‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 112 sur 243 · MUET. — T. III · texte numérisé non relu

MUET. — T. III

vers des ombres et dis figures externes, contemplaient intérieurement par une lumière céleste les mystères du sauveur Jésus. Par exemple dans la manne ils sc nourrissaient de ia parole éternelle du Père, faite chair pour l'amour de nous; vrai pain des anges et des hommes ; et leur foi leur faisait voir dans leurs sacrifices sanglants la mort violente du Fils de Dieu pour l'expiation de nos crimes. Que si les Juifs éclairés entendaient eu un sens spirituel ce qu’ils célébraient corporellement ; à plus forte raison la très-heureuse Marie ayant le Sauveur entre ses bras et l’offrant de ses propres mains au Père éternel , faisait cette cérémonie en esprit : c'est-à-dire, joignait son intention à ce que représentait la figure externe , c est-àdire, l’oblation sainte du Sauveur pour tout le genre humain racheté miséricordieusement par sa mort , ainsi que Je vous le représentais tout à l’heure. Ce qui me fait dire, et ce n’est point une méditation creuse et imaginaire , que de même que la sainte Vierge , au jour de l’Annonciation , donna son consentementà l'incarnation du Messie, qui était le sujet de l'ambassade de l’ange ; de même elle ratifia, pour ainsi (lire, en ce jour le traité de sa passion : puisque ce Jour en était une figure et comme un premier prép jratif. Et ce qui confirme cette pensée, ce sont les paroles do Siméon. Car comme en celte sainte journée son esprit devait être occupé de la passion de son fils ; pour cela il est arrivé non sans un ordre secret de la Providence, que Siméon après avoir dit en fort peu de mots tant de choses de Notre-Seigneur, adressant la parole à sa sainte mère, ne l'entretient que des étranges contradictions dont sou fils sera traversé , et des douleurs amères dont son âme sera percée à cause de lui. • Celul-d, dit-il *,

• est établi commcunsigneauquel on contredira;

• et votre éme , ô mère , sera percée d’un glaive. • Où vous devez remarquer la résignation la plus parfaiteà la volonté divine, dont jamais vous ayez ouï parler. Car la sainte Vierge entendant une prophétie si lugubre , et en cela plus terrible, que , n'énonçant rien en particulier, elle laissait appréhender toutes choses, ellenes'informepoint quels seront donc ces accidents si étranges que ce bon vieillard lui prédit; mais s'étant une bonne fols abandonnée entre les mains de Dieu , elle se soumet de bon cœur, sans s'en enquérir, à ce qu’il lui plaira ordonner de son fils et d’elle. Voilà commp la sainte Vierge unissant son intention à celle de son cher fils, se dévouait avec lui à la Majesté divine.

C’est ici, c'est Ici, chrétiens * , à propos de cctle

1 Luc. U, 31.

• Ce morceau «été fait nÉpnrémcnt par l'auteur, pour adapter &ou sermon à la cenuuouie dont il parle. Et il est c-lair nue

>ogle

POUR LA PURIFICATION

offrande parfaite , que Je vous veux sommer de votre parole, et vous faire souveuir deeeque vous avez fait devant ces autels. Lorsque vous avez été aggréges à la confrérie , n'avez-vous pas protesté solennellement que vous réformeriez votre vie? Or en vain faisons-nous de si magnifiques promesses, en vain nous mettons-nous sous la protection de Marie, en vain la prenons-nous pour notre exemplaire , en vain nous assemblonsnous pour écouter la parole de Dieu , si on voit toujours les mémesdéréglementsdnnsnos mœurs. C’est pourquoi aujourd'hui que la très-innocente Marie présente son (Ils à Dieu, qu’elle se dédie d'elle-même à sa majesté, servons-nous d'une occasion si favorable ; et renouvelant tout cc que nous avons jamais fait de bonnes résolutions, dévouons-nous pour toujours au service de Dieu notre Pcre. Mais je ne m’aperçois pas que ce discours est trop long , et que je dois quelques paroles d'exhortation à ceux qui, invités par la solennité de demain , désirent participer a nos redoutables mystères.

