-Seigneur ; cela même , le F'ils le . fait semblablement ; • eest-ù-dlrcaveclumême puissance , avec la même sagesse , et par la même opération : Hoc et t'ilius simililerfacit.
Dou vient que vous dites, A mon Sauveur : Iæ Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu'il voit faireùson Père, et le. Père montre a son Fils tout ce qu'il fait? Quelle est cette merveilleuse manière par laquelle vous contempler votre Pere, par laquelle vous voyez en lui tout ce que vous fuites et tou t eequ'il fait Tcomment est-ce qu'il v ous parle et qu'il vous enseigne ? et puisque vous êtes Dieu comme lui , d'où vient que vous ne faites rien de vous-même? qui nous développera ces mystères? Écoutons parler le grand Augustin : Le Fils, dit-il’, ne fait rien de lui-même, parce qu’il n'est pas de lui-même : celui qui lui communique son essence , lui communique aussi son opération ;et encore qu'il reçoive tout de son Pere, il ne laisse pas d'être égal au Père : parce que le Pere, qui lui donne tout , lui donne aussi son égalité. Le Père lui donne tout ce qu’il est, et l'engendre aussi grand que lui, parce qu’il lui donne sa propre grandeur. C’est ainsi , ô Père céleste , que vous enseignez votre Fils, parce que vous lui donnez sans reserve la même science qui est en vous.
Mais entendons ce secret, mes frères, scion in mesurequi nous est donnée, et autant qu'il a plu ù Dieu de nous le révéler par les Écritures. Il est clair que celui qui enseigne veut communiquer sa science : par exemple les prédicateurs, que l'Esprit de Dieu établit pour enseigner an peuple la saine doctrine; pourquoi montent-ils dans les chaires? n'est-cc pas afin de faire passer les lu-
1 Juan. 1 , 3.
1 In Joan. Tract. \X, n* 4, t llf, p.nrt. 11, col. 4$Oet3*qi De Triait. lil>. Il , o* 3 , t. Mil , col. 773, T74.
mières que Dieu leur donne, dans l'esprit de leurs auditeurs? C'est cc que prétend celui qui enseigne. Il ouvre son coeur à ceux qui l'écoutent; il tâche de les rendre semblabl-s à lui: il veut qu'ils prennent ses sentiments , et qu'ils entrent dans ses pensées; et ainsi celui qui enseigne et celui qui est enseigné doivent se rencontrer ensemble et s’unir dans la participation des mêmes lumières. Par conséquent la méthode d’enseigner tend a Funitédes esprits dans la science et dans la doctrine ; etcc que j’ai dit est très-véritable, que celui qui veut enseigner veut communiquer sa science. Mais ni la nature ni l'art ne font qu’ébaucher cet ouvrage; cette communication est très-imparfaite, et cette unité n'est que commencée. Cette entière communication de science ne se peut trou verqu’en Dieu même : c'est là que le Père enseigne le Fils d'une manière infiniment admirable; parce qu'il lui communique sa proprescience : là se fait cette parfaite unité d'esprit entre le Père et le Fils; parce que la vie et l'intelligence, la raison et la lumière du Père se trouvent tellement dans le Fils , qu'il ne se fait de l'uncetdel'autre qu'une même vie, une meme intelligence et un même esprit. C'est pourquoi le Père enseignant et le Fils qui est enseigné sont également adorables; parce que le Fils reçoit cette même science du Père, qui ne souffre aucune imperfection.
Et ne nous imaginons pas, chrétiens, que lorsque le Père enseigne le Fils, Il lui communiqué la science comme la perfection de son être : comme il l'engendre parfait, Il lui donne tout en l'engendrant; bien plus, si nous le savons bien entendre , » l'engendrer et l'enseigner c'est la même « chose : - Hoc est cum docuisse, quod est scientem genuisse, dit saint Augustin Vous me direz qu'engendrer et enseigner sont des termes bleu opposés. Il est vrai dans les créatures, où il est certain qu'engendrer n'est pas un acte d’intelligence , mais en Dieu dont la vie est intelligence , qui engendre conséquemment par intelligence , il ne se faut pas étonner si en enseignant il engendre : car s'il enseigne son F'ils éternel en lui communiquant sa propre science, il l’engendre en lui communiquant sa propre science; parce qu'à l'égard de Dieu , être c'est savoir , être c'est entendre, comme enseigne la théologie : d’où il s’ensuit manifestement que cela même, que le Père enseigne le Fils, prouve l’unité du Père et du Fils dans la vie de l'intelligence. Il en est de même du Saint-Esprit, puisqu'il procède du Père et du Fils avec la même perfection que le Fils reçoit de son Père. Ainsi le Père , le Fils et le Saint-Esprit, même lumière, même majesté ,
1 fi! Juan. Trust, xl. n* 5 , 1. 111 . pari, n , col. 607.