‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 141 sur 243 · P*. XV · texte numérisé non relu

P*. XV

> 11. Cor. VIII , »-

POUR UNE PROFESSION

• royaume n'est pas de ce monde ' ? • Si son royaume était de ce monde, il demanderait pour dot les biens de ce monde ; mais son royaume n'étant pas du monde , il ne vous estimera riche qu'en perdant tous les biens qne le monde donne. C’est par cette dot de la pauvreté que vous achetez son royaume.

Ce n'est pas sans raison qu'il ne donne la félicité, en qualité de royaume, qu'aux pauvres et à ceux qui souffrent. O Évangile , que tes mystères sont liés et que ta doctrine est suivie I Le trône de Jésus-Christ, c’est la croix ; le premier degré, c’est la pauvreté. Il ne parle de royaume qu'à ceux qui sont ou sur le trône de sa croix par les souffrances , ou sur le premier degré par ta pauvreté. Venez donc donner la main à ce Roi. Et vous, recevez-!a,ô Jésus! recevez- la comme votre épouse, puisqu'elle consent dêtre pauvre: donnez-lui partùvotre royaume, puisqu'elle le mérite par son indigence. Nouveau mariage, mes sœurs, où le premier article que l'Époux demande, c'est que l'épouse qu'il a choisie renonce à son héritage ; où il l'oblige par son contrat à se dépouiller de tous ses biens, où il appelle ses parents , non point pour recevoir d’eux leurs biens temporels, mais pour leur quitter à jamais ce qu’elle pouvait espérer par sa succession. C'est ainsi que Jésus-Christ se marie; parce qu’il est si grand par lui-méme, que c'est se rendre indigne de lui que de ne se contenter pas de ses biens , et -de désirer autre chose quand on le possède.

• Oubliez votre peuple, et la maison de votre

• pure : > Obliviscere poputum tuum, et domum patris lui *. Vous voyez la condition sous laquelle Jésus-Christ vous reçoit ; voyez maintenant les moyens de vous conserver son amour : c’est ma seconde partie.

SECOND POINT

11 est temps , ma sœur, de vous (aire voir l'amour qu’a pour vous votre Époux céleste; et comme l’amour d’un époux se fait paraître principalement dans l'ardeur de la recherche, Il faut vous montrer, en peu de paroles, de quelle sorte Jésus-Christ vous a recherchée. Vous découvrirez cette vérité dans l'étoile mystérieuse qui parait daus notre mystère, et à la faveur de sa lumière, vous verrez des marques sensibles de l’amour du divin Sauveur, et du désir qu’il a eu de vous posséder. Il y a trois choses dans cette étoile qui me paraissent fort considérables, et qui font merveilleusement pour notre sujet.

Premièrement , je remarque que cet astre ne

■ Joue irai , M

■ Pt. xuy, II.

Jette pas indifféremment sa lumière, et semble faire un choix des personnes sur lesquelles il répand ses rayons. Il ne luit pas par toute la terre : on ne le volt qu'en Odent, nous dit l’Évangile ; encore u'y parait- il qu'aux trois Mages. Et ce qui dous fait voir manifestement que cette étoile éclaire avec choix et avec discernement des personnes, c'est qu’eile se cache sur Jérusalem , et quelle retire ses rayons de dessus cette ville ingrate. Secondement , cette belle étoile ne choisit pas seulement ceux qu'elle illumine, mnis encore elle les attire. Elle montre aux Mages un éclat si doux, et je ne sais quelle lueur si bénigne, que leurs yeux en étant charmés, à peine se peuventils empêcher de la suivre: Vidimut steltam ejus, et venimus' : « Nous l'avons vue, disent-ils, et « aussitôt nous sommes venus. » Enfin , non-seulement elle iesattire, mais encore elle les précède : Stellam quant videront Magi, antecede.bat eos \ Elle marche devant eux pour les conduire ; et afin de leur faire porter plus facilement les fatigues et les ennuis du voyage, elle remplit leurs cœurs d’une sainte joie: Videntesautemstellam, guvisi sunt gaudio magna 1 .

