‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 12 sur 243 · DF, LA SAINTF, TRINITÉ · texte numérisé non relu

DF, LA SAINTF, TRINITÉ

mime intelligence, vivent tous ensemble d’entendre, et tous ensemble ne sont qu’une même vie.

« Père saint , dit le Fils de Dieu , gardez en

• votre nom ceux que vous m’avez donnés, alin » qu’ils soient un comme nous; » c’est-à-dire, qu'ils soient comme nous unis dans la même vie de l’intelligence. Mais pouvons-nous bien espérer que tous les üdéles doivent être unis dans la vie de l’intelligence? Oui, certes, nous le devons espérer. Regardez les esprits bienheureux qui régnent au ciel avec Jésus-Christ : quelle est leur vie, quelle est leur lumière?* Leur lumière,

« dit l’Apocalypse 1 , c’est l’Agneau , • c’est-àdire , le Verbe incréé qui s'est fait la victime du monde : donc la lumière des bienheureux c’est ce Verbe, cette parole que le Père profère dans l'éternité. Mais ce Verbe n'est pas une lumière qui soit allumée hors de leurs esprits; c'est une lumière infinie qui luit intérieurement dans leurs âmes. Kn cette lumière, ils y voient le Fils; paree que cette lumière , c’est le Fils même : en cette lumière , ils y voient le Père ; parce que c'est la splendeur du Père : * Qui me voit, dit le Fils de

* Dieu’, volt mon Père : » ils y voient le Saint- Esprit, en cette lumière ; parce que le Saint-Espri t en procède. En cette lumière, s'ils s’y contemplent eux mêmes ; parce qu'ils se trouvent en elle plus heureusement qu'en eux-mêmes ; ils y voient les idées vivantes, ils y voient les raisons des choses créées, raisons éternellement permanentes ; et de même qu’en cette vie nous connaissons les causes par les effets, l’unité par la multitude , l’invisible par le visible : là, dans ce Verbe, qui est dans les bienheureux, qui est leur vie, qui est leur lumière , ils voient la multitude dans l'unité même , le visible dans l’invisible , la diversité des effets dans la cause infiniment ubondanle qui les a tirés du néant , c'est-à-dire , dans le Verbe qui en est l’idée, qui est la raison souveraine par laquelle toutes choses ont été faites. Dans ce Verbe, les bienheureux voient : ils voient et ils vivent; et ils vivent tous dans la même vie , parce qu'ils vivent tous dans ce même Verbe. O vue, A vie, 6 félicité! c’est ainsi que vivent les bienheureux : Ut sinl unum sicut et nos.

Mais nous qui languissons ici-bas dans ce misérable pèlerinage, vivons-nous d’une même vie par l'intelligence? Oui, fidèles , n’en doutez pas. Ce Fils de Dieu, ce Verbe éternel, cette vie, cette lumière, cette intelligence , qui éclaire les esprits bienheureux ; qui , en les éclairant , les fait viv re d’une vie divine, ne luit-elle pas aussi en nos

1 Apœ. xxl , ».

* Joatt- xiv, 9.

cœurs? n'est-elle pas au fond de nos âmes, pour y ouvrir une source de. vie étemelle? Voulezvous entendre cette vérité par l'action que nous faisons en ce lieu : chrétiens , si nous l'entendons, nous commençons ici notre paradis; puisque nous commençons tous ensemble à vivre de cette parole vivante qui nourrit et qui fait vivre tous les bienheureux. Je vous prêche cette parole selon que je puis, selon que le Saint-Esprit me l’a enseignée : je la fais retentir à vos oreilles; puis-je la porter au fond de vos cœurs? Nullement; ce n’est pas un ouvrage humain. Si vous l’entendez et si vous l’aimez, c’est le Fils de Dieu qui vous parle, c'est lui qui vous prêche sans bruit dans cette profonde retraite , dans cet inaccessible secret de vos cœurs , où il n’y a que sa parole et sa voix qui soit capable de pénétrer : si vous l'entendez, vous vivez, et vous vivez en ce même Verbe daus lequel les bienheureux vivent; vous vivez en lui, vous vivez de lui, et vous vivez tous d'une même vie , parce que vous buvez tous ensemble à la même source de v ie. O sainte unité des fidèles) mon Père, qu’ils soient un comme nous dans la vie de l'intelligence. Chrétiens, si nous vivons tous de ce Verbe, [soyons étroitement unis par la charité.]

O sainte et admirable doctrine ! vivons de telle sorte , fidèles, qu'elle ne soit point stérile en nos cœurs, et ne rendons point inutiles tant de grands mystères. Si le Saint-Esprit est eu nous, s’il y opère la charité, s’il la fait semblable à lui-même, élevons nos entendements , et apprenons dans le Saint-Esprit quelles doivent être les lois de notre charité mutuelle. Le Saint-Esprit est un amour pur, qui ne souffre aucun mélange terrestre; ainsi, mes frères, aimons-nous en Dieu, pour accomplir la parole de notre Maître : * Père saint, « qu’ils soient un en nous. * Le Saint-Esprit est un amour constant, parce que c'est un amour éternel ; ainsi , que notre affection soit constante, que jamais elle ne puisse être refroidie, selon cette parole de l’Écriture : Demeurez en la charité’. Le Saint-Esprit est un amour sincère; parce qu’il procède du fond du cœur, du fond même de l'essence : ainsi , que notre charité soit sincère, qu'elle ne souffre ni feinte , ni dissimulation ; parce que l’apétre saint Paul n dit : ■ Ne ■ vous trompez point les uns les autres ; car vous * êtes membres les uns des autres *. * Enfin le Saint-Esprit est un amour désintéressé, parce que ce qui fait l'intérêt c'est ce malheureux mot de mien et de tien ; et d'autant que tout est commun entre le Père et le Fils, leur amour est

• Ilebr. xm, I.

* Eph*. IT, *5.

su

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