SUR LA GLOIRE DE DIEU
infiniment désintéressé : ainsi considérons , chrétiens, que tout est commun entre les fidèles, et épurons tellement nos affections, qu’elles soient entièrement désintéressées : Ut sint unttm sicut ci nos.
Certes, mes frères, si le Fils de Dieu s’était contenté de nous dire qu’il veut que nous soyons un comme frères, nous devrions respecter, les uns dans les autres, ce nom sacré de soeurs et de frères, et le nœud de la société fraternelle. S’il nous avait ordonné simplement de vivre dans une mutuelle correspondance, comme des personnes qui sont enrôlées dans un même corps de milice, sous l'étendard de sa sainte croix; nous devrions rougir de honte de n’étre pas tous unis ensemble sous les ordres d’un si divin capitaine. S’il nous avait dit seulement que nous sommes membres d’un même corps , nous dev rions méditer jour et nuit cette parole du saint apôtre : « Quand une partie de notre corps souffre, toutes
• lesautres y compatissent*. -Mais puisqu'il passe au-dessus descieux et de toutes les intelligences, et qu'il nous donne pour modèle de notre unité l'unité môme du Père et du Fils: qui pourrait nous exprimer, chrétiens, quelle doit [être] notre union ; et combien nous nous rendrons criminels si nous rompons le sacré lien de la charité fraternelle qui doit être réglée sur ce grand exemple?
Mais comme si c’était peu de chose de proposer à tous les fidèles le plus grand de tous les mystères, pour être le modèle de leur unité; il scelle encore cette unité sainte par un autre mystère incompréhensible, qui est le mystère de l'eucharistie. Nous venons tous à la même table, nous y prenons ce même pain de vie qui est le pain de communion , le pain de charité et de paix ; nous jurons sur les saints autels, nous scellons par le sang de notre Sauveur notre confédération mutuelle : cependant, ô sacrilège exécrable I nous manquons tous les jours à la foi promise, et nous ne laissons pas d’avoir toujours, et la médisance a la bouche , et l’envie ou l’aversion dans le cœur. Le Sauveur nous dit dans son Évangile: « En cela « on reconnaîtra que vous êtes vraiment mes dis- « ciples, si vous avez une charité sincère les uns
• pour les autres 1 ; * et il prie ainsi Dieu son Pere :
• Je vous demande qu'ils soient consommés en « un; afin que le monde sache que c'est vous qui
• m'avez envoyé 3. *
O damn&ble infidélité de ceux qui se glorifient du nom chrétien ! les chrétiens sc détruisent euxmêmes ; toute l’Église est ensanglantée du meurtre <W* ses enfants , que ses enfants propres massa-
» I. Cor. XII, 2«.
» Jthih. XIII , 3fi.
» Jktd. XVII, 21, 23.
crcnt : et comme si tant de guerres et tant de carnages n étaient pas capables de rassasier notre impitoyable inhumanité, nous nous déchirons dans les mêmes villes, dans les mêmes maisons, sous les mêmes toits, par des inimitiés irréconciliables. Nous demandons tous les jours la paix, et nousmêmes nous faisons la guerre. Car d’où viennent tant d'envies, tant de médisances , tant de querelles et tant de procès? Les parents s’animent contre les parents, et les frères contre les frères, avec une fureur implacable ; on emploie et les médisances et les calomnies, et la tromperie et la fraude : la candeur et la bonne foi ne se trouvent plus parmi nous; toutes les rues, toutes les places, tous les cabinets retentissent du bruit des procès : infidèles si féconds en chicanerie , que nous sommes; tant nous avons oublié le christianisme , tant nous méprisons l'Évangile qui est une discipline de paix! Cependant nous souhaitons In paix, nous avons sans cesse la paix à la bouchp : et nous faisons régner par nos dissensions le diable, qui est l’auteur des discordes, et nous chassons l’Esprit pacifique, c’est-à-dire, l’Esprit de Dieu. Que si vous avez voulu , mon Sauveur, que la sainte union des fidèles fût la marque de votre venue ; que font maintenant tous les chrétiens, sinon publier hautement que votre Père ne vous a pas envoyé, et que l'Evangile est une chimère , et que tous vos mystères sontxiutant de fables ?
SERMON
mcR