DK L’ASSOMPTION DR LA SAINTE VIERGE
vertus de Marie, le plus bel ornement de son triomphe.
I .'amour dlvio , principe de sa mort. Nature et transport de son amour : de quelle sorte cri amour lui a donné le coup de la mort. Désirs que nous do ons avoir de nous réunira Jé>u«- Christ. Merveilles que la sainte virginité opère en Marie : effets de cette vertu dans les vierges chrétiennes. Comment Huimilité chrétienne semble-t-elle avoir dépouillé Marie de tous ses avantages, et les lui rend-elle tous éminemment. Hrién* a Marie pour uous obtenir celte vertu essentielle.
Qu;n est isti quæ asc, end il de deserto, deliriis affluetis, iiuiixa super dilcctmu suum?
Qui est celle-ci qui s'élève du desert, pleine de délices, appuyée sur son bten-uimé ? faut, vin, S.
il y a un enchaînement admirnbleentre les mystères du christianisme; et celui que nous celé-
' J ntt h, 1 , 3.
* I. TUcts. iv, 4- lî. Cne. iv, 7.
• i). DéfurU a inséré ici mal a propos un Précis de sermon sur ia Présentation de Jésus-Christ. I.* manuscrit indique
brons, a une liaison particulière r.vee l'incarnation du Verbe éternel. Car si la divine Marie n reçu autrefois le sauveur Jésus , il est juste que le Sauveur reçoive à son tour l’heureuse Marie; et n’ayant pas dédaigné de descendre en elle, il doit ensuite i’élever à soi pour la faire entrer dans sa gloire. 1 1 ne faut donc pas s'étonner, mes sœurs, si la bienheureuse Marie rcs-uscite avec tant (l'éclat , ni si clic triomphe au-c tant de pompe. Jésus à qui cette Vierge a donne la vie, la lui rend aujourd'hui par reconnaissance : et comme il appartient à un Dieu de se montrer tjujours le plus magnifique; quoiqu'il n'ait reçu qu'une vie mortelle , il est digne de sa grandeur de lui en donner en échange une glorieuse. Ainsi ees deux mystères son* liés ensemble ; e* afin qu'il y ait «n plus grand rapport, les anges Interviennent dans l’un et dans l'autre, el se réjouissent aujourd'hui, avec Marie, de voir une si belle suite du mystère qu’ils ont annoncé. Joignonsnous, mes très-chères sœurs, à cette pompe sacrée : mêlons nos voix à celles des unges, pour louer la divine Vierge, et de peurderavilir leurs divins cantiques par des paroles humaines, faisons retentir jusqu'au ciel celles qu’un ange même, en a apportées: Ave, Marin.
Le ciel , aussi bien que la terre, a ses solennités et ses triomphes, scs cérémonies el scs jours d'entrée, ses magnificences et ses spectacles; ou plutôt la terre usurpe ces noms, pour donner quelque éclat à ses vaines pompes : mais les choses ne s’en trouvent véritablement dans toute leur force, que dans les fêtes augustes de notre céleste patrie , la sainte et triomphante Jérusalem. Parmi ees soleunités glorieuses, qui ont réjoui les saints anges et tous les esprits bienheureux; vous n’ignorez pas, mes sœurs, que celle que nous célébrons est l’une des plus illustres, et que sans doute l'exaltation de ia sainte Vierge dans le trône que son fils lui destine doit faire l'un des plus beaux jours de l'éternité : si toutefois nous pouvons distinguer des jours dans cette éternité toujours permanente.
Pour vonsexpliquer les magnificences de cette célèbre entrée, je pourrais vous représenter le concours, les acclamations, les cantiques de réjouissance de tous les ordres des anges, et de toute la cour céleste : je pourrais encore m'élever plus haut , et vous faire voir la divine Vierge présentée par son divin fils devant le trône du Père pour y recevoir de sa main une couronne
a*SM <|M’il appartient a U Présentation Oc la sainte Vierge, el le leste te prouve évidemment. Nous l’avous place odtv sus sous ce litre. i ledit. de t\r*aitU». )
SUR L’ASSOMPTION
de gloire immortelle ; spectacle vraiment auguste , et qui ravit en admiration le ciel et la terre. Mais tout ce divin appareil passe de trop loin nos intelligences : et d’ailleurs comme le ministère que J’exerce m'oblige , en vous étalant des grandeurs , de vous chercher aussi des exemples , je me propose, mes sœurs, de vous faire, paraître l’heureuse Marie suivie seulement de ses vertus, et toute resplendissante d’une suite si glorieuse.
En effet, les vertus de cette Princesse, c’est ce qu’il y a de plus digne d’être regardé dans son entrée. Ses vertus en ont fait les préparatifs, ses vertus en font tout l’éclat , ses vertus en font la perfection. C’est ce que ce discours vous fera connaître; et afin que vous voyiez les choses plus distinctement , voici l’ordre que je me propose.
Pour faire entrer Marie dans sa gloire. Il fallait la dépouiller, avant toutes choses, de cette misérable mortalité, comme d'un habit étranger : ensuite il a fallu parer son corps et son âme de l'immortalité glorieuse , comme d'un muntenu royal et d'une robe triomphante : enfin , dans ce superbe appareil , il la fallait placer dans son trûnc , au-dessus des chérubins et des séraphins, et de toutes les créatures. C'est tout le mystère de cette journée; et je trouve que trois vertus de cette Princesse ont accompli tout ce grand ouvrage. S'il faut la tirer de ce corps de mort, l'amour divin fera cet office, la sainte virginité, toute pure et tout éclatante, est capable de répandre jusque sursacliairla lumière d'immortalité, ainsi qu'une robe céleste : et après que ces deux vertus auront fait, en cette sorte, les préparatifs de cettecntréc magnifique, l'humilité toute-puissante achèvera la cérémonie, en la plaçant dans son trône pour y être révérée éternellement par les anges. C’est ce que je tâcherai de vous faire voir dans ta suite de ce discours, avec le secours de la grâce.
pbemieb roixT.