Voilà, ma sœur, les trois qualités de l’étoile qui nous apparaît : elle choisit, elle attire, et elle précède. Et vous reconnaissez à ces trois marques l'inspiration favorable par laquelle Jésus-Christ vous a appelée à l'heureuse dignité d'épouse. Cette inspiration , c’est votre étoile : elle s’est levée sur votre orient, c'est-à-dire, dès vos premières années; mBis elle vous a paru par un choix exprès. Cette grâce, que Dieu vous a fuite, n'a pas été donnée à tout le monde. Le Fils de Dieu nous a dit lui-méme1 que ■ tous « n'entendent pas cette parole : » A 'on omnei capiunt verbum istud. Qui est donc celui qui la peut entendre? < C’est celui, dit-il, à qui Dieu le * donne : • Sed quibus datum est. Par conséquent, il vous a choisie; il vous a choisie entre mille. Combien a-t-it laissé de vos compagnes? Combien en a-t-on voulu appeler qui n’ont pas écouté cette voix? Combien s’en est-il présenté, qu’il ne lui a pas plu de recevoir ? A' an hos elegit Dominus ' : « Le Seigneur ne les a pas choisies. » Ses yeux ont daigné s'arrêter sur vous : pouvez-vous douter de son amour, apres le bonheur de cette préférence?

Ce serait peu de vous avoir choisie : jamais vous n'eussiez suivi ce choix bienheureux , s’il ne vous avait attirée. Nul ne vient à lui, qu’il ne lui donne :

■ Vatlk. u, s.

» Ibid.t.

S Ibid. 10.

‘ Ibid. XIV, II.

i Uurnch. m , 37.

POUR UNE PROFESSION

nul ne peut venir, qu'il ne l’attire Tâchez de r.ippclcr en votre mémoire le moment auquel il vous a touchée. Quelle lumière vous parut tout à coup? Quel attrait inopiné du bien étemel arracha de votre cœur l’amour du monde , et vous le fit regarder avec mépris? C’est l’étoile qui vous parait, c'est l'inspiration qui vous attire. Que si peut-être il est arrivé que vous n'ayez pas senti si distinctement tous ces mouvements admirables : mais, ma sœur, connaissez votre Epoux, et sachez qu’il agit en nous d'une manière si délicate, que souvent le cœur est gagné avant même qu'il s’en aperçoive. Et s’il ne vous avait attirée de cette manière forte et puissante , à laquelle , dit saint Augustin “ , nulle dureté ne résiste, par combien de vaines délices le monde vous aurait-il amollie? par combien d’erreurs dangereuses se serait-il efforcé de vous séduire? par combien de fausses lumières aurait-il tâché de vous éblouir? Mais l’étoile de Jésus-Christ, je veux dire son inspiration et sa grâce, a eu un éclat plus fort et une lumière plus attirante. Vous l’avez vue; elle vous a charmée j vous êtes venue aussitôt : Vidimus et veniuius; et Jésus est prêt à vous recevoir. Heureuse d’avoir été si soigneusement recherchée , et si fortement attirée!

Toutefois l’amour du divin Époux a fait quelque chose de plus en votre fav eur. En vain sa lumière et sa grâce vous eut excitée à venir? vous n’eussiez pu continuer un si grand voyage, si le même astre qui vous l’a fait entreprendre ne vous eût précédée durant votre course. Laissez les raisonnements éloignés, et jugez-en par l’expérience de votre noviciat. Autant de pas que vous avez faits, la grâce a toujours marché devant vous , et votre volonté n’a fait que la suivre : Pedissequa, non prœoia voluntate, dit saint Augustin’. Autrement, ma très- chère sœur, parmi tant de tentations qui vous environnent, votre volonté chancelante serait tombée à chaque moment; le bruit et le tumulte du monde vous eût empêchée de prêter l’oreille aux caresses de votre Epoux, qui parle en secret; l’éclat et la pompe du monde, qui frappe les sens et les éblouit de près, aurait effacé à vos yeux la lumière modeste et tempérée de la simplicité religieuse ; la mollesse et les délices du monde vous auraient rendue trop insupportable votre vie pénitente et mortifiée. Votre Époux ne l’a par permis : son étoile , qui vous avait excitée, non-seulement a voulu vous accompagner , mais encore marcher devaut vous; afin qne vous ne pussiez la perdre de vue : Antecedebat cos; et la joie

1 Joint VI. 44>

» Ut Prtctlctl. Sanct. cap. VUI , n* U. t- s , «J. 7WJ.

» .4d Paulin. Ep. ra.vxxv», uMO, t IJ . ool acr

dont elle a rempli votre cœur, s’est répandue si abondamment dans toutes les puissances de votre âme, qu’elle a noyé et abîmé la joie de ce monde, qui s’efforcait à tout moment de lever In tête.