Chrétiens, si vous désirez faire une sainte communion; tel qu’était Siméon lorsqu'il embrassa Notre-Sclgneur dans le temple , tels devezvous êtte, approchant de la sainte table. Le saint homme avait une telle passion pour notre Sauveur, qu'il ne pensait jour et nuit à autre chose qu'à lui : et bien qu’il ne fut pas encore venu au piondc ; comme sa foi lelui montrait dans les prophéties, il attachait toutes ses affections à ce doux objet. Ce violent amour produisait en lui deux mouvements très-puissants : l’un était un ardent désir de voir bientôt inire au monde la consolation d’Israël; et l’autre, une ferme espérance que toutes choses seraient rétablies par son arrivée : Expcctnbal redemptiuncm Israël ■- Le saint vieillard soupirait donc sans cesse après le Sauveur; et parmi la véhémence de ses désirs, l'Esprit de Dieu , qui les lui avait inspirés, lui fit concevoir en son âme une certaine créance qu’il ne mourrait point sans le voir. Depuis ce temps-la chaque jour redoublait ses saintes ardeurs; et peut-être n’y nvnit-ll plus que son amour et son espérance qui soutint ses membres cassés, et qui animât sa décrépite vieillesse Tels devez-vous être, si vous voulez dignement recevoir le sacrement adorable. Soyez embrasés d’un tendre et nrdent amour pour le Fils de Dieu , qui vons fasse établir en lui toute l’espérance de votre eteur; que votre àmc soit enflammée d’une saillie avidité de v ous rassasier de cette viande céleste , que le Père

telle ,t èlè son intention , puisqu'il rappelle en tête de celle addition les cinq ou six dernière» ligne» qui la précèdent. ( Édit, de ! te finit. )

l Lue. M ,

DE LA SAINTE VIERGE

éternel nous a préparée en son Fils. Car y a-t-il choseaumondeplusdésirablcquedejouirdu corps et du sang de Notre-Seigneur, et du prix de notre salut ; que de communiquer à sa passion ; que de tirer do sa sainte chair, autrefois pour nous déchirée une nourriture solide par la méditation de sa mort ; que de recevoir, par l’attouchement de ccttcchairviviflante , et l’abondance du Saint- Esprit , et les semences d’immortalité ; que d’être transformés en lui par un miracle d’amour? Poussés de cet aimable désir, venez en esprit dans le temple ainsi qne le bon Siméon : Et venit in spiritu in temptum ' . Que ce ne soit ni par coutume , ni pour tromper le monde par quelques froides grimaces; mais venez comme le malade au reremede, comme le mort à la vie, comme un amant passionné à l’objet de scs affections : venez boire à longs traits et avec une soif ardente cette eau admirable qui j aillit à la vie éternelle. Et lorsqu’on vous présentera ce pain céleste, goûtez à part vous combien le Sauveur est doux ; qu’un extrême transport d’amour vous faisant oublier de vous-même , vous attache et vous colle au Seigneur Jésus. C’est la qu’il faut savourer cette viande délicieuse en silence et en repos. Regardez le bon Siméou; comme l’évangéliste nous distingue ses actions, et comme il sait saintement ménager sa joie. Il le prend entre scs bras, dit saint Luc , il bénit Dieu , et enfin il éclate en action de grâces : Suscrpit eum in vlnassuas, et benedixit Deum, et ail'. Mais devant que de parler, que de regards amoureux ! que d’ardents baisers! quelle abondance de larmes! il faut donc, avant toutes choses, que votre âme se fonde en joie : jouissez du baiser du Sauveur, c’est le même que Siméon embrassa ; et s’il se cache à vos yeux , il se montre à votre foi : et le même qui a dit à ses disciples : Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez3! a dit aussi pour notre consolation : Bienheureux ceux qui croient et qui ne voient point3! Apres que votre âme s’épanouisse et se décharge, à la bonne heure, en hymnes et en cantiques; que tous vos sens disent : O Seigneur, qui est semblable à vous 3 ? et que cc sentiment pénètre jusqilcs à la moelle do vos os. Ensuite entrez , à l’exemple de notre v ieillard, dans un dégoût de la vie et de ses plaisirs, épris des charmes incompréhensibles d’une parfaite beauté ; Envoycz-moi maintenant en paix , ô Seigneur! Kunc dimiltis sereum tuum in pare 6.

Que vous dirai-jc de cette divine paix que le

1 l.nr. il , 27.

* Ibid. 2H.

» Ibid. 2t.

« Juan. \\ , 29.

» r*. *xmv, h.

« Luc U. 29.

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