La nature et la grâce concourent à établir immuablement la nécessité de mourir. C’est une loi de la nature, que tout ce qui est mortel doit le tribut à la mort ; et la grâce n’a pas exempté les hommes de cette commune nécessité : parce que le Fils de Dieu s’étant proposé de ruiner la mort par la mort même , il a posé cette loi , qu’il faut passer par ses mains pour en échapper , qu il faut entrer nu tombeau pour en renaître, et enfin qu’ilfautmourirunc fois pour dépouiller entièrement la mortalité. Ainsi , cette pompe sacrée que je dois aujourd'hui vous représenter a dû prendre son commencement dans le trépas de la sainte Vierge. Ktc'estune partie nécessaire du triomphe de cette Reine, de subir la loi de la mort; pour
laisser entre ses bras , et dans son sein même , tout ce qu elle avait de mortel.
Mais ne nous persuadons pas qu'en subissant cette loi commuue elle ait dû aussi la subir d’une façon ordinaire ; tout est surnaturel en Marie : un miracle lui adonné Jésus-Christ, un miracle lui doit rendre ce fils bien-aimé ; et sa vie, pleine de merveilles, a dû enfin être terminée par une mort toute divine. Mais quel sera le principe de cette mort admirable et surnaturelle; chrétiens, ce sera l’amour maternel ; l'amour divin fi ni cet ouvrage : c’est lui qui enlèvera l'âme de Marie, et qui, rompant les liens du corps, qui l'empêchent de joindre sou fils Jésus , réunira dans le ciel ce qui ne peut aussi bien être séparé sans une extrême violence. Pour bien entendre un si grand mystère il nous fautcoucevoir, avant toutes choses, selon notre médiocrité quelle est la nature de l'amour de la sainte Vierge, quelle est sa cause, quels sont ses transports, de quels traits il se sert, et quelles blessures il imprime au cœur.
Un saint évêque * nous a donne une grande idée de cet amour maternel , lorsqu’il a dit ci s beaux mots : • Pour former l’amour de Marie,
• deux amours se sont jointes en un : « Duce dilecliones in unam convenerant, et ex iluabux amoribus juctus est amor unus. Dites-moi, je vous prie, quel est ce mystère? que veut dire l'enehainemeutdc ccsdeux amours? il l’explique par les paroles suivantes : • C'est , dit-il , que In . sainte Vierge rendait à son fila l'amour qu'elle « devait à un Dieu , et qu’elle rendait aussi à son ..Dieu l’amour qu’elle devait à un fils : . cum Virgo mater filio divinitatis amorcm in/underet , et in Dto amorem no to exhibent Si vous entendez ces paroles, vous verrez qu’on ne pouvait rien penser de plus grand, ni de plus fort , ni déplus sublime, pour exprimer l'amour de la sainte Vierge : car ce saint évéque veut dire que la nature et la grâce eoueourent cusemblc, pour faire, dans le cœur de Marie, des impressions plus profondes, il n’est rien de pins fort ni de plus pressant que l’amourque la nature donne pour un fils, etque celui que lagrâce donne pour un Dieu. Ces deux amours sont deux abîmes dont l’on ne peut pénétrer le fond , ni comprendre toute l’étendue. Maisicinous pouvons dire avec le psalmiste: Abgssus abyssum invocat *: «Un abîme appelle « un autre abîme ; > puisque pour former l'amour de la sainte Vierge il a fallu y inèler ensemble tout ce que la nature a de plus teudre, et la grâce de
• Amédée, és èque de Lausanne, qui vivait dans Iv doiujerne siècle, et que ses vertus mulirrul encore |ilns recommandalilr que son Illustre naissance. ( Êdit. de béfurù. )
■ D* Uudib. B. l ire). Ihrmil. v, Biblmth. PP. I. XJ , p
» Pt. \u , a.
1>E LA SAINTE VIERGE
plus efficace. La nature a dù s'y trouver, parce que cet amour embrassait un fils; la grâce a dû y agir, parce que cet amour regardait un Dieu : Abyssus.... Mais ce qui passe l'imagination , c'est que la nature et la grâce ordinaire n'y suffisent pas, parce qu'il n'apparllent pas à la nature de trouver un fils dans un Dieu ; et que la grâce , du moins ordinaire, ne peut faire aimer un Dieu dans un fils : il faut donc nécessairement s'élever plus haut.