Ainsi, ma sœur, ayant surmonté les difficultésdu voyage, je veux dire les peinesdu noviciat, la conduite de cette étoile vous a enfin amenée où était l’enfant : Stant supra ubi erat puer'. C’est lâ , c’est là quelle vous arrête. Entrez , et vous trouverez le divin Jésus prêt à recevoir vos présents et à vous donner les siens ; c’est-à-dire , à vous donner sa foi et à recevoir ia vôtre , et à s’unir avec vous par un éternel mariage. Qui vit jamais un amour pareil , ni uoe recherche si ardente ? Il vous a choisie entre miile : de peur que vous manquassiez à le suivre, il a pris soin de vous attirer. Qui pourrait assez admirer son assiduité infatigable? Il ne vous a pas quittée un moment; et dans tous les pas que vous avez faits, il a toujours marché devant , pour vous ouvrir le chemin plus libre , marquant le sentier que vous deviez suivre, par un trait d’une lumière céleste. Combien devez-vous faire d’efforts , combien rechercher d’agréments, pour vous conserver à jamais une affection si ardente?

C’est ici qu'il faut vous dire un secret de la grâce que je vous prêche , et de l’amour du Fils de Dieu que je vous annonce. C’est que son amour ne continue pas ainsi qu'il commence ; et la différence consiste en ce point , que pour commencer à nous aimer , il ne nous demande point de mérites ; mais pour le continuer , Il nous en demande. Saint Augustin vous le dira mieux. • Il

• a aimé notre âme, dit ce saint évêque, toute - laide qu'elle était par ses crimes; mais il l'aai-

• mée , poursuit-il , afin de l'embellir par les bon-

• nés œuvres : » Fœdos dilexit , ut pulchros fucerel ’. Et ailleurs , plus élégamment : • Il nous

• a aimés, nous dit-il, dans le temps que nous lui

• déplaisions; mais c'était afin de produire en

• nous ce qui est capable de lui plaire : - Oispticentes umati sumus, utesset innobis unde plucercmus ’. Il vous a choisie , ma très-chère sœur, par un amour gratuit, par une bonté prévenante, par un pur effet de miséricorde. Comme il a voulu venir de lui-même, il n’o point fallu d’agrément pour l’attirer; mais il en faut nécessairement pour le retenir. Mais quelles grâces , quels agréments pourront vous conserver cet Epoux céleste, qui est lui-même si accompli , et le plus beau des enfants des hommes* ?

• Matlk. tt , o.

» In Joan. Tract. X , !)’ IR, 1. 111, part 11, col. 371.

* Ibid. Tract, en , n* B , col. 766.

1 Pt. xuv , 3.

POUR UNE PROFESSION

Il faut vous dire encore en un mot que vous ne manquerez jamais d'agrément pour lui , tant que vous aurez soin de couserver pure la virginité chrétienue que vous lui vouez aujourd’hui. Si vous voulez entendre, mes sœurs, combien la virginité lui est agréable, vous n'avez qu'a méditer attentivement les mystères que nous honorons durant ces saints jours. Quel est le sujet de ces fêtes? qu’est-ce que l’Église nous y représente ? Un Dieu qui descend sur la terre : c'est ia sainte virginité qui a eu la force de l’attirer. Un Dieu qui n&lt d'une femme , Ex mu lien ■ : mais ia sainte virginité l’a purifiée, afin que le Saint-Esprit opérât sur elle. Un Dieu qui prend une chair humaine : mais il ne l'aurait pas revêtue , si cette chair n’eût été ornée de toute la pureté d’un sang virginal. Et, de peur que vous ne croyiez que c’est trop flatter la virginité que de lui attribuer un si grand ouvrage , tâchons d’éclaircir cette vérité par un beau principe tiré de la doctrine des Pères.

Ils nous représentent la virginité comme une espèce de milieu entre les esprits et les corps ; et saiut Augustin l’entend de la sorte , lorsqu’il parle eu ces termes des vierges sacrées : • Elles ont , • dit-il , en la chair quelque chose qui n'est pas « de la chair, » et qui tient de l'ange plutôt quede l’homme : Habent aliquid jnm non carnis in came *. Les esprits et les corps , voilà les extrémités opposées : la virginité , voilà le milieu qui participe de l'une et de l’autre. Elle est en la chair, dit saint Augustin ; c'est par là qu’elle tient aux hommes : mais elle a , dit-il , dans la chair quelque chose qui n’est pas de la chair ; c'est par lu qu’elle touche aux anges : tellement qu’elle est le milieu entre les esprits et les corps. C’est une perfection des hommes ; mais c’est un écoulement de la vie des anges. Et ce beau principe étant supposé, je ne m’étonne pas, chrétiens , si la saiiite virginité est intervenue pour unir, dans le mystère de l’Incarnation , la divinité à la chair. Il y avait trop de disproportion entre la corruption de nos corps , et la beauté immortelle de cet esprit pur : tellement que , pour mettre ensemble deux natures si éloignées, il fallait auparavant trouver un milieu dans lequel elles s’approchassent.

Il eet tout trouvé , chrétiens ; et la sainte virginité peut filtre ce grand effet par son entremise. Et s’il m'est permis aujourd'hui d'expliquer uu si grand mystère par l’exemple des choses sensibles, j’en trouve quelque crayon imparfait dans la lumière qui nous éclaire. Il n’est rien de plus

1 On/al. IV, 4.

* Or «JK If* rirÿimil. n* I] , t VI . oot. MS.

•OMCET. — TO«E III.

opposé que la lumière et les corps opaques. La lumière tombant dessus ne les peut jamais pénétrer, parce que leur obscurité la repousse : il semble , au contraire , qu'elle s’en retire en réfléchissant ses rayons. Mais lorsqu'elle rencontre un corps transparent, elle y entre, elle s'y unit, parce qu'elle y trouve l'éclat et la transparence qui approche de sa nature , et a quelque chose de sa clarté. Ainsi nous pouvons dire, messieurs, que la divinité du Fils de Dieu, voulant s'unir à un corps mortel , demandait en quelque façon que la virginité se mit entre deux, parce qu'avant quelque chose de spirituel , elle a pu préparer la chair à être unie à eet esprit pur.

Je ne le dis pas de moi-même : c’est un saint év êque d'Oricnt qui m’a donné ouverture à cette pensée ; et voici ses propres paroles , tirées fidèlement de son texte. • C’est, dit-il ', la virginité « qui fait que Dieu ne refuse pas de venir vivre

• avec les hommes : c'est elle qui donne aux ■ hommes des ailes pour prendre leur vol du cêtê

• du eiel ; et étant le lien sacré de la familia-

• rité de l’homme avec Dieu , elle accorde par

• son entremise des choses si éloignées par na-

• ture. • S'il est ainsi , et n’en doutons pas , puisque de si grands hommes le disent, puisque nous le voyons par tant de raisons ; ne croyez pas , ma très-chère soeur, que vous puissiez jamais manquer d’agrément pour Jésus votre époux céleste , tant que vous porterez en vous-même ce qui l’a attiré du ciel en la terre. La bonté de Dieu est sans repentance : ce qu’il aime, il l'aime toujours; et ayant cherché une fois avec tant d’ardeur la pureté virginale, il a toujours pour elle le même transport. Et aussi voyons-nous dans son Ecriture qu'il la veut toujours avoir en sa compagnie : ■ Car les vierges suivent l’Agneau par-

• tout : » Sequunlur Agnxtm quocumque ierit *. Soyez donc vierge d’esprit et de corps; [veille* sur votre cœur et tous vos sens, pour ics maintenir dan; une intégrité parfaite]. Ainsi un chaste agrément vous conservera ce que la grâce de votre Époux vous a accordé : vous aurez toujours son affection, et vous n'offenserez passa jalousie. Il faut encore parler en un root de cette jalousie de l’Époux céleste, et c’est par où je m'en vais conclure.

TB0IS1ZMK l’OI VT.

Que Dieu soit jaloux, chrétiens, il s'en vante si souvent dans son Écriture, qu'il ne nous permet pas de l'ignorer. C'est une des qualités qu'il se donne dans le Décalogue : • Je suis, dit-il, le » Seigneur ton Dieu , Dieu fort et jaloux : ■ Deus

' S. Grtg. Ifjfu. Oral, de Virq. cap. il , t. ni , p. I (G , 1 1«.

* Jpor xiv , 4.

HOIR UNE PROFESSION

/«IM, f ortie et zelotes'. Et cette qualité de jaloux est si naturelle à Dieu, qu'elle fait un de ses noms, comme il est écrit en l'Exode : Dominus xeloles nomen ejus ■ : - Son nom est le Seigneur

• jaloux. • 11 paraît donc assez que Dieu est jaloux, et peu de personnes l’ignorent. Mois que l'ouvrage de notre salut, que le mystère de rédemption , que nous honorons durant ees saints jours, soit un effet de sa jalousie , c’est ce que vous n’avez pas peut-être encore entendu, et qu'il est nécessaire que je vous explique, puisque mon sujet m'y conduit.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Dieu qui nous en assure, en termes exprès, par la bouche de son prophète Isaie : De Jérusalem exibunt rcliquite, etsalvalio de monte Sion : zelxts Domini exercituum faciet istud 3 : > Dans les ruines de « Jérusalem il restera un grand peuple que Dieu

• délivrera de la mort; le salut paraîtra en la

- montagne de Sion : la jalousie du Dieu des nr-

- niées fera eet ouvrage. • Après des paroles si claires, Il n'est pas permis de douter que le mystère de notre salut ne soit un effet de Jalousie : mais de quelle sorte cela s'accomplit, il n'est pas fort aisé de le comprendre. Car, mes sœurs, que la jalousie du Dieu des armées le porte à châtier ceux qui le méprisent, je le conçois sans diflloulté ; c'est le propre de la jalousie. Et jo remarque aussi dans les saintes I.ettres que Dieu c'y parle guère de sa jalousie, qu'il ne nous fasse en même temps craindre ses vengeances. ■ Je , suis un Dieu jaloux, dit le Seigneur : * Deue forlis, zelotes; et il ajoute aussitôt apres : - vengeant « les iniquités des pères sur les enfants : • mitons iniquitates patrum in ftlios *. « Dieu est « jaloux , dit Moise; • et il dit dans le même lieu que • Dieu est un feu consumant; l'ardeur de sa ja- « lousie brûle les pécheurs : » Dominus Dette tune ignie consumons est, Drus œmulators. Et le prophète Nahum a joint ces deux choses : • Le

- Seigneur est un Dieu jaloux ; et le Seigneur est « un Dieu vengeur : ■ Dette œmulutor et ulciscens Dominus 6, tant ces deux qualités sont inséparables!

Que s'il est ainsi , chrétiens , se peut-il faire que nous rencontrions le principe de notre salut dans la jalousie, qui semble être la source des veugeances? Et après que le prophète a uni un Dieu jaloux et un Dieu vengeur, oserons-nous espérer de trouver ensemble un Dieu jaloux et uu Dieu sauveur? Néanmoins il est véritable : ce qui a

> Et Dd. xx , 6.

» IM.txxir, iê.

• Jt. XXX Vil, W.

• Exod. XX, 6

• Dt*L IV, 34

sauvé le peuple lidele , c'est la jalousie du Dieu des a rmées ; vous l'avez ouï de sa propre bouche : T. élus Domini cxercUuvm faciet istud'. Mais U ne vous faut plus tenir en suspens; il est temps d'expliquer un si grand mystère. En excellent auteur de l'antiquité nous en va donner l'ouverture : ce grand homme , c'est Tertullien. Il dit que Dieu a recouvré son image , que • le diable ■ avait enlevée, par une opération de jalousie : • Deus imaginem suam, a diabolo captam, trmuln operatione recui>eravit *. Voilà peu de paroles, messieurs; mais elles renferment un sens admirable qu’il faut tâcher de développer.

Pour cela , il est nécessaire de reprendre les choses d’un plus haut principe, et de rappeler en votre mémoire la témérité de cet ange , qui , par une audace inouïe , a voulu s'égaler à Dieu , et se placer jusque dans son trône. Repoussé de sa main puissante , et précipité dans l abime, il ne peut quitter le premier dessein de son audace dé. mesurée, il se déclare hautement le rival de Dieu. C'est ainsi que Tertullien l'appelle 3 : Ai ni ulus Dei; • le jaloux, le rival de Dieu. < Il se veut faire adorer en sa place : il n'a pu occuper son trône, il lui veut enlever son bien, il entre dans le paradis terrestre , furieux et désespéré : il y trouve l'image de Dien , c'est-à-dire , l'homme , image chérie et hien-aimee, que Dieu avait faite de sa propre main ; il la séduit, il ta corrompt. Surprise par ses lïatteries, elle s'abandonne à lui l.a parjure qu'elle est, l'ingrate et l'infidèle qu'elle est , nu milieu des bienfaits de son époux , dans le lit même de son époux ( pardonnez-moi la hardiesse de cette parole , que je ne trouve pas encore assez forte pour exprimer l'indignité de cettcaction); dans le lit même de son époux, elle se prostitue à son rival. O insigne infidélité! ô lâcheté sans pareille ! Fallait-il quelque chose de plus que cette honteuse prostitution faite à la face de Dieu , pour l’excitcr à la jalousie ? Il s'y excite en effet. Mon épouse s’est fait enlever, mon image s'est laissé corrompre , elle que j'avais faite avec tant d'amour, dont J’avais moimême formé tous les traits, que j'avais animée d'un souffle de vie sorti de ma propre bouche.