Permettez- moi , chrétiens , de porter aujourd'hui mes pensées au-dessus de la nature et de la grâce , et de chercher la source de cet amour dans le sein même du Père étemel. Je m'y sens obligé par cette raison : c’est que le divin fils dont Marie est mère, lui est commun avec Dieu. « Ce qui naîtra de vous, lui dit l'ange 1 , sera ap- • pelé Fils de Dieu. > Ainsi elle est unie avec Dieu le Père , en devenant la mère de son Fils unique ;
■ qui ne lui est commun qu'avec le Père éternel ,
■ dans la manière dont elle l’engendre : * Cum eo solo libi est genemtio ista communis ■
Mais montons encore plus haut ; voyons d'où lui vient cet honneur, et comment elle a engendré le vrai Fils de Dieu. Vous jugez aisément, mes sœurs, que ce n'est pas par sa fécondité naturelle, qui ne pouvaitengendrer qu'un homme : si bien que , pour la rendre capable d'engendrerun Dieu, Il a fallu, dit l'évangéliste, que le Très-Haut la couvrit de sa vertu ; c'est-à-dire , qu'il étendit sur elle sa fécondité : Virlus Altissimi obumbrabil libi J. C'est en cette sorte , mes sœurs , que Marie est associée à la génération éternelle.
Mais ce Dieu , qui a bien voulu lui donner son Fils , lui communiquer sa vertu , répandre sur elle sa fécondité ; pour achever son ouvrage, a dù aussi faire coulerdans son chaste sein quelque rayon , ou quelque étincelle de l'amour qu'il a pour ce Fils unique, qui est la splendeur de sa gloire et la vive image de sa substance. C’est de là qu’est né l'amour de Marie : il s'est fait une effusion du cœur de Dieu dans le sien ; et l’amour qu'elle a pour son fils, lui est donné de la même source qui lui a donné son fils même. Après cetfc mystérieuse communication , que direz-vous , 6 raison humaine? prétendrez-vous pouvoir comprendre l’union de Marie avecJésus-Cbrist; car elle tient quelque chose de cette parfaite unité qui est entre le Père et le Fils? N'entreprenez pas non plus d’expliquer quel est cet amour maternel qui vient d’une source si haute, et qui n'est qu’un écoulement de l'amour du Père pour son
1 Lue. 1 , 36.
* S. Bernent. Serm. Il ,ln Aununt. B. Mar. t. I , cot. Ï77.
‘ Lue. i, 35.
Fils unique : que si vous n'étes pas capable d'entendre ni sa force ni sa véhémence, croirez- vous pouvoir vous représenter et scs mouvements et ses transports? Chrétiens , il n’est pas possible ; et tout ce que nous pouvons entendre , c’est qu'il n'y eut jamais de si grand effort que celui que faisait Marie pour se réunir à Jésus, ni jamais de violence pareille à celle que souffrait son cœur dans cette désunion.
Apres la triomphante ascension du Sauveur Jésus et la descente tant promise de l’Esprit de Dieu, vous n'ignorez pas que la très-heureuse Marie demeura encore assez longtemps sur la terre. De vous dire quelles étaient ses occupations, et quels ses mérites pendant son pèlerinage , Je n’estime pas que ce soit un chose que les hommes doivententreprendre. Si aimer Jésus, si être aimé de Jésus, ce sont deux choses qui attirent les divines bénédictions sur les âmes, quel abîme de grâces n'avait point, pour ainsi dire , Inondé celle de Marie! Qui pourrait décrire l’impétuosité de cet amour mutuel , à laquelle concourait tout ce que la nature a de tendre , tout ce que la grâce a d’efficace? Jésus ne se lassait jamais de se voir aimé de sa mère : cette sainte mère ne croyait jamais avoir assez d'amour pour cet unique et cebien-aimé; elle ne demandait autre grâce à son fils, sinon de l'aimer, et cela même attirait sur elle de nouvelles grâces.
Il est certain, chrétiens , nous pouvons bien avoir quelque idée grossière de tous ces miracles; mais de concevoir quelle était l'ardeur, quelle la véhémence de ses torrents de flammes qui de Jésus allaient déborder sur Marie, et de Marie retournaient continuellement à Jésus : croyezmoi , les séraphins , tout brillants qu'ils sont , ne le peuvent faire. Mesurez, si vous pouvez, àson amour la sainte Impatience qu’elle avait d'être réunie à son fils. Parce que le Fils de Dieu ne désirait rien tant que ce baptême sanglant ' qui devait laver nos iniquités, Il se sentait pressé en sol-même d'une manière incroyable , jusqu'à ce qu'il fût accompli. Quoi! il aurait eu une telle impatience de mourir pour nous, et sa mère n’en aurait point eu de vivre avec lui? Si le grand a pâtre saint Paul * veut rompre incontinent les liens du corps, pour aller chercher son maître à la droite de son Père, quelle devaitêtre l'émotion du sang maternel ! Le Jeune Toble , pour une absence d’un an , perce le cœur de sa mère d'inconsolables douleurs. Quelle différence entre Jésus et Toble I et quels regrets la Vierge [ne ressentait-elle pas, de se voir si longtemps séparée
• Luc. xii , 60.
* Phii. 1,21,03.
SUR I.'ASS iMl’MO.N
d'un lllsqu'ellea mail uniquement ! ]Quoi! disaitelle quand elle voyait quelque Adèle partir de ce momie , par exemple ; suint É'ienne , et ainsi des autres, quoi ! mon fils , n quoi me réservez-vous désormais? et pourquoi me laissez-vous ici la dernière? S'il ne faut que du sang pour m'ouvrir les portesduciel ; vousqui avez voulu que votre corps fût formé du mien , vous savez bien qu’il est prêt à être répandu pour votre service. J’ai vu dans le temple ce saint vieillard Simeon , apres vous avoir amoureusement embrassé, ne demander autre chose que de quitter bientôt cette vie; tant il est doux de jouir même un momeut de votre présence : et moi je ne souhaiterais point de monrir bientôt, pour vous aller embrasser au saint trône de votre gloire? Après m'avoir amenée au pied de votre croix pour vous voir mourir, comment me refusez-vous si longtemps de vous voir régner ? Ijiissrz , laissez seulement agir mon amour ; il aura bientôt désuni mon âme de ce corps mortel, pour me transporter à vous en qui seul Je vis.
Si vous m'en croyez , dînes saintes , vous ne travaillerez pas vos esprits a chercher d autre omise de sa mort. Cet amour étant si ardent, si fort et si enflammé ; il ne poussait pas un seul soupir, qui ne dut rompre tous les liens de ce eorps mortel : il ne formait pas en regret , qui ne dut en troubler toute l'harmonie ; il n'envovait pas un désir au ciel , qui ne dût tirer avec soi l'âme de Marie. Ah! je vous ai dit, chrétiens, que ta mort de Marie est miraculeuse; je change maintenant de discours : tellement que la mort n'est pas le miracle; c’en est plutôt In cessation : le miracle continuel , c'était que Marie pût vivre séparée de son bien-aimé.
Mais pourrai - je vous dire comment a Uni ce miracle , et de quelle sorte il est arrivé que l'amour lui ait donné le coup de la mort? est-ce quelque désir plus enflammé , est-ce quelque mouvement plus actif, est-ce quelque transport plus violent , qui est venu détacherrette âme? S’il m’est permis, chrétiens, de vous dire ce que Je pense, j'attribue ce dernier effet , non point à des mouvements extraordinaires, mais à la seule perfection de l'amour de la sainte Vierge. Car comme ce divin amour régnait dans son cœur sans aucun obstacle, et occupait toutes ses pensées, il allait de jour en jour s'augmentant par son action , sc perfectionnant pnr ses désirs, se multipliant par soi-même : de sorte qu'il vint enfin, s'étendant toujours , à une telle perfection , que la terre n’était plus capable de le contenir. Va , mon (ils , disait ce roi grec * ; étends bien loin tes conquêtes :
mon royaume est trop petit pour te renfermer. O amour de In sainte Vierge ! ta perfection est trop nninente, tu ne peux plus tenir dans un corps mortel ; ton fru pousse des flntmnen trop vives, pour pouvoir être couvert sous cette cendre. Va briller dans l’éternité , vn brûler devant la face de Dieu; va te perdre dans son sein Immense, qui seul est capable de te contenir. Alors la divine Vierge rendit sans peine et sans violence, sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de son fils. Il ne fut pas nécessaire que son amour s'efforçât par des mouvements extraordinaires. Comme la plus légère secousse détache de l’arbre un fruit déjà mûr; comme une flamme s'élève et vole d’elle-méme au lieu de son centre : ainsi fut cueillie cette âme bénite, pour être tout d’un coup transportée au ciel; ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l'nmour divin : son âme fut portée nu ciel sur une nuée de désirs sacrés. Et c’est ce qui fait dire aux saints anges : ■ Qui est celle-ci , qui s’élève comme la fumée - odoriférante d’une composition de myrrhe et « d'encens ? ■ Quœ est ista , quœ ascrndil si eut ri rgula/umi cr aromatibus vi ijrrhœ elthuris'1 Belle et excellente comparaison , qui nous explique admirablement la manière de ectle mort heureuse et tranquille. Cette fumée odoriférante que nous voyons s'élever d’une composition de parfums, n'en est pas nrrpchee par force, ni poussée dehors avec violence : une chaleur douce et tempérée la détache délicatement, et la tourne en une vapeur subtilequis’élèvecom me d’elle-même. C'est ainsi que l’âme de la sainte Vierge a été séparée du corps : on n'en a pas ébranlé tous les fondements par une secousse violente ; une divine chnleur l'a détachée doucerotnt du corps, et l'a élevée à son bien-aimé sur une nuée de saints désirs. C'est son chariot de triomphe; c’est l'nmour, comme vous voyez, qui l'a lui-même construit de ses propres mains.
Apprenons de là, chrétiens, à désirer Jésus- Christ , puisqu’il est infiniment désirable. Mais qui vous désire , ô Jésus ! pourrai-je bien trouver dans cette audience un cœur qui soupire après vous , et à qui ce corps soit à charge? Mrs sœurs , ccs chastes désirs sc trouvent rarement dans le monde; et une marque bien évidente qu'on désire peu Jésus-Christ , c'est le repos que l’on sent dans la jouissance des biens de la terre. Lorsque la fortune vous rit , et que vous avez tout ensemble les richesses pour fournir aux plaisirs, et la santé pour les goûter à votre aise; en vérité , chrétiens , souhaitez- vous un autre paradis? vous imaginez-vous un autre bonheur? Si vous laissez
Diqitiz
’ Philippe .1 AlrviiHii*.
* lll, G
DE LA SAINTE V1EBGE
parler votre cœur, U vousdira qu'il se trouve bien, et qu' il se contente d’une telle vie. Dans cette disposition, je ne crains pas de vous assurer que vous n'êtes pas chrétiens : et si vous voulez mériter ce titre , savez-vous ce qu'il vous faut faire? Il faut que vous croyiez que tout vous manque , lorsque Icmonde croit que toutvousabonde ; il faut que vous gémissiez parmi tout ce qui plaît à la nature, et que vous n’espériez jamais de repos que lorsque vous serez avec Jcsus-Christ. Autrement, voici un beau mot de saint Augustin' : * Si vous ne gémissez pas comme voya- • geurs, vous ne vous réjouirez pas comme ci- ■ toyens : > Qui non gémit peregrinus , non gaudébit doit; c'est-à-dire. , que vous ne serez jamais habitants du ciel , parce que vous avez voulu l’être de la terre : refusant le travail du voyage, vous n’aurez pas le repos de la patrie; et vous arrêtant où il faut marcher, vous n'arriverez pas où il faut parvenir. C’est pourquoi Marie a toujours gémi en se souvenant de Sion; son cœur n'avait point de pais, éloigné de son birn-almé. Enlin ses désirs font conduite à lui , en lui donnant une heureuse mort. Mais elle ne demeilrera pas longtemps dans son ombre, et la sainte virginité attirera bientôt sur son corps une influence de vie ; c’est le deuxième point de cc discours.
SECOND POINT
Le corps sacré de Marie , le trône de la chasteté, le temple de la sagesse incarnée, l'organe du Saint-Esprit et le siège de la vertu du Très- Haut, n'a pas dû demeurer dans le tombeau; et le triomphe de Marie serait imparfait, s’il s'accomplissait dans sa sainte chair qui a été comme la source de sa gloire. Venez donc , vierges de Jésus-Christ, chastes épouses du Sauveur des âmes, venez admirer les beautés de cette chair virginale , et contempler trois merveilles que la sainte virginité opère sur elle. La sainte virginité la préserve de corruption; et ainsi elle lui conserve l'être : la sainte virginité lui attire une influence céleste , qui la fait ressusciter avant le temps ; ainsi elle lui rend la vie : la sainte virginité répand sur elle de toutes paris une lumière divine; et ainsi elle lui donne la gloire. C’est ce qu’il nous faut expliquer par ordre.
Je dis donc , avant toutes choses , que la sainte virginité est comme un baume divin , qui préserve de corruption le corps de Marie ; et vous en serez convaincues, si vous méditez attentivement quelle a été la perfection de sa pureté virginale. Pour nous en former quelque idée, po-
, lit 1*1 Ht. C7LVIU , a* t , I. IV, COI. I 6?i.
sons d'abord ce principe : que Jésus-Christ notre Sauveur, étant uni si étroitement , selon la chair, à la sainte Vierge, cette union si particulière a dû nécessairement être accompagnée d’une entière conformité. Jésus a cherché son semblable; et c'est pourquoi cet Époux des vierges a voulu avoir une mère vierge : alln d'établir cette ressemblance comme le fondement de cette union. Cette vérité étant supposée , vous jugez bien , âmes chrétiennes, qu'il ne faut rien penser de commun delà pureté de Marie. Non , Jamais vous ne vous en formerez une juste Idée; jamais vous n’en compreudrez la perfection , jusqu'à ce que vous ayez entendu qu'elle a opéré dans cette vierge-mère une parfaite Intégrité d’esprit et de corps. Et c’cst ce qui a fait dire au grand saint Thomas ' qu'une grâce extraordinaire a répandu sur elle, avec abondance, une céleste rosée, qui a non-seulement tempéré, comme dans les autres élus, mais éteint tout le feu de la convoitise, c’est-à-dire, non-seulement les mauvaises oeuvres, qui sont comme l'embrasement quelle excite, non-seulement les mauvais désirs, qui sont comme la flamme qu’elle pousse, et les mauvaises inclinations , qui sont comme l'ardeur qu'elle entretient, mais encore le brasier et le foyer même , comme parle la théologie , fomes peccati : c’està-dire, selon son langage, la racine la plus profonde et la cause la plus intime du mal. Après cela, chrétiens, comment la chair de la sainte Vierge aurait-elle été corrompue, à laquelle la virginité d’esprit et de corps, et cette parfaite conformité avec Jésus-Christ, a ôté, avec le foyer delà convoitise , tout le principe de corruption?
Car ne vous persuadez pas que nous devions considérer la corruption , selon les raisonnements de la médecine , comme une suite naturelle de la composition et du mélange. Il faut élever plus haut nos pensées; et croire, selon les principes du christianisme, que ce qui engage la chair à la nécessité d’être corrompue, c'est qu'elle est un attrait au mal , une source de mauvais désirs , enfin une chair de péché , * comme parle l’apôtre saint Paul’, caro peccati. Une telle chair doit être détruite, Je dis même dans les élus ; parce qu’en cet état de chair de péché elle ne mérite pas d’être réunie à une âme bienheureuse ni d'entrer dans le royaume de Dieu , * que » la chair et le sang ne sauraient posséder : » Caro et sanguis regnum Deinon po.tside.bunt J, Il faut donc qu'elle change sa première forme, afin d'être renouvelée , et qu’elle perde tout son
1 III. part. Qiunt. x\Tll, Art.
* Rom. Vllt, 3.
J I. Cor. xv . M>.
SUR L'ASSOMPTION
premier être, pour en recevoir un second de la main de Dieu. Comme un vieux bâ'iment irrégulier qu'on laisse tomber pièce à pièce; afin de je dresser de nouveau dans un plus bel ordre d’architecture : Il en est de même de cette chair toute déréglée par la convoitise. Dieu la laisse tomber en ruine, afin de la refaire À sa mode, et selon le premier plan de sa création. C’est ainsi qu'il faut raisonner de la corruption de la chair, selon les principes de l'Évangile : c'est de là que noos apprenons qu'il faut que notre chair soit réduite en poudre, parce qu'elle a servi au péché; et de là aussi nous devons entendre que celle de Marie étant toute pure , elle doit par conséquent être incorruptible.
C’est aussi pour la même cause qu'elle a dû recevoir l'immortalité, par une résurrection anticipée : car encore que Dieu ait marqué un terme commun à la résurrection de tous les morts; il y a des raisons particulières, qui peuvent l’obliger d'avancer le temps en faveur de la sainte Vierge. Le soleil ne produit les fruits que dans leur saison : mais nous voyons des terres si bien cultivées , qu'elles attirent une action pluseflleace et plus prompte. Il y a aussi des arbres hâtifs dans le jardin de notre Époux ; et la sainte chair de Marie est une matière trop bien préparée- pour attendre le terme ordinaire à produire des fruits d'immortalité. Sa pureté virginale lui attire une influence particulière : sa conformité avec Jésus- Christ la dispose à recevoir un effet plus prompt de sa vertu vivifiante. Et certainement, chrétiens , elle peut bien attirer sa vertu , puisqu'elle l'a attiré lui-même. Il est venu en cette chair , charmé par sa pureté; il a aimé cette chair jusqu'à s’y renfermer durant neuf mois , jusqu'à s'incorporer avec elle, - jusqu'à prendre racine en « elle, • comme parleTertuilien : In utero radicrm egit<. Il ne laissera donc pas dans le tombeau cette chair qu'il a tant aimée ; mais il la transportera dans le ciel , ornée d'une gloire immortelle.
La sainte virginité servira encore à Marie , pour lui donner cet habit de gloire ; et en voici la raison : Jésus-Christ nous représente dans son Évangile, la gloire des corps ressuscités par cette belle parole : > Ils seront comme les anges de Dieu : ■» Erunt sicut angeli Dei\ Et c'est pour cela que Tertullicn parlant de la chair ressuscitée, l’appelle « une chair angélisée, » angeli/tcata orra \ Or, de toutes les vertus chrétiennes, celle qui peut le mieux produire un si bel effet, c’est la •ainte virginité; c'est celle qui fait des anges sur
* De Came Chrisli. o* si.
* Natth. XX\ll f 30
* pe Resur. caru. n' 36.
la terre; c’est elle dont saint Augustin a dit ce beau mot : Habet atiquid jam non eamit in carne ' : « Elle a au milieu de la chair quelque ■ chose qui n’est pas de la chair, » et qui tient de l'ange plutôt que de l’homme. Celle qui fait des anges des cette vie , en pourra bien faire en la vie future ; et ainsi j’ai eu raison de vous assurer qu'elle a une vertu particulière , pour contribuer dans les derniers temps à la gloire des corps ressuscités. Jugez par là, chrétiens, de quel éclat, de quelle lumière sera environnécelui de Marie, qui surpasse par sa pureté les séraphins mêmes. Aussi l'Écriture sainte cherche-t-elle des expressions extraordinaires, afin de nous représenter un si grand éclat. Pour nous en tracer quelque image, à peine trouve-t-elle dans le monde assez de rayons ; il a fallu ramasser tout ce qu’il y a de lumineux dans la nature. Elle a mis la lune à ses pieds, les étoiles autour de sa tête. Au reste, le soleil la pénètre tonteetl'environnedeses rayons: Mulicr amicla sole ’ : tant il a fallu de gloire et d’éclat , pour orner ce corps \ irginnj.
Vierges de Jésus-Christ, réjouissez-vous à ce beau spectacle ; songez à quels honneurs la sainte virginité prépare vos corps : elle les purifie, elle les consacre; elle y éteint la concupiscence, elle y mortifie les mauvais désirs : et par tant de saintes préparations, elle dispose cette chair mortelle à une lumière incorruptible. Apprenez donc, mes très-chères soeurs, à eslimer ce sacré trésor que vous portez dans des vaisseaux de terre : Habemus autem thesaurum istum in vasisjlctilibus *. Renouvelez-vous tous les jours par l’<mour de la pureté, ne souffrez pas qu’elle soit souillée par la moindre attache du corps; et si vous êtes jalouses de la pureté de la chair, soyezles encore beaucoup davantage de la pureté de l’esprit. Par ce moyen, vous serez les dignes compagnes de la hieniieureuse Marie; et portant ses glorieuses livrées vous suivrez de plus près son char de triomphe, dans lequel elle va monter à son trône. Avancez-vous donc pour la suivre; die se prépare à marcher et elle va monter au ciel qui l'attend. Les préparatifs sont achevés : l'amour divin a fait son office, et lui a ôté sa robe mortelle; la sainte virginité lui a mis son habit royal : je vois l'hnmilitéqui lui tend la main, et qui s'avance pour la placer dans son trône. C’est ce qui doit finir la cérémonie, et faire le dernier point de ce discours.
TROISIÈME I-OIXT.
Puisque c’est l'humilité seule qui à bit le
1 DeuiHrla l’irginil. n* 12, t V!,Cot. 319.
* Apuc. XII , 2.
* It. Oir. iv, 7.
PE LA SAINTE VIERGE
triomphe de Jésus-Christ, 11 faut qu'elle fasse aussi celui de Marie ; et sa gloire ne lui plairait pas , si elle y entrait par une autre voie que par celle qne son llls a voulu choisir. Elle s'élève donc par l'humilité, et voici en quelle manière : vous n'ignorez pas , chrétiens , que le propre de l'humilité, c'est de s'appauvrir elle-même, si je puis parler de la sorte , et de se dépouiller de ses avantages; mais aussi, par un retour merveilleux, elle s'enrichit en se dépouillant : parce qu'elle s'assure tout ce qu'elle s'ôte; et rien ne lui convient mieux que celte belle parole de saint Paul , ianquam nihil habenles et omnia possidentes', qu’elle n'a rien et possède tout. Je pourrais établir cette vérité sur une doctrine solide et évangélique ; mais il est plus convenable À celte journée etâ l'ordre de mon discours, de vous en montrer la pratique par l’exemple de la sainte Vierge.
Elle possédait trois biens précieux : une haute dignité , une pureté admirable de corps et d’esprit , et , ce qui est au-dessus de tous les trésors , elle possédait Jésus- Christ ; elle avait un fils bienaimé, - dans lequel, dit le saint apôtre, habitait * toute plénitude : • In ipso placuit omnem plenilutlinem inhabitare'. Voilà une créature distinguée excellemment de toutes les autres ; mais son humilité très-profonde la dépouillera, en quelque façon , de ces merveilleux avantages. Elle qui est élevée au-dessus de tous par la dignité de mère de Dieu , se range dans le commun par la qualité de servante : elle qui est séparée do tous , par sa pureté immaculée , se mêle parmi les pécheurs, en se purifiant avec les autres. Voyez qu'elle se dépouille, en s'humiliant, de l'honneur de sa qualité, et de la prérogative de son innocence. Mais voici quelque chose de plus ; elle perd jusqu'à son llls sur le Calvaire : et je ne dis pas seulement qu’elle perd son fils, parce qu’elle le voit mourir d'une mort cruelle; mais elle le perd ce fils bien-aime , parce qu'il cesse en quelque sorte d'être son fils, et qu'il lui en substitue un autre en sa place : « Femme, lui dit-il , « voilà vutre fils J. ■
Méditez ceci, chrétiens; et encore que cette pensée semble peut-être un peu extraordinaire , vous verrez néanmoins quelle est bien fondée. Il semble que le Sauveur ne la connaît plus pour sa mère; il l'appelle femme, et non pas sa mère: « Femme, lui dit-il, voilà votre fils. » Il ne parle pas ainsi sans mystère : il est dans un état dbumiliation ; et II faut que sa sainte mère y soit avec lui. Jésus a un Dieu pour son père, et Marie un Dieu pour son fils. Ce divin Sauveur a perdu son
1 H. Cor. Ti, 10.
* Colons. I, 10.
» JottH XIX, 20.
père, et il ne l'appelle plus que son Dieu. H faut que Marie perde aussi son fils : il ne l’appelle que du nom de femme , et il ne lui donne point le nom de sa mère. Mais ce qui est le plus humiliant pour la sainte Vierge, c’est qu'il lui donne un autre fils; comme si désormais il cessait de l’être, et comme s'il rompait le nœud d’une si sainte alliance : • Voilà , dit-il , votre fils : • Eeee filins tuvs. Et en voici la raison : durant les jours de sa chair, c'est-à-dire , pendant le temps de sa vie mortelle, il rendait à sa sainte mère les devoirs et les services d’un fils ; il était sa consolation et l'unique appui de sa vieillesse : maintenant, qu’il va entrer dans sa gloire, il prendra des sentiments plus dignes d’un Dieu ; et c'est pourquoi il laisse à un nutre les devoirs de la piété naturelle. Je ne le dis pas de moi-même, et j'ai appris ce mystère du grand saint Paulin : Juin Salvatorab humanafiagilitate, qua erat nalus ex femina, per crucis mortem demigrans in œternitatem Dei, delegat homini jura pietatis humunœ ' : . Jésus étant près de . passer de la fragilité humaine, par laquelle il « était né d'une femme, à la gloire et à l’éternité « de son Père; que fait-il? Delegat ; il donne « saint Jean pour fils à Marie, et il laisse à un « homme mortel les sentiments de la piété hu- . maine. -
Voilà donc Marie qui n'a plus son fils; Jésus, son fils bien-almé, a cédé ses droits à saint Jean; et elle passe en ce triste état uue longue suite d'années. Elle se plaint au divin Sauveur : O Jésus ma consolation , pourquoi me laissez-vous si longtemps? Jésus ne l'écoute pas, et la laisse entre les mains de saint Jean. Quelle vive avec saint Jean, quelle se console avec saint Jean; c'est le fils que Jésus lui donne. C'est votre fils , lui dit-il; consolez-vous avec lui. Chrétiens, quel est cet échange? O commulationem! s'écrie saint Bernard'; on lui donne Jean pour Jésus, le serviteur pour le maître , le fils de Zébédéc pour le Fils de Dieu. Il plaît à sou fils de l’humilier; saint Jean prend ia liberté de la reconnaître pour mère : elle accepte humblement l'échange; et cel amour maternel accoutumé à un Dieu , ne refuse pas de se rabaisser jusqu'à se terminer à un homme. Oui , dit-elle , je veux bien cet homme , et Je ne méritais pas d’être la mère d'un Dieu : tant son humilité est profonde , tant sa soumission est admirable.
Reprenons tout ceci, messieurs, et rassemblons maintenant en un tous ces actes d'humilité de la sainte Vierge. Sa dignité ne parait plus; elle la
1 /4d. August. Ep. L, n* 17.
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SUR L'ASSOMPTION
couvre sous l'ombre de la servitude : sa pureté se retire, cachée sous les marques du péché; elle quitte jusqu’à son fils, et elle consent par humilité d’en avoir un autre. Ainsi vous voyez qu’elle a tout perdu, et que son humilité l'a entièrement dépouillée, lanquam nihil habentes. Mais voyons la suite , mes sœurs , et vous verrez que cette humilité, qui la dépouille, lui rend tout avec avantange, cl omnia possidentcs.
O mère de Jésus-Christ! parce que vous vous êtes appelée servante, aujourd'hui l'humilité vous prépare un trône : montez en cette pince éminente, et recevez l'empire absolu sur toutes les créatures. O Vierge toute sainte et tout Innocente, plus pure que les rayons du soleil! vous avez voulu vous purifier et vous mêler parmi les pécheurs; votre humilité vous va relever : vous serez l'avocate de tous les pécheurs; vous serez leur second refuge, et leur principale espérance apres Jésus-Christ, refugium pfccatorum. Enfin vous aviez perdu votre fils; il semblait qu’il vous eût quittée, vous laissant gémir si longtemps dans cette terre étrangère : parce que vous avez subi avec patience une telle humiliation, ce fils veut rentrer dans ses droits qu'il n'avait cédés a Jean que pour peu de temps. Je le vois, il vous tend les bras; et toute la cour céleste vous admire , ô heureuse Vierge , montant nu ciel pleine de délires et appuyée sur ce bien-aimé , innixa super dilectum situai *.
Certes, divine Vierge, vous êtes véritablement appuyée sur ce bien-nimé : c’est de lui que vous tirez toute votre gloire; sn miséricorde est le fondement de tous vos mérites. Cieux , s’il est vrai que , par vos immuables accords , vous entreteniez l’harmonie de cet univers, entonuez sur un chant nouveau un cantique de louanges : les vertus célestes, qui règlent vos mouvements, vous Invitent ù donner quelque marque de réjouissance. Pour moi , s'il est permis de mêler nos conceptions à des secrets si augustes, je m’imagine que Moïse ne put s'empêcher, voyant cette Reine, de répéter cette belle prophétie qu'il nous n laissée dans ses Livres : • Il sortira une étoile
* de Jacob , et une branche s'élèvera d'Israël *. . Isaïe, enivré de l'Esprit de Dieu , chanta dans un ravissement incompréhensible : « Voici cette
• Vierge qui devait concevoiretcnfanter un fils J. » Ézéchiel reconnut cette porte close 4 , par laquelle personne n’est jamais entré ni sorti, parce que c’est par elle que le Seigneur des batailles a fait son entrée. Et au milieu d'eux le prophète royal
• faut. Mil . R.
• Am». xxiv, 17.
’ /*. vil, II.
• /.icrA. IUT,1
David animait une lyre céleste par cet admirable cantique 1 :> Je vois à votre droite, ômon Prince,
■ une Reine en habillement d’or enrichi d'une « merveilleuse variété. Toute la gloire de cette fille « de roi est intérieure; elle est néanmoins parée
• d’uoe broderie toute divine. Les vierges après
■ elle se présenteront à mon Roi ; on les lui amè-
• neradans son templeavecuue sainte allégresse. » Cependant la Vierge elle-même tenait les esprits bienheureux dans un respectueux silence, tirant encore une fois du fond de son cœur ces excellentes paroles : • Mon lime exalte le Seigneur de
• tout son pouvoir, et mon esprit est saisi d'une
• joie infinie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a
• regardé le néant de sa servante : et voici que « toutes les générations m’estimeront bieriheu-
■ reuse *. . Voilé, mes très-chères sœurs , quelle est l’entrée de la sainte Vierge : la cérémonie est conclue; toute cette 'pompe sacrée est finie. Marie est placée dans son trône , entre les bras de son fils, dans ce midi éternel, comme parle le grand saint Bernard ; et la sainte humilité a fait cet ouv rage.
Que reste-t-il maintenant, sinon que nous rendions nos respects à cette auguste Souveraine , et que , la voyant si près de son fils , nous la prions de nous nssister par ses Intercessions toutes-puissantes? C'est h elle, dit le dévot saint Bernard , qu'il appartient véritablement de parler au cœur de Jésus : Quis tain t doneus ut toquatur ad cor Doinini nostri Jésus- Chrisli , ut tu felix Maria 1 ? Elle y a une fidèle correspondance , je veux dire, l'amour filial , qui viendra recevoir l'amour maternel , et accomplira ses désirs. Qu'elle parle donc pour nous a ce cœur, et qu'elle nous obtienne par ses prières le don de l'humilité!
0 sainte, ô bienheureuse Marie! puisque vous êtes avec Jésus-Christ, jouissant dans ce midi éternel , avec une pleine allégresse, de sa sainte et bienheureuse familiarité, parlez pour nous à son cœur ; parlez , car votre fils vous écoute. Nous ne vous demandons pas les grandeurs humaines : impétrez-nous seulement cette humilité par laquelle vous avez été couronnée ; impétrez-la à ces saintes filles, et à toute cette audience; et faites, ô Vierge sacrée, que tous ceux qui ont célébré votre assomption glorieuse entrent profondément dans cette pensée, qu'il n'y n aucune grandeur qui ne soit appuyée sur l’hnmllité ; que c'est elle seule qui fait les triomphes et qui distribue les couronnes; et qu'enfin il n'est rien de plus véritable que cette parole de l'Évangile , que
1 Pm.xuv. io, n, i&, ni.
* Luc. 1 , 40.
1 .4(1. Beat, t'irg. Scrm. Panegjfr. n* 7, tut. Opet. S. Bernard. 1. Il , Cul. G80.
DE LA SAINTE VIERGE
. celui qui s'abaisse durant sa vie, sera exalté à « jamais dans la félicité éternejle , • où nous con duise le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Amen.
DEUXIÈME SERMON
rom LA FÊTE