Que fera, mes frères, ce Dieu fort et jaloux, irrité d'un si infâme ahandonnement? Que ferat-il à celte épouse qui o méprisé un si grand amour, et offensé si fortement sa jalousie? Certainement il pouvait la perdre. Mais, ô jalousie miséricordieuse ! il a mieux aimé la sauver. O rival ! je ne veux point quelle soit ta proie ; je ne

• H xxvvii, sa.

i ■ lit Caret Chritli , a* 17.

> lit »• i.

POUR UNE PROFESSION

In pais souffrir en tes mains : ce spectacle indigne irrite mon cœnr , et le provoque à jalousie. Piqué de ce sentiment, il court après pour la retirer : il descend du ciel en la terre , pour chercher son épouse qui s’y est perdue. Il vient nous sauver des mains de Satan, jaloux de nous voir en sa puissance. Vous l’ave* vu ces jours passés naître eu Bethléem ; il vous n fait annoncer par ses anges qu'il était votre Sauveur : la jalousie du Dieu des armées a fait cet ouvrage. Certes, cette manière admirable dont il se sert pour nous retirer, montre assez , si nous l'entendons , que e'est la jalousie qui le fait agir. Car considérer. , je vous prie , qu’il n’envoie pas ses anges pour nous délivrer ; il y vient lui-méme en personne : Deux ipse vente!, et satvabit vos Et cela pour quelle raison , si ce n'est alin que nous comprenions que c'est à lui que nous devons tout; et que nous lui consacrions tout notre amour , comme nous tenons de lui seul tout notre saint.

C’est pourquoi nous voyons dans son Écriture qu’il n’est pas moins jaloux de sa qualité de Sauveur, que de celle de Seigneur et de Dieu. Écoutez comme il en parle, messieurs : Ego Dominas, et non est ultra Deux absque me : Deux justtis et satvans, non est prteler me * : . Je suis le Sei-

• gneur, et il n’y a point d’autre Dieu que moi ;

• Je suis le Dieu juste, et personue ne vous sau-

• s era que moi. • Il mesembleque ce Dieu jaloux adresse sa voix, comme un amant passionnée à la nature humaine infidèle. O volage, ô prostituée ! qui m’as quitté pour mon ennemi ; n’est-ce pas moi qui suis le Seigneur? et il n'y a point de Dieu que mot Regarde qu’il n’y a que moi qui te sauve ; et si tu m’as oublié après t'avoir créée, reviens du moins quand je te délivre. Voyez , mes frères, comme il est jaloux de la qualité de Sauveur. Et ailleurs, se glorifiant de l'ouvragu de notre salut : C’est moi , c’est moi , dit-il , qui l’ai fait ; ce ne sont ni mes anges , ni mes archanges , ni aucune des vertus celestes ; - c’est moi seul qui ■ l'ai fait, c’est moi seul qui vous porterai sur mes > épaules, c’est moi seul qui vous sauverai : » Ego fcci, ego feram, ego portnbo, ego satvabo Tant il est jaloux de celte gloire , tant notre délivrance lui tient au cœur , tant il craint que nos affections ne se partagent !

EH c’est pour cette même raison qu’il nous fait , dit saint Chrysostôme * , des présents si riches.

Il voit que nous recevons à pleines mains les présents de son rival qui nous séduit ; il nous amuse par une pomme; il nous gagne par des biens

• h. xxzv, «

• Ibid, xtv, si.

• Ibid. XLVI . *■

• irt F.p. i, ad Cor. Hom. xxtr , n* 3, L x , p. sis.

trompeurs qui n’out qu une légère Apparente. Chrétiens, il en est jaloux. Quoi, l’on préféré des présents si vains à tant de bienfaits si considérables ! Que fera-t-il, dit saint Chrysostôme ? 1| fera comme un amant passionné, qui, voyant celle qu il recherche gagnée fuir les présents des autres prétendants , multiplierait aussi les siens sans mesure pour emporter le dessus , et la dégoûter des présents des autres : ainsi fait le sauveur Jésus. Pour détourner nos yeux et nos coeurs des libéralités trompeuses de notre ennemi, il redouble ses dons ju>qu’à l’iufini , il nous donne sou Esprit et sa grâee, il nous donne son trône et sa gloire, il nous donne son royaume et son héritage, il nous donne sa personne et sa vie, il nous donne son corps et son sang. Et que ne nous donne-t-il pas ? Voyez , voyez , dit-il , si cet autre prétendant que vous écoutez; voyez s’il pourra égaler une telle munificence. A quelque prix que ce soit , il est résolu de gagner nos cœurs ; et nous voudrions nous défendre d’une jalousie si obligeante ! J’en ai dit assez pour vous faire voir que le Dieu sauveur est jaloux , et qu’il nous sauve par sa jalousie : Ænrnla operatione. Mais s’il en a l’ardeur et les transports, Il en n aussi les regards et la vigilance.

Il a, ma sœur, des yeux de jaloux , toujours ouverts pour veiller sur vous, pour étudier tous vos pas, pour observer toutes vos démarches; et sans m’engager dans de longues preuves d une vérité si constante , considérez seulement i’élat ou sous êtes. Et ces grilles , et cette clôture , et tant de contraintes différentes, n’est-ce pas assez pour sous faire comprendre combien sa jalousie est délicate? Il sons renferme soigneusement, il rend de toutes parts l'aburd difficile , il observe jusqu’à vos regards ; et ce voile qu’il met sur votre tête, montre assez qu’il est jaloux et de ceux qu’on jette sur vous, et de ceux que vous jetez sur les autres. Il eumpte tous vos pas, il règle votre conduite jusqu’aux moindres choses : ne sont-cc pas des actions d'un amant jaloux? Il n'en fait pas ainsi à tous les fidèles ; mais c'est que s’il est jaloux de tous les uutres, il l’est beaucoup plus de ses épouses. Klant donc ainsi observée de près, pour vous garantir des effets d’une jalousie si délicate, il ne vous reste , ma ehère sœur, qu’une obéissance toujours ponctuelle , et un entier abandonnement de vos volontés. Marchez par la voie qu’il vous prescrit, par la règle qu’il vous a donnée : écoutez son ange qui vous avertit ; ce sont vos supérieursqui tiennent sa place. Vivant de la sorte, ma sœur , espérez tout de son amour , et n’appréhendez rien de sa jalousie. Il serait trop long de parler de l'obéissance ; ce mot suffira. Il faut finir par une réflexion sur la jalousie.

POUR UNE PROFESSION

Sachez donc qno cc Dieu jaloux veut que scs fidèle* le soient aussi , et qu’une sainte jalousie nous soit comme un aiguillon , pour nous exciter à son service. Eece rcnio cita; tene quwl /idées, «if nemo aceipiat eoronam luam ‘ : - Je vien-

• drai bientôt ; tenez fortement ce qui a été mis ■ eu vos mains , de peur que votre couronne ne . soit donnée à un autre. » Pourquoi parle-t-il de la sorte? pourquoi nous destiner une couronne qui doit briller sur une autre tête? Que ne la destinait-il tout d’abord à celui qui la devait enfin obtenir? Pour nous exciter à la jalousie. C’est ainsi qu'il a fait a l’égard des Juifs. [ Ils étaient le peuple choisi ; c’était à eux que les promesses avaient été faites, et ils devaient en recevoir l'accomplissement : mais leur incrédulité a suspendu a leur égard l’effet des miséricordes qui leur étaient réservées.] Dieu a appelé les Gentils pour exciter les Juifs à jalousie ; de peur qu’ils ne perdissent la place que tant d’oracles divins leur avaient promise. ■ Leur chute est devenue une . occasion de salut aux Gentils ; afin que l’exem- . pie des Gentils leur donnât de l'émulation pour « les suivre : » lllorum deiieto salus est Gentibus, ut ittos eemulentur. ■ Tant que je serai I a- . pôtre des Gentils , dit saint Paul \ je travaille- . rai à rendre illustre mon ministère, pour . tâcher d'exciter de l’émulation dans l'esprit . des Juifs qui me sont unis selon la chair, et

• d'en sauver qnelques-ons : » Quandiueyo sum Gentium apostotus, ministerium meum honorificabo : si quomodo ad œmutandum provocem camem mcaii), et salvosfaciamaliquosexiltis. Comme un père , dit saint Chrysostôme 5 , qui appelle son fils pour le caresser ; ce fils mutin et opiniâtre refuse ses embrassements, il en fait approcher un antre, et il attire par la jalousie celui que l'amour n’avait pas gagné. Que tel ait été le dessein de Dieu , il nous le déclare lui-même formellement parla bouche de Moïse : • Itsm'ont, . dit-ll, piqué de jalousie, en adorant ceux qui . n’étalent point dieux , et ils m’out irrité par . leurs vanités sacrilèges ; et moi je les piquerai « aussi de jalousie , en aimant ceux qui ne for- « ment pas un peuple, et je les irriterai en substi- . tuant à leur place une nation insensée : » Ipsi ne provocaverunl in eo qui non eral Dcus, et irritaverunt in vanitatibus suis; et erjo provocabo eos in eo qui non est populus, et in genle stulla irritabo illos *.

Cet innocent artifice de sa bonté paternelle a été Inutile aux Juifs. Dieu leur a voulu donner de

t ,4pnc. m , 11.

> »«»■. XI, Il , IS, l«.

I J H Kp. ad Hom. XVIII, n*3, 1. IX, p. CM.

i XXXII, SI.

la jalousie, pour les enflammer à le suivre ; Ils l’ont refusé. Vive Dieu ! dit le Seigneur, cette jalousie fera leur supplice. • Ce sera alors , leur dit Jésus-

• Christ , qu'il y aura des pleurs et des grince- > ments de dénis , quand vous verrez qu’Abra- « ham, Isaac, Jacob, et tous les prophètes seront « dans le royaume de Dieu , et que vous autres « vous serez chassés dehors : ■ lbi eril fletus et stridor dentium. « il en viendra d'orient et d'oe-

■ cident , du septentrion et du midi , qui auront

• place au festin dans le royaume de Dieu : alors ,

• ceux qui sont les derniers seront les premiers,

« et ceux qui sont les premiers seront les der- « niera : -Et ventent ab oriente, etoecidente, et aquilons, et avstro, etaccumbent in regno Dei : et ecce sunt novissimi qui erant primi, et sunt primi qui erant novissimi ’ . « Les enfants du

■ royaume seront jetés dans les ténèbres exté-

• rieures : * Filii autem regni ejicientur in tenebras exteriores ’. La jalousie [leur fera alors sentir son aiguillon dans toute sa force], et ensuite la rage et le désespoir [achèveront de leu» ronger le cœur; parce qu’ils connaîtront l’inutilité de tous leurs regrets ]: lbi erit Jletus et stridor dentium. L'un des grands supplieesdes damnés, sera de voir la place qui était destinée pour eux, [occupée par d'autres]. Que ce trône est auguste I que cette couronne est brillante! Elle était préparée pour moi , et je l’ai perdue par ee misérable plaisir d'un moment. Chrétien, oà est ton couruge?

« Tenezdonc, ma sœur, fortement ce qui a été » mis entre vos mains, de peur que votre cou-

• ronne ne soit donnée ù un autre : • True quod habcs, ut nemo aceipiat eoronam luatn. La couronne de l’Époux appartient , en quelque sorte, à l'épouse; ne la perdez pas : songez au mépris que l'on a pour une épouse répudiée. [Travaillez à soutenir cette haute dignité d'épouse de Jésus- Christ , par une vie entièrement dégagée des objets sensibles. Occupez-vous sans cesse des moyens de vous rendre de plus en plus digne de ses chastes embrassements, en évitant soigneusement tout ce qui pourrait blesser son œil jaloux. Vivez ainsi dans une continuelle attente de sa venue : soupirez avec ardeur après son retour : n’ayez d’amour , de cœur , d’esprit , de mouvement que pour lui ; afin que, tout embrasée du désir de le posséder , vous méritiez , lorsqu’il paraîtra, d'entrer dans la salle des noces pour consommer éternellement ce bienheureux mariage que vous allez contracter avec lui.]

■ tue. XIII, ss, 29, sa

> Uulth. VIII, II.

Die

POUR UNE PROFESSION